Manuel Alegre (né en 1936), homme politique socialiste, opposant au régime salazariste, exilé en France puis en Algérie de 1964 à 1974, s’est présenté deux fois à l’élection présidentielle portugaise (2006 et 2011). Il a été député de 1976 à 2009.
Manuel Alegre est écrivain, connu surtout pour son œuvre poétique, dans laquelle de nombreux musiciens et chanteurs (Amália Rodrigues, José Afonso et d’autres) ont puisé.
Canção com lágrimas e sol (Chanson de larmes et de soleil, publiée dans le premier recueil du poète, Praça da canção, 1965) est écrite à la mémoire du lieutenant Manuel Ortigão, son compagnon d’armes durant la guerre coloniale d’Angola, tué à 24 ans par une mine. Adriano Correia de Oliveira la mettra en musique (sous le titre Canção com lágrimas) et l’interprétera en raison d’une perte analogue, celle de son ami José Manuel Pais, comme lui étudiant à Coimbra avant d’être envoyé en Angola pour y mourir à son tour.
Canção com lágrimas / Adriano Correia de Oliveira, chant, musique ; Manuel Alegre, paroles ; Rui Pato, guitare. Enregistrement 1969. (ou http://www.youtube.com/watch?v=VUWLmuUm_tQ : meilleur son)
Canção com lágrimas e sol
Entre crochets : les variantes du texte chanté (« Canção com lágrimas ») par rapport au poème original, transcrit de : Manuel Alegre — site officiel (consulté le 26 mai 2012).Eu canto para ti um mês de giestas [o mês das giestas]
um [o] mês de morte e crescimento ó meu amigo
como um cristal partindo-se plangente
no fundo da memória perturbada.Eu canto para ti um [o] mês onde começa a mágoa
e um coração poisado sobre a tua ausência
eu canto um mês com lágrimas e sol: o grave mês
em que os mortos amados batem à porta do poema.Porque tu me disseste: quem me dera em Lisboa
quem me dera em Maio. Depois morreste
com Lisboa tão longe ó meu irmão de Maio [tão breve]
que nunca mais acenderás no meu o teu cigarro.Eu canto para ti Lisboa à tua espera
teu nome escrito com ternura sobre as águas
e o teu retrato em cada rua onde não passas
trazendo no sorriso a flor do mês de Maio.Porque tu me disseste: quem me dera em Maio
porque te vi morrer eu canto para ti
Lisboa e o sol. Lisboa viúva (com lágrimas com lágrimas). [Lisboa com lágrimas]
Lisboa à tua espera ó meu irmão tão breve.
[Eu canto para ti Lisboa à tua espera.]
Manuel Alegre (né en 1936). Dans : Praça da canção (1965).Je chante pour toi un mois de genêts [le mois des genêts]
Un [Le] mois de mort et de sève, ô mon ami
Comme un cristal qui se brise dans une plainte
Au fond de la mémoire perturbée.Je chante pour toi un [le] mois où la douleur commence,
Et un cœur posé sur ton absence
Je chante un mois de larmes et de soleil : le mois grave
Où les morts aimés frappent à la porte du poème.Car tu m’as dit : ah être à Lisbonne,
Y être en mai ! Puis tu es mort
Et Lisbonne si loin de toi, ô mon frère de mai [ô mon frère si bref]
Qui jamais plus n’allumeras ta cigarette à la mienne.Je chante pour toi Lisbonne qui t’attend
Ton nom écrit avec tendresse sur les eaux
Et ton portrait dans chaque rue où tu ne passes pas
Avec dans ton sourire la fleur du mois de mai.Parce que tu m’as dit : ah être en mai !
Parce que je t’ai vu mourir je chante pour toi
Lisbonne et le soleil. Lisbonne veuve (en larmes, en larmes) [Lisbonne en larmes]
Lisbonne qui t’attend ô mon frère si bref.
[Je chante pour toi Lisbonne qui t’attend.]
Manuel Alegre (né en 1936). Dans : Praça da canção (1965). Traduction L. & L.
Ce sont ces terribles années 1960. Au Portugal le peuple ignore que ce qui se déroule en Afrique est une guerre, atroce.
Je suis revenu à Lisbonne en permission une seule fois, et là, personne ne parlait de la guerre, comme si elle n’avait pas été en train de se dérouler.
C’est António Lobo Antunes qui parle, dans une série d’entretiens avec la journaliste espagnole María Luísa Blanco, en 2001 (son expérience de la guerre en Angola est plus tardive que celle de Manuel Alegre de quelques années). Il y dit encore :
Mes premiers morts, le les avais vus à l’hôpital quand j’avais seize ans, mais c’étaient des morts de chambre froide, qui étaient morts de maladie, d’accident ou de quelque chose du même genre, des morts bien différents.
Mais à la guerre, ceux qui mouraient étaient des garçons très jeunes ; les soldats avaient vingt ans, moi-même j’étais lieutenant, et j’en avais vingt-quatre, et c’étaient des morts pas du tout pareils. Nous jouions à un jeu macabre qui consistait à aller dans l’après-midi là où on avait remisé les cercueils. Je me souviens de ce petit magasin où les cercueils étaient empilés, et d’avoir dit : « Lequel sera le mien ? » Et en même temps qu’on le disait, on riait. Pourtant, quand arrivait la nuit, on commençait à être nerveux… On se mettait alors à jouer aux échecs pendant qu’on entendait les mitrailleuses.
Il y a de nombreux souvenirs, de nombreuses choses que j’ai vécues, mais je ne peux pas parler de tout, il y en a quelques-uns dont il m’est difficile de parler. Mais à côté de ces horribles circonstances, il reste des moments d’une grande beauté : ces paysages étaient incroyables, uniques, à tel point que j’aimerais beaucoup y retourner.
António Lobo Antunes (né en 1942). Dans : María Luísa Blanco. Conversaciones con António Lobo Antunes (2001). Traduit de l’espagnol par Michelle Giudicelli (Ch. Bourgois, 2004).
D’autres versions de Canção com Lágrimas existent, par exemple celle, très « bel-cantiste », de Paulo Saraiva (dans Canções com lágrimas, 1997), ou celle de Lenita Gentil, récente (dans Momentos, 2012), dans le style du fado de Lisbonne. Ou encore celle-ci, par Viviane — une chanteuse (et musicienne) d’origine niçoise :
Canção com Lágrimas / Viviane, chant ; Manuel Alegre, paroles ; Adriano Correia de Oliveira, musique. Lisbonne, 2009.
L. & L.
Alors c’était comment Palerme ?

Palerme (Sicile). L’église San Cataldo, 7 mai 2012
Vous connaissez Palerme bien sûr.
Vous savez je ne peux pas vous en dire grand chose, seulement quelques impressions : une semaine en tout pour la Sicile, dont trois jours à Palerme, une misère. Mais c’est suffisant pour le constater : Palerme est une ville somptueuse, gorgée d’une vie abondante, comme mangée par elle, disparaissant sous ses scories ; ensevelie. Voilà ce que je peux vous dire.
On croirait une ancienne capitale d’un pays autrefois puissant, richement bâtie et décorée par les plus grands artistes du monde au cours des millénaires d’une histoire qui aurait pris fin.
Un jour la ville aurait été abandonnée, laissée là. Ses rues, ses jardins et ses places, les portes et les fenêtres de ses maisons : ouverts à tout ce qui cherche un lieu où s’établir. Plantes, animaux, personnes l’auraient investie, seraient entrés jusque dans tous ses interstices. Ouverte aux cris, à tous les bruits de la vie. Hurlements des mouettes, klaxons, interpellations sur les marchés, vrombissements des deux-roues, bagnoles partout.
Ses anciens princes — tous ceux qui se sont succédés ici, Grecs, Romains, Byzantins, Arabes, Normands, Angevins, Aragonais et j’en oublie –, en la quittant l’auraient laissée sans administration, sans charte, sans rien. D’où cette absence d’indications, cette circulation inextricable, ces ordures partout, cette gangue de crasse qui adhère à la ville ancienne. Sans doute aussi d’autres désordres invisibles. Mais au moins ici la splendeur n’est pas signalée, c’est à chacun de la regarder. Elle est partout. C’est une ville stupéfiante. S’il faut en visiter une au cours d’une vie, c’est celle-ci, Palerme, qui est un monde.
Palerme (Sicile). Piazza della Kalsa, 7 mai 2012
Palerme (Sicile). « Quattro canti », 7 mai 2012
Palerme (Sicile). Une autre idée de la banque : l’immeuble de la Banca Carige, Piazza del Monte di Pietà, 8 mai 2012
Palerme (Sicile). La bottine abandonnée (celle de Pasquale ?). 8 mai 2012
Palerme (Sicile). L’entrée du marché Ballaró, 7 mai 2012
Palerme (Sicile). Oratorio di Santa Cita : décoration baroque de Giacomo Serpotta (au centre, représentation de la bataille de Lépante), 8 mai 2012

Palerme (Sicile). Calcio sur la Piazza Pretoria. 7 mai 2012. Église de l’Immacolata Concezione al Capo, 9 mai 2012
Palerme (Sicile). « Paolo vive. Pour toujours ». 8 mai 2012
Palerme (Sicile). Église de l’Immacolata Concezione al Capo, 9 mai 2012
Palerme (Sicile). Marché du Capo, 9 mai 2012
Palerme (Sicile). Marché du Capo, 9 mai 2012
Palerme (Sicile). Porta Felice, 7 mai 2012
Palerme (Sicile). Foyer du Teatro Massimo, l’opéra de Palerme. 9 mai 2012. Visite décevante : on n’accède qu’à une partie des espaces publics. Mieux vaut assister à un spectacle ou à un concert.
Palerme pourrait être la Calcutta du Vice-consul (une certaine obsession oui, que voulez-vous ; ce pourrait être le gâtisme qui vient). Mais là voyez, l’ambassade de France :
Palerme (Sicile). Mura delle cattive, 7 mai 2012
À Calcutta, ce matin, dans la lumière crépusculaire, Anne-Marie Stretter traverse justement ce parc qui entoure l’ambassade et il la voit.
Marguerite Duras (1914-1996). Le vice-consul (1966).
Et vous, votre séjour aux Indes ? Avez-vous pu pousser jusqu’au Laos, Savannakhet ?
L. & L.
La voix de l’avion belge
Les Belges francophones parlent notre langue avec une grande musicalité, un sens du rythme et surtout de la couleur, du timbre, maintenant sans équivalent ici en France.
D’eux il faut aussi attendre de l’insolite (des autres Belges je ne sais pas, je suis porté à croire que non).
Pour rentrer de Sicile il fallait prendre deux avions belges, c’était le moins cher. Catane-Bruxelles, Bruxelles-Toulouse : à peu près trois fois le trajet direct. C’est insensé. (À l’aller, avions allemands, escale à Francfort : déconseillé.)
Dans ces avions une partie des annonces est enregistrée, cela en trois langues, français, néerlandais, anglais.
La voix française, je l’ai dit, était celle de Delphine Seyrig dans India song. Les mêmes intonations. La même vibrante lassitude.
En vue de Liège, comme en vue de Montauban, elle dit « Nous sommes maintenant proches de notre destination ». Il faut entendre « Nous arrivons à Calcutta. Voyez : les boucles du Gange. » Non pas celles de la Meuse, ni de l’Aveyron.
Elle dit « veuillez maintenant relever le dossier de votre siège, abaisser vos accoudoirs et replacer votre tablette en position verticale », mais elle est dans la chaleur du Bengale, dans le découragement qu’il y a aux Indes. L’avion ralentit au son de cette voix.
« Cette chaleur, comment voulez-vous… Le seul remède : l’immobilité, la lenteur. Ralentir le sang. »
India song. Réal. Marguerite Duras. 1975.
Elle dit au revoir, espère que nous garderons un bon souvenir de ce vol.
Vous vous souviendrez plus tard de cette chaleur, […] ce sera celle de votre jeunesse aux Indes, prenez-la comme ça, comme une chose dont vous vous souviendrez plus tard, vous verrez alors comme elle change…
Marguerite Duras (1914-1996). Le vice-consul (1966).
Cette détresse dans la voix de l’avion belge.
Il me semble — oui j’en suis presque sûr –, que lorsque l’hôtesse du Catane-Bruxelles s’est présentée à nous, au début du vol, elle l’a fait ainsi : « je suis votre chef de bord, mon nom est Anne-Marie Stretter. » Oui, j’en suis sûr maintenant.
Est-ce qu’elle ira aux îles ce soir, aux îles du delta, dans la Lancia noire de l’ambassade ?
Aller vers son destin. Se laisser ensevelir dans les eaux de l’Escaut, puis portée par les bras du delta dériver doucement jusqu’à Knokke-le-Zoute, se dissolvant enfin et se mêlant pour toujours à l’écume de la mer du Nord.
Extrait de : India song. Réal. Marguerite Duras. 1975.
L. & L.
Ben alors t’étais où ?
En Sicile, je rentre à peine, en passant par Bruxelles. La voix de l’avion belge était celle de Delphine Seyrig dans India Song. Je te raconterai. Non, je n’ai pas pensé à toi non, pas un instant. Je n’en ai pas eu le temps tu sais. Oui oui, mais oui, je te raconterai. Palerme surtout.
Li pirati a Palermu / Rosa Balistreri, chant, guitare, musique ; Ignazio Buttitta, paroles. — On trouvera le texte original sicilien de Li pirati a Palermu (Les pirates à Palerme), de même que ses traductions en italien et en français sur le site Canzoni contro la guerra.
L. & L.
Job, Anjo inútil — Amália, Luís de Macedo
Coimbra. Photo João Nelas sur Flickr
L’université de Coimbra, fondée en 1290, est l’une des plus ancienne d’Europe. C’est là, dans un milieu qui est resté très tard exclusivement masculin, que s’est formé au 19e siècle le fado de Coimbra, marqué à la fois par les musiques des différentes régions du Portugal, dont provenaient les étudiants, et surtout par le bel canto, ce qui le rend fort différent de celui de Lisbonne.
Amália a probablement été la première femme à le chanter, quoique avec parcimonie : sa discographie n’en compte que très peu.
[Pour écouter cliquer sur le triangle gris]
Amália Rodrigues. Job
Amália Rodrigues, chant ; Luís de Macedo, paroles ; Jorge Morais « Xabregas » (?), musique (Fado da noite) ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota ou Santos Moreira, guitare. Movieplay. Enr. 1958. Attribution de la musique, source : Nery, Rui Vieira. Pensar Amália. Tugaland, 2009. P. 127.
Sinto na minha alma o frio
Das pedras que me atiraram
Tenho o coração vazio
E as próprias veias secaramSinto em meus dentes o travo
De fruta verde colhida
Tenho o coração amargo
De tanta esperança perdida
Luís de Macedo, pseudonyme de Luís Chaves de Oliveira (dates biographiques inconnues). Job.Je sens dans mon âme le froid
Des pierres qu’on m’a jetées
J’ai le cœur vide
Et mes veines se sont desséchéesJe sens sur mes dents l’âpreté
De fruits cueillis trop verts
J’ai le cœur amer
De tant d’espérance déçue.
Luís de Macedo, pseudonyme de Luís Chaves de Oliveira (dates biographiques inconnues). Job. Traduction L. & L.
[Pour écouter cliquer sur le triangle gris]
Amália Rodrigues. Anjo inútil
Amália Rodrigues, chant ; Luís de Macedo, paroles ; Armando do Carmo Goes [?], musique (Canção das lágrimas) ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota ou Santos Moreira, guitare. Movieplay. Enr. 1958. Attribution de la musique, source : Guitarra de Coimbra, 11 novembre 2005.
Passou um anjo de rastos
Na selva da minha vida
O sangue dele nos cardos
Ainda hoje tem vidaRasgou as asas na febre
De me levar mais além
Por esse amor que me teve
Amei-o como a ninguém
Luís de Macedo, pseudonyme de Luís Chaves de Oliveira (dates biographiques inconnues). Anjo inútil.Un ange s’est frayé un chemin
Dans la forêt vierge de ma vie
Laissant sur les épines un sang
Encore vif aujourd’huiIl s’est déchiré les ailes
Dans sa fièvre de m’emporter
Au cœur de cet amour qu’il me vouait
Je l’ai aimé, comme je n’ai aimé personne.
Luís de Macedo, pseudonyme de Luís Chaves de Oliveira (dates biographiques inconnues). Anjo inútil. Traduction L. & L.
Job et Anjo inútil ont été enregistrés en 1958. Ce sont deux poèmes de Luís (parfois Luíz) de Macedo (dates biographiques inconnues), qui dans le civil exerçait le métier d’attaché d’ambassade sous le nom de Luís Chaves de Oliveira. Il faisait partie d’un mouvement littéraire lisboète appelé Távola Redonda (Table ronde), comme la revue littéraire qui en était l’expression ; revue fondée en 1950 par David Mourão-Ferreira, et qui a paru jusqu’en 1954.
Luís de Macedo est l’auteur de certains des plus beaux poèmes mis en fado par Amália : Cansaço par exemple, sur le Fado tango de Joaquim Campos (dont la première version a d’ailleurs été enregistrée en même temps que Job et Anjo inútil). C’est à lui qu’Amália adressa Alain Oulman pour un poème qui convienne à sa première composition : il lui donnera Vagamundo.
Les musiques de Job et de Anjo inútil, jamais créditées sur les albums d’Amália, même les publications récentes, sont des réemplois : Rui Vieira Nery reconnaît dans celle de Job le Fado da noite, qu’il attribue à Jorge Morais « Xabregas » ; Anjo inútil fait sienne la musique de Canção das lágrimas, attribuée à Armando do Carmo Goes.
Anjo inútil a été enregistré par Mísia (dans Drama box, 2005), de même que par Aldina Duarte (dans Apenas o amor, 2004), mais sur la musique du Fado das horas :
Anjo inútil / Aldina Duarte, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare ; Luís de Macedo, paroles ; musique traditionnelle (Fado das horas). — Enregistré en public [vers 2010] au Centro Cultural Olga Cadaval, Sintra (Portugal).
L. & L.
La Sarcococca confusa
— T’as vu ça ? « 1er mai 2012, la Sarcococca confusa recherche l’ombre »
— La Sarko quoi ?
— La Sarcococca confusa
— Qui c’est que t’appelles comme ça ? La Carla B. ?
— Rroooohhh, t’y vas pas avec le dos de la cuillère toi !! La Carla B. !! Dis donc t’as intérêt que ce soit Hollande qui passe dimanche toi hein !! Ouah j’en reviens pas !!
— Mais, qu’est-ce que j’ai dit ? C’est quand même bien toi qui me parles d’une Sarko chais-pas-quoi confusa !
— Oh l’aut’ ! J’te jure, t’as intérêt que ce soit Hollande toi hein !! J’te jure hein !!
— C’est pas Carla ? Alors c’est qui ? Nadine Morano ?
— Ouh là, bon écoute là vaut mieux qu’tu t’calmes hein, j’tassure. STOP !
— Tu m’fais peur… c’est quoi ce truc à la noix à la fin ?
— Mais c’est une plante ! Une plante ! Tiens regarde, c’est là sur ce blog, là tu vois ?
— Ah d’accord… Pouh là là c’est vraiment nul.
….
(Tu diras rien si c’est Sarko qui passe hein, tu l’diras pas ?)
….
(Tu crois qu’ça s’peut qu’i passe ?)
— Mais non voyons, quelle idée.
Ouf !
Sauvés.
Montpellier, Jardin botanique, 1er mai 2012
L. & L.
Mai
Montpellier, place de la Comédie, 1er mai 2012
Montpellier, théâtre de la Comédie, 1er mai 2012
Montpellier, l’Esplanade, 1er mai 2012
Montpellier, place de La Canourgue, 1er mai 2012
Montpellier, Jardin botanique, 1er mai 2012
Montpellier, Jardin botanique, 1er mai 2012
Montpellier, Jardin botanique, 1er mai 2012
Montpellier, boulevard Professeur Louis Valleton, 1er mai 2012
Montpellier, vue depuis la rue Clapiès, 1er mai 2012
Montpellier, Jardin botanique, 1er mai 2012, la Sarcococca confusa recherche l’ombre
L. & L.
Isocèle
Je rapporte du tram une curieuse émotion : j’y ai vu entrer un couple de jeunes gens, des étudiants sans aucun doute, d’une laideur inconcevable, inouïe.
Elle, seulement le visage. Des cheveux et des cils rudes comme de la filasse de jute, couleur de paille moisie ; une peau d’une teinte indéfinissable, évoquant celle du papier kraft, d’un terne absolu, comme incapable de retenir la lumière ; et là-dedans des yeux gris mouette, incongrus. Lorsqu’elle se présentait de profil : un grand nez isocèle.
Lui grand, non pas malingre, aucunement, mais un torse d’une singulière conformation cylindrique, des épaules en abat-jour, un corps de concombre ou de gros lombric, un visage allant s’évasant vers un front à la fois un peu trop haut et trop large. De profil le menton ne faisait aucune saillie ; inexistant. Pas de menton.
Seulement cette gangue de laideur ne les entravait pas, ne trouvant aucune prise sur eux, nulle part où peser ; ils se mouvaient et se tenaient l’un et l’autre avec une certaine élégance, conversant avec animation. Elle avait noué ses cheveux paille en deux très longues nattes, portait un chandail bleu nuit dont l’encolure formait un V assez profond, son regard gris mouette vibrant d’intelligence et de vivacité.
En vérité elle avait du charme. Lui finissait par paraître seulement ordinaire. Au point que j’étais le seul à en être fasciné, les autres voyageurs ne les ayant même pas remarqués.
Au fond je me fais peut-être des idées, ils n’étaient pas si laids que je le dis ?
Mais si.

L. & L.
La force de la Grèce
Mes disques sont arrivés de Grèce, je suis passé à la poste ce matin pour les chercher. Il y en a trois : les Balades de Theodorákis, qui datent de 1975, parmi lesquelles le superbe Dromoi palioi (« Rues anciennes que j’ai aimées et haïes… ») ; un autre album de Theodorákis constitué de deux recueils de chansons pour voix et piano, respectivement sur des poèmes d’Éluard et de Yánnis Rítsos, toutes chantées par Néna Venetsánou ; et un de Mános Hadjidákis qui a pour titre Στο Σείριο υπάρχουνε παιδιά (« Sur Sirius il y a des enfants »).
J’ai d’abord écouté celui de Néna Venetsánou : les dix chansons sur des poèmes d’Éluard (composées en 1958 à Paris) ressemblent à des mélodies françaises du début du siècle dernier, on les croirait écrites au retour d’un des mercredis de Madame Verdurin où auraient été données les Chansons de Bilitis, de Debussy, et quelque chose de Ravel, Les histoires naturelles mettons.
Leurs yeux toujours purs
Jours de lenteur, jours de pluie,
Jours de miroirs brisés et d’ aiguilles perdues,
Jours de paupières closes à l’horizon des mers,
D’heures toutes semblables, jours de captivité.Mon esprit qui brillait encore sur les feuilles
Et les fleurs, mon esprit est nu comme l’ amour,
L’aurore qu’il oublie lui fait baisser la tête
Et contempler son corps obéissant et vain.Pourtant, j’ai vu les plus beaux yeux du monde,
Dieux d’argent qui tenaient des saphirs dans leurs mains,
De véritables dieux, des oiseaux dans la terre
Et dans l’eau, je les ai vus.Leurs ailes sont les miennes, rien n’existe
Que leur vol qui secoue ma misère,
Leur vol d’étoile et de lumière
Leur vol de terre, leur vol de pierre
Sur les flots de leurs ailes,Ma pensée soutenue par la vie et la mort.
Paul Éluard (1895-1952). Dans : Capitale de la douleur (1926). Source : Wikilivres
Néna Venetsánou est très bien, sa diction française presque sans faille. Il est vrai qu’elle a reçu — ici en France — l’enseignement de sa compatriote la mezzo-soprano Irma Kolassi (Ίρμα Κολάση), francophone et francophile, qui vient de mourir, très âgée.
Irma Kolassi, qui a fait travailler la jeune Maria Callas au conservatoire d’Athènes avant de s’installer définitivement à Paris, chantait la mélodie française à la perfection. Sa discographie est peu abondante, mais son enregistrement du Poème de l’amour et de la mer de Chausson — une des plus belles musiques du monde — fait autorité :
Ernest Chausson (1855-1899). Poème de l’amour et de la mer, op. 19. 3e partie, La mort de l’amour / Írma Kolássi, mezzo-soprano ; London Philharmonic Orchestra ; Louis de Froment, dir. — Enregistrement : 1955.
Le temps des lilas et le temps des roses
Ne reviendra plus à ce printemps-ci;
Le temps des lilas et le temps des roses
Est passé, le temps des œillets aussi.Le vent a changé, les cieux sont moroses,
Et nous n’irons plus courir, et cueillir
Les lilas en fleur et les belles roses;
Le printemps est triste et ne peut fleurir.
Maurice Bouchor (1855-1929). Les poëmes de l’amour et de la mer (1876). La mort de l’amour. XXXVIII. Extrait.
Écouter ou podcaster Les greniers de la mémoire. Hommage à Irma Kolassi. Entretien réalisé par Karine Le Bail en 1998 (prod. Karine Le Bail, France Musique, 14 avril 2012).
Écouter ou podcaster Horizons chimériques. Souvenirs d’Irma Kolassi (prod. Marc Dumont, France Musique, 2 avril 2012).
Irma Kolassi sur le site de l’émission Les greniers de la mémoire (prod. Karine Le Bail, France Musique).
Irma Kolassi est morte. Qobuz, 2 avril 2012
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Βενετσάνου, Νένα [Venetsánou, Néna]
Η Νένα Βενετσάνου τραγουδά Μίκη Θεοδωράκη
[I Néna Venetsánou tragoudá Míki Theodoráki]
Η Νένα Βενετσάνου τραγουδά Μίκη Θεοδωράκη : Τα Eluard ; Επιτάφιος [I Néna Venetsánou tragoudá Míki Theodoráki : Ta Eluard ; Epitáfios] / Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], chant ; Ελενα Μουζάλα [Elena Mouzála], Σαράντης Κασσάρας [Sarántis Kassáras], piano ; Μίκης Θεοδωράκης [Míkis Theodorákis], musique ; Πωλ Ελυαρ [Paul Éluard], Γιάννης Ρίτσος [Giánnis Rítsos], poèmes. — Grèce : MBI, 2008.
MBI 3301173219. — EAN 5202482732195.




