Toulouse, dimanche d’élection
Cette vidéo je te l’ai déjà montrée, mais tu n’y as pas fait attention, tu passes trop vite, tu regardes un peu les images et tu t’en vas ailleurs. Pourtant là il faut que tu restes un peu. Le texte est en espagnol, tu comprendras peut-être plus facilement, la chanson est d’une grande mélancolie.
Hoy el mar es más azul que el cielo / Ricardo Ribeiro, chant ; Ruben Álves, piano ; João Gil, guitare, musique ; José Manuel Capêlo, paroles.
Ce n’est pas un fado, mais il faut être fadiste pour chanter cette ballade de cette manière. Le lieu est un studio d’enregistrement, il s’agit d’une séance destinée au récent album de João Gil, le guitariste de la vidéo, et compositeur de ce morceau comme des autres de l’album.
Tu ne sais pas qui c’est ? C’est bien ce que je dis, tu regardes distraitement, dans la diagonale la plus courte possible. João Gil, c’est le compositeur de Perdidamente, là tu te souviens ?
Quant à l’auteur du poème, José Manuel Capêlo, je ne le connaissais pas. En cherchant quelques informations sur lui, voilà que j’apprends qu’il est mort il y a deux semaines, le 25 février.
¡Mira, amor!
¡Hoy el mar es más azul que el cielo!No sé por qué, pero necesitaba decírtelo
porque, sintiéndome cansado, sé perfectamente
que mi fatiga no viene de la tierra, sino de ese lugar azul,
de ese largo camino extenso que me hace pensar.Por otra parte, dejé a medianoche
mi silencio al otro lado de la puerta.
¿Cuando llamaste, qué oíste?
¿No fue un torbellino de semblantes
con las voces de mi proprio eco?Sí, amor, puedes estar segura.
¡Hoy el mar es más azul que el cielo!Dans : José Manuel Capêlo. ¿Y si no existieses? : antología, 1982-2002 / traduction Ángel Guinda. — [Tarazona] : Olifante, [2003]. — Traduction de : E se tu não existisses?
Au lieu du texte portugais original, c’est la traduction espagnole du poème qui a été utilisée, je n’en connais pas la raison.
J’ai tenté une traduction (à partir du portugais), j’ai eu du mal avec le deuxième couplet (celui qui commence par « por outro lado »).
Voilà la version originale portugaise :
Olha amor!
Hoje o mar é mais azul do que o céu!Não sei porquê, mas precisava de to dizer
porque, sentindo-me cansado, sei perfeitamente
que a minha fadiga não vem da terra, mas desse lugar azul
desse longo caminho amplo, que me dá que pensar.Por outro lado, deixei à meia-noite
o meu silêncio no lado de cá da porta.
Quando bateste, o que ouviste?
Não foi um turbilhão de aspectos
com as vozes do meu próprio eco?Sim amor, podes ter a certeza.
Hoje o mar é mais azul do que o céu!Dans : José Manuel Capêlo. A Noite das Lendas. — [Lisboa] : Aríon, 2000.
et cette tentative de traduction :
Regarde mon amour
Aujourd’hui la mer est plus bleue que le ciel !Je ne sais pas pourquoi, mais il fallait que je te le dise
Parce que, me sentant fatigué, je sais parfaitement
Que ma fatigue ne vient pas de la terre, mais de ce lieu azur,
De ce long chemin qui s’étend, et me donne à penser.D’autre part, j’ai laissé à minuit
Mon silence à la porte.
Lorsque tu y as frappé, qu’as-tu entendu ?
N’était-ce pas un tourbillon de visages
Et de voix, celles de mon propre écho ?Oui mon amour, tu peux en avoir la certitude,
Aujourd’hui la mer est plus bleue que le ciel !Traduction de Lili & Lulu
La prise captée par la vidéo n’est pas celle qui a été retenue pour l’album : on n’y entend pas la guitare, qui n’apporte pas grand chose en effet. Mais je trouve que la voix est mieux ici que sur le CD — par ailleurs excellent.
Premier album publié par João Gil sous son seul nom, il peut se prévaloir de la contribution de solistes vocaux de haute volée parmi lesquels l’impeccable Carminho, à qui est dévolue, loin du fado, une belle ballade sur un poème splendide de Sophia de Mello Breyner Andresen, Gritava contra o silêncio, c’est à dire Il (ou elle) criait contre le silence ; et l’adorable António Zambujo, employé dans une sorte de mambo tranquille dont la mélodie bénigne contredit l’érotisme brûlant du poème de David Mourão-Ferreira Apenas uma boca, a tua boca, c’est à dire Une seule bouche, ta bouche. Tous les vers se terminent par le mot boca (bouche). Cette figure de style s’appelle une épiphore, tu le savais ?
Moi ? Non.
L. & L.

João Gil. — EMI Music Portugal, 2008. — EAN 5099923583924.
Disponible sur CDGO.
Toulouse sous la neige, quater
Katia Guerreiro : le fado c’est la vie
Elle le dit en français, lors de son dernier passage à Tours — et au fond il n’y a rien à ajouter.
Prochain concert :
13 Mars 2010, 20 h 30
Vincennes (94 – Val-de-Marne) – Auditorium Jean-Pierre-Miquel
98, rue de Fontenay
94300 Vincennes
Tél (réservations) : 01.43.98.68.87
14 € à 20 €
Voir ce concert sur le site du théâtre
Et aussi à Angers, Lannion, Cesson-Sévigné, Fougères, Nantes, Lamballe et Lorient. Voir l’Agenda des concerts.
L. & L.

Fado / Katia Guerreiro, chant ; Paulo Valentim, guitare portugaise ; João Veiga, guitare ; Rodrigo Serrão, basse acoustique. — [France] : Milan, 2009. — Milan 399 269-2. — EAN 3299039926925.
Distribué en France.

Os fados do fado / Katia Guerreiro, chant. — [Portugal] : JBJ, 2010. — EAN 5600363980237.
Disponible sur CDGO, Fnac (Portugal)
Ricardo Ribeiro — A lua e o corpo
Ricardo Ribeiro. Photo © Robert Kalman
Le nouvel album de Ricardo Ribeiro est sur le point de sortir lui aussi, il se sera fait attendre longtemps.
Ricardo Ribeiro est encore un jeune homme — il a 28 ans –, mais il n’a rien à voir avec une quelconque « nouvelle génération » du fado, lui chante à l’ancienne, armé d’une voix puissante et agile qu’il sait doser à l’exacte mesure de l’expression voulue par le chant. C’est un grand fadiste, il faut que tu l’écoutes.
Nos gestos, nos sentidos / Ricardo Ribeiro, chant.
La vidéo doit être relativement ancienne, car il était encore svelte là, Ricardo. Elle est enregistrée, on le voit, lors d’une Grande noite do fado, probablement celle de 1998 qu’il a remportée. C’est à dire qu’il avait 17 ans.
Ici c’est plus tard, en 2005, au Teatro nacional São João à Porto, lors de l’une des représentations de Cabelo branco é saudade, un spectacle réunissant quatre fadistes (Celeste Rodrigues, Argentina Santos, Alcindo de Carvalho et Ricardo Ribeiro) qui a ensuite tourné dans plusieurs grandes salles européennes, dont celle de la Cité de la musique à Paris.
A lua e o corpo / Ricardo Ribeiro, chant ; Rui Manuel J. de Oliveira, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique
La dame sur la chaise, tu la reconnais, c’est la grande Celeste Rodrigues. Elle ne chante pas dans cette scène (elle le fera juste après), mais regarde comme elle est toute entière dans le fado, autant que le chanteur lui-même. Ce fado a deux interprètes, l’une silencieuse.
Eis que a lua devagar te vai despindo
Atrevendo uma carícia em cada gesto
De igual modo é que a nudez te vai vestindo
E o teu corpo condescende sem protestoMal os ombros se desnudam, surge o peito
Logo o ventre no desenho da cintura
Cada músculo detém o mais perfeito
Movimento, em sincronia com a ternuraJá as ancas se arredondam e projectam
Sobre as coxas, sobre os vales, sobre os montes
Onde as vidas, noutras vidas se completam
Quando o tempo é um sorriso, ou uma fonteFica a roupa amontoada junto aos pés
Quer dos teus, quer dos da cama que sou eu
Estende a mão, apaga a luz, que a nudez
Do teu corpo, fica acesa sobre o meu.————————————
Voici que la lune lentement te déshabille
Osant une caresse dans chaque geste
Et de même la nudité t’habille
Et ton corps y condescend sans protesterÀ peine les épaules dénudées, la poitrine surgit
Bientôt le ventre dans le dessin de la taille
Chaque muscle contient le plus parfait
Mouvement, en synchronie avec la tendresseÀ présent les hanches se font rondes, et projettent
Sur les cuisses, sur les vallées, sur les monts,
Là où les vies trouvent leur complément dans d’autres vies,
Là où le temps est un sourire, ou une source.Les vêtements gisent amoncelés à nos pieds,
Tes pieds, ou ceux du lit que je suis
Étends la main, éteins la lumière, afin que la nudité
De ton corps demeure lumineuse sur le mien.Rui Manuel J. de Oliveira ; traduction Lili & Lulu.
A lua e o corpo est l’un des morceaux du premier — et à ce jour unique — album de Ricardo Ribeiro, publié en 2004 par CNM (Companhia Nacional de Música). Quant au DVD Cabelo branco é saudade, c’est une pure merveille, de la première note aux ultimes applaudissements.
L. & L.
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Ricardo Ribeiro / Ricardo Ribeiro, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare ; Marino de Freitas, guitare basse. — CNM, 2004. — (Fado antologia). — CNM 107CD.
Disponible sur CDGO, CNM, Amazon.

Cabelo branco é saudade : fados / conçu et dirigé par Ricardo Pais ; direction musicale Diogo Clemente ; Argentina Santos, Celeste Rodrigues, Alcindo de Carvalho, Ricardo Ribeiro, chant ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Diogo Clemente, guitare ; Nando Araújo, guitare basse. — Promo music, P 2005. — 1 DVD zone 2. — Promo Music PM DVD 002.
Disponible sur Amazon, Fnac (France).
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Lire la notice de Ricardo Ribeiro sur Wikipedia (en portugais)
Et voilà la photo de couverture :
Source : António Zambujo sur MySpace
De quoi tomber durablement évanoui. La pâleur de la peau portée au paroxysme fait ressortir les traits, la cicatrice au sourcil droit, le regard fascinant, il n’y a pas d’autre mot.
Ou alors si, magnétique. On aimerait être de métal.
La pupille est verticale comme celle des chats.
On pourrait choisir d’être souris aussi. Être happé.
Mais peut-être, plus simplement, est-il dans un état d’extase, le sang abandonnant alors la surface du corps, et même qui sait, sa profondeur. Peut-être s’apprête-t-il à recevoir les stigmates de la passion. C’est ton hypothèse, à toi ?
Ou peut-être pense-t-il au gant de lune oublié.
Encuentro
María del Reposo,
te vuelvo a encontrar
junto a la fuentefría
del limonar.
¡Viva la rosa en su rosal!María del Reposo,
te vuelvo a encontrar,
los cabellos de niebla
y ojos de cristal.
¡Viva la rosa en su rosal!María del Reposo,
te vuelvo a encontrar.
Aquel guante de luna que olvidé,
¿dónde está?
¡Viva la rosa en su rosal!Federico García Lorca. Dans : Suites.
En fait, il est juste en train de poser pour les photos de son nouvel album, tu sais. Peut-être qu’il se demande s’il n’a pas oublié de mettre l’antivol à son scooter.
L. & L.
Sueurs froides
Il me vient un doute tout à coup.

Quand tu as lu Hélder Moutinho dans le billet d’hier, tu l’as prononcé comment dans ta tête ? Heldaire Moutigneau, j’en donnerais ma main à couper. Hein c’est ça ? Mais oui c’est ça, avoue.
Pire encore, soupçon atroce : dans ta tête on entend Amalia Rodriguaise, n’est-ce pas ? Ne dis pas non.
Tu as osé.
(Tu n’écris pas Amalia Rodriguez au moins ? Hein ? Tu ne fais pas ça ? Hein ?)

Et pour António Zambujo alors, c’est comment ?
Je suis pris de terreur car oui, ça ne peut être que ça, tu dis son nom à l’espagnole !
Enfin ce que tu crois tel, car tu n’as jamais su prononcer correctement le z castillan, non plus que la jota, tu fais une sorte de r à la place.
Antoniau Sambouro.
Insupportable, de quoi mourir.
Bon écoute, … non, je ne sais pas, je suis pris de vertige.

Non, non, laisse …
L. & L.
Hélder Moutinho — Que fado é este que trago ?
Le sujet d’aujourd’hui est Hélder Moutinho, le deuxième d’une fratrie de fadistes dodus, de laquelle Camané, son aîné de deux ans, est le plus illustre représentant — cependant que Pedro Moutinho, le cadet, se débrouille très bien aussi.
Hélder, le plus doué des trois probablement, prolifique auteur et parfois aussi compositeur, n’est devenu fadiste que sur le tard, très occupé qu’il est par son métier d’agent et de producteur phonographique : il dirige sa propre maison, HM Música, au catalogue riche de noms tels que ceux de Cristina Branco, de la grande Argentina Santos, de Joana Amendoeira, ou encore de l’excellent joueur de guitare portugaise Ricardo Parreira. Ce dernier est d’ailleurs le directeur artistique de l’album Que fado é este que trago ?, seulement le troisième de Hélder Moutinho en 10 ans.
La vidéo que voici fait entendre sa voix capiteuse et maîtrisée dans un fado-chanson, une ballade, le premier morceau du dernier album qui en tire son titre :
Que fado é este que trago ?
No mar alto da saudade
Onde navega a paixão
E onde ás vezes naufrago
Com toda a minha verdade
Com todo o meu coração
——————
Quel est ce fado que je porte
Dans la haute mer du mal de toi
Où navigue la passion
Où parfois je fais naufrage
Avec ma vérité entière
Avec mon cœur entierQue fado é este que trago ? / Hélder Moutinho, chant, paroles ; Yami (Nando Araújo), musique
L. & L.
Que fado é este que trago ? / Hélder Moutinho, chant ; Ricardo Parreira, guitare portugaise ; Marco Oliveira, guitare ; Nando Araújo (Yami), guitare basse. — Farol Música, P 2008. — Farol FAR81762. — EAN 5603850817627.
Disponible sur CDGO et Fnac (Portugal).
Les yeux au ciel — Alex Beaupain
Presque rien ne me plaît dans la chanson française contemporaine, qui ressemble à une mer que la vie aurait abandonnée, d’ennui ; finis les rougets, les langoustines, les cormorans.
Au nombre des survivants, Alex Beaupain.
Les yeux
au cielLes nuages blancs dans le bleu parfait
Ces nuages lents dans le bleu défait
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
en sang et en eauEn sang et en eau
J’espère
qu’au ciel
Des diables malins coupent aux anges leurs ailes
Pour que tu retombesdu ciel
Dans mes bras ouverts
Cadeau providentiel »Les yeux au ciel / Alex Beaupain, paroles et musique.
Extrait du film Les chansons d’amour / Christophe Honoré, réalisateur ; Louis Garrel, acteur, chant ;
Alex Beaupain, paroles et musique.
Cela dans ce collier de perles, le film Les chansons d’amour de mon compatriote Christophe Honoré.
L. & L.














