La chanson du dimanche [36]. Quanto sei bella Roma
Anna Magnani, c’est tout.
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Abbasso la ricchezza! (1946). Extrait. Gennaro Righelli, réalisation ; Gennaro Righelli, Vittorio Calvino, Vittorio De Sica, Fabrizio Sarazani, Pietro Solari & Nicola Fausto Neroni, scénario ; Cesare A. Bixio & Felice Montagnini, musique. Titre français : Au diable la richesse !.
Distribution : Anna Magnani (Gioconda Perfetti) ; Vittorio De Sica (Comte Ghirani) ; Laura Gore (Anna, la femme de chambre) ; Virgilio Riento (Don Nicola)…
Production : Italie ; Lux Film, Ora Film, 1946. Sortie : 1946 (Italie) ; 1949 (France).
Chanson :
Anna Magnani (1908-1973) • Quanto sei bella Roma. Enzo Bonagura & Ferrante Alvaro de Torres, paroles ; Cesare Andrea Bixio, musique. Autres titres : Canta se la vuoi cantà ; Gira se la voi girà.
Anna Magnani, chant ; accompagnement d’orchestre. Italie, 1946.
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Quanto sei bella Roma
Quanto sei bella Roma a prima sera
Er Tevere te serve
Er Tevere te serve da cintura
San Pietro e er Campidojo da lettiera
Quanto sei bella Roma
Quanto sei bella Roma a prima sera
Que tu es belle, Rome,
Que tu es belle, Rome, quand la nuit tombe !
Le Tibre te sert
Le Tibre te sert de ceinture,
Ton lit, c’est Saint-Pierre et le Capitole.
Que tu es belle, Rome,
Que tu es belle, Rome, quand la nuit tombe !
Gira se la voi girà
Canta se la voi cantà
Flânes-y si tu veux flâner,
Chante-la si tu veux chanter !
De qua e de là dar fiume
De qua e de là dar fiume
C’è ‘na stella
E tu non poi guardalla
E tu non poi guardalla tanto brilla
E questa è Roma mia
Roma mia bella
De qua e de là dar fiume
De qua e de là dar fiume
C’è ‘na stella
Des deux côtés du fleuve,
Des deux côtés du fleuve
Il y a une étoile
Et elle brille tant
Et elle brille tant que tu ne peux pas la regarder,
La voilà ma Rome à moi,
Rome, ma belle !
Des deux côtés du fleuve,
Des deux côtés du fleuve
Il y a une étoile.
Gira se la voi girà
Canta se la voi cantà
Flânes-y si tu veux flâner,
Chante-la si tu veux chanter !
Enzo Bonagura (1900-1980) & Ferrante Alvaro de Torres (1895-1973). Quanto sei bella Roma (1934), extrait.
.Enzo Bonagura (1900-1980) & Ferrante Alvaro de Torres (1895-1973). Que tu es belle, Rome, extrait, trad. par L. & L. de Quanto sei bella Roma (1934), extrait.
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Le consul de Boston
«Se lo juro, necesito los papeles».
«No», dijo el cónsul de Boston
«antes que nada, una canción».
Y al llegar al ritornello
cayó fulminado en sus brazos.
Al amanecer abandonó la ciudad.« Je vous le jure, j’ai besoin des papiers. »
« Non, dit le consul de Boston
avant toute chose, une chanson. »
Et au moment du refrain
il tomba foudroyé entre ses bras.
Au petit jour il quitta la ville.
Raoul Ruiz (1941-2011). Rusticatio civitati piratarum (extrait), traduit de l’espagnol (Chili) par Irène Gayraud, présenté par Bruno Cuneo, édition bilingue, Nice, Éditions Unes, 2023. ISBN 978-2-87704-266-6.
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Carlos Gardel (1890-1935) • Corazón de papel. Alberto Franco, paroles ; Cátulo Castillo, musique.
Carlos Gardel, chant ; Guillermo Barbieri, José María Aguilar & Ángel Domingo Riverol, guitare.
Première publication : Argentine, [1929?].
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Cuando llegaste al nido, tus ojos soñadores
clavaste en mi muñeca vestida de Pierrot
y alzándola en tus brazos, como una madrecita,
dijiste: « Pobrecita, no tiene corazón ».
Tus manos diligentes hurgaron todo el cuarto
y con un pedacito muy rojo de papel,
un corazón le hiciste, un corazón pequeño,
que clavaste en su pecho con un lindo alfiler.
Quand tu es arrivée, tu as de tes yeux rêveurs
Regardé ma poupée habillée en Pierrot
Et, la levant dans tes bras, tout comme une maman,
Tu as dit : « La pauvre, elle n’a pas de cœur ».
Tes mains diligentes ont fouillé, ont cherché
Et dans un petit bout très rouge de papier
Tu lui confectionnas un cœur, un petit cœur
Que d’une belle épingle tu fixas sur son sein.
Muñequita de trapo
vestida de Pierrot,
nunca tendrá tu pecho,
amores ni ilusión,
nunca podrás vivir
nunca podrás querer,
muñequita de trapo,
corazón de papel.
Ma poupée de chiffon
Habillée en Pierrot,
Tu ne vivras jamais
Ni rêves ni amours,
Jamais tu ne vivras
Jamais tu n’aimeras,
Ma poupée de chiffon
Petit cœur de papier.
Pasaron cuatro meses de sueños y de idilio
y vos, que en ese pecho tenés un corazón,
igual que golondrina volaste hacia otro nido
sin preocuparte nada por lo que atrás quedó.
No importa, pobre cosa de carne pasajera,
te apagarás un día lo mismo que un quinqué
y en cambio mi muñeca será siempre la misma
con su pecho sin alma que hiere un alfiler.
Quatre mois ont passé, de rêves et d’idylle
Et toi, dont la poitrine abrite un cœur qui bat,
Tout comme une hirondelle tu as changé de nid
Sans attention aucune pour ce que tu quittais.
Mais qu’importe, pauvre chose de chair éphémère,
Tu t’éteindras un jour comme une lampe épuisée
Alors que ma poupée restera inchangée,
Avec sa poitrine sans âme blessée par une aiguille.
Muñequita de trapo
vestida de Pierrot,
aunque no tengas alma
te quiero sólo a vos,
pues sé que para siempre
habrás de serme fiel,
muñequita de trapo,
corazón de papel.
Ma poupée de chiffon
Habillée en Pierrot,
Je sais, tu n’as pas d’âme
Mais je n’aime que toi,
Car je sais que toujours
Tu me seras fidèle
Ma poupée de chiffon
Petit cœur de papier.
Alberto Franco (Alberto José Vicente Franco ; 1903-1981). Corazón de papel (1929 ?).
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Alberto Franco (Alberto José Vicente Franco ; 1903-1981). Cœur de papier, trad. par L. & L. de Corazón de papel (1929 ?).
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Fado Súplica. 5. Marta Rosa • Em busca da beleza
Fait suite à :
- Fado Súplica. 1. Mísia • Estátua falsa
- Fado Súplica. 2. Carlos Macedo • Nasci ao pé do teu mundo
- Fado Súplica. 3. Pedro Moutinho • Não disse nada amor
- Fado Súplica. 4. Eu preciso de te ouvir a voz • Beatriz da Conceição, Bela Ensemble
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Ce dernier billet sur le Fado Súplica en présente un emploi vraiment singulier, dû à la fadiste Marta Rosa. Les paroles sont extraites d’un poème de Fernando Pessoa, le chant, très sûr, mené sur un tempo lent, n’étant accompagné que par une contrebasse. Em busca da beleza (« En quête de la beauté ») est l’un des morceaux du premier album de la chanteuse, publié en 2014.
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Marta Rosa (née en 1991) • Em busca da beleza. Fernando Pessoa, paroles ; Armando Machado, musique (Fado Súplica). Les paroles sont extraites du premier poème (sur 6) de Em busca da beleza de Pessoa.
Marta Rosa, chant ; contrebassiste non identifié.
Extrait de l’album Marta Rosa (Discos do Povo ; vol. 16). Portugal, Transformadores, ℗ 2014.
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Da Perfeição segui em vã conquista,
Mas vi depressa, já sem a alma acesa,
Que a própria idéia em nós dessa beleza
Um infinito de nós mesmos dista.
[Da Perfeição segui em vã conquista.]
La Perfection, j’en suivis la vaine conquête,
Mais très vite je vis, l’âme déjà éteinte,
Que l’idée même en nous d’une telle beauté
Se tient, un infini, de nous-mêmes fort loin.
[*La Perfection, j’en suivis la vaine conquête.]
O mar tem fim, o céu talvez o tenha,
Mas não a ânsia da Cousa indefinida
Que o ser indefinida faz tamanha.
[*Que o ser indefinida faz tamanha.
O mar tem fim, o céu talvez o tenha.]
La mer a une fin, lé ciel peut-être aussi,
Mais non l’aspiration à Chose-indéfinie
Qui d’être indéfinie devient immensité.
[*Qui d’être indéfinie devient immensité.
La mer a une fin, lé ciel peut-être aussi]
Adapté de Fernando Pessoa (1888-1935). Em busca da beleza (27 février 1901).
* Ces vers ne sont pas répétés dans le poème original.
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Adapté de Fernando Pessoa (1888-1935). En quête de la beauté, trad. de Em busca da beleza (27 février 1901). Dans : Fernando Pessoa (1888-1935). Œuvres poétiques, édition établie par Patrick Quillier, [traducteurs divers], Gallimard, 2001, Bibliothèque de la Pléiade, 2001, ISBN 2-07-011490-2, p. 1005-1006.
* Ces vers ne sont pas répétés dans le poème original.
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Marta Rosa
Marta Rosa (2014)
Marta Rosa / Marta Rosa, chant ; António Cardoso, guitare portugaise ; João Penedo, guitare, … — Production : Portugal : Cultural Trends Lisbon, ℗ 2014.
(Coleção Discos do Povo : vol. 16).
1 CD : Transformadores, 2014.
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Fado Súplica. 4. Eu preciso de te ouvir a voz • Beatriz da Conceição, Bela Ensemble
Fait suite à :
- Fado Súplica. 1. Mísia • Estátua falsa
- Fado Súplica. 2. Carlos Macedo • Nasci ao pé do teu mundo
- Fado Súplica. 3. Pedro Moutinho • Não disse nada amor
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Autre emploi du Fado Súplica d’Armando Machado : celui qu’en a fait Beatriz da Conceição (1939-2015), l’une des grandes voix du fado au dernier tiers du XXe siècle (pour dire la vérité, je ne suis pas un fervent admirateur de sa manière de chanter ; affaire de goût).
Comme Carlos Macedo elle a retenu pour cette musique un poème de Vasco de Lima Couto (1923-1980). Eu preciso de te ouvir a voz (« J’ai besoin d’entendre ta voix ») est un texte qui, pour moi, n’est pas absolument limpide : j’espère ne pas avoir commis de grave contresens en le traduisant mais je n’en suis pas sûr.
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Beatriz da Conceição (1939-2015) • Eu preciso de te ouvir a voz. Vasco de Lima Couto, paroles ; Armando Machado, musique (Fado Súplica).
Beatriz da Conceição, chant ; ensemble de guitares de José Nunes.
Première publication : disque 45 t Ainda bem que voltaste ; Quem mora naquela rua ; Não digam ao fado ; Eu preciso de te ouvir a voz / Beatriz da Conceição. Portugal, ℗ 1973.
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Não me peças amor, dá-me prazer
Com amizade se o quiseres, mas só
E as palavras caíram sobre o corpo
Como sobre uma estátua, o vento e o pó
Ne me demande pas d’amour, donne-moi du plaisir ;
Et de l’amitié si tu veux, mais c’est tout.
Et les mots tombèrent sur son corps
Comme sur une statue, le vent et la poussière.
Não me peças amor, mas o que é isto
Que nome queres que eu dê à tua idade
Se a carícia que prende a tua mão
Rende e ultrapassa o tempo de amizade
Ne me demande pas d’amour, mais quoi,
Quel nom veux-tu que je donne à ton âge,
Si la caresse qui prend ta main
Excède et abolit le temps de l’amitié ?
Se a tua primavera é meu estado
No caminho da esperança que te exprime
Eu terei a alegria duma hora
Cada vez que o teu corpo se aproxime
Si ton printemps en moi se répand
Sur le chemin de l’espoir que tu es,
J’aurai la grâce d’une heure de joie
Chaque fois que ton corps s’approchera.
E não perguntes mais do que é preciso
Encontrar na distancia que há em nós
Com amor ou sem ele pouco importa
O que eu preciso é de te ouvir a voz
Et ne demande plus ce qu’il faut
Trouver dans la distance qui nous sépare.
Avec ou sans amour, peu me chaut,
Ce dont j’ai besoin c’est d’entendre ta voix.
Vasco de Lima Couto (1923-1980). Eu preciso de te ouvir a voz (1973).
.Vasco de Lima Couto (1923-1980). J’ai besoin d’entendre ta voix, trad. par L. & L. de Eu preciso de te ouvir a voz (1973).
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En contrepoint, voici le même fado (même musique, mêmes paroles) par le Bela Ensemble, une phalange de cinq musiciens constituée en 2017 à la Tasca da Bela, une maison de fados du quartier d’Alfama à Lisbonne, et qui s’auto-promeut ainsi :
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Des fados sur des textes de poètes anciens […] sont ici soigneusement revêtus d’atours musicaux audacieux et contemporains. Authentique musique urbaine portugaise qui s’abreuve à la culture vivante de Lisbonne. Dans ce processus créatif et musical, la charge émotionnelle et poétique de la tradition est le véhicule idéal pour un parti pris d’arrangements nouveaux et de déconstruction du rythme, tout en recherchant le point de convergence entre tradition et expérimentation. Le Bela Ensemble parie sur un mélange subtil de rythmes et de balancements issus d’autres latitudes, avec une sensibilité particulière aux musiques du monde et notamment à des genres tels que le flamenco, la musique afro-latine (de Cuba et du Pérou surtout), la samba traditionnelle brésilienne, de même qu’au rock, au metal et à la musique progressive.
Bela Ensemble. About Bela, traduction L. & L. Dans : Bela Ensemble (site Internet), consulté le 12 novembre 2023.
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En effet : à l’image de projets comme ceux de Stereossauro (avec Gisela João ou Camané) et de Raül Refree (avec Lina Rodrigues), l’ensemble Bela associe à une instrumentation et des arrangements éloignés de ceux du fado classique une partie vocale des plus traditionnelles. Dans la vidéo que voici, on entend même dans l’interprétation de la chanteuse (la fadiste Ana Margarida, qui poursuit par ailleurs une carrière de soliste) l’écho du phrasé de Beatriz da Conceição.
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Bela Ensemble • Eu preciso de te ouvir a voz. Vasco de Lima Couto, paroles ; Armando Machado, musique (Fado Súplica).
Bela Ensemble (Ana Margarida, chant ; Otto Pereira, violon ; Rafael Brides, guitare 7 cordes ; João Penedo, contrebasse ; Carlos Mil-Homens, percussions & direction musicale).
Vidéo : pas d’information. 2019 (mise en ligne).
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Fado Súplica. 3. Pedro Moutinho • Não disse nada amor
Fait suite à :
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Pedro Moutinho, le petit frère de Camané et de Hélder Moutinho, s’est intéressé au Fado Súplica pour son deuxième album, Encontro (2006). En entendant ce chant très libre, cette voix presque sotto voce à rebours de la tradition, le jeu des guitares dans lequel se perçoit la tentation du jazz, aussi ténue soit-elle, on sent qu’on a changé d’époque, même par rapport à Mísia, dont la version du Fado Súplica n’est antérieure à celle-ci que de onze ans.
Le poème choisi par Pedro Moutinho, Não disse nada amor (« Je n’ai rien dit mon amour »), est du grand romancier António Lobo Antunes, qui a parfois répondu à la sollicitation de telle ou tel fadiste (Kátia Guerreiro en particulier). Não disse nada amor a connu un premier emploi sur une musique composée exprès pour un enregistrement d’un autre chanteur, Paulo Penim, en 2003, mais sa métrique convient parfaitement au Fado Súplica.
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Pedro Moutinho (né en 1976) • Não disse nada amor. António Lobo Antunes, paroles ; Armando Machado, musique (Fado Súplica).
Pedro Moutinho, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare ; Daniel Pinto, basse acoustique.
Extrait de l’album Encontro / Pedro Moutinho. Portugal, ℗ 2006.
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Não disse nada amor, não disse nada
Foi o rio que falou com a minha voz
A dizer que era noite e é madrugada
A dizer que eras tu e somos nós
Je n’ai rien dit mon amour, je n’ai rien dit.
C’était le fleuve qui parlait avec ma voix.
Il disait qu’il faisait nuit, mais le jour se lève ;
Il disait que c’était toi, mais c’est nous.
A dizer os mil rostos de Lisboa
Ao longo do teu rosto, se te beijo
À luz de um pombo, chamo Madragoa
E Bairro Alto ao mar, se te desejo
Il disait les mille visages de Lisbonne
Le long de ton visage, si je t’embrasse.
À la lumière d’un ramier, j’appelle Madragoa
Et sur le rivage, le Bairro alto, si je te désire.
Não disse nada amor, juro, calei-me
Foi uma voz que ao longe se perdeu
Cuidei que era Lisboa e enganei-me
Pensei que éramos dois e sou só eu
Je n’ai rien dit mon amour, je le jure.
C’était une voix qui s’est perdue au loin.
J’ai cru que c’était Lisbonne, je me trompais.
Je pensais que nous étions deux et je suis seul.
António Lobo Antunes (né en 1942). Não disse nada amor (2002).
António Lobo Antunes (né en 1942). Je n’ai rien dit, mon amour, trad. par L. & L. de Não disse nada amor (2002).
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Fado Súplica. 2. Carlos Macedo • Nasci ao pé do teu mundo
- Fait suite à : Fado Súplica. 1. Mísia • Estátua falsa
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Nasci ao pé do teu mundo (« Je suis né auprès de ton monde ») est l’une des plus anciennes manifestations du Fado Súplica que j’aie pu trouver : elle remonte à 1977 (son compositeur, Armando Machado, étant mort en 1974).
Le poème est de Vasco de Lima Couto (1923-1980), homme de théâtre, sans aucun doute l’un des meilleurs paroliers du fado des années 1960 et 1970. On lui doit par exemple, entre bien d’autres œuvres, Noite, popularisée par Beatriz da Conceição et, pour Amália, le déchirant Disse-te adeus e morri.
Le chanteur Carlos Macedo était aussi compositeur et instrumentiste : il a longtemps accompagné Maria da Fé et d’autres fadistes à la guitare portugaise. Son interprétation de Nasci ao pé do teu mundo, très classique et bien menée, reste assez prosaïque.
- Attention : dans la vignette Youtube ci-dessous, la bande-son se grippe pendant quelques secondes à la deuxième strophe.
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Carlos Macedo (né en 1946) • Nasci ao pé do teu mundo. Vasco de Lima Couto, paroles ; Armando Machado, musique (Fado Súplica).
Carlos Macedo, chant ; instrumentistes non identifiés.
Première publication : disque 45 t À beira mar ; Ai a noite é tão pequena ; O tempo que me acordou ; Nasci ao pé do teu mundo / Carlos Macedo. Portugal, Alvorada, ℗ 1977.
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Vou dar-te aquele tempo de criança
Que tem vontade de gritar às aves
Para voar aquela doce esperança
Que não conhece as horas que são graves
Je te donnerai ce temps de l’enfance
Qui veut crier vers les oiseaux
Et pour voler, cette douce espérance
Qui ne sait rien des heures qui sont graves.
Vou dar-te a minha infância sem medida
Primeiro passo dos regaços quentes
As praias que eu amava de escondida
Onde enterrava o corpo das sementes
Je te donnerai mon enfance de démesure,
Premiers pas hors des tièdes girons
Et les plages que j’aimais en secret,
Où j’allais enterrer le corps des semences.
Vou dar-te a geração do palco frio
Onde inventei o meu total deserto
De correr o meu corpo em desafio
E a minha boca a soluçar mais perto
Je te donnerai la génération froide de la scène
Là où j’ai inventé mon désert absolu
Et où mon corps courait comme en défi,
Où ma bouche sanglotait plus proche.
E vou dar-te este canto que é já triste
Mas que ultrapassa ainda a maresia
Para saberes que o meu amor existe
No teu amor onde nasci um dia
Et je te donnerai ce chant désormais triste,
Qui se projette encore au-delà des embruns,
Pour que tu saches que mon amour existe
En ton amour où je naquis un jour.Vasco de Lima Couto (1923-1980). Nasci ao pé do teu mundo (1977 ?).
.Vasco de Lima Couto (1923-1980). Je suis né auprès de ton monde, trad. par L. & L. de Nasci ao pé do teu mundo (1977 ?).
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Fado Súplica. 1. Mísia • Estátua falsa
Fado Súplica (Fado « Supplique ») est une pièce de musique composée par Armando Machado (1899-1974), guitariste (de guitare espagnole, non de guitare portugaise) et fondateur de l’Adega Machado, l’une des premières maisons de fado à s’être établie dans le Bairro alto de Lisbonne ; elle est toujours en activité.
Je n’ai rien trouvé ni sur l’origine du nom de ce fado, ni sur sa date de composition. En voici une interprétation donnée en 1995 par Arménio de Melo (guitare portugaise) et José Maria Nóbrega (guitare).
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Arménio de Melo & José Maria Nóbrega • Fado Súplica. Armando Machado, musique.
Arménio de Melo, guitare portugaise ; José Maria Nóbrega, guitare.
Extrait de l’album Lisboa cidade de fado. Vol. III. Portugal, Estoril, ℗ 1995.
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C’est une belle mélodie qui conviendrait en effet à une « supplique » et qui a été assez souvent employée par les artisans de la renaissance du Fado, à partir des années 1990. Dans son album Garras dos sentidos (1998), Mísia a choisi pour cette musique un poème de Mário de Sá-Carneiro (1890-1916), auteur pessimiste et mélancolique, suicidé à Paris à l’âge de 25 ans. Il était un ami proche de Fernando Pessoa, avec qui il a fondé la célèbre revue littéraire Orpheu. Estátua falsa (« Statue fausse », daté de mai 1913) est un autoportrait sombre et dépressif. Mísia a dédié ce fado à Pedro Almodóvar — nul ne sait s’il aura été sensible à cet hommage.
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Mísia (née en 1955) • Estátua falsa. Poème de Mário de Sá-Carneiro ; Armando Machado, musique (Fado Súplica).
Mísia, chant ; Custódio Castelo, guitare portugaise ; António Pinto, Carlos Manuel Proença & José Moz Carrapa, guitare ; Marino Freitas, basse acoustique ; Manuel Rocha, violon ; Ricardo Dias, accordéon & arrangement.
Enregistrement ; Lisbonne, studios Xangrilá, octobre 1997.
Extrait de l’album Garras dos sentidos / Mísia. France, Erato Disques, ℗ 1998.
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Só de ouro falso os meus olhos se douram;
Sou esfinge sem mistério no poente.
A tristeza das coisas que não foram
Na minh’alma desceu veladamente.
Mes yeux ne se dorent que d’un or faux ;
Je suis sphinx sans mystère tourné vers le couchant.
La tristesse de ce qui n’a pas été
Furtivement dans mon âme est descendue.
Na minha dor quebram-se espadas de ânsia,
Gomos de luz em treva se misturam.
As sombras que eu dimano não perduram,
Como Ontem, para mim, Hoje é distância.
Sur ma douleur se brisent des épées de tourment,
Des bourgeons de lumière se fondent en ténèbres.
Les ombres que je produis ne durent pas longtemps,
Pour moi, tout comme Hier Aujourd’hui est lointain.
Já não estremeço em face do segredo;
Nada me aloira já, nada me aterra:
A vida corre sobre mim em guerra,
E nem sequer um arrepio de medo!
Face au secret je ne sais plus frémir ;
Plus rien ne m’émerveille et plus rien ne m’atterre :
La vie passe sur moi en guerre,
Et pas même un frisson d’effroi !
Sou estrela ébria que perdeu os céus,
Sereia louca que deixou o mar;
Sou templo prestes a ruir sem deus,
Estátua falsa ainda erguida ao ar…
Je suis étoile saoule égarée hors des cieux,
Sirène folle ayant quitté la mer ;
Temple sans dieu sur le point de se rompre,
Une statue fausse pourtant encore dressée.
Mário de Sá-Carneiro (1890-1916). Estátua falsa. Extrait de Dispersão (1913, écriture ; 1914, 1ère publication).
.Mário de Sá-Carneiro (1890-1916). Statue fausse, trad. par L. & L. de Estátua falsa. Extrait de Dispersão (1913, écriture ; 1914, 1ère publication).
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La chanson du dimanche [34]. Veinte años
J’ai mis le morceau que j’écoutais dix fois par jour depuis des semaines.
« Con qué tristeza miramos un amor que se nos va. »
J’ai pensé que l’espagnol disait les choses plus justement que le français : pas seulement un amour qui s’en va – un amour qui s’en va de nous. « Un amor que se nos va », comme pour mieux dire cette amputation que je sentais en moi.
Sylvain Prudhomme (né en 1979). L’enfant dans le taxi (2023). Paris, Les Éditions de Minuit, 2023, ISBN 978-2-7073-4910-1. P. 166.
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María Teresa Vera (1895-1965) • Veinte años. María Teresa Vera, paroles & musique.
María Teresa Vera, chant ; Nené Allué y su Conjunto, ensemble instrumental et vocal.
Première publication dans l’album María Teresa Vera y sus canciones / María Teresa Vera. Cuba, ℗ 1956.
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¿Qué te importa que te ame?
Si tú no me quieres ya
El amor que ya ha pasado
No se debe recordar
Que t’importe que je t’aime
Si toi tu ne m’aimes plus ?
L’amour qui s’est épuisé,
Il ne faut plus y penser.
Fui la ilusión de tu vida
Un día lejano ya
Hoy represento el pasado
No me puedo conformar
J’ai été la joie de ta vie
Il y a déjà bien longtemps.
Je ne suis plus que ton passé
Et je ne peux m’y résigner.
Si las cosas que uno quiere
Se pudieran alcanzar
Tú me quisieras lo mismo
Que veinte años atrás
Si on pouvait dans la vie
Obtenir ce que l’on veut
Tu m’aimerais aujourd’hui
Tout comme il y a vingt ans.
Con qué tristeza miramos
Un amor que se nos va
Es un pedazo del alma
Que se arranca sin piedad
Avec quelle tristesse on assiste
À la désertion de l’amour,
Arrachement implacable
D’un quartier de notre âme !María Teresa Vera (1895-1965). Veinte años (vers 1935).
.María Teresa Vera (1895-1965). Vingt ans, trad. par L. & L. de Veinte años (vers 1935).
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La chanson du dimanche [33]. Where or when
Sonorités automnales : la voix de l’élégant Bryan Ferry mêlée aux ondes Martenot et au quatuor à cordes. Une chanson indécise.
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Bryan Ferry (né en 1945) • Where or when. Lorenz Hart, paroles ; Richard Rodgers, musique. De la comédie musicale Babes in arms (1937), Rodgers & Hart, livret ; Richard Rodgers, musique ; Lorenz Hart, paroles des chansons.
Bryan Ferry, chant ; Dave Woodcock & Gavyn Wright, violon ; Philip Dukes, alto ; Anthony Pleeth, violoncelle ; Chris Laurence, basse ; Hugh Webb, harpe ; Colin Good, piano ; Cynthia Millar, ondes Martenot.
Enregistrement : Londres (Royaume-Uni), Lansdowne Studios.
Extrait de l’album As time goes by / Bryan Ferry. ℗ 1999 (première publication).
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It seems we stood and talked like this before
We looked at each other in the same way then
But I can’t remember where or when
Il me semble que nous avons déjà conversé ainsi.
Nous nous regardions de cette même façon,
Mais je ne sais plus ni où, ni quand.
The clothes you’re wearing are the clothes you wore
The smile you are smiling you were smiling then
But I can’t remember where or when
Ces vêtements, vous les portiez déjà alors,
Votre sourire d’aujourd’hui est votre sourire d’alors,
Mais je ne sais plus ni où, ni quand.
Some things that happened for the first time
Seem to be happening again
Voici que ce qui s’est produit une première fois
Semble se produire à nouveau.
And so it seems that we have met before
And laughed before, and loved before
But who knows where or when
Il semble que nous nous sommes déjà rencontrés,
Que nous avons ri, que nous nous sommes aimés,
Mais qui sait où, et quand.
Lorenz Hart (1895–1943). Where or when, de la comédie musicale Babes in arms (1937).
.Lorenz Hart (1895–1943). Ni où ni quand, trad. par L. & L. de Where or when, de la comédie musicale Babes in arms (1937).
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Octobre

Église Notre-Dame-de-l’Assomption, Montgeard (Haute-Garonne, Occitanie, France), 2023.
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De amor nada mais resta que um Outubro
e quanto mais amada mais desisto:
quanto mais tu me despes mais me cubro
e quanto mais me escondo mais me avisto.
De l’amour il ne reste qu’un octobre
Et plus je suis aimée et plus je me retire :
Plus tu me déshabilles, plus je me couvre
Et plus je me cache et plus je me découvre.
E sei que mais te enleio e te deslumbro
porque se mais me ofusco mais existo.
Por dentro me ilumino, sol oculto,
por fora te ajoelho, corpo místico.
Plus je te déroute et plus je t’émerveille
Car plus je suis obscure et plus je suis en vie.
Au-dedans je m’illumine, soleil occulte,
Au-dehors je te soumets, corps mystique.
Não me acordes. Estou morta na quermesse
dos teus beijos. Etérea, a minha espécie
nem teus zelos amantes a demovem.
Ne m’éveille pas. Je meurs dans la braderie
De tes baisers. Éthérée, mon espèce
Ne peut être ébranlée par ton amour jaloux.
Mas quanto mais em nuvem me desfaço
mais de terra e de fogo é o abraço
com que na carne queres reter-me jovem.
Mais plus en des nuées je me dissous
Et plus l’étreinte, par laquelle tu prétends
Garder jeune ma chair, est de terre et de feu.
Natália Correia (1923-1993). De amor nada mais resta que um Outubro, dans : O Sol nas noites e o Luar nos dias (1993).
.Natália Correia (1923-1993). De l’amour il ne reste qu’un octobre, trad. par L. & L. de De amor nada mais resta que um Outubro, dans : O Sol nas noites e o Luar nos dias (1993).
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