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Paulo Bragança | Rosa da noite

11 novembre 2018

Revoici Paulo Bragança, l’ancien jeune homme qui, dans les premières années 1990, chantait le fado vêtu de robes tenant autant de la soutane fantaisie que du sarrau de lavandière, ou dans des tenues de hippie, vingt ans après l’extinction de l’espèce. Vingt ans aussi après la Révolution des œillets et le désamour du fado qui s’en est suivi au Portugal.

Il fallait sans nul doute pour cela de la clairvoyance et un certain courage, tant le fado passait alors pour une musique de badernes et pour un accessoire du régime salazariste. Mísia, dont la carrière débute à la même époque, rappelle volontiers, probablement à juste titre, qu’ils ont l’un et l’autre été les pionniers du renouveau du fado, eux et eux seuls : « Il y avait Paulo Bragança et moi. » [Voir le billet : Mísia, José Fialho, Paulo Bragança.]

Mais tandis que la carrière de Mísia s’est poursuivie sans interruption depuis 1991, date de la parution de son premier album, celle de Paulo Bragança s’est déroulée d’une manière plus erratique, jusqu’à son interruption vers 2001. Il quitte alors la scène et part vivre en Irlande, pour réapparaître cette année 2018 avec un album court intitulé Cativo (« Captif ») et l’annonce d’un album plus développé, Exílio (« Exil »), à paraître.

Il revient donc. Il s’est réinstallé au Portugal et se déclare plus fadista que jamais. L’aspect physique est désormais celui d’un Boy George de près de 50 ans, la garde-robe d’inspiration monacale, la déco celtique ; la voix a un peu vieilli mais l’énergie est intacte. Cativo – qui comporte un traditionnel irlandais chanté en gaélique – s’ouvre sur ce Rosa da noite (« Rose de la nuit »), composé par Joaquim Luís Gomes sur un poème d’Ary dos Santos pour l’album le plus connu de Carlos do Carmo, Um homem na cidade (1977). La version de Paulo Bragança est plus fadiste que l’originale.

Paulo Bragança | Rosa da noite. José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Joaquim Luís Gomes, musique.
Bande-son : Paulo Bragança, chant ; Sandro Costa & Bruno Mira, guitare portugaise ; Tiago Silva & André Santos, guitare ; Jorge Carreiro, contrebasse. Extrait de l’album Cativo, Portugal, ℗2018.
Vidéo : Catarina Neves, réalisation ; Alexandre de Almeida Garrett, direction de la photographie ; Ricardo Santana, montage ; Paulo Bragança, direction artistique. Portugal, 2018.

Vou pelas ruas da noite
com basalto de tristeza
sem passeio que me acoite
rosa negra à portuguesa.
Je marche par les rues de la nuit
Goudronnées de tristesse,
Sans trottoir, sans abri,
Rose noire à la portugaise.
É por dentro do meu peito, triste
que o silêncio se insinua, agreste
noite, noite que despiste
a ternura que me deste.
C’est dans mon cœur, triste
Que s’insinue le dur silence
Ô nuit qui a déshabillé
La tendresse que tu m’as donnée.
Um cão abandonado
uma mulher sozinha
num caixote entornado
a mágoa que é só minha.
Un chien abandonné,
Une femme seule.
Dans une caisse renversée,
Ma peine à moi, rien qu’à moi.
Levo aos ombros as esquinas
trago varandas no peito
e as pedras pequeninas
são a cama onde me deito.
Je porte sur mon dos tes coins de rue,
Tes balcons dans mon cœur,
Et ce sont les pierres menues
Qui font le lit où je m’endors.
És azul claro de dia
e azul escuro de noite
Lisboa sem alegria
cada estrela é um açoite.
Le jour tu es bleu clair
Et bleu foncé dans la nuit,
Lisbonne, ville sans joie
Où les étoiles font mal
A queixa duma gata
o grito duma porta
no Tejo uma fragata
que me parece morta.
La plainte d’une chatte,
Le cri d’une porte
Sur le Tage une frégate
Qui me semble morte.
Morro aos bocados por ti
cidade do meu tormento
nasci e cresci aqui
sou amigo do teu vento.
Tu me tues à mesure que je vis
Ville de mon tourment
Où je suis né, où j’ai grandi,
Et je suis l’ami de ton vent.
Por isso digo: Lisboa, amiga
cada rua é uma veia tensa
por onde corre a cantiga
da minha voz que é imensa.
C’est pourquoi, mon amie, ma Lisbonne,
Tes rues sont pour moi des veines
Où circule la chanson
De ma voix qui est immense.
José Carlos Ary dos Santos (1936-1984). Rosa da noite (1977).
José Carlos Ary dos Santos (1936-1984). Rose de la nuit, traduit de Rosa da noite par L. & L.

À titre de comparaison, voici deux autres versions de Rosa da noite : l’enregistrement original de Carlos do Carmo (1977), puis une captation assez récente effectuée dans une casa de fado où se produisait António Ganhão.

Carlos do Carmo | Rosa da noite. José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Joaquim Luís Gomes, musique.
Carlos do carmo, chant ; Raúl Nery, António Chainho, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare ; José Maria Nóbrega, basse acoustique. Extrait de l’album Um homem na cidade, Portugal, 1977.

António Ganhão | Rosa da noite. José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Joaquim Luís Gomes, musique.
António Ganhão, chant ; Luís Ribeiro, guitare portugaise ; Ricardo Belo, guitare ; Luís Ngambi, basse acooustique. Vidéo : Pedro Luís. Captation : Lisbonne, Restaurante A Nini, 26 février 2015.

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