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O marujo português

1 décembre 2020

José de Almada Negreiros (1893-1970). Bar de Marinheiros (1929). Lisbonne, Museu Calouste Gulbenkian
José de Almada Negreiros (1893-1970). Bar de marinheiros (« Bar à marins » ; 1929). Lisbonne, Museu Calouste Gulbenkian

Quand il passe, le matelot portugais
Ne marche pas : il danse, comme goûtant encore la saveur des marées
Et quand il se déhanche, il sait si bien jouer de son pas chaloupé
Qu’on pourrait prendre son corps pour une barque.
[…]
Chaque fois que passe le matelot portugais,
C’est la mer qui passe, dans une menace de marées de tendresse.
João Linhares Barbosa (1893-1965). Le matelot portugais traduit de : O marujo português par L. & L.

João Linhares Barbosa (1893-1965) a été, des années 1910 jusqu’à sa mort, l’un des plus prolifiques paroliers de fados — grand pourvoyeur de textes pour Amália Rodrigues notamment. Dans les années 1930, alors que le fado était voué aux gémonies par le nouveau régime salazariste, il était aussi l’un de ses plus ardents défenseurs, à travers Guitarra de Portugal, un bimensuel qu’il fonde en 1922 et dont il restera directeur jusqu’en 1947. Il était homosexuel et certains de ses textes exhalent un érotisme des plus rafraîchissants. C’est le cas de O marujo português, créé par Amália, qui célèbre le sex appeal du « matelot portugais » sur une musique d’Artur Ribeiro — employée par ailleurs pour A Rosinha dos limões, une chanson beaucoup plus fleur-bleue dédiée à une marchande de citrons.

Amália Rodrigues (1920-1999)O marujo português. Linhares Barbosa, paroles ; Artur Ribeiro, musique (Fado Marujo).
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Cararinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare classique. 1952.


Quando ele passa,
O marujo português
Não anda, passa a bailar,
Como ao sabor das marés.
Quando se ginga,
Põe tal jeito, faz tal proa
Só para que se não distinga
Se é corpo humano ou canoa

Quand il passe,
Le matelot portugais
Ne marche pas, il danse,
Comme s’il se souvenait du goût des marées.
Et quand il se déhanche,
Il sait si bien jouer de son pas chaloupé
Qu’on pourrait prendre
Son corps pour une barque.

Chega a Lisboa,
Salta do barco e num salto
Vai parar à Madragoa
Ou então ao Bairro Alto
Entra em Alfama
E faz de Alfama o convés
Há sempre um Vasco da Gama
No marujo português

À peine arrivé à Lisbonne
Il bondit
Vers Madragoa
Ou jusqu’au Bairro Alto,
Entre dans Alfama
Dont il fait le pont d’un navire ;
Il y a un Vasco de Gama
Dans chaque matelot portugais.

Quando ele passa
Com seu alcache vistoso
Tráz sempre pedras de sal
No olhar malicioso
Põe com malícia
A sua boina maruja
Mas se inventa uma carícia,
Não há mulher que lhe fuja

Quand il passe,
Orné de son grand col marin,
Avec son regard coquin
Où s’attarde un peu de sel,
Il porte avec malice
Son bonnet de marin.
Mais s’il invente une caresse,
Pas une femme ne lui résiste.

Uma madeixa
De cabelo descomposta
Pode até ser a fateixa
De que uma varina gosta
Sempre que passa,
O marujo português
Passa o mar numa ameaça
De carinhosas marés.

Une mèche
De cheveux défaits
Pourrait être le grappin
Auquel se prendra une « varina* ».
Chaque fois que passe
Le matelot portugais,
C’est la mer qui passe, dans une menace
De marées de tendresse.
João Linhares Barbosa (1893-1965). O marujo português
.
.
.
João Linhares Barbosa (1893-1965). Le matelot portugais traduit de : O marujo português par L. & L.
*Varina : ancienne vendeuse de rue à Lisbonne. Les varinas vendaient du poisson qu’elles portaient dans une vaste panière posée sur la tête.

Pour la petite histoire, Linhares Barbosa, comme tout le monde, était au courant des rumeurs qui circulaient sur la nature des relations entre l’ex-roi Humbert II d’Italie et Amália :

Era um assunto tão falado, que o Linhares Barbosa fez uma quadra, com muita piada, em que dizia: A Amália é tão boa rapariga, que nem se nota que traz o rei na barriga. Porque diziam que eu ia ter um filho do rei.
Vítor Pavão dos Santos & Amália Rodrigues (1920-1999). Amália : uma biografia. Portugal, Contexto, 1987. P. 89.
Pavão dos Santos. p. .

C’était un tel sujet de bavardages que Linhares Barbosa en a fait un quatrain, plein d’humour, qui disait : « Amália est une si gentille fille, qu’on ne remarque même pas qu’elle a le roi dans le ventre. » Parce qu’on disait que le roi m’avait fait un enfant.

Voilà ce que confiait Amália à son biographe, en 1987. Ce qui est amusant, c’est que Humbert — exilé au Portugal à la suite du référendum constitutionnel de 1946 par lequel les Italiens se prononcent pour la République —, était, selon plusieurs sources, homosexuel.

« Houve sempre boatos sobre [Amália] », assevera o gestor cultural José Manuel dos Santos, que a conheceu no final da ditatura. « O mais absurdo era o de ser amante do rei Humberto. O homem era completamente gay, engatava pescadores em Cascais! Admirava a Amália, sim, mas não passava disso. »
Miguel Carvalho. Amália : ditadura e revolução. Dom Quixote, 2020. ISBN 978-972-20-7044-7. P. 54.

« Il y a toujours eu des rumeurs au sujet [d’Amália] », confirme le conseiller culturel José Manuel dos Santos, qui a fait sa connaissance à la fin de la dictature, « la plus absurde disant qu’elle était la maîtresse du roi Humbert. Ce type était complètement gay, il draguait des pêcheurs à Cascais ! Il admirait Amália, c’est vrai, mais rien de plus. »

Est-ce que João Linhares Barbosa ne savait vraiment pas qu’Humbert avait un faible pour les marins ?

Un clin d’œil aux matelots brésiliens, pour finir : Caetano, en 1969.

Caetano VelosoMarinheiro só. Paroles & musique traditionnelles ; Caetano Veloso, adaptation.
Caetano Veloso, chant ; Gilberto Gil, guitare ; Lanny Gordin, guitare électrique ; Sergio Barroso, basse électrique ; Chiquinho de Moraes, piano et claviers ; Wilson das Neves, batterie.
Extrait de l’album Caetano Veloso. Brésil, 1969.


Eu não sou daqui
Marinheiro só
Eu não tenho amor
Marinheiro só
Eu sou da Bahia
Marinheiro só
De São Salvador
Marinheiro só
Lá vem, lá vem
Marinheiro só
Como ele vem faceiro
Marinheiro só
Todo de branco
Marinheiro só
Com o seu bonezinho
Marinheiro só
Ô, marinheiro marinheiro
Marinheiro só
Ô, quem te ensinou a nadar
Marinheiro só
Ou foi o tombo do navio
Marinheiro só
Ou foi o balanço do mar?

Je ne suis pas d’ici
Marin solitaire
Je n’ai pas d’amour
Marin solitaire
Je suis de Bahia
Marin solitaire
De São Salvador
Marin solitaire
Le voici, le voici
Marin solitaire
Comme il est beau
Marin solitaire
Tout en blanc
Marin solitaire
Avec son petit bonnet
Marin solitaire
Hé, marin, marin !
Marin solitaire
Qui t’a appris à nager?
Marin solitaire
Est-ce le roulis du navire
Marin solitaire
Ou le balancement de la mer?
Traditionnel (Brésil). Marinheiro só
.
Traditionnel (Brésil). Marin solitaire traduit de : Marinheiro só par L. & L.

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