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Amália — Soledad, la répétition avec Alain Oulman

6 octobre 2010

Amália Rodrigues

Cela fait 11 ans aujourd’hui qu’Amália Rodrigues est morte.

Elle a laissé une discographie pléthorique qui sétire de 1945 (les premiers enregistrements réalisés au Brésil) à 1990 (le dernier album de studio, Obsessão). Depuis des inédits sortent de temps en temps, dont un album entier du vivant de la chanteuse (Segredo, 1997). Et beaucoup d’enregistrements « officieux » publiés sur l’Internet.

En 1995, la RTP (Rádio e Televisão de Portugal) diffuse Amália, uma estranha forma de vida, une série documentaire de 5 heures réalisée par Bruno de Almeida, qui comporte de nombreuses séquences inédites, parmi lesquelles la dernière interview d’Amália et la maintenant fameuse répétition de mise en place de Soledad dans les studios d’EMI-Valentim de Carvalho à Lisbonne, avec le compositeur au piano.

Ce compositeur c’est son vieux complice et ami Alain Oulman, celui avec qui elle a précipité le fado dans la modernité à partir de 1962, et qu’elle a sauvé des rigueurs du régime salazariste.

Soledad était la première brique d’un projet d’album né à la fin des années 1980, réunissant exclusivement des fados d’Alain Oulman sur des poèmes de Cecília Meireles (Rio de Janeiro, 1901-1964).

« Nous voulons maintenant faire tout un disque d’après Cecilia Meireles, une poétesse brésilienne : Amalia chante déjà le premier, Soledad… »
Propos d’Alain Oulman rapportés par Jean-Jacques Lafaye dans : Amália, le fado étoilé. — Mazarine, 2000. — ISBN 2-863-74319-8. — P. 115

Ce projet n’aboutira pas, en raison d’un étonnant contentieux de droits d’auteur relatifs à d’anciens fados (contenus dans l’album Com que voz, 1970) composés sur des textes de la poétesse brésilienne : les royalties en auraient été versés par erreur à une homonyme… En vertu de quoi les héritiers de la véritable Cecília Meireles interdisent la publication de toute nouvelle composition faisant usage d’un de ses poèmes. Il semble pourtant qu’un enregistrement de Soledad par Amália ait été réalisé en studio en vue d’une publication — pour l’instant impossible.

Soledad / Amália Rodrigues, chant ; Alain Oulman, piano ; Cecília Meireles, paroles ; Alain Oulman, musique. 1989.
Extrait de Amália, uma estranha forma de vida, film de Bruno de Almeida (Arco films, 1995)

Merveilleux témoignage de la naissance d’un grand fado, et du génie d’Amália — qui finalement ne se conformera pas, dans les nombreuses interprétations qu’elle donnera sur scène de Soledad, aux suggestions émises par le compositeur pour rompre la monotonie qui risquerait de naître d’une mélodie sans refrain (comme prendre certaines phrases à la tierce supérieure). Il lui dit d’ailleurs que c’est à elle de façonner le fado, que c’est en définitive elle qui lui « donne [sa] vérité » (« quando você canta é que você dá a verdade » : « c’est lorsque vous chantez que vous donnez la vérité »).

Ce à quoi, modestement, elle répond : « Ah, isso é verdade » (« ah, c’est vrai », littéralement « ah, c’est la vérité »), avec un jeu de mots probablement involontaire.

Voici le poème, daté « Soledad, México — 1940 ».

Soledad

Antes que o sol se vá,
— como pássaro perdido
também te direi adeus,
Soledad.

Terra morrendo de fome,
pedras secas, folhas bravas
ai, quem te pôs esse nome,
Soledad!
sabia o que são palavras.

Antes que o sol se vá
— como um sonho de agonia
cairás dos olhos meus,
Soledad!

Indiazinha tão sentada
na cinza do chão deserta
ai, Soledad!
que pensas? não penses nada,
que a vida é toda secreta.

Como estrêla nestas cinzas,
antes que o sol se vá,
nem depois não virá Deus,
Soledad?

Pois só êle explicaria
a quem teu destino serve,
sem mágoa nem alegria,
ai, Soledad! Para um coração tão breve…

Ai, Soledad, Soledad,
ai, rebozo negro, adeus!
ai, antes que o sol se vá…
Soledad / Cecília Meireles (1901-1964). Dans : Vaga Música. 1942.
———
Soledad

Avant que le soleil s’en aille
— Comme un oiseau égaré
Moi aussi je te dirai adieu,
Soledad.

Pays qui meurs de faim
Pierres sèches, feuilles sauvages
Celui qui t’a donné ce nom,
Soledad !
Savait ce que sont les mots.

Avant que le soleil s’en aille
— Comme un rêve d’agonie
Tu tomberas de mes yeux,
Soledad !

Petite indienne si bien assise
Dans la cendre déserte de cette terre
Ah, Soledad !
Que penses-tu ? Ne pense rien
Car la vie entière est un secret.

Comme une étoile dans ces cendres
Ni avant que le soleil te quitte,
Ni après, Dieu ne viendra pas n’est-ce pas,
Soledad ?

Pourtant lui seul pourrait expliquer
À qui ton destin est utile
Sans chagrin et sans joie
Ah Soledad ! Pour un cœur si petit…

Ah Soledad, Soledad !
Ah, « rebozo* » noir, adieu !
Ah, avant le départ du soleil…
Soledad / Cecília Meireles ; traduction Lili & Lulu.

* Un rebozo est une sorte d’étole portée par les femmes mexicaines.

La dernière strophe n’est pas chantée.

L. & L.

One Comment leave one →
  1. Paulo permalink
    8 octobre 2010 23:32

    Descobri este video há 2 ou 3 anos atrás, mas poderia revê-lo vezes infinitas com a mesma emoção. O génio da sua voz e da sua forma de ser transpira em cada silaba e em cada nota.
    O Caetano Veloso num espectáculo em que abraçou Amália disse em público que lhe parecia que estava a abraçar « Portugal inteiro ». É curioso mas quando oiço este vídeo, parece que estou a ouvir « Portugal inteiro », mas não sei explicar o que isso é.

    parabéns pelo blog

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