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Noite | Beatriz da Conceição, Marco Rodrigues, Carlos do Carmo, Max

28 janvier 2019

Noite
Companheira dos meus gritos
Rio de sonhos aflitos
Das aves que abandonei
Noite
Céu dos meus casos perdidos
Vêm de longe os sentidos
Nas canções que eu entreguei
Vasco de Lima Couto (1923-1980). Noite (1974).

Nuit
Compagne de mes cris
Fleuve de rêves navrés
Des oiseaux que j’ai abandonnés
Nuit
Ciel de mes batailles perdues
Elles viennent de loin les émotions
Dont sont faites mes chansons.

L’auteur des paroles de Noite (« Nuit »), Vasco de Lima Couto (1923-1980), a mené une longue carrière d’acteur de théâtre avant de se passionner pour l’écriture de poèmes destinés au fado et de s’immerger dans l’univers nocturne de l’activité fadiste.

Noite est un hommage à cette nuit-là, qui tient à distance les contraintes, la fadeur, la mesquinerie de la vie ordinaire. La nuit, tout est plus fort, plus pénétrant : amours, parfums, amertumes, désastres.

La langue même de la nuit ne semble pas observer les conventions de la conversation diurne : les mots employés dans ce fado diffèrent selon les versions chantées par tel ou tel fadiste. « Trago rugas nos meus dedos » pour les uns (« J’ai des rides plein les doigts »), « Trago ruas nos meus dedos » pour d’autres (« J’ai des rues plein les doigts ») ; « guardarem os segredos » (« garder les secrets ») ou « contarem os segredos » (« conter les secrets ») ; « fontes do amor » (« sources de l’amour ») ou « pontes do amor » (« ponts de l’amour »). Il n’est pas facile de citer les paroles de ce curieux et très beau fado et encore moins de les traduire.

La musique de Noite est de Max (pseudonyme de Maximiano de Sousa), qui en a enregistré la première version en 1974, en même temps que Pomba branca, des mêmes auteurs.

Bien qu’il s’agisse davantage d’une chanson que d’un fado, Noite a été repris par bon nombre de fadistes. Par exemple Beatriz da Conceição, qui en a réalisé un enregistrement studio. La voici captée sur le vif, tard dans sa carrière, psalmodiant presque, dans une sorte de sprechgesang, plus qu’elle ne chante :


Beatriz da Conceição (1939-2015) | Noite. Vasco de Lima Couto, paroles ; Max [Maximiano de Sousa], musique
Beatriz da Conceição, chant ; instrumentistes non identifiés.
Vidéo : Jaume Coy. Captation : Lisbonne (Portugal), Tasca do Chico, mars 2012.

On aura une idée plus précise de la mélodie de Noite avec la version publiée en 2015 par Marco Rodrigues. On ne peut pas dire qu’il fasse rêver, avec son allure de représentant de commerce qui connaît les restaurants où on peut se resservir d’estufado et d’iscas de bacalhau. Son interprétation de Noite, quoique parfaitement exécutée, en paraît un peu singulière :

Marco Rodrigues | Noite. Vasco de Lima Couto, paroles ; Max [Maximiano de Sousa], musique
Marco Rodrigues, chant ; Ângelo Freire, guitare portugaise ; guitare et basse acoustique non identifiées. Extrait de l’album Fados do fado / Marco Rodrigues. Portugal : Universal Music Portugal, ℗ 2015.
Vidéo : Lionel Balteiro, réalisation. Production : Mínima Ideia. Portugal, 2015.
Captation : Ginjal Terrasse, Almada (Portugal).

Une troisième version pour faire bonne mesure, celle de Carlos do Carmo, captée par la télévision portugaise dans les années 1980. Elle est précédée d’un long hommage du fadiste à Max, le compositeur de Noite (disparu en mai 1980). Le fado lui-même commence vers 1 min 30. Il souffre d’un arrangement instrumental chargé et de l’ajout d’un intermède dansé des plus insolites.

Carlos do Carmo | Noite. Vasco de Lima Couto, paroles ; Max [Maximiano de Sousa], musique.
Carlos do Carmo, chant ; instrumentistes non identifiés.
Production : RTP [Rádio e Televisão de Portugal], Portugal, années 1980.

Sou da noite um filho noite
Trago ruas nos meus dedos
De guardarem os segredos
Das altas pontes do amor

J’appartiens à la nuit, je suis fils de la nuit
J’ai des rues plein les doigts
À force d’y serrer les secrets
Des grands ponts de l’amour
E canto porque é preciso
Raiar a dor que me impele
E gravar na minha pele
As fontes da minha dor

Et je chante parce qu’il faut
Que rayonne la douleur qui m’anime
Et que dans ma peau s’imprime
Les sources d’où coule mon mal.
Noite,
Companheira dos meus gritos
Rio de sonhos aflitos
Das aves que abandonei
Noite,
Céu dos meus casos perdidos
Vêm de longe os sentidos
Nas canções que eu entreguei

Nuit
Compagne de mes cris
Fleuve de rêves navrés
Des oiseaux que j’ai abandonnés
Nuit
Ciel de mes batailles perdues
Elles viennent de loin les émotions
Dont sont faites mes chansons.
Oh minha mãe de arvoredos
Que penteias a saudade
Com que vi a humanidade
A minha voz soluçar

Oh ma mère forêt
Toi qui démêles la saudade
À travers laquelle j’ai vu
L’humanité pleurer dans ma voix.
Dei-te um corpo de segredos
Onde arrisquei minha mágoa
E onde bebi essa água
Que se prendia no ar

Je t’ai donné un corps de secrets
Sur lequel j’ai misé ma peine
Et d’où j’ai bu cette eau
Qui se cueillait dans l’air.

Vasco de Lima Couto (1923-1980).
Noite
.
Vasco de Lima Couto (1923-1980).
Nuit
, traduit de : Noite par L. & L.

Voici enfin la version originale, celle créée par le compositeur lui-même, Max :

Max (1918-1980) | Noite. Vasco de Lima Couto, paroles ; Maximiano de Sousa, musique.
Max, chant ; Orquestra de Jorge Machado ; Jorge Machado, arrangements et direction.
Portugal, 1974.

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