António Zambujo — O rapaz da camisola verde
C’est ça tu vois, ce « jeune homme au chandail vert » dont il est question à la fin du billet précédent — encore cette couleur verte, fréquente dans la poésie de Pedro Homem de Mello.
O rapaz da camisola verde / António Zambujo, chant, guitare ; Pedro Homem de Mello, paroles ; Hermano da Câmara, musique. Lisbonne, Parque Mayer, septembre 2009.
Le poème original, publié en 1948, s’appelle Remorso, Remords ; et si tu l’as sous les yeux en écoutant la chanson (le texte est en fin d’article), tu constateras que certaines strophes manquent, les première, troisième et septième, sans lesquelles le poème reste allusif.
Je ne sais pas s’il faut y voir l’effet de la censure salazariste, pour laquelle un récit à la thématique homosexuelle aussi flagrante devait être insupportable, ou bien de l’autocensure de la part du compositeur, Hermano da Câmara, Frei Hermano da Câmara plutôt, car il s’est fait moine bénédictin en 1961 (il est né en 1934). Ce qui ne l’a nullement empêché de poursuivre sa carrière de chanteur entamée en 1955, de continuer à enregistrer des disques ni de se produire sur scène. Du reste, c’est lui le créateur du Rapaz da camisola verde (en 1970), avant qu’Amália n’en publie un enregistrement (en 1972) et ne popularise la chanson.
O rapaz da camisola verde / Frei Hermano da Câmara, chant, guitare ; Pedro Homem de Mello, paroles ; Hermano da Câmara, musique.
Remorso
1. Lembro o seu vulto, esguio como espectro,
Naquela esquina, pálido encostado!
Era um rapaz de camisola verde,
Negra madeixa ao vento,
Boina maruja ao lado…2. De mãos nos bolsos e de olhar distante
Jeito de marinheiro ou de soldado…
Era o rapaz de camisola verde,
Negra madeixa ao vento,
Boina maruja ao lado.3. Quem o visse, ao passar, talvez não desse
Pelo seu ar de príncipe, exilado
Na esquina, alí, de camisa verde,
Negra madeixa ao vento,
Boina maruja ao lado.4. Perguntei quem era, ele me disse:
Sou do Monte Senhor! E seu criado…
Pobre rapaz de camisola verde
Negra madeixa ao vento,
Boina maruja ao lado!5. Porque me assaltam turvos pensamentos?
Na minha frente estava um condenado?
Vai-te! Rapaz de camisola verde,
Negra madeixa ao vento,
Boina maruja ao lado!6. Ouvindo-me, quedou-se, altivo, o moço,
Indiferente à raiva do meu brado,
E ali ficou de camisola verde,
Negra madeixa ao vento,
Boina maruja ao lado…7. Ali ficou… E eu cínico, deixei-o
Entregue à noite, aos homens, ao pecado…
Ali ficou de camisola verde,
Negra madeixa ao vento,
Boina maruja ao lado…8. Soube depois, ali, que se perdera
Esse que, eu só, pudera ter salvado!
Ai! do rapaz de camisola verde,
Negra madeixa ao vento,
Boina maruja ao lado!
Pedro Homem de Mello (1904-1983). Remorso (1948).Remords
1. Je revois sa figure de fantôme
Pâle dans ce recoin, adossée au mur
Un jeune homme en chandail vert,
Mèche noire au vent,
Béret de marin à la ceinture2. Mains dans les poches et le regard distant
L’allure d’un marin ou d’un soldat
Tel était le jeune homme au chandail vert,
Mèche noire au vent,
Béret de marin à la ceinture3. Les passants, à le voir dans ce coin,
Remarquaient-ils son air de prince ?
Un prince exilé là, dans un chandail vert,
Mèche noire au vent,
Béret de marin à la ceinture4. Qui es-tu ? ai-je demandé
Je suis de la Montagne Monsieur, pour vous servir !
Pauvre jeune homme en chandail vert,
Mèche noire au vent,
Béret de marin à la ceinture5. Pourquoi ces pensées troubles qui m’assaillent ?
Était-il un criminel ? Un repris de justice ?
Va au diable, avec ton chandail vert !
Mèche noire au vent,
Béret de marin à la ceinture6. Mais lui, toujours aussi hautain,
Restait indifférent à mon cri de fureur
Dans son chandail vert,
Mèche noire au vent,
Béret de marin à la ceinture7. Il est resté là… Et moi cynique, je l’ai laissé
Livré à la nuit, aux hommes, au péché…
Il est resté là, dans son chandail vert,
Mèche noire au vent,
Béret de marin à la ceinture8. On m’a dit qu’il y avait trouvé sa perte,
Celui-là, que j’avais seul le pouvoir de sauver
Pauvre de lui ! Le jeune homme au chandail vert,
Mèche noire au vent,
Béret de marin à la ceinture.
Pedro Homem de Mello (1904-1983). Remorso (1948). Traduction Lili & Lulu.
L. & L.
World village France, qui est l’éditeur d’António Zambujo depuis son 3e album (Outro sentido, 2008) vient de publier le 2e (Por meu cante, produit par Ocarina en 2004), jusqu’à présent disponible seulement au Portugal.
Les contenus d’accompagnement sont restés tels quels (les textes des chansons ne sont pas traduits, on s’est contenté d’une brève notice générale en français et en anglais) ; mais la présentation d’origine, faite d’un cartonnage qui s’ouvrait comme une fleur (noire) dont le CD constituait le cœur a été remplacée par une banale brochure insérée dans un boîtier en plastique. Tu vois, la voilà l’édition originale portugaise (le lapin n’est pas fourni avec, il sert à ce que ça tienne à plat pendant que je prends la photo) :
António Zambujo — Por meu cante (2004). Édition originale.
Le cante alentejano constitue comme on sait une des deux nervures principales des racines musicales d’António Zambujo, l’autre étant le fado.
Por meu cante est comme le soubassement de la maison Zambujo — tout à coup voilà une métaphore architecturale, j’aurais dû parler de fondations dans la phrase précédente. Mais les fondations sont inertes, tandis que les racines aspirent de quoi vivre et poussent leur sève vers l’organisme qui cherche à croître et à se construire.
Alors ce cante alentejano est là, à la fois dans l’absolue fidélité à la tradition (un authentique chœur polyphonique d’hommes de l’Alentejo) et dans son interprétation à lui : suavité de la voix, impressionnante maîtrise technique, l’une et l’autre se succédant dans Que inveja tens tu das rosas (Pourquoi être jalouse des roses) et l’autre à l’une dans le merveilleux Verão (L’été), renommé dans cette édition Verão, Alentejo e os homens (L’été, l’Alentejo et les hommes), et attribué à Manuel Conde Fialho (« tradicional » dans l’édition originale). En portugais on dirait de cette interprétation qu’elle est arrepiante, à faire frissonner, à donner la chair de poule.
Plusieurs fados traditionnels, dont un fado das horas (il en a été question là, c’est récent) sur un poème de Pessoa, peut-être en hommage à Maria Teresa de Noronha dont il est proche par le style et dans la maîtrise de la ligne vocale ; l’interprétation de Zambujo est d’une lenteur toute alentejane et dans sa lenteur évoque Minha alma de amor sedenta, d’un autre António, António dos Santos, mort en 1993. Ou encore un fado vianinha (P’ra onde quer que me volte, adorable).
P’ra onde quer que me volte / António Zambujo, chant ; Mário Rainho, paroles ; Francisco Viana, musique (fado vaininha). Captation : Lisbonne, Teatro da Trindade, 14 mai 2008.
On entend aussi dans cet album des chansons anciennes revisitées (Aquela janela virada p’ro mar, dont on connait une version au style très daté par Tristão da Silva, ou Noite cheia de estrelas, chanson brésilienne du début du XXe, qui trouve ici, accompagnée au piano, une seconde jeunesse) ; et cette mystérieuse et poignante Noite apressada (Nuit abrégée), sur un poème de David Mourão-Ferreira :
Imensa, a luz proibida
no centro da catedral;
Imensa, a voz diluída
além do bem e do mal;
Imensa, por toda a vida,
uma descrença total!Immense, la lumière interdite
au centre de la cathédrale ;
Immense, la voix diluée
au-delà du bien et du mal ;
Immense, pour toute la vie,
une incroyance totale !
Assez inattendue, je dois dire, est la présence dans ce programme (et dans le répertoire de Zambujo, car je l’ai entendu le chanter sur scène les deux fois que je l’ai vu, en 2009 et en 2010) du Rapaz da camisola verde (Le jeune homme au chandail vert), une chanson popularisée par Amália dans les années 70, et dont je n’ai jamais beaucoup aimé la musique, une marche. Quant aux paroles, elles sont de Pedro Homem de Mello (de ce poète il a déjà été question, par exemple pour Verde, verde). Elles relatent une brève entrevue entre le narrateur et un jeune homme, « mains dans les poches, regard distant / allure de marin ou de soldat / vêtu d’un chandail vert / mèche noire au vent / béret de marin au côté » ; un prostitué qui vend son travail et qui se fait violemment, et probablement hypocritement, rabrouer. Ni Amália ni Zambujo ne chantent l’intégralité du poème.
L. & L.
—
Zambujo, António
Por meu cante (2004). Édition internationale (2011)
Por meu cante / António Zambujo, chant ; Paulo Parreira, guitare portugaise ; João Mário Veiga, Luís Pontes, António Zambujo, guitare ; António Palma, piano ; Ricardo Cruz, contrebasse, basse acoustique et direction musicale. — [France] : Harmonia Mundi, 2011.
Enregistrement : studios Pé de vento, Lisbonne, février et mars 2004. — Prod. Ocarina, 2004.
World village WVF479058. — EAN 794881998425.
—
Disponible sur Amazon, Fnac
Télécharger sur Amazon, Fnac
Édition originale portugaise : Disponible sur CDGO, Fnac (Portugal) Amazon
António Zambujo — site officiel
António Zambujo sur Myspace
—
Vendredi 1er Juillet 2011, 22h00
La nuit du fado. Avec Cristina Branco
Châteauvallon (83 – Var) – Centre national de création et de diffusion culturelle
795, chemin de Châteauvallon
83190 Ollioules
Tél : +33 (0)4.94.22.02.02
12 à 24 € (prix indicatif)
Voir ce concert sur le site du théâtre
Samedi 9 Juillet 2011, 21h00
La nuit du fado. Avec Cristina Branco
Lyon (69 – Rhône) – Théâtres romains de Fourvière (Odéon)
6, rue de l’Antiquaille
69005 Lyon
Tél : +33 (0)4.72.32.00.00 (réservations)
27 € (prix indicatif)
Voir ce concert sur le site du théâtre
Mardi 13 Juillet 2011, 21h30
Festival Les Suds. 2e partie : Estrella Morente
Arles (13 – Bouches-du-Rhône) – Théâtre Antique
13200 Arles
Tél : +33 (0)4 90 96 06 27
25 à 38,50 € (prix indicatif)
Voir ce concert sur le site du théâtre
Week-end à Toulouse
Toulouse, hôtel de Nupces, rue de la Bourse, 30 mai 2011.
Week-end à Toulouse
Toulouse, le Capitole (cour Henri IV), 28 mai 2011.
Week-end à Toulouse
Lina Rodrigues — Os lugares por onde andámos
Il arrive, lorsqu’on visite le musée du fado à Lisbonne, qu’un ou une fadiste se produise là d’une manière qu’on pourrait croire impromptue tellement ça se fait sans aucun des éléments du rituel du théâtre ou de la représentation. En outre c’est forcément de jour, alors que le fado est en principe contemporain de la nuit.
C’est dans ces conditions-là que j’ai vu Lina Rodrigues (rien à voir avec Amália, sinon qu’elle l’a incarnée à l’un des âges de sa vie dans le spectacle musical Amália de Filipe La Féria).
Elle a travaillé le chant classique, voilà probablement pourquoi sa technique est impeccable. Or le fado, qui est un art difficile, est aussi affaire de technique. Ce jour-là au musée du fado elle a donné six ou sept morceaux, devant un public constitué d’un groupe de visiteurs assez âgés et au fait des codes, du personnel du musée et de quelques autres spectateurs. L’adhésion a été immédiate.
Cette vidéo-ci est une captation réalisée au Clube de fado, qui se trouve dans Alfama. C’est une des bonnes maisons de fado de Lisbonne, dirigée par le guitariste Mário Pacheco. Parmi les grands fadistes actuels, beaucoup y ont fait leurs débuts (António Zambujo, Aldina Duarte et d’autres). À la guitare portugaise on reconnait Carlos Gonçalves, l’un des musiciens d’Amália, et le principal compositeur des fados de la dernière partie de sa vie.
Os lugares por onde andámos / Lina Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Pinhal [?], guitare ; Paulo Paz, contrebasse ; João Ferreira Rosa, paroles ; Franklin Godinho, musique (fado Franklin em quadras). Enregistré au Clube de Fado, Lisbonne, le 27 juillet 2010.
Os lugares por onde andámos
Não os esqueço, meu amor
Nem tudo quanto falámos
Quer seja alegria ou dôrO tempo dantes corria
Que parecia não ter fim
Agora não passa um dia
Sem passar um ano em mimTeus olhos são o meu norte
Teus passos o meu caminho
O teu riso a minha sorte
Tuas mãos o meu carinhoSe me dissessem um dia
Que a cantar te fiz chorar
Eu juro que não sabia
Que entendias meu cantar
João Ferreira Rosa, Os lugares por onde andámos.Ces lieux que nous avons connus
Je ne les oublie pas mon amour
Ni ces paroles échangées
De joie ou de douleurLe temps autrefois courait
Il nous semblait sans fin
À présent chaque jour qui passe
Est pour moi comme une annéeTes yeux sont ma boussole
Tes pas font mon chemin
Ton rire est mon destin
Et ta main ma caresseSi on me disait un jour
Que je t’ai fait pleurer par mon chant
Je jure que j’ignorais
Que ce chant tu le comprenais
João Ferreira Rosa, Os lugares por onde andámos ; traduction Lili & Lulu.
L. & L.
Ce truc-là

Ce truc-là. La photo est prise au téléphone.
Vendredi dernier, c’est à dire avant-hier, devant assister à une journée d’étude à la bibliothèque nationale, j’ai pris le TGV de 5h38. Parfois il est impossible d’agir autrement. Il faut alors se lever à quatre heures, on ne peut pas imaginer plus détestable commencement de journée.
Je suis resté conscient, du moins par moments, jusqu’au franchissement du Rhône, qui se produit au nord d’Avignon. Au-delà : le néant.
De ce néant je crois avoir été tiré dans le Morvan, par le son aigre d’une musique de rap sortant soit d’écouteurs réglés à bloc, soit d’un appareil quelconque genre PC portable. Pendant quelque temps ce son ne me gênait pas, c’est comme s’il accompagnait mon rêve auquel il devait probablement se mêler.
Graduellement le sommeil a reflué. Bien réveillé, j’ai trouvé ce bruit décidément bien envahissant. Il semblait provenir de mon voisin de derrière ; les autres passagers, comme si de rien n’était, restaient concentrés sur leurs activités de passagers. Je voyage en 1ère classe, j’ai ce privilège sur mes collègues en raison de la fréquence de mes déplacements. Et donc en 1ère on est censé téléphoner (mais pas à une heure aussi matinale) ou bien s’abîmer dans sa messagerie électronique, ses tableaux Excel ou ses présentations qui parlent de stratégie et d’objectifs. Ou encore lire l’Équipe, c’est très bien porté aussi.
C’est à dire que dans ce train tout le monde avait le nez dans son ordinateur ou dans son journal –, sauf quelqu’un qui écoutait du rap trop fort. En 1ère : bizarre. Je suis allé aux toilettes.
En regagnant ma place j’ai croisé le regard de mon voisin amateur de rap : un type comme il faut, costume cravate, le crâne presque rasé mais rien d’un skin. Regard légèrement inquiétant quand même. J’ai pensé que c’était un type de la DRAC qui croyait encore faire preuve de non conformisme en écoutant du rap de manière à déranger tout le monde.
J’étais à peine assis qu’il se penche au-dessus de mon siège et me dit, d’une façon assez agressive je dois dire, et destinée à être entendue à la ronde : « vous ne pourriez pas baisser un peu votre musique ? »
Stupéfaction. Je m’apprêtais à lui demander la même chose. Je lui dis que ce n’est pas « ma » musique et que je n’ai rien à voir avec la crise des décibels. Mais lui, refusant de me croire et plus agressif encore, renchérit : « ça ne vient pas de ce truc-là ? »
Ce truc-là, c’est un vieux blouson de toile vraiment usé, crevé par endroits avec des fils qui pendent. Je l’ai en affection. C’est un de mes vêtements préférés, je ne m’en séparerai jamais — à moins de l’oublier quelque part un jour.
Ce truc-là, suspendu à la frontière de nos domaines respectifs, a encaissé la grotesque insulte avec dignité. Je ne l’en ai pas moins protégé de mon bras droit, comme pour le soustraire à tant de vulgarité. J’ai dit à l’homme que non, que c’était impossible.
La rumeur scandaleuse provenait comme de bien entendu de je ne sais quel appareil posé sur sa propre tablette, peut-être sous des dossiers ou derrière son ordinateur, je n’ai pas cherché à vérifier.
Confondu, il a glapi « ah, c’est le truc de mon fils ! » (qui a dû s’en prendre une le soir-même, car à voir l’expression goguenarde des autres voisins, le goujat ridicule avait sans aucun doute profité de ma courte absence pour exciper de ma désinvolture afin de les gagner à son indignation).
La journée finie je suis rentré non à Montpellier mais à Toulouse (cinq heures vingt de TGV, départ 17h20 de Montparnasse). J’ai dormi jusqu’à la Loire, que l’on passe à Tours. La lumière était splendide, surtout entre Bordeaux et Agen. Au-delà la nuit était tombée.
Hier je me suis acheté une nouvelle veste, vraiment très jolie. Courte (c’est ce que je cherchais depuis longtemps), en coton noir (je l’ai crue bleu marine dans le magasin) avec les boutonnières rouges et une doublure des plus extravagantes.
L. & L.
Maria Teresa de Noronha — Fado das horas
Le Fado das horas (Fado des heures) est un de mes préférés parmi les fados classiques. J’adore ce rythme, qui est celui du fado Mouraria.
Tu ne comprends pas ce que je dis, peut-être. Alors voilà : les fados traditionnels, du moins la plupart d’entre eux, relèvent de l’un de ces trois archétypes : le fado menor, le fado corrido, le fado Mouraria. Un jour peut-être je donnerai plus de renseignements là-dessus. Quant au Fado das horas, il se range dans la troisième de ces familles, c’est ce que je disais. Le voici tel qu’il a été créé, par la grande Maria Teresa de Noronha.
C’est un des sommets de la discographie du fado, une merveille.
Fado das horas / Maria Teresa de Noronha, chant ; António José de Bragança, paroles ; José António Barbosa de Guimarães Serôdio, comte de Sabrosa, musique.
Incomparable.
Fado das horas
Chorava por te não ver
Por te ver eu choro agora
Mas choro só por querer
Querer ver-te a toda a horaPassa o tempo de corrida
Quando falas eu te escuto
Nas horas da nossa vida
Tem cada hora um minutoQuando estás ao pé de mim
Sinto-me dona do mundo
Mas o tempo é tão ruim
Tem cada hora um segundoDeixa-te estar a meu lado
E não mais te vás embora
P’ra meu coração coitado
Viver na vida uma hora
António José de Bragança. Fado das horas.Je pleurais de ne pas te voir
À présent c’est de te voir que je pleure
Mais je pleure seulement de vouloir
Vouloir te voir à chaque instantLe temps passe comme l’éclair
Lorsque tu parles, je t’écoute
Et dans le cours de notre vie
Chaque heure n’est qu’une minuteLorsque tu es auprès de moi
C’est comme si le monde m’appartenait
Mais le temps dans sa cruauté
Transforme les heures en secondesJe t’en prie, reste auprès de moi
Ne t’en vas jamais plus
Que dans sa pauvre vie mon cœur
Vive au moins une heure entière !
António José de Bragança. Fado das horas / traduction Lili & Lulu.
Voici une autre version du Fado das horas, par la jeune Carminho (un extrait de Fados, le film si controversé de Carlos Saura) :
Fado das horas / Carminho. Extrait de : Fados / Carlos Saura, réalisation. 2007.
L. & L.
Des Chansons d’amour portugaises ?
Les chansons d’amour, tu vois ce que je veux dire. Christophe Honoré 2007. « Aime-moi moins, mais aime-moi longtemps. » C’est la dernière réplique. Après ils s’embrassent debout sur le rebord de la fenêtre, Clotilde Hesme les regarde d’en bas tandis que l’épicier marocain range ses marchandises et que se déclenche Ce matin-là, de Barbara, sur le générique de fin.
Les chansons d’amour alternent dialogues et chansons : tel serait aussi le principe du prochain film de João Botelho, qui a déjà comme nous le savons, nous qui fréquentons Je pleure sans raison que je pourrais vous dire, réalisé les clips vidéo Meu amor marinheiro et A Bia da Mouraria de l’album Fado de Carminho. Carminho encore ici, dans le dernier long-métrage de Botelho, inspiré du Livre de l’intranquillité de Pessoa :
Bande-annonce de Filme do desassosego / João Botelho, réalisateur. Ar de filmes, prod., 2010.
Un article paru dans le Correio da manhã du 16 mai dernier dit cela. Le film annoncé aurait pour titre Fecho os olhos, vejo a noite (Je ferme les yeux, je vois la nuit).
Tu le sais n’est-ce pas, ce que ce titre évoque. C’est un fado du répertoire d’Amália, Olhos fechados (Les yeux fermés), une belle ballade chantée sur un poème de Pedro Homem de Mello en 1967.
Fecho os olhos, vejo a noite
A noite que então havia
Quando no meu coração
Em vez de noite era diaJe ferme les yeux, je vois la nuit
Cette nuit qu’il y avait alors.
Cette nuit qui n’avait pas encore
Remplacé le jour dans mon cœur.
Dans ce film Camané serait « le père de Carminho, qui aime une personne, qui en aime une autre, qui en aime une autre. » Toute la « nouvelle génération du fado » serait là, Ricardo Ribeiro, Raquel Tavares, Hélder Moutinho et d’autres, une cinquantaine en tout. C’est ce qui est dit.
La mère, divorcée et partie en France, de retour au Portugal : Maria de Medeiros, qui chanterait en français, devenue peut-être étrangère à tout, y compris au fado.
Terrible destin.
L. & L.

