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Петър

1 mars 2012

Je ne sais plus ce qui m’a amené à penser à lui. Je l’ai connu il y a bien quinze ans, même un peu plus probablement, et la connaissance que j’ai eu de lui a été brève et superficielle. Quelle splendeur il était !

La maison était alors un ancien presbytère de village ; une grande bâtisse glaciale l’hiver, exposée en toute saison aux vents tenaces de cette région du Lauragais. Comme tout presbytère il était précédé d’un jardin. Le seul charme de celui-ci résidait dans la présence d’un puits coiffé d’une sorte de toiture pyramidale, habillé d’une clématite bleue et d’un rosier ancien qui donnait de petites fleurs nacrées en quantité.

Celui dont je parle est apparu un soir d’été sous l’un des arbustes buissonnants qui bornaient le jardin voisin, contigu à celui du presbytère ; il en provenait des cris de nouveau-né.

L’amadouer n’a pas été facile, il tremblait de terreur, de violence et de faim.

Je n’en suis plus très sûr, mais il me semble que nous avions alors un genre de fauteuil club plus ou moins défoncé recouvert d’un cuir marron clair lacéré par endroits. C’est là qu’il a été installé, minuscule. Longtemps sur la défensive, il réagissait à toute approche  par une salve d’éructations semblables à de petites explosions.

Il reçut un nom bulgare.

Béatrice est venue passer quelques jours au presbytère peu de temps après l’invention de Petar. Ou peut-être qu’elle était déjà là et qu’elle y a participé, je ne sais plus. Toujours est-il qu’elle l’a emporté à Paris, et c’est là qu’il a grandi, au 5e étage d’un immeuble de la porte de Pantin, près de la Cité de la musique et du conservatoire. L’appartement voisin du sien était habité par une productrice de France-Musique qui s’adonnait régulièrement à l’art du Lied. Charmé, Petar allait l’écouter chez elle en passant par le balcon.

C’est ainsi qu’il est devenu mélomane et funambule.

Parfois, un appui s’étant dérobé, il tombait du haut des cinq étages. Il manqua d’un poil une poussette (occupée), effrayant la mère dont la sidération fut telle qu’elle ne put même pas hurler, et qui s’évanouit. On s’attroupa, les pompiers accoururent, bref un esclandre. Petar pendant ce temps, dérangé par le vacarme, regagnait l’entrée de son immeuble, attendant patiemment que quelqu’un en ouvre la porte.

Il adorait Schubert ; il connaissait An die Musik sur le bout des griffes, et aurait — s’il les avait eues plus longues — accompagné la productrice au piano, sans faute et avec une grande élégance.

Franz Schubert (1797-1828). An die Musik / Dame Janet Baker, MS ; Murray Perahia, piano ; poème de Franz von Schober.

Schumann lui donnait envie de faire pipi. Et Brahms plus encore.

Mais Mahler je n’ose en parler. Il est vrai que la productrice n’y donnait pas le meilleur d’elle-même.

La productrice dut déménager.

Il arrive qu’on l’entende à la radio, encore aujourd’hui. Et on pourrait croire à l’écouter qu’elle est toujours dans la crainte de la visite du beau, de l’adorable Петър.

L. & L.

Петър (Petar) Петър (Petar). Photo Béatrice P.

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