Amália Rodrigues • Nem às paredes confesso
Lorsque j’ai commencé à me passionner pour Amália Rodrigues – en 1979 –, je me suis mis à me procurer ses disques. Je ne les choisissais pas, je piochais dans les bacs de la Fnac au petit bonheur, ignorant tout de sa discographie. Très tôt (je crois que c’était mon deuxième prélèvement) j’ai acheté ensemble, dans des éditions américaines du label Monitor, le récital enregistré à l’Olympia en 1956 et Com que voz, l’album de 1970. Quel choc, ce Com que voz ! À tel point que j’ai un peu négligé alors le récital de l’Olympia, austère et singulier. Moins de 13 ans les séparent (Com que voz a été enregistré dans les premiers jours de 1969) : on croirait qu’un siècle est passé entre les deux.
Que connaissait Amália de la France en 1956 ? De la langue elle ne savait rien, ou quelques bribes : « Merci », « Merci beaucoup », c’est tout. En scène elle ne pouvait rien dire en guise d’introduction aux morceaux de son répertoire. Presque muette, elle se contentait d’en annoncer le titre : « Nem às paredes confesso, um fado ». Elle n’était accompagnée que de deux instrumentistes, vêtus de noir, respectivement armés d’une guitare et de cet instrument insolite, pour ainsi dire inconnu : la guitare portugaise. Elle, dans une longue robe noire, chevelure noire, peau presque blanche à cause des projecteurs, lèvres rouges, immobile, étrangère – comme ce chant, le fado, et cette langue inouïe, indéchiffrable. Le portugais était alors aussi peu répandu en France que le tchèque ou le finnois. Or le public de l’Olympia – qui venait écouter soit Joséphine Baker, les Compagnons de la Chanson ou Fernand Raynaud, car Amália, qui débutait en France, ne passait alors qu’en première partie – était fasciné par la radicalité de cette épure, par sa beauté. Moins d’un an plus tard, Amália revenait à l’Olympia en vedette.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Nem às paredes confesso. Artur Ribeiro & Max (Maximiano de Sousa), paroles ; Ferrer Trindade, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement public : Paris, Olympia, avril ou mai 1956.
Première publication dans l’album Amalia à l’Olympia. France, Columbia, ℗ 1957.
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Não queiras gostar de mim
Sem que eu te peça,
Nem me dês nada que ao fim
Eu não mereça
Vê se me deitas depois
Culpas no rosto
Isto é sincero
Porque não quero
Dar-te um desgosto
Ne cherche pas à m’aimer
Sans que je te le demande
Et ne me donne rien
Que je n’aie vraiment mérité
En venant ensuite
Me le reprocher.
Je suis sincère,
Je ne veux pas
Te décevoir.
De quem eu gosto,
Nem às paredes confesso
E até aposto
Que não gosto de ninguém
Podes sorrir,
Podes mentir,
Podes chorar também,
De quem eu gosto,
Nem às paredes confesso
Si j’aime quelqu’un,
Même aux murs je ne dis pas son nom
Je parie même
Que je n’aime personne.
Tu peux sourire,
Tu peux mentir,
Tu peux même pleurer,
Si j’aime quelqu’un,
Même aux murs je ne dis pas son nom.
Quem sabe se te esqueci
Ou se te quero?
Quem sabe até se é por ti
Por quem eu espero?
Se eu gosto ou não afinal,
Isso é comigo
Mesmo que penses
Que me convences,
Nada te digo
Est-ce que je t’ai oublié ?
Est-ce que je t’aime ?
Qui sait même si tu es
Celui que j’attends ?
Que je t’aime ou non, au fond,
C’est mon affaire.
Même si tu penses
Pouvoir m’en convaincre,
Je ne te dirai rien.
De quem eu gosto,
Nem às paredes confesso
E até aposto
Que não gosto de ninguém
Podes rogar,
Podes chorar,
Podes sorrir também,
De quem eu gosto,
Nem às paredes confesso
Si j’aime quelqu’un,
Même aux murs je ne dis pas son nom
Je parie même
Que je n’aime personne.
Tu peux prier,
Tu peux pleurer,
Tu peux même sourire,
Si j’aime quelqu’un,
Même aux murs je ne dis pas son nom.
… … Artur Ribeiro (1924-1982) & Max (Maximiano de Sousa ; 1918-1980). Nem às paredes confesso (1954).
Artur Ribeiro (1924-1982) & Max (Maximiano de Sousa ; 1918-1980). Même aux murs je ne dis pas son nom, traduit de : Nem às paredes confesso (1954), par L. & L.
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À ma connaissance, il existe trois enregistrements différents de Nem às paredes confesso : celui de l’Olympia, le plus beau selon moi, une autre captation publique, assez vilaine, réalisée à Rio de Janeiro en 1972 et, entre les deux, une version de studio enregistrée en 1967 lors des sessions dont est issu l’album Fados 67 publié la même année. Nem às paredes confesso n’en fait pas partie. Ce n’est qu’en 1985, dans une compilation intitulée O melhor de Amália, volume II qu’elle a été publiée pour la première fois. On peut comprendre qu’elle n’ait pas été retenue pour l’album original : bien qu’excellente, elle n’a pas la beauté de celle, fiévreuse, mystérieuse et magique, de l’Olympia.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Nem às paredes confesso. Artur Ribeiro & Max (Maximiano de Sousa), paroles ; Ferrer Trindade, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1967.
Première publication dans l’album O melhor de Amália, volume II : Tudo isto é fado. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 1985.
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Nem às paredes confesso est une création de Tristão da Silva (1927-1978), qui l’a enregistré en 1954 avec orchestre en faisant ressortir son rythme de tango et en l’exécutant comme tel.
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Tristão da Silva (1927-1978) • Nem às paredes confesso. Artur Ribeiro & Max (Maximiano de Sousa), paroles ; Ferrer Trindade, musique.
Tristão da Silva, chant ; Orquestra Estoril ; Belo Marques, direction.
Première publication : disque 78t Nem às paredes confesso ; Maria Morena / Tristão da Silva. Portugal, Discos Estoril ℗ 1954.
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Bien sûr. Il ne faut pas négliger, pour l’Olympia, la fierté « retrouvée » de l’émigration portugaise de voir une grande figure de la chanson portugaise reconnue par sa programmation dans le music hall parisien à une époque où celui-ci assurait la célébrité des artistes. Puis le disque fit son oeuvre. Il existe un programme de recherche académique sur cette période « EXIMUS » pour exil et musique très intéressant. A vous.