Skip to content

Marguerite

6 août 2009

Je n’ai rien à dire en ce moment. J’écoute tous les matins la série produite par Laure Adler sur Duras, Marguerite Duras — Marguerite –, sur France Culture. Travail colossal et passionnant, on s’immerge là-dedans.

Dans la voix de Marguerite, extraordinaire au plein sens de ce mot. Je ne sais pas s’il existe des voix vraiment ordinaires, alors disons que celle de Marguerite est magnifique, et qu’elle elle est émouvante. Sans considération même de ce qu’elle dit, le timbre, le rythme du discours, les modulations, la mise en son, tout ça est incomparable, inouï. S’il n’y avait que ça ce serait déjà un enchantement, or il y a aussi ce qu’elle dit, enfin la façon de le dire plutôt. Deux mots, trois mots lui suffisent pour révéler un univers. C’est son génie. C’est que les mots lorsqu’elle les prononce, elle les sature de sens.

Le mot adorable par exemple. Dans sa bouche il devient inépuisable de sens.

Et puis tout à coup elle rit. Elle raconte des histoires de passoires qu’on se met sur la tête, et on apparaît au balcon comme ça, « en passoire ». Elle a beaucoup de passoires dit-elle.

J’aime bien la voix de Laure Adler aussi. Et d’autres. Celles des deux jumelles viêt-namiennes de la première émission, celle de Nathalie Sarraute, de Lonsdale. Enrique Vila-Matas, on ne comprend rien à ce qu’il dit.

Depardieu, la plus belle voix française vivante, un prodigieux acteur. Je me souviens d’un Bérénice filmé pour la télévision, on n’a parlé dans la presse que de la prestation de Carole Bouquet, pour moi c’est Depardieu qui « crevait l’écran » comme on dit (peut-être qu’on ne l’emploie plus beaucoup, cette expression). Mais lui et Marguerite dans Le camion, ces deux timbres se répondant ou entrelacés, « … que le monde aille à sa perte, c’est la seule politique, c’est ça », ça me plaît, ça me plaît énormément. Cet extrait du Camion, c’est ce que j’ai comme message sur le répondeur de mon téléphone portable. Comme je n’entends presque jamais la sonnerie de ce téléphone, ceux qui m’appellent entendent ça.

La voix de Madeleine Renaud. Cette répétition de Savannah Bay, c’est la magie. Heureusement qu’un film a été fait là-dessus par Michèle Porte, et c’est une riche idée que de le faire entendre à la radio. Ici encore le parler de Marguerite : c’est peut-être dans cet enregistrement-là qu’il est à son zénith. Tiens, je n’avais pas remarqué cette référence à Mon oncle de Tati dans Savannah Bay : «Tout communique au théâtre, toutes les pièces entre elles ».

Qu’est-ce qu’on peut dire de Duras ? Qu’est-ce qu’on croit pouvoir en dire ? Tout, et rien — pour la paraphraser. Qu’elle aussi elle est le fado, enfin selon moi.

L. & L.

Aller sur le site de la série Grandes traversées. Avec Duras (France Culture)
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :