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Tudo isto é fado

30 décembre 2021


Amor, ciúme,
Cinzas e lume,
Dor e pecado:
Tudo isto existe,
Tudo isto é triste,
Tudo isto é fado.

Aníbal Nazaré (1908-1975). Tudo isto é fado (1949).

Amour, jalousie,
Cendres et braise,
Douleur et péché :
Tout cela existe,
Tout cela est triste,
Tout cela fait le fado.

Qu’est-ce que le fado ? Quand exactement est-il apparu ? Comment s’est-il formé, à partir de quel substrat musical, dans quelles circonstances, dans quels lieux de Lisbonne ? À toutes ces questions qui suscitent encore aujourd’hui des controverses entre spécialistes, le fado lui-même, lorsqu’il n’avoue pas sa propre perplexité (dans Fado, não sei quem és : « Fado, je ne sais pas qui tu es »), répond de façon poétique, sans aucun souci de vraisemblance. Par exemple dans le très beau Fado português, poème de José Régio mis en musique par Alain Oulman pour Amália Rodrigues :

Le Fado est né un jour
Où le vent soufflait à peine,
Où le ciel prolongeait la mer,
Au bastingage d’un voilier,
Dans le cœur d’un marin
Qui était triste et chantait.

Ou encore de façon plus ingénue, dans Tudo isto é fado (« Tout cela est le fado »), qui joue un peu sur le double sens du mot fado (qui veut aussi dire « destin »).

Amália Rodrigues (1920-1999)Tudo isto é fado. Aníbal Nazaré, paroles ; Fernando de Carvalho, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Londres (Royaume-Uni), studios EMI, 1952.
Première publication dans le disque 78t Tudo isto é fado ; Faz hoje um ano / Amália Rodrigues. Royaume-Uni, Columbia, ℗ 1952.


Perguntaste-me outro dia
Se eu sabia o que era o fado;
Eu disse que não sabia,
Tu ficaste admirado.
Sem saber o que dizia,
Eu menti naquela hora
E disse que não sabia,
Mas vou-te dizer agora.

L’autre jour, tu m’as demandé
Si je savais ce qu’est le fado.
Je t’ai dit que je l’ignorais,
Et tu t’en es étonné.
Sans savoir ce que je disais,
Je t’ai menti ce jour-là.
Je t’ai dit que je ne savais pas,
Mais je vais te le dire à présent.

Almas vencidas,
Noites perdidas,
Sombras bizarras,
Na Mouraria
Canta um rufia,
Choram guitarras.
Amor, ciúme,
Cinzas e lume,
Dor e pecado:
Tudo isto existe,
Tudo isto é triste,
Tudo isto é fado.

Âmes vaincues,
Nuits perdues,
Ombres bizarres…
Dans la Mouraria*
Un voyou chante,
Pleurent les guitares.
Amour, jalousie,
Cendres et braise,
Douleur et péché :
Tout cela existe,
Tout cela est triste,
Tout cela fait le fado.

Se queres ser o meu senhor
E teres-me sempre a teu lado,
Não me fales só de amor,
Fala-me também de fado.
Que o fado, que é meu castigo
Só nasceu p’ra me perder.
O fado é tudo o que eu digo
Mais o que eu não sei dizer.

Si tu veux être mon seigneur
Et m’avoir toujours près de toi,
Ne me parle pas seulement d’amour,
Parle-moi aussi de fado.
Car le fado, qui est ma malédiction,
N’est né que pour me perdre.
Le fado, c’est tout ce que je dis
Et tout ce que je ne sais pas dire.
Aníbal Nazaré (1908-1975). Tudo isto é fado (1949).
.
.
Aníbal Nazaré (1908-1975). Tout cela est fado, trad. par L. & L. de Tudo isto é fado (1949).
* La Mouraria est l’un des plus anciens quartiers de Lisbonne.

Ce « fado-canção » (« fado-chanson », ainsi nommé en raison de la présence d’un refrain, contrairement au fado dit castiço, « authentique », qui n’en comporte pas) a été popularisé par l’actrice et chanteuse Irene isidro (1907-1993) dans une revue intitulée Feira da avenida donnée à partir d’août 1949 au Teatro Variedades (aujourd’hui désaffecté), situé dans le Parque Mayer à Lisbonne.

Amália Rodrigues a beaucoup chanté ce fado et l’a enregistré à plusieurs reprises : deux fois en studio (1952 et 1967), deux fois en public. Dans son récital de Rio de Janeiro (1972), elle n’en chante que la première moitié et l’expédie sans conviction en moins d’une minute trente. À l’inverse, dans la belle version captée à l’Olympia en 1956, elle en laisse de côté le premier couplet.

Amália Rodrigues (1920-1999)Tudo isto é fado. Aníbal Nazaré, paroles ; Fernando de Carvalho, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement public : Olympia (Paris), avril ou mai 1956.
Première publication dans l’album Amalia à l’Olympia / Amália Rodrigues. France, Pathé Marconi, ℗ 1957.

En complément de celles d’Amália, voici deux interprétations récentes de Tudo isto é fado. La première par une très jeune fadiste, Beatriz Felizardo, enregistrée en pleine rue, probablement à Lisbonne, avec les spectateurs qui reprennent spontanément le refrain. La seconde est extraite d’Amália, l’album-hommage à Amália Rodrigues réalisé en 2013 par le pianiste de jazz Júlio Resende (c’est cet album qui se conclut sur Medo, un sidérant duo virtuel avec la fadiste).

Beatriz FelizardoTudo isto é fado. Aníbal Nazaré, paroles ; Fernando de Carvalho, musique.
Beatriz Felizardo, chant ; instrumentistes non crédités.
Captation : Lisbonne, [2017?].
Vidéo : Isidoro Fernandes. 2017 (mise en ligne).

Júlio ResendeTudo isto é fado. Fernando de Carvalho, musique.
Júlio Resende, piano.
Enregistrement : information manquante.
Première publication dans l’album Amália / Júlio Resende. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 2013.

Marco Oliveira • De cada noite perdida

28 décembre 2021

De tous les albums de fado parus cette année, Ruas e memórias, de Marco Oliveira, est assurément le meilleur à mon avis : le plus personnel, le plus authentique, le plus beau. Il fait de ce chanteur, dont c’est le troisième album, l’un des plus grands fadistes de la génération actuelle.

Marco OliveiraDe cada noite perdida. Marco Oliveira, paroles ; João David Rosa, musique (Fado Rosa).
Marco Oliveira, chant, guitare ; Ricardo Parreira, guitare portugaise ; Carlos Barreto, contrebasse.
Extrait de l’album Ruas e memórias / Marco Oliveira. Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, du 4 au 18 novembre 2019. Portugal, ℗ 2021.


Trago ruas e memórias
De cada noite perdida
São retratos das histórias
Do fado da própria vida


Je garde en moi des rues, des souvenirs
De chaque nuit perdue,
Qui sont les portraits des histoires
Du fado de ma vie.

A vida que vai passando
Lembra mais um sonho ausente
As saudades vão ficando
No olhar de toda a gente


La vie qui s’écoule
Rappelle encore un rêve absent.
Les regrets s’amassent
Dans les regards des gens.

Quando a noite nos abraça
Nas ruas onde passamos
Há sempre alguém que lembramos
Num passado que não passa


Lorsque la nuit nous prend
Dans les rues où l’on marche,
Toujours vient le souvenir d’un être,
Comme un passé qui ne passe pas.

A luz do céu da cidade
Vem beijar a nossa calma
Como o tempo traz saudade
Às ruas da nossa alma


La lumière du ciel de la ville
Pose ses lèvres sur notre paix
Comme le temps fait naître la saudade
Dans les rues de notre âme.

São retratos das histórias
Do fado da própria vida
Trago ruas e memórias
De cada noite perdida


Comme les portraits des histoires
Du fado de ma vie,
Je garde en moi des rues, des souvenirs
De chaque nuit perdue.
Marco Oliveira. De cada noite perdida (2019).
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Marco Oliveira. De chaque nuit perdue, traduit de : De cada noite perdida (2019) par L. & L.

Marco Oliveira
Ruas e memórias (2021)
Marco Oliveira. Ruas e memórias, Portugal, Sony Music, ℗ 2021.Ruas e memórias / Marco Oliveira, chant, guitare ; Ricardo Parreira, guitare portugaise ; Carlos Barreto, contrebasse. — Production : Portugal : Sony Music Entertainment Portugal, ℗ 2021.
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, du 4 au 18 novembre 2019.

1 CD : Sony, 2021. — EAN 194398689128.

La chanson du dimanche [6]

26 décembre 2021

C’est un tango soviétique, extrait d’un film de 1971, lui-même adapté d’un roman de 1928 — aussi connu des Russes, paraît-il, que Les trois mousquetaires ailleurs. Les auteurs de ce roman sont désignés par le pseudonyme collectif de Ilf et Pétrov (en russe : Ильф и Петров), le réalisateur du film se nomme Leonid Gaïdaï (Леонид Гайдай, 1923-1993), et leurs œuvres respectives portent l’une et l’autre le titre de Les douze chaises.

12 стульев [12 stulʹev] (1971). Extrait. Леонид Гайдай = Leonid Gaïdaï, réalisation ; Владлен Бахнов [Vladlen Bahnov] & Леонид Гайдай = Leonid Gaïdaï, scénario, d’après le roman Двенадцать стульев [Dvenadcatʹ stulʹev] (1928) de Ильф и Петров = Ilf et Pétrov ; Александр Зацепин = Alexandre Zatsepine, musique.
Titre français : Les douze chaises.
Distribution : Арчил Гомиашвили = არჩილ გომიაშვილი = Artchil Gomiachvili (Остап Бендер = Ostap Bender), avec la voix de Валерий Золотухин = Valery Zolotoukhine ; Серге́й Фили́ппов = Sergueï Filippov (Ипполит Матвеевич Воробьянинов = Hippolyte Matvieïévitch Vorobianinov) ; Наталья Крачковская = Natalia Kratchkovskaïa (Мадам Грицацуева = Madame Gritsatsouieva)…
Production : Union soviétique : Мосфильм = Mosfilm, 1971. Sortie : 1971 (URSS).
Chanson :

Где среди пампасов бегают бизоны [Gde sredi pampasov begayut bizony]. Леонид Дербенёв = Leonid Derbenëv, paroles ; Александр Зацепин = Alexandre Zatsepine, musique.
Валерий Золотухин = Valery Zolotoukhine, chant ; accompagnement d’orchestre.
Union soviétique, ℗ 1971.

L’histoire est celle d’une chasse au trésor à travers l’Union soviétique. Hippolyte Vorobianinov a appris de sa belle-mère mourante qu’elle avait caché ses diamants dans l’une des douze chaises de son ancienne maison, réquisitionnée par l’administration. Les douze chaises ont été vendues à l’unité et dispersées sur l’ensemble du territoire de l’URSS. Afin de mettre la main sur celle qui recèle le trésor, Vorobianinov recrute Ostap Bender, une sorte de bandit sympathique et beau parleur, prétendûment d’origine turque, qu’on voit ici charmer Madame Gritsatsouieva, propriétaire de l’une des Douze chaises, au moyen d’un tango absurde, qui parle de bisons courant dans la pampa.

Где среди пампасов бегают бизоны,
А над баобабами закаты, словно кровь,
Жил пират угрюмый в дебрях Амазонки,
Жил пират, не верящий в любовь.

Hо когда однажды после канонады,
После страшной битвы возвращался он домой,
Стройная фигурка цвета шоколада
Помахала с берега рукой.

Там, где любовь, там, где любовь,
Там, где любовь,
Там всегда проливается кровь.

Словно статуэтка девушка стояла,
И пират корабль свой к ней направить поспешил,
И в нее влюбился, и ее назвал он
Птичкой на ветвях своей души.

Hо однажды ночью с молодым ковбоем
Стройную креолку он увидел на песке
И одною пулей он убил обоих,
И бродил по берегу в тоске.

И когда под утро, плача о креолке,
Понял он, что в сердце страсть не может потушить,
Выстрелил в себя он, чтоб навек умолкла
Птичка на ветвях его души.
Леонид Дербенёв = Leonid Derbenëv (1931-1995). Где среди пампасов бегают бизоны [Gde sredi pampasov begayut bizony].

Y a une étoile • Renée Claude (& Léo Ferré)

25 décembre 2021

Renée Claude est morte l’an dernier. Son album d’hommage à l’œuvre de Léo Ferré, On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré, paru au Québec en 1994, est une splendeur d’un bout à l’autre.

Renée Claude (1939-2020)Y a une étoile. Léo Ferré, paroles & musique.
Renée Claude, chant ; Philippe Noireault, piano. Enregistrement : Montréal (Québec), Studio Karisma Audio Post Video & Film, mai-juin 1994.
Extrait de l’album On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré. Canada, Transit, ℗ 1994.

Y a une étoile est une chanson de jeunesse de Léo Ferré. Il l’a lui-même enregistrée avec d’autres du même tonneau, en Italie où il résidait, pour son ultime album de studio : Les vieux copains (1990). Il avait alors plus de soixante-dix ans.

Léo Ferré (1916-1993)Y a une étoile. Léo Ferré, paroles & musique.
Léo Ferré, chant, piano ; Orchestre symphonique de la RAI-Milan [Orchestra sinfonica di Milano della RAI] ; Léo Ferré, orchestrations, arrangements & direction musicale. Enregistrement : Milan (Italie), Studio Regson, en octobre 1988, puis du 11 au 13 juillet 1990.
Extrait de l’album Les vieux copains / Léo Ferré. France, EPM, ℗ 1990.

Salut, ma vieille copine la terre !
T’es fatiguée ? Ben nous aussi !
C’est pas des raisons pour faire des manières,
Tant qu’y a le soleil qui fait crédit.
Salut, ma vieille copine la terre !

Y a une étoile au-dessus de Paris
Qui m’a fait de l’œil la nuit dernière,
Ma vieille copine la terre !
Et pendant ce temps-là, tu dormais
Enroulée dans les bras de ma mélancolie,
Pendant que je déambulais
Comme un oiseau blessé dans la nuit si jolie.

Salut, ma vieille copine la terre !
Dans tes jardins y a des soucis
Qui font de beaux printemps à la misère
Et de jolies fleurs pour les fusils.
Salut, ma vieille copine la terre !

Y a une étoile au-dessus de Paris
Qui m’a fait de l’œil la nuit dernière,
Ma vieille copine la terre !
Et toi pendant ce temps, tu peinais
À charrier sur ton dos des continents de misère,
Pendant que le soleil se dorait
Dans sa maison toute bleue pour se refaire une lumière.

Salut, ma vieille copine la terre !
Y a des diamants qui font leur nid
En se fichant pas mal de tes frontières,
Qu’il fasse jour, qu’il fasse nuit.
Salut, ma vieille copine la terre !

Y a une étoile au-dessus de Paris
Qui m’a fait de l’œil la nuit dernière,
Ma vieille copine la terre !
Si tu voulais bien en faucher deux ou trois,
Ça pourrait faire une drôle de lumière
Et mettre au front de la société
Des diamants qu’on pourrait tailler à notre manière.

Bonjour ma vieille copine la terre !
Je te salue avec mes mains,
Avec ma voix,
Avec tout ce que je n’ai pas.
Léo Ferré (1916-1993). Y a une étoile

Message de Noël pour les Suisses

24 décembre 2021

Ici Lausanne.

Barbara (1930-1997)Joyeux Noël. Barbara, paroles & musique.
Barbara, chant, piano ; Roland Romanelli, accordéon.
Enregistrement public : Lausanne (Suisse), Palais de Beaulieu, 23 janvier 1971. Capté par la RSR (Radio suisse romande).
Extrait de l’album Barbara, une passion magnifique, France, ℗ 2007.

C’était vingt-deux heures à peine, ce vendredi-là.
C’était veille de Noël et, pour fêter ça,
Il s’en allait chez Madeleine près du Pont de l’Alma.
Elle aurait eu tant de peine qu’il ne vienne pas
Fêter Noël, fêter Noël.

En smoking de velours vert, en col roulé blanc
Et le cœur en bandoulière, marchant d’un pas lent,
À pied, il longeait la Seine tout en sifflotant.
Puisqu’il allait chez Madeleine, il avait bien le temps.
Charmant Noël, charmant Noël !

C’était vingt-deux heures à peine, ce vendredi-là.
C’était veille de Noël et, pour fêter ça,
Elle s’en allait chez Jean-Pierre, près du Pont de l’Alma.
Il aurait eu tant de peine qu’elle ne vienne pas
Fêter Noël, fêter Noël.

Bottée, noire, souveraine et gantée de blanc,
Elle allait pour dire « je t’aime », marchant d’un pas lent
À pied, elle longeait la Seine, tout en chantonnant.
Puisqu’elle allait chez Jean-Pierre, elle avait bien le temps…
Charmant Noël, charmant Noël !

Or, voilà que sur le pont ils se rencontrèrent,
Ces deux-là qui s’en venaient d’un chemin contraire.
Lorsqu’il la vit si belle des bottes aux gants,
Il se sentit infidèle jusqu’au bout des dents.

Elle aima son smoking vert, son col roulé blanc
Et frissonna dans l’hiver en lui souriant.
— Bonsoir, je vais chez Jean-Pierre, près du pont de l’Alma.
— Bonsoir, j’allais chez Madeleine, c’est juste à deux pas.

Et ils allèrent chez Eugène pour y fêter ça.
Sous le sapin de lumière, quand il l’embrassa,
Heureuse, elle se fit légère au creux de son bras.
Au petit jour, ils s’aimèrent près d’un feu de bois.
Joyeux Noël, joyeux Noël !

Mais après une semaine, ce vendredi-là,
Veille de l’année nouvelle, tout recommença :
Il se rendit chez Madeleine, l’air un peu sournois,
Elle se rendit chez Jean-Pierre, un peu tard, ma foi.

Bien sûr, il y eut des scènes près du Pont de l’Alma.
Qu’est-ce que ça pouvait leur faire à ces amants-là,
Eux qu’avaient eu un Noël comme on n’en fait pas ?
Mais il est bien doux quand même de rentrer chez soi,
Après Noël, joyeux Noël !
Barbara (1930-1997). Joyeux Noël (1968).

Barbara (1930-1997)
Barbara, une passion magnifique (2007)
Barbara, une passion magnifique. Éd. BDMusic, 2007.Barbara, une passion magnifique.
Production : France, Nocturne, ℗ 2007.
CD 1 : Concert inédit au Palais de Beaulieu, Lausanne, le 23 janvier 1971.
CD 2 : Barbara à la radio.

2 CD + 1 livret (66 pages) : Éd. BDMusic, © 2007. — ISBN 978-2-84907-576-0.

Elvis Presley • Blue Christmas

23 décembre 2021

Décidément, Noël approche.

Elvis Presley (1935-1977)Blue Christmas. Billy Hayes & Jay W. Johnson, paroles & musique.
Elvis Presley, chant ; Charlie Hodge, Elvis Presley & Scotty Moore, guitare ; D.J. [Dominic Joseph] Fontana, batterie ; Charlie Hodge, voix additionnelle.
Vidéo :
Extrait de l’émission de télévision : Elvis, Steve Binder, réalisation. Enregistrement : Burbank (Californie, États-Unis), NBC studios, juin 1968. Première diffusion : États-Unis, NBC, le 3 décembre 1968. Production : États-Unis, NBC (National Broadcasting Company), 1968.


I’ll have a blue Christmas without you
I’ll be so blue just thinking about you
Decorations of red on a green Christmas tree
Won’t be the same dear, if you’re not here with me

Je passerai un Noël triste sans toi,
Je serai triste, je ne penserai qu’à toi.
Les boules rouges sur le sapin vert
Ne voudront rien dire si tu n’es pas là.

And when those blue snowflakes start falling
That’s when those blue memories start calling
You’ll be doing all right
With your Christmas of white
But I’ll have a blue, blue, blue, blue Christmas

Et quand il commencera à neiger
Mes souvenirs me rendront encore plus triste.
Toi tu auras
Un beau Noël tout blanc
Mais le mien sera triste, triste, triste.

You’ll be doing alright
With your christmas of white
But I’ll have a blue, blue, blue, blue Christmas

Toi tu auras
Un beau Noël tout blanc
Mais le mien sera triste, triste, triste.

You’ll be doing all right
With your Christmas of white
But I’ll have a blue, blue, blue, blue Christmas

Toi tu auras
Un beau Noël tout blanc
Mais le mien sera triste, triste, triste.
Billy Hayes & Jay W. Johnson. Blue Christmas (1948).
.
Billy Hayes & Jay W. Johnson. Triste Noël, traduit de : Blue Christmas (1948) par L. & L.

Le Gange

22 décembre 2021

Il retourne sur le bord du Gange, fait des zigzags. Le soleil est levé et l’on voit son halo couleur de rouille au-dessus des pierres et des palmes. Les fumées des usines s’élèvent droites, une à une. Vers le delta le ciel est si épais que des coups de canon dedans en feraient jaillir de l’huile, pas de vent, les orages privent Calcutta du bonheur que serait ce matin un souffle d’air. Et voici les pèlerins au loin, déjà et encore, les lépreux qui surgissent de la lèpre, hilares, dans leur sempiternelle agonie.
Marguerite Duras (1914-199). Le vice-consul (1966). Gallimard, impr. 2005, ISBN 978-2-07-029844-2. Pages 166-167.

StellaTrempe tes pieds dans le Gange. Stella Zencer, paroles ; Maurice Chorenslup, musique.
Stella, chant ; accompagnement d’orchestre ; Gérard Hugé, direction & arrangements.
France, ℗ 1968.

Quelle irrévérence. On croirait une chanson du dimanche.

José Nunes & Castro Mota • Variações sobre o Fado Lopes

20 décembre 2021

Souvent, au cours d’une session de fado, le ou la fadiste laisse ses accompagnateurs exécuter seuls une pièce instrumentale, une « guitarrada ». Lors des récitals d’Amália Rodrigues auxquels j’ai pu assister, c’était toujours une « guitarrada » qui ouvrait le programme. En voici une, donnée précisément au cours d’un récital d’Amália qui réunissait huit fados alors inédits (Estranha forma de vida, Povo que lavas no rio, Aves agoirentas, etc.), enregistré par la télévision portugaise en 1961. Ces fados ne paraîtraient en disque qu’à partir de l’année suivante, notamment dans le célèbre album dit « du buste » (« Busto »). Les deux instrumentistes du récital télévisé sont ceux de l’album, José Nunes à la guitare portugaise, Castro Mota à la guitare classique.

José Nunes (1916-1979) & Castro MotaVariações sobre o Fado Lopes. Armando Freire (Armandinho) & José Nunes, musique ; Mário José Lopes, thème original.
José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare.
Vidéo :
Extrait de l’émission Amália Rodrigues, Fernando Frazão, réalisation, Fernando Pessa, présentation. Enregistrement : Lisbonne, studios de la RTP, septembre 1961. Première diffusion : Portugal, RTP, 6 octobre 1961. Production : Portugal, Rádio e Televisão de Portugal (RTP), 1961.

Dans une « guitarrada », la guitare portugaise tient généralement le premier rang, la guitare classique jouant le rôle de l’accompagnement. José Nunes (1916-1979), natif de Porto mais installé à Lisbonne depuis l’enfance, était l’un des plus grands joueurs de guitare portugaise du siècle dernier. Héritier de l’art d’Armando Freire, dit Armandinho (1891-1946), il a accompagné nombre de fadistes, au nombre desquels Amália Rodrigues. En raison d’une phobie des voyages en avion, il ne la suivait pas dans ses incessants déplacements à l’étranger de sorte que leur collaboration s’est éteinte d’elle-même.

Le biographe d’Amália, Vítor Pavão dos Santos, tient sur lui des propos assez caustiques dans le livret d’accompagnement de l’album Amália no Chiado (2014), réunissant des enregistrements du début des années 1950 :

Os acompanhadores dessas gravações foram vários. Houve o Jaime Santos, considerado no seu tempo o herdeiro do Armandinho, que era um grande guitarrista, mas bom sobre tudo para guitarradas, tendo feito muito sucesso em Nova Iorque a acompanhar Amália (1952), foi até convidado, nessa altura, para tocar na célebre orquestra de Xavier Cugat, aquela que abrilhantava os filmes musicais da Metro-Goldwyn-Mayer. No entanto, não era tão bom como acompanhador. E era um homem muito vaidoso, isso basta vê-lo nas fotografias, e também não era nada feio, mas tinham até de lhe pedir para tirar os fios e as pulseiras e demais adornos para não fazerem barulho na gravação, tanto ele tilintava.
Vítor Pavão dos Santos, Amália e os seus segredos mais bem escondidos, livret d’accompagnement du CD Amália no Chiado, Edições Valentim de Carvalho, 2014, p. [18-19].

Ces enregistrements ont été réalisés avec plusieurs accompagnateurs. Il y avait Jaime Santos, considéré en son temps comme l’héritier d’Armandinho, qui était un grand guitariste, mais qui excellait surtout dans les « guitarradas ». Ayant eu beaucoup de succès à New York en accompagnant Amália (1952), il fut même invité, à cette époque, à jouer dans le célèbre orchestre de Xavier Cugat, celui des films musicaux de la Metro-Goldwyn-Mayer. Il était moins bon comme accompagnateur. C’était en outre un homme vaniteux — il suffit de le voir sur les photos, il était d’ailleurs plutôt bel homme — et lors des sessions d’enregistrement il fallait le prier d’ôter ses chaînes, bracelets et autres ornements qui tintinnabulaient à qui mieux mieux.

Voici une autre version des Variações sobre o Fado Lopes, par un instrumentiste contemporain qui se situe lui aussi dans la filiation d’Armandinho : José Manuel Neto (né à Lisbonne en 1972).

José Manuel NetoVariações sobre o Fado Lopes. Armando Freire (Armandinho) & José Manuel Neto, musique ; Mário José Lopes, thème original.
José Manuel Neto, guitare portugaise ; [Carlos Manuel Proença, guitare].
Extrait de l’album Tons de Lisboa, José Manuel Neto. Portugal, Museu do Fado Discos, 2016.

La chanson du dimanche

19 décembre 2021

Ne sommes-nous pas, pour ainsi dire, à la veille de Noël ? Il nous faut une chanson mexicaine, une canción ranchera. Celle-ci, Amarga Navidad (« Noël amer »), extrêmement larmoyante, est l’œuvre de l’une des plus grandes vedettes du genre, l’auteur-compositeur-interprète José Alfredo Jiménez (1926-1973). De lui, Amália Rodrigues, qui aimait les rancheras, a enregistré Tu recuerdo y yo dans ses jeunes années. Amarga Navidad est ici chantée par Lucha Villa (née en 1936), autre pointure de la catégorie.

Lucha VillaAmarga Navidad. José Alfredo Jiménez, paroles & musique.
Lucha Villa, chant ; con El Mariachi popular de José Chávez.
Mexique, ℗ 1968.


Acaba de una vez de un solo golpe
¿Por qué quieres matarme poco a poco?
Si va a llegar el día que me abandones
Prefiero, corazón, que sea esta noche


Finis-en vite, d’un seul coup !
Pourquoi vouloir me tuer à petit feu ?
Si tu dois me quitter bientôt,
Mon amour, fais-le ce soir.

Diciembre me gustó pa’ que te vayas
Que sea tu cruel adiós mi Navidad
No quiero comenzar el año nuevo
Con ese mismo amor que me hace tanto mal


Décembre est un bon mois pour que tu partes,
Que ton adieu cruel soit mon Noël.
Je ne veux pas d’une nouvelle année
Avec ce même amour qui me fait si mal.

Y ya después, que pase mucho tiempo
Que estés arrepentido, que tengas mucho miedo
Vas a saber que aquello que dejaste
Fue lo que más quisiste, pero ya no hay remedio


Et puis, qu’il s’écoule beaucoup de temps,
Que tu regrettes, que tu prennes peur.
Tu sauras que ce que tu as quitté
Était ce que tu aimais vraiment, mais ce sera trop tard.
José Alfredo Jiménez (1926-1973). Amarga Navidad.
.
José Alfredo Jiménez (1926-1973). Noël amer, traduit de : Amarga Navidad par L. & L.

Amália Rodrigues • Malmequer pequenino

17 décembre 2021

Aquela mulher pecou
por amor se fez fadista
tão longe o fado a levou
que Deus a perdeu de vista.

Attribué à José André dos Santos (1909-1967). Malmequer pequenino.

Cette femme est une pécheresse,
Par amour elle s’est faite fadiste ;
Si loin l’a menée le fado
Que Dieu l’a perdue de vue !

Vous l’avez remarqué : les jours ont recommencé à augmenter par le soir, du moins ici à Toulouse — ainsi que, je le suppose, dans le reste de l’hémisphère Nord. Pour fêter cette éclatante nouvelle, voici un fado à géométrie variable : ses paroles sont constituées d’une série de quatrains sans lien entre eux, souvent repris de chansons traditionnelles, qui peuvent être agencés dans n’importe quel ordre. On peut en omettre ou en ajouter, les chanter sur toute musique correspondant à leur métrique, etc.

Amália Rodrigues (1920-1999)Malmequer pequenino. Paroles traditionnelles, en partie attribuées à José André dos Santos ; musique attribuée parfois à Filipe Pinto, parfois à Santos Moreira, parfois considérée comme « populaire » (Fado corrido « Lá porque tens cinco pedras »).
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare.
Vidéo :
Production : France, Radiodiffusion-Télévision Française (RTF), [195? ou 196?].


O malmequer pequenino
disse um dia à linda rosa
por te chamarem rainha
não sejas tão orgulhosa!

La marguerite toute petite
Dit un jour à la rose splendide :
Ce n’est pas parce qu’on t’appelle la reine
Que tu dois être aussi fière !

A barra da minha saia
Foi você que ma queimou
Com a ponta do cigarro
Quando comigo dançou.

La bordure de ma jupe,
C’est vous qui l’avez brûlée,
De la pointe de votre cigarette
Quand vous avez dansé avec moi.

O rouxinol fez o ninho
No beiral do meu telhado
Para aprender, coitadinho
Comigo a cantar o fado.

Le rossignol a fait son nid
Dans la gouttière de mon toit
Pour apprendre, le pauvre,
À chanter le fado avec moi.

Papoilas que o vento agita
não me canso de vos ver
há lá coisa mais bonita
que ser simples sem saber!

Coquelicots que le vent agite,
Je ne me lasse pas de vous voir !
Y a-t-il rien de plus beau
Que d’être simple sans le savoir ?
Traditionnel (Portugal). Malmequer pequenino..
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Traditionnel (Portugal). Marguerite toute petite, traduit de : Malmequer pequenino par L. & L.

Malmequer pequenino (« Marguerite toute petite »), un fado rapide, chanté sur une musique de fado corrido (littéralement : « fado couru »), faisait partie du répertoire d’Amália Rodrigues dans la première partie de sa carrière. Sa voix d’alors, fraîche, un peu acidulée, très agile, convenait idéalement à ce type de fado qui requiert avant tout de la virtuosité.

Outre la version ci-dessus, donnée lors d’une émission de la télévision française (remontant probablement à la fin des années 1950 ou au début des années 1960), Amália en a enregistré deux autres en studio, respectivement en 1951 et 1952, sur deux musiques différentes. Chacune des trois versions comporte quatre quatrains, dont seulement deux sont communs à l’ensemble.

Amália Rodrigues (1920-1999)Malmequer pequenino. Paroles traditionnelles, en partie attribuées à José André dos Santos ; musique attribuée parfois à Filipe Pinto, parfois à Santos Moreira, parfois considérée comme « populaire » (Fado corrido « Lá porque tens cinco pedras »).
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Lisbonne (Portugal), Établissements Valentim de Carvalho, 97-99, rua nova do Almada, juin 1951. Première publication : disque 78 t DL 137 Grão de arroz ; Malmequer pequenino, Portugal, Columbia, entre 1953 et 1956.
Extrait de l’album No Chiado / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2014.


O malmequer pequenino
disse um dia à linda rosa
por te chamarem rainha
não sejas tão orgulhosa!

La marguerite toute petite
Dit un jour à la rose splendide :
Ce n’est pas parce qu’on t’appelle la reine
Que tu dois être aussi fière !

Papoilas que o vento agita
não me canso de vos ver
há lá coisa mais bonita
que ser simples sem saber!

Coquelicots que le vent agite,
Je ne me lasse pas de vous voir !
Y a-t-il rien de plus beau
Que d’être simple sans le savoir ?

Ceifeira que andas à calma
No campo, ceifando o trigo,
Ceifa as penas da minh’alma,
Ceifa-as e leva-as contigo.


Faucheuse, toi qui sous la chaleur,
Dans les champs, fauches le blé,
Fauche aussi les peines de mon âme
Fauche-les et emporte-les avec toi !

Aquela mulher pecou
por amor se fez fadista
tão longe o sonho a levou
que Deus a perdeu de vista.


Cette femme est une pécheresse,
Par amour elle s’est faite fadiste ;
Si loin l’a menée le rêve
Que Dieu l’a perdue de vue !
Traditionnel (Portugal) ; strophe 4 attribuées à José André dos Santos (1909-1967). Malmequer pequenino..
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Traditionnel (Portugal) ; strophe 4 attribuées à José André dos Santos (1909-1967). Marguerite toute petite, traduit de : Malmequer pequenino par L. & L.

Amália Rodrigues (1920-1999)Malmequer pequenino. Paroles traditionnelles, en partie attribuées à José André dos Santos ; Ricardo Borges de Sousa, musique (Fado da Idanha).
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Londres (Royaume-Uni), studios d’Abbey Road, 1952. Première publication : [Royaume-Uni?], Columbia, [1952?].
Republié, avec l’ensemble des enregistrements réalisés en 1952 à Londres, dans l’album Abbey Road 1952 / Amália Rodrigues. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2007.


O malmequer pequenino
disse um dia à linda rosa
por te chamarem rainha
não sejas tão orgulhosa!

La marguerite toute petite
Dit un jour à la rose splendide :
Ce n’est pas parce qu’on t’appelle la reine
Que tu dois être aussi fière !

Papoilas que o vento agita
não me canso de vos ver
há lá coisa mais bonita
que ser simples sem saber!

Coquelicots que le vent agite,
Je ne me lasse pas de vous voir !
Y a-t-il rien de plus beau
Que d’être simple sans le savoir ?

Por te amar perdi a Deus
por teu amor me perdi
agora vejo-me só
sem Deus sem amor sem ti

Par amour pour toi j’ai perdu Dieu,
Par amour pour toi je me suis perdue.
Me voici maintenant seule,
Sans Dieu, sans amour, sans toi !

Aquela mulher pecou
por amor se fez fadista
tão longe o fado a levou
que Deus a perdeu de vista.


Cette femme est une pécheresse,
Par amour elle s’est faite fadiste ;
Si loin l’a menée le fado
Que Dieu l’a perdue de vue !
Traditionnel (Portugal) ; strophes 3 et 4 attribuées à José André dos Santos (1909-1967). Malmequer pequenino..
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Traditionnel (Portugal) ; strophes 3 et 4 attribuées à José André dos Santos (1909-1967). Marguerite toute petite, traduit de : Malmequer pequenino par L. & L.