Aller au contenu principal

L’aventure c’est l’aventure

2 octobre 2011

Une terrasse à Toulouse ce midi, dans la chaleur. À la table voisine deux femmes, l’une 45 ans environ, l’autre peut-être vingt de plus. La plus âgée n’habite pas Toulouse, elles se retrouvent ce dimanche et parlent de la vie, ne s’étant pas vues sans doute depuis quelque temps. Je ne sais pas ce qu’est leur relation. Pas mère et fille, la conversation aurait couru sur des sujets tout différents. Tante et nièce peut-être, ou alors anciennes collègues. Quoi qu’il en soit elles connaissent chacune la disposition du domicile de l’autre, pas besoin d’explications de situation lorsqu’il est fait allusion à telle ou telle pièce chez l’une ou l’autre.

— Tu sais ma salle de bain, en haut, j’ai un problème avec le vélux. Il suffit qu’il fasse orage ou qu’il grêle maintenant et…

— Tu le fais pas réparer ?

— J’ai demandé à Michel de s’en occuper, il sait tout faire lui tu sais, mais il vient jamais.

Elles ont aussi en commun un réseau de relations assez vaste.

— Et Pierre, tu as des nouvelles ? Comment il va ?

— Parfois très mal, et puis après ça va un peu mieux, mais tu sais de toutes façons globalement ça pourra qu’empirer.

Et puis Unetelle qui est partie aux États-Unis, et Untel « tu ne sais pas ce qu’il m’a dit ? Je ne sais pas s’il se rendait compte à quel point c’était insultant pour moi » et encore cette autre :

— … sa fille à elle elle est aventurière tu sais, elle est en train de préparer un truc, une expédition au pôle nord avec des traineaux tout ça, c’est compliqué, ils doivent se retrouver avec d’autres, les rejoindre après tout un périple…

Elle dit sa fille à elle elle est aventurière tu sais sur le ton qu’elle emploierait pour dire sa fille à elle elle vend des glaces au Mas d’Azil tu sais, ou elle a une pharmacie place Jeanne d’Arc.

Sur quoi la plus âgée s’en va payer. Un détour par les toilettes. À son retour :

— Tu sais je ne te conseille pas d’y aller, figure-toi que…

Le reste est inaudible, car elle ne veut pas être entendue. Des rires. Sa compagne demande enfin :

— Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse maintenant ? On n’est pas loin du métro, on peut aller n’importe où.

— Je sais pas… on pourrait aller derrière le Capitole là, tu sais ? il y a un jet d’eau…

La femme de 45 ans — la Toulousaine — a un moment de stupeur. Très vite elle se reprend.

— Non. C’est tout en travaux là maintenant.Ya peut-être une expo au Château d’eau, en tout cas on peut aller voir…

Moi tout de suite j’ai en tête ce couplet de Trenet :

Et pour finir cette belle journée,
Nous irons nous asseoir sur un banc.

Tu vois ce que je veux dire ?

À la porte du garage / Charles Trenet, chant, paroles et musique. Enregistrement public à Paris (Palais des Congrès), le 20 novembre 1993.

80 ans passés rends-toi compte, quelle santé ! Les paroles sont ici.

L. & L.

Maria do Rosário Bettencourt — Canção do velho poeta

1 octobre 2011

Voir aussi : Maria do Rosário Bettencourt — Verdes campos, verde vida

Maria do Rosário Bettencourt
Maria do Rosário Bettencourt (1933-….)

Je trouve étonnant qu’il n’ait pour ainsi dire pas été fait cas de cette chanteuse. Il y a ce timbre si frappant — je ne peux pas dire à quel point il me plaît. Il est possible que cet avis ne soit pas partagé, d’ailleurs ce n’est pas un avis, ni une opinion, c’est comme s’il y avait en moi un endroit précis du système nerveux qui réagissait à cette voix. Je ne sais pas comment il se débrouille le système nerveux, je ne sais pas comment ça marche ; mais dans ce cas — celui d’entendre Maria do Rosário Bettencourt — il prend le pas sur les autres systèmes qu’on a en soi.

Non seulement il y a cette voix, mais aussi le répertoire. Maria do Rosário Bettencourt chantait Pessoa ou Camões. Amália avait ouvert la voie pour Camões, à son corps défendant d’ailleurs (un jour je ferai un petit quelque chose sur cette affaire), mais elle n’a jamais chanté Pessoa. Jamais. Disant qu’il n’était pas chantable. « O Pessoa não é para cantar », je crois que ce sont ses mots. De sorte que Maria do Rosário est probablement la première à l’avoir fait. D’ailleurs dans les années 60-70, très peu de fadistes chantaient de la poésie érudite.

Cette Canção do velho poeta (Chanson du vieux poète) est composée par Maria do Rosário Bettencourt elle-même sur un poème d’un des grands écrivains portugais du XXe siècle, José Régio (1901-1969). À ma connaissance seule Amália l’avait interprété jusqu’alors (Fado português, musique d’Alain Oulman, 1965).

José Régio est connu pour s’être illustré dans quasiment tous les genres littéraires, y compris celui qui par excellence est portugais, la poésie. Il l’avait pourtant délaissé dans la dernière partie de sa vie. Ce poème est un des derniers qu’il ait écrit, sinon le dernier (il est mort peu de temps après). Canção do velho poeta marquait son retour à la poésie, ses retrouvailles avec le « jeune aventurier », le « troubadour », l’ « amoureux », l’ « illusionniste » — c’est à dire le poète qui l’habite.

Je ne sais pas qui sont les musiciens. Belle guitare portugaise. L’année d’enregistrement non plus n’est pas mentionnée (début des années 1970 probablement).

[Pour écouter cliquer sur le triangle gris]
Canção do velho poeta / Maria do Rosário Bettencourt, chant et musique ; José Régio, paroles. Companhia Nacional de Música, distrib. Années 1970.

Canção do velho poeta

Moço aventureiro
Que os primeiros passos
Desprendes, ligeiro,
Com mira aos espaços,
Velho pouco posso, tudo mal consigo,
Mas irei contigo.

Moço trovador
Que inda pelos dedos
Medes a rigor
Teus subtis segredos
Nem que nenhum verso já persiga, — sigo :
Rimarei contigo.

Moço apaixonado
Que do amor nem sonhas
Que o menino alado
Tem manhas medonhas,
Do amor já sei tudo! Mesmo assim te digo
Que amarei contigo.

Moço ilusionista
Que a vida resumes
A acender na pista
Teus fingidos lumes,
Nem que nem no engano possa achar abrigo,
Fingirei contigo.

[Velho grande atleta
Gasto já nas lutas
Por não sei que meta
Que até fim disputas,
Mesmo se encolhido ao mais pueril perigo,
Lutarei contigo.]

Nunca nada tive,
Menos tenho ao fim.
Nunca de si vive
Quem vem ao que vim.
Parto, mas cantando. Meu mundo inimigo,
Mesmo que me expulses, ficarei contigo.
José Régio (1901-1969). Canção do velho poeta (1969).

Chanson du vieux poète

Jeune aventurier
Qui t’élances, léger
Pour tes premières foulées
Les yeux grands ouverts sur le monde
La vieillesse m’use, tout m’est difficile
Mais j’irai avec toi.

Jeune troubadour
Toi dont les doigts
Sont encore chiches
De tes subtils secrets
Même si je ne poursuis plus aucun vers — je continue :
Je rimerai avec toi.

Jeune amoureux
Qui te crois indifférent à l’amour
Car l’enfant ailé
A des ruses terribles
De l’amour, moi je sais déjà tout. Cependant je te dis
Que j’aimerai avec toi.

Jeune illusionniste
Toi pour qui la vie
C’est éclairer la piste
De tes braises inventées
Bien que même dans l’illusion je n’aie plus de refuge
Je feindrai avec toi.

J’ai toujours été sans rien,
Me voici plus démuni encore.
Jamais il ne vit solitaire
Celui qui accueille ce qui vient
Je pars, mais je chante. Mon univers ennemi,
Bien que tu m’expulses, je resterai avec toi.
José Régio (1901-1969). Canção do velho poeta (1969). Traduction L. & L.

L. & L.

Canção do velho poeta se trouve par exemple dans :
As sete colinas do fado (CNM ; 2005)

Sete colinas. CNM, 2005As sete colinas do fado / Manuel De Almeida, Cidália Moreira, Rodrigo… [et al.], chant. — [Lisboa] : Companhia Nacional de Música, 2005. — (A canção de Portugal).

Varina de olhar gaiato / Manuel De Almeida. Miúdo da rua / Cidália Moreira. Cais do Sodré / Rodrigo. Silêncio coração / Manuel Lemos. Oh! Ferreiro bate o malho / Maria Armanda. Chico do cais do Sodré / António Ferreira. Perdi meu amor / Rosa Maria. Sombras da noite / Manuel De Almeida. Canção do velho poeta / Maria Do Rosário Bettencourt. História do fado / Rodrigo. Rosas da Madragoa / Cidália Moreira. Recado a Portugal / Carlos Macedo. Fado e toiros / Manuel De Almeida. O ardinita / Rodrigo.

CNM CNMB 151 CD. — EAN 5606265000660.

Disponible sur CDGO, CNM
Télécharger Canção do velho poeta sur Amazon

Maria do Rosário Bettencourt sur le site du Museu do fado (Lisbonne). En portugais.

Le genre des villes

27 septembre 2011

Berlin, « pauvre mais sexy » selon son maire Wolwereit (il vient d’être réélu d’ailleurs).

Berlin (Allemagne). Vue depuis le toit de la Staatsbibliothek zu Berlin, 20 septembre 2011 Berlin (Allemagne). Vue depuis le toit de la Staatsbibliothek zu Berlin, 20 septembre 2011

Berlin pauvre ? Vraiment ça ne se voit pas.

Sexy : c’est affaire de goût. Quant à moi, Berlin n’est pas du tout mon type.

Relativement aux villes, je constate que je suis plutôt hétérosexuel. J’aime Lisbonne, Venise, Parme, Florence, Toulouse, et aussi Paris l’ambigu(ë), exaspérante et adorable. Venant de Berlin, se trouver dans la cohue du métro à Bastille avait un côté rafraîchissant.

21h46 : arrivée à Montpellier, une ville asexuée. Plus qu’à aller dormir.

L. & L.

Lisbonne (Portugal), 16 mars 2011 Lisbonne (Portugal). Rua de São Paulo, 16 mars 2011

Bye Bye, Berlin

27 septembre 2011
tags:

Berlin (Allemagne), Knesebeckstraße, 23 septembre 2011 Berlin (Allemagne), Knesebeckstraße, 23 septembre 2011

Je suis rentré avant-hier soir dimanche, après toute une journée de voyage en train.

En regardant le paysage berlinois passer devant ma fenêtre je pensais que c’était probablement la dernière fois de ma vie que je le voyais. Je ne crois pas avoir l’occasion de revenir.

Berlin (Allemagne). La gare centrale vue du sud, 21 septembre 2011 Berlin (Allemagne). La gare centrale vue du sud, 21 septembre 2011

Tu sais, il y a quand même un problème avec Berlin. Ou plutôt il n’y en a pas, ce qui revient au même. Le problème est là : il est dans cette image que donne Berlin de lui-même, celle de la perfection. L’image du confort cossu, moderne et pratique. Et d’une capacité à cicatriser hors du commun.

Au fond c’est peut-être moi qui ai un problème avec Berlin : je continue, comme bien des touristes sans doute, à y chercher les lèvres de ses plaies, à y guetter les signes de sa souffrance.

En vain. Il n’y a plus de décombres où fouiller, ou si peu.

Et même — c’est incroyable — il semble que la misère n’existe nulle part dans cette ville. Plus étrange encore, on croirait que c’est par décret. Que le mal-être n’est pas souhaité ici. Ça ne se fait pas d’être miséreux. J’ai vu deux mendiantes en tout, et j’en ai fait des kilomètres, tu peux me croire ! Ce qu’on voit c’est du grand, du sain, du coûteux, tout cela disant : voilà comment on fait, voilà comment on réussit dans la vie. Sous-entendu : Berlin resplendit parce qu’il est vertueux. Cette ville est la plus respectable du monde.

Oui, mais c’est trop grand. De sorte que des espaces vides demeurent, et comment les combler ?

Berlin (Allemagne). La gare centrale vue du nord-est, 23 septembre 2011 Berlin (Allemagne). La gare centrale vue du nord-est, 23 septembre 2011

Ma première visite remonte à juillet 1994, c’est à dire après la chute du mur, mais la différence d’atmosphère entre les deux parties de la ville était encore très sensible. Ce qui faisait le caractère bien particulier de l’ancien Berlin-Est — je peux dire son charme —, une sorte d’esprit provincial sans âge, un peu de mélancolie, un peu de lenteur silencieuse, semble disparaître. De lui non plus on ne veut pas ; il faut le gommer, le supprimer comme la misère. Le centre-ville, autrefois à l’Est, est maintenant farci de boutiques pour bobos, de galeries, d’endroits branchés.

Peut-être que si on poursuivait en direction de l’est, mais je n’en ai pas eu le temps. Cela dit, même dans le centre, l’austérité de la RDA s’accroche par endroits à son ancien territoire, insensible aux détergents officiels. À la nuit tombante certaines rues donnent encore le cafard.

Il suffit le lendemain de franchir les portes cochères.

Berlin (Allemagne), Mitte, 24 septembre 2011 Berlin (Allemagne), Mitte, 24 septembre 2011

Berlin (Allemagne), Mitte, 24 septembre 2011 Berlin (Allemagne), Mitte, 24 septembre 2011

Berlin (Allemagne), Mitte, 24 septembre 2011 Berlin (Allemagne), Mitte, 24 septembre 2011

Pas eu le temps de retourner à Kreuzberg. Mais j’ai revu très brièvement Prenzlauer Berg, qui ne semble pas s’en sortir trop mal.

Et puis les Berlinois sont en général aimables. Les restaurants de la ville, du moins ceux que j’ai fréquentés, servent une cuisine des plus acceptables. Si tu y vas, je te recommande tout spécialement le Prater Gaststätte dans le jardin du Prater (Kastanienallee, à Prenzlauer Berg). De surcroît on sait faire le café à Berlin — comme probablement ailleurs en Allemagne — en tout cas bien mieux qu’à Paris et en France.

C’est par ce fait minuscule que parfois je m’y sentais un peu moins étranger. Car oui Berlin m’est un pays étranger, et la langue qu’on y parle aussi. Au sortir du musée d’art contemporain aménagé dans l’ancienne gare de Hambourg, là sur ce parvis :

Berlin (Allemagne). Ancienne gare de Hambourg (musée d'art contemporain), 23 septembre 2011 Berlin (Allemagne). Ancienne gare de Hambourg (musée d’art contemporain), 23 septembre 2011

Berlin (Allemagne). Ancienne gare de Hambourg (musée d'art contemporain), 23 septembre 2011 Berlin (Allemagne). Ancienne gare de Hambourg (musée d’art contemporain), 23 septembre 2011

une femme téléphonait en italien. Tout à coup c’était comme de repasser le mur. J’en avais les larmes aux yeux. Elle disait « … quello che non doveva succedere, è successo, ecco. Tu adesso cosa vuoi fare, vuoi prendere tempo per parlare con lei? » On comprenait que son interlocuteur venait d’être abandonné, là à l’instant, le matin même peut-être, ou la veille. Ou bien au contraire que cet homme à qui elle parlait (j’ai pensé que c’était en effet un homme) était celui qui abandonnait. Une histoire à pleurer, une histoire italienne, tellement proche.

Train bondé entre Berlin et Francfort ; il s’arrête beaucoup, des passagers descendent, d’autres montent et les remplacent. Après chaque gare le contrôleur passe et interroge à la cantonade : Guten Tag, noch jemand zu besichtigen? (Du moins c’est ce que j’entendais.) Dans tous les trains que j’ai pris les contrôleurs répétaient cette même phrase, chacun sur sa propre musique. Celui du Berlin-Francfort avait un voix de ténor de chorale. Il étirait la formule, chantant la dernière syllabe geeeen sur un demi-ton ascendant. Tout l’opposé de la contrôleuse du Cologne-Berlin de l’aller.

Mais quelle que soit la musique, les personnes « zu besichtigen » présentent spontanément leurs billets.

Un pays étranger.

L. & L.

Herbst in Berlin

21 septembre 2011
tags:

Vorwärts!

Berlin (Allemagne). 21 septembre 2011 Berlin (Allemagne), 21 septembre 2O11. Photo prise au téléphone.

C’est là.

Staatsbibliothek zu Berlin
Staatsbibliothek zu Berlin. Photo prise au téléphone.

L. & L.

Où suis-je ?

20 septembre 2011
tags: ,

Berlin (Allemagne), la Philharmonie. 20 septembre 2011 Berlin (Allemagne), la Philharmonie vue de la Staatsbibliothek zu Berlin. 20 septembre 2011. Photo prise au téléphone.

Je suis à Berlin, il s’agit de réunions internationales avec des collègues allemands et néerlandais ; il faut parler anglais tout le temps, se taper la corvée des petits déjeuners, déjeuners, dîners, « social events » comme on dit dans ce monde-là, avec obligation de parler, de se montrer aimable, en anglais. Tout le monde loge dans le même hôtel apparemment.

Un supplice.

Je suis venu en train hier, seul, mes collègues français ayant pris l’avion. Montpellier 7h19, Berlin 20h12. Se lever à 5 heures et demie, j’ai horreur de ça, je te l’ai dit déjà je crois. J’étais réveillé à 4h46.

Déjeuné rapidement gare du Nord à Paris, faute de mieux à une table exiguë d’une sorte de restaurant rapide. Le personnel, exclusivement masculin, faisait penser à ceux que dans les administrations municipales on affecte aux espaces verts en désespoir de cause tu vois ?

Il n’y avait pourtant pas lieu de désespérer absolument de leur cas. Car ils avaient acquis et exerçaient avec brio ce savoir-faire typiquement parisien qui consiste à esquiver les sollicitations d’autrui – leurs clients en l’occurrence –, à faire même en sorte que toute sollicitation soit impossible. Les yeux fixés – je dis bien – sur un point de l’espace choisi avec art de manière que leur regard ne puisse en aucun cas croiser ceux des clients, d’aucun client. C’est une compétence balistique, qui semble avoir été octroyée aux Parisiens. Cela réclame une habileté de joueur de tennis et non des moindres : sur un court ces gens-là déferaient Djoković lui-même. Pour obtenir de commander ou de payer il faut refuser le jeu car nul n’est à leur hauteur : il faut donc soit les interpeller avec force, soit (plus efficace) se placer sur leur passage et donc les obliger à stopper. Et peu aimables en plus. Sous ce rapport Paris a deux concurrentes : Budapest et Buenos Aires.

Berlin je ne sais pas. J’y suis déjà venu deux fois pourtant, mais tout y change tellement. Première impression : la nuit il y fait noir. Très peu d’éclairage public. Je n’étais guère rassuré sur le trajet entre le S-Bahn (Anhalter Bahnhof) et l’hôtel. Deuxièmement : je ne comprends rien à leur anglais c’est affreux, j’ai l’impression d’être en Ouzbékistan. Or mon allemand n’est que piètre, rien à espérer de ce côté. Comment survivre ?

L. & L.

Tia Dolores — José Manuel Osório

18 septembre 2011

José Manuel Osório José Manuel Osório (1947-2011)

C’est l’un des morts de ce fatal mois d’août. José Manuel Osório, né au Zaire en 1947, n’est arrivé au Portugal qu’à l’âge de 11 ans, se passionnant aussitôt pour les grandes voix du fado, notamment celle d’Amália. Lui-même deviendra fadiste, constamment censuré par l’administration salazariste qui interdit ses disques à mesure qu’ils paraissent. Il connaîtra le sort de bien des opposants au régime : la prison et l’exil (à Paris).

C’était un érudit du fado, qu’il s’attachait à faire connaître dans la totalité de son spectre, éclairant quand il le fallait ses aspects méconnus ou généralement passés sous silence, cela au moyen de l’édition de grandes anthologies discographiques — par exemple Fados do fado (Movieplay), encore en cours de parution.

Il était aussi, il ne s’en est jamais caché, le plus ancien contaminé par le VIH au Portugal. L’infection ayant été diagnostiquée en 1984, il était depuis lors un symbole de la lutte contre le sida et de la résistance à la maladie.

Tia Dolores / José Manuel Osório, chant ; Linhares Barbosa, paroles ; José António Sabrosa, musique. Extrait de : Fado, ombre et lumière / Yves Billon, réalisateur ; Frédéric Touchard, auteur. Les films du village, 1995.

De ce Tia Dolores, du répertoire de Lucília do Carmo, on n’entend que les 3 dernières strophes, soit que les 3 premières n’aient pas été gardées dans le documentaire Fado, ombre et lumière dont la vidéo est extraite, soit que le chanteur lui-même ne les retienne pas, ce qui rend le texte plus intéressant.

[Vi hoje a Tia Dolores
Veio falar-me dos filhos
Cheia dum prazer profundo;
Porque esses seus dois amores
São os únicos atilhos
Que a trazem segura ao mundo

O João é marinheiro
Um rapagão denodado
Que anda sempre a navegar
É um moço prazenteiro
No seu olhar esverdeado
Andam vestígios do mar

De olhos azuis, o segundo
Mais novo do que o João
É um cabeça no ar
Nunca se prendeu ao mundo
Quis ir para a aviação
E leva a vida a voar]

Assim, a Tia Dolores
Conta, não escondendo as mágoas
Que a envolvem como um véu
Os olhos dos seus amores
Um é verde côr do mar
Outro, azul da côr do céu

Ela procede aos amanhos
Duma casinha na serra
Aonde espera morrer
Velhinha de olhos castanhos
Castanhos, da côr da serra
Da terra que a viu nascer

Um, tem olhos côr do mar
Outro, olhar azul divino
No céu, no mar, andam escolhos
Eu então fico a pensar
Se a gente segue o destino
Que diz bem á côr dos olhos.
Linhares Barbosa. Tia Dolores.

[…]
Et donc la vieille Dolores
Sans même cacher ses peines
Qui l’enveloppent comme un voile,
Parle des yeux de ses amours
L’un est vert comme la mer
L’autre de l’azur du ciel.

Elle travaille son lopin de montagne
Près de la maisonnette
Où elle espère mourir
Petite vieille aux yeux bruns
Bruns comme la montagne
Cette montagne qui l’a vue naître.

Les yeux de l’un sont couleur de mer
Le regard de l’autre d’un azur divin
Ciel et mer ont leurs écueils
Quant à moi je me dis
Que si quelqu’un suit son destin
On le voit à la couleur de ses yeux.
Linhares Barbosa. Tia Dolores. Traduction Lili & Lulu.

L. & L.

Encore une morte

17 septembre 2011

Cora Vaucaire. La nuit dernière. 93 ans.

Ce n’est pas que je l’adorais, je la trouvais trop rive gauche, tu sais une attention exagérée au « texte » — ce mot prononcé avec révérence, accompagné d’une génuflexion virtuelle. Mais il y a eu quelques belles choses, La complainte de la butte par exemple (du film French Cancan de Jean Renoir, 1954). Et ce splendide Démons et merveilles, pour moi une des plus belles chansons françaises.

Démons et merveilles / Cora Vaucaire, chant ; Jacques Prévert, paroles ; Maurice Thiriet et Joseph Kosma, musique. 1952.

La version originale, tu le sais aussi bien que quiconque, est celle du film Les visiteurs du soir de Marcel Carné (1942), scénario de Prévert.

Extrait de : Les visiteurs du soir (film ; 1942). Marcel Carné, réalisateur ; Jacques Prévert et Pierre Laroche, scénario et dialogues ; Maurice Thiriet et Joseph Kosma, musique ; avec Arletty (Dominique) ; Alain Cuny (Gilles) ; Marie Déa (Anne) ; Jules Berry (le diable) ; Fernand Ledoux (le baron Hugues) … et d’autres.

La voix chantée d’Alain Cuny est en réalité celle de Jacques Jansen (1913-2002), le Pelléas de la célèbre version de l’opéra de Debussy dirigée par Roger Désormière en 1941, avec l’orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire.

L. & L.

Si six scies scient six cyprès

12 août 2011

En français c’est virelangue. En portugais trava-língua, de travar : entraver, nouer.

Tu sais, L’habit s’coud-il, l’blé s’moud-il ? L’habit s’coud, l’blé s’moud.

Tes laitues naissent-elles ? Oui mes laitues naissent. Si tes laitues naissent, mes laitues naîtront.

Très vite, le plus vite possible. Comme ça :

Moças Nagragadas. Trava línguas / Moças Nagragadas, voix. Vidéo : Tiago Pereira, réalisation ; Sara Morais, son. Captation : Paderne, Algarve (Portugal), 6 avril 2011. (A música portuguesa a gostar dela própria ; Projecto 171).

Bon, vas-y maintenant !

L. & L.

………………

Internet :

António Zambujo annoncé à Toulouse en janvier 2012

12 août 2011

Selon le site Internet de Zamzama productions, deux concerts d’António Zambujo sont programmés à Toulouse jeudi 5 et vendredi 6 janvier 2012 ! A. Z. aura déjà enregistré son 5e album (sortie prévue en avril je crois), et il en donnera donc probablement des extraits.

En général je ne suis pas là à cette période. Toujours pareil, il suffit d’avoir le dos tourné pour que l’intéressant se produise.

Le lieu n’est pas annoncé. Ce n’est pas la salle Nougaro, dont la saison 2011-2012 est en ligne (et qui programme Cristina Branco pour deux concerts également, les 17 et 18 janvier). Ce n’est pas le TNT non plus. Peut-être la salle bleue de l’espace Croix-Baragnon ?

À suivre. Je te tiens au courant.

Pelo toque da viola / António Zambujo, chant, guitare ; paroles et musique traditionnelles (Alentejo) ; vidéo Tiago Pereira. Lisbonne, 2 mars 2011.

L. & L.

António Zambujo — site officiel
António Zambujo sur Myspace