Amália • Caracóis
El caracol terrestre forma parte de la cocina mediterránea, especialmente la española y francesa, como uno de los manjares más exquisitos.
Article « Caracol » dans Wikipedia en langue espagnole.L’escargot terrestre est considéré dans la cuisine méditerranéenne, notamment espagnole et française, comme l’un des mets les plus exquis.
Article « Caracol » dans Wikipedia en langue espagnole. Traduction L. & L.
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J’ai moi-même entendu — et vu — Amália chanter Caracóis (« Escargots ») sur scène, à l’Olympia. Elle l’avait brièvement présenté, sur un ton de léger persiflage, comme étant « une histoire entre les Espagnols et nous [les Portugais]. »
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Caracóis. Paroles & musique traditionnelles (Portugal, Ribatejo).
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Júlio Gomes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Lisbonne), studios Valentim de Carvalho, 1968.
Première publication : Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1968.
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Ai janelas avarandadas
Mora aqui algum doutor
Ai eu venho me aconselhar
Ando mal com o meu amor
Tous ces balcons aux fenêtres !
Est-ce qu’il y a un docteur par ici ?
Oh j’ai besoin d’un conseil,
Ça ne va pas avec mon amour.
São caracóis, são caracolitos
São espanhóis, são espanholitos
São os espanholitos, são os espanhóis
São caracolitos, são os caracóis
C’est des escargots, des escargolets,
C’est des Espagnols, des Espagnolets,
C’est les Espagnolets, c’est les Espagnols,
Des escargolets, c’est des escargots !
Ai um dia fui a Espanha
Comi lá com os espanhóis
Toucinho assado no espeto
No molho dos caracóis
Un jour je suis allée en Espagne
Et j’ai mangé avec les Espagnols
Du lard rôti à la broche
Dans la sauce des escargots.
Traditionnel (Portugal, Ribatejo). Caracóis (19??).
.Traditionnel (Portugal, Ribatejo). Escargots, traduit de Caracóis (19??) par L. & L.
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Caracóis est une chanson traditionnelle du Ribatejo (la basse vallée du Tage, juste en amont de Lisbonne). Un an avant la version avec guitares, publiée en 1968, Amália en avait enregistré une première, beaucoup plus rapide et sans aucun doute plus proche d’une interprétation traditionnelle, malheureusement accompagnée par un orchestre assez fourni. Cet enregistrement, resté inédit jusqu’en 2016, a été réalisé au cours des sessions d’Amália canta Portugal 2, le 2e des trois albums de thèmes traditionnels portugais publiés par la chanteuse entre 1966 et 1972.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Caracóis. Paroles & musique traditionnelles (Portugal, Ribatejo).
Amália Rodrigues, chant ; accompagnement d’orchestre ; Joaquim Luíz Gomes, direction.
Enregistrement : Paço de Arcos (Lisbonne), studios Valentim de Carvalho, octobre 1967.
Extrait de l’album : Amália canta Portugal. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2016 (première publication).
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Mísia • Donn’Amà
Mísia (née en 1955) • [Donn’Amà]. Extrait de Napoli Milionaria : drame lyrique en trois actes. Nino Rota, musique ; Eduardo De Filippo, livret, d’après sa propre pièce homonyme.
Mísia, chant ; Fabrizio Romano, piano.
Captation de concert : Sant’Antimo (Naples), chiesa dello Spirito Santo = église de l’Esprit saint, décembre 2009.
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Voici une rareté de Mísia. Elle provient d’une captation de concert réalisée à Naples en 2009, une époque où la fadiste était imbue de chanson napolitaine. Le morceau est extrait de l’opéra Napoli milionaria (« Naples millionnaire ») de Nino Rota, composé sur un livret du grand dramaturge napolitain Eduardo De Filippo (1900-1984) tiré de sa pièce homonyme. Ce morceau n’est pas une chanson ; c’est en réalité un air de ténor issu du premier acte de l’ouvrage : la déclaration d’amour d’Errico « Settebellizze » à Amalia (« Donn’Amà », soprano, le personnage central du drame, épouse de Gennaro Jovine, baryton-basse).
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Ce sta tanta tristezza dint’ ‘a casa mia
‘O sole, ‘o sole non ce trase maie.
E’ sempre scura, che malincunia…
Sta casa è fredda pure int’ a l’està.
Io so’ malato, aggio bisogno ‘e sole.
Vuje Donn’Amà,
Vuje site ‘o sole mio.
V’ ‘o cerco pe’ pietà;
Voglio nu raggio ‘e sole,
Donn’Amà!
Si vous saviez comme il est triste mon logis !
Le soleil, le soleil n’y pénètre jamais.
Il y fait toujours sombre, quelle mélancolie !
Il y fait froid, même en été.
Je suis malade, j’ai besoin de soleil.
Vous Donn’Amà,
Vous êtes mon soleil !
J’ai besoin de vous par pitié,
Je veux un rayon de soleil
Donn’Amà !
Eduardo De Filippo (1900-1984). [Donn’Amà] (air d’Errico « Settebellizze »), extrait de Napoli Milionaria, opéra en trois actes (1977). Eduardo De Filippo (1900-1984). [Donn’Amà] (air d’Errico « Settebellizze »), extrait de Napoli Milionaria, opéra en trois actes (1977). Trad. L. & L.
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Lors de sa création au Festival des Deux mondes à Spolète en 1977, Napoli milionaria avait été, dans son entier, filmé et diffusé par la télévision italienne (vidéo ci-dessous). L’air du ténor se situe au premier acte ; il commence vers 30’06.
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Nino Rota (1911-1979) • Napoli Milionaria : drame lyrique en trois actes. Nino Rota, musique ; Eduardo De Filippo, livret, d’après sa propre pièce homonyme.
Spoleto Festival USA Orchestra ; Bruno Bartoletti, direction ; The Westminster Choir ; Joseph Flummerfelt, chef de chœur ; Eduardo De Filippo, mise en scène.
Distribution : Giovanna Casolla, soprano (Amalia, femme de Gennaro) ; Piero Visconti, ténor (Errico « Settebellizze ») ; Silvano Pagliuca, baryton-basse (Gennaro Jovine),…
Captation en direct : Spoleto (Umbria) = Spolète (Ombrie, Italie), Teatro Nuovo, dans le cadre du Festival dei Due mondi = Festival des Deux mondes, juin 1977.
Vidéo : Olga Bevacqua, réalisation. Production : Italie, RAI, 1977.
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Sérgio Onze • Saudade é o teu nome
Sérgio Onze ou Sérgio da Silva • Saudade é o teu nome. Irina Chitas, paroles ; compositeur non indiqué [Joaquim Campos?, musique (Fado alexandrino de Joaquim Campos)].
Sérgio da Silva, chant ; André Areias, arrangements ; M4sk, percussions ; Mike11, production.
Portugal, ℗ 2021 (première publication).
Vidéo : David Breda Silva & Francisco Fidalgo, réalisation ; Sérgio da Silva & Mike11, participants. Portugal, 2021.
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Ce jeune homme s’appelle Sérgio da Silva, ou Sérgio Onze, c’est selon. Il mène plusieurs activités ; celle qui nous intéresse ici est celle de fadiste, qu’il exerce dans plusieurs maisons de fado de Lisbonne. À propos de Saudade é o teu nome (« Saudade est ton nom ») il écrit sur son compte Instagram :
« Saudade é o teu nome » est né dans un temps prisonnier, sur une table remplie d’amour, le verre à la main. Dans un temps où les « saudades » sont nombreuses. « Saudade é o teu nome » m’a emporté et m’a fait sortir, par moments, du fado traditionnel que j’appelle « maison ».
Sérgio da Silva, 23 juillet 2021, trad. L. & L.
Il dit aussi que ce produit « d’un temps prisonnier », celui du virus universel, est une parenthèse dans son répertoire ; il y est accompagné par Mike11, musicien au profil singulier, pratiquant la guitare portugaise depuis l’âge de 10 ans et désormais introduit sur la scène hip hop et RnB portugaise.
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Saudade é o teu nome
Na varanda beijavam-se
Os montes
Eram rosa os horizontes
Eram brancos
Saudade est ton nom
Sur le balcon ils s’embrassaient
Les monts
Étaient roses les horizons
Étaient blancs.
Quando o balanço foi frágil
Quanto mais ágil o sono
Vieram as gaivotas cantar a manhã
Quand le balancement se fit fragile,
Cédant au sommeil plus agile,
Les mouettes vinrent chanter le matin.
Saudade é o teu nome
A noite já não explode
O peito é fumo meu.
Saudade est ton nom
La nuit n’explose plus
Seule reste ma fumée.
Poisavam poderosas e
Dançavam vigorosas
E só lhes restava o fôlego
Soprado no
amanhã
Elles se posaient puissantes et
Dansaient, vigoureuses
Ils n’avaient plus que leur haleine
Qui s’exhalait dans le
Lendemain
Lisboa acordou para quem não
dormiu
Nasceu e não desistiu
Gemeu de lés a lés
Deitou-se aos pés
de quem foi livre
Lisbonne s’éveilla pour ceux qui
N’ont pas dormi
Elle naquit et demeura,
Gémit de part en part
Se coucha auprès
De ceux qui furent libres.
E ali, onde só os loucos sonham
Onde a noite se veste de seda
Onde o amor vai para não cair
Et là où les fous ont leurs rêves,
Où la nuit s’habille de soie,
Où va l’amour pour ne pas tomber,
Onde os pássaros não têm idade
o cais mudou de nome
E só lhe chama saudade.
Où les oiseaux sont sans âge
Le quai changea de nom
Pour ne plus s’appeler que Saudade.
Saudade é o teu nome
A noite já não explode
O peito é fumo meu.
Saudade est ton nom
La nuit n’explose plus
Seule reste ma fumée.
Irina Chitas. Saudade é o teu nome (2021). Irina Chitas. Saudade est ton nom, trad. par L. & L. de Saudade é o teu nome (2021).
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Par comparaison, voici Sérgio da Silva « à la maison » selon ses propres mots, en l’occurrence à la Parreirinha de Alfama, l’établissement de feu la grande Argentina Santos.
Lágrimas do céu (« Larmes du ciel ») est un texte de fado assez ancien, créé sur une musique du compositeur João Maria dos Anjos. Son association avec le dramatique Fado Cravo d’Alfredo Marceneiro est due à Carminho, friande de musiques susceptibles de permettre à son sens de la grandiloquence de se donner libre cours. C’est cette version que chante ici Sérgio da Silva, toutefois moins enclin que sa collègue aux effets de manche.
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Sérgio da Silva • Lágrimas do céu. Carlos Conde, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado Cravo).
Sérgio da Silva, chant ; Paulo Valentim, guitare portugaise ; Bruno Costa, guitare.
Captation : Lisbonne, Parreirinha de Alfama, 24 juillet 2021.
Vidéo : Aurélio Vasques, réalisation. Portugal, 2021.
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Quando eu canto e a chuva cai
Uma nuvem de incerteza
Paira em mim de quando em quando
Cada gota lembra um ai
A rimar com a tristeza
Dos versos que vou cantando
Quand je chante et que la pluie tombe,
Un nuage d’incertitude
Parfois se répand en moi.
Chaque goutte se souvient d’une plainte
Qui fait une rime à la tristesse
Des poèmes que je chante.
E na doce melodia
De que o fado se reveste
Quando o meu olhar embaça
Vejo a estranha melodia
Da chuva que o vento agreste
Faz murmurar na vidraça
Et dans la douce mélodie
Dont se revêt le fado,
Lorsque mon regard se brouille,
Je vois l’étrange mélodie
De la pluie que le vent mauvais
Fait murmurer aux fenêtres.
Então dou no meu lamento
Ao fado que me prendeu
Rimas tristes, pobrezinhas
Cai a chuva, geme o vento
São as lágrimas do céu
Que fazem brotar as minhas
Alors, dans ma plainte, je donne
Au fado qui m’habite
De pauvres rimes tristes.
La pluie tombe, le vent gémit
Ce sont les larmes du ciel
Qui font sourdre les miennes.
Carlos Conde (1901-1981). Lágrimas do céu (19??).
.Carlos Conde (1901-1981). Les larmes du ciel, trad. par L. & L. de Lágrimas do céu (19??).
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La chanson du dimanche [30]

Fernand Léger (1881-1955), Le mécanicien, premier état (1918). Huile sur toile (65 x 54 cm). LaM – Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut (dépôt du Musée national d’art moderne, Paris)
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Ça sent la graisse, ça sent la sueur,
Ceux qui débutent ont mal au cœur,
Mais le sam’di chasse toutes les peines,
À la caisse on touche la semaine.Ernest Dumont (1877-1941). Autour des usines (1922), extrait.
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Emma Liébel (1873-1928) • Autour des usines. Ernest Dumont, paroles ; Ferdinand Louis Bénech, musique.
Emma Liébel, chant ; accompagnement d’orchestre.
Première publication : France, 1925.
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Ça c’est de la chanson réaliste ! La voix appartient à la Paloise Aimée Médebielle, dite Emma Liébel (1873-1928), morte de la tuberculose à seulement 54 ans au terme d’une carrière extrêmement prospère, dont témoigne une discographie pléthorique aujourd’hui méconnue. Elle a pourtant créé dès 1913 l’archi-fameuse et follement pathétique chanson Les goélands de Lucien Boyer, bien avant Damia qui l’a reprise en 1930.
Les deux enregistrements ici inclus d’Autour de l’usine, une valse de 1922, diffèrent par leur longueur et leur tempo. Celui de 1925 (ci-dessus), privé du dernier couplet et de son refrain, est nettement plus lent que la version antérieure de 1924 (ci-dessous).
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Emma Liébel (1873-1928) • Autour des usines. Ernest Dumont, paroles ; Ferdinand Louis Bénech, musique.
Emma Liébel, chant ; accompagnement d’orchestre.
Première publication : France, 1924.
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Ce n’est pas un quartier rupin,
Y a pas d’hôtels, y a pas d’larbins,
Mais des ch’minées aux fumées noires
Qui sèchent la gorge et qui font boire !
Les gosses sont des hommes à quinze ans,
Car déjà, ils gagnent de l’argent
Et quand la nuit fait des coins sombres,
De partout surgissent des ombres :« C’est toi, Lulu, où c’est qu’on va ? »
Bien sûr, c’est pas à l’Opéra !………
Autour des usines,
Quand dorment les machines,
Les amoureux tendrement enlacés
Échangent des baisers !
V’là dix heures qui sonnent !
Bonsoir, ma mignonne !
Demain matin, va falloir qu’on turbine
À l’usine !………
Ça sent la graisse, ça sent la sueur,
Ceux qui débutent ont mal au cœur,
Mais le sam’di chasse toutes les peines,
À la caisse on touche la semaine.
« Demain dimanche, eh ! mon poteau,
On va faire un tour en canot! »
D’autres s’en iront, l’amour en tête,
Danser gaiement dans les guinguettes.C’est pas tout ça ! dis-donc, mon vieux !
Faut pas s’quitter comme des pouilleux.………
Autour des usines,
Quand dorment les machines,
Alors s’allume la d’vanture des bistrots
On entre au caboulot !
V’là minuit qui sonne !
Qu’va dire la patronne ?
De quoi qu’t’as peur ? N’est-ce pas toi qui turbines
À l’usine ?………
[Non chanté dans l’enregistrement de 1925 :
On entre tout gosse en se disant :
« Je n’pass’rai pas ma vie là-d’dans ! »
Mais la machine, c’est comme la femme,
On la maudit, on la réclame !
Des fois la gueuse, d’un coup d’massue
Vous casse une patte ou bien vous tue !
Les plus veinards, pour qu’ils en sortent,
Il faut qu’on les mette à la porte !Mon père François, vos ch’veux sont blancs,
Il faut vous r’poser maintenant.………
Autour des usines,
Quand roulent les machines,
On voit rôder les vieux aux pas tremblants.
Ils murmurent tristement :
Pouvoir plus rien faire
Que d’crever d’misère !
On envie l’sort des pauv’ gars qui turbinent
À l’usine !]Ernest Dumont (1877-1941). Autour des usines (1922)
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Françoise Hardy • L’amour s’en va (1963)
En Italie on a qualifié de urlatori, « hurleurs », les artistes tels que Mina (voir le billet précédent), Celentano et autres, qui projetaient sur les micros des geysers de décibels à l’imitation des stars américaines du rock ‘n’ roll. Je ne me souviens pas d’une catégorie analogue en France (on y aurait mis Johnny Halliday). À l’opposé est apparue la suave Françoise Hardy, autrice-compositrice, attirée par la pop anglaise : une voix sans puissance, presque murmurée, dont la force résidait dans le timbre et l’élégance.
Neuf mois seulement après la sortie de son premier « 45 tours » (Tous les garçons et les filles, 1962), elle s’est trouvée à représenter Monaco au huitième concours de l’Eurovision avec L’amour s’en va, une chanson exquise de sa facture, paroles et musique (classée 5e, ex aequo avec Elle était si jolie d’Alain Barrière, pour la France). Dans l’ordre de passage ce soir-là elle succédait au Luxembourg, en la personne de Nana Mouskouri (oui !).
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Françoise Hardy (née en 1944) • L’amour s’en va. Françoise Hardy, paroles & musique.
Françoise Hardy, chant ; accompagnement d’orchestre ; Raymond Lefèvre, direction.
Extrait de la transmission du Concours Eurovision de la chanson 1963 organisé au BBC Television Centre, Londres, le 23 mars 1963 ; Yvonne Littlewood, réalisation. Production : Royaume-Uni, BBC (British Broadcasting Corporation), 1963.
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L’amour s’en va, et le tien ne saurait durer.
Comme les autres, un beau jour tu vas me quitter.
Si ce n’est toi, ce sera moi qui m’en irai.
L’amour s’en va, et nous n’y pourrons rien changer.Car toi aussi, tu vas me dire mille toujours
Et moi aussi, je les redirai à mon tour.L’amour s’en va, je t’échappe quand tu me poursuis,
Ou bien c’est moi qui refuse de croire tout fini
Et chaque fois, toujours on doit se l’avouer :
L’amour s’en va, mais sans cesse, nous courons après.Françoise Hardy (née en 1944). L’amour s’en va (1963).
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Mina • Mi sei scoppiato dentro al cuore
Pas d’été sans chanson italienne. Autrement, ce n’est pas un été.
Crémone, la ville des luthiers et de la moutarde, s’organise autour d’une gigantesque et spectaculaire cathédrale flanquée sur un côté d’un robuste baptistère octogonal, sur l’autre d’un campanile d’une hauteur extravagante. Mais, si glorieuses que puissent être ces diverses contributions à la renommée de la ville, aucune d’entre elles ne saurait rivaliser avec celle qui devrait être considérée, sans contredit possible, comme son véritable fleuron : Mina, la tonitruante tigre di Cremona (« tigresse de Crémone »), la più grande cantante del mondo et de tous les temps, selon ses admirateurs.
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Mina (née en 1940) • Mi sei scoppiato dentro al cuore. Lina Wertmüller, paroles ; Bruno Canfora, musique.
Mina, chant ; accompagnement d’orchestre ; Bruno Canfora, direction.
Extrait de l’émission de télévision Studio Uno du 11 juin 1966 ; Antonello Falqui, réalisation. Production : Italie, RAI, 1966.
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Les paroles de cette chanson, Mi sei scoppiato dentro al cuore (« Tu as fait irruption dans mon cœur »), sont dues à la cinéaste Lina Wertmüller (1928-2021), dont on connaît par exemple Mimi métallo blessé dans son honneur (Mimì metallurgico ferito nell’onore, 1972) ou Film d’amour et d’anarchie (Film d’amore e d’anarchia, ovvero « Stamattina alle 10 in via dei Fiori nella nota casa di tolleranza… », 1973).
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Era
Solamente ieri sera
Io parlavo con gli amici
Scherzavamo fra di noi
Ce n’est
Arrivé qu’hier soir,
J’étais avec des amis,
On parlait, on s’amusait.
E tu, e tu, e tu
Tu sei arrivato
M’hai guardato
E allora tutto è cambiato per me
Et toi, et toi, et toi
Tu es arrivé
Tu m’as regardée
Et alors tout a changé pour moi.
Mi sei scoppiato dentro al cuore
All’improvviso, all’improvviso
Non so perché
Non lo so perché
All’improvviso, all’improvviso
Tu as fait irruption dans mon cœur
Tout à coup, sans prévenir,
Je ne sais pas pourquoi,
Non je ne sais pas pourquoi
Tout à coup, sans prévenir.
Sarà perché m’hai guardato
Come nessuno m’ha guardato mai
Mi sento viva
All’improvviso per te
Peut-être parce que tu m’as regardée
Comme personne ne m’a jamais regardée
Je me sens vivre
Tout à coup pour toi.
Ora
Io non ho capito ancora
Non so come può finire
Quello che succederà
Et là
Je n’ai toujours pas compris
Je ne sais pas comment ça finira
Tout ce qui va se passer.
Ma tu, ma tu, ma tu
Tu l’hai capito
L’hai capito
Ho visto che eri cambiato anche tu
Mais toi, mais toi, mais toi
Tu l’as compris
Tu as compris,
J’ai vu que toi aussi tu as changé.
Mi sei scoppiato dentro al cuore
All’improvviso, all’improvviso
Non so perché
Non lo so perché
All’improvviso, all’improvviso
Tu as fait irruption dans mon cœur
Tout à coup, sans prévenir,
Je ne sais pas pourquoi,
Non je ne sais pas pourquoi
Tout à coup, sans prévenir.
Lina Wertmüller (1928-2021). Mi sei scoppiato dentro al cuore (1966). Lina Wertmüller (1928-2021). Tu as fait irruption dans mon cœur, trad. par L. & L. de Mi sei scoppiato dentro al cuore (1966).
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Vainement
Il comprend qu’il a épié vainement le matin,
l’aube prochaine, guettant des pas. Ils s’éloignent,
suivant ainsi l’écho du nom de l’être aimé.Pentti Holappa (1927-2017). Le train pour le désespoir (fragment). Extrait de : Locataire ici-bas (1983). Titre original du recueil : Vuokralla täällä. Dans : Pentti Holappa, Les mots longs : poèmes 1950-2003, traduit du finnois et présenté par Gabriel Rebourcet, Gallimard, 1997 (Poésie ; 300), ISBN 978-2-07-033891-7, p. 98.
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Philippe Jaroussky & Thibaut Garcia • Les feuilles mortes. Poème de Jacques Prévert ; Joseph Kosma, musique.
Philippe Jaroussky, contre-ténor ; Thibaut Garcia, guitare.
Extrait de l’album : Passion Jaroussky. France, Erato, ℗ 2019 (première publication).
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Amália • Com que voz
Amália Rodrigues (1920-1999) • Com que voz. Poème attribué à Luís de Camões ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 7 ou 8 janvier 1969.
Extrait de l’album : Com que voz / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1970 (première publication).
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« Com que voz chorarei meu triste fado ? » (« De quelle voix pleurerai-je mon triste sort ? ») interroge le poète dès le premier vers de ce sonnet du XVIe siècle qui exprime le désarroi d’une passion amoureuse contrariée. Revêtu de l’une des plus belles musiques jamais composées par Alain Oulman, c’est un diamant offert à une Amália palpitante, parvenue à une maîtrise absolue de son art et de sa propre voix lorsqu’elle l’enregistre, lors de ces fameuses sessions des 7 et 8 janvier 1969 qui ont fourni l’essentiel du célèbre et magistral album Com que voz, publié plus d’un an plus tard.
Le texte chanté se fonde sur un sonnet dont l’attribution à Luís de Camões (1524?-1580) reste incertaine. Quelques transformations non négligeables y ont été pratiquées : dans le premier quatrain, prisão (« prison ») est remplacé par paixão (« passion ») ; en outre le premier tercet qui situe physiquement le poème dans une prison, cela dans un style assez réaliste, a été supprimé dans son entier. Voilà qui modifie la portée du sonnet original et qui rend le texte chanté d’autant plus élégiaque.
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Com que voz chorarei meu triste fado,
que em tão dura paixão* me sepultou,
que mor não seja a dor que me deixou
o tempo, de meu bem desenganado?De quelle voix pleurerai-je mon triste sort,
Qui en si dure passion* m’a enseveli —
Car plus grande ne saurait être la douleur
Que m’a laissée le temps —, désabusé de mon amour ?Mas chorar não se estima neste estado,
aonde suspirar nunca aproveitou;
triste quero viver, pois se mudou
em tristeza a alegria do passado.Mais les pleurs sont sans effet sur cet état,
Que jamais les soupirs n’ont su guérir;
Triste je veux vivre, car la joie d’autrefois
S’est changée en tristesse.[Non chanté :
Assi a vida passo descontente,
ao som — nesta prisão — do grilhão duro
que lastima o pé que o sofre e sente!][Non chanté :
Ainsi se passe ma vie sans contentement,
Au son, dans cette prison, des fers cruels
Qui blessent le pied qu’ils enserrent et qui les endure !]De tanto mal, a causa é amor puro,
devido a quem de mi tenho ausente
por quem a vida, e bens dela, aventuro.D’un mal si grand la cause est pur amour
Envers qui me prive de sa présence,
Pour qui je compromets ma vie, et ses plaisirs.Luís Vaz de Camões (1524?-1580) ?. Com que voz chorarei meu triste fado (15??).
* « prisão » dans le poème original.
–Luís Vaz de Camões (1524?-1580) ?. De quelle voix pleurerai-je mon triste sort, traduit de Com que voz chorarei meu triste fado (15??) par L. & L.
* « prison » dans le poème original.
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Com que voz, comme certains autres morceaux de l’album éponyme, était en chantier depuis au moins 1966, puisque on en connait une version enregistrée cette année-là avec l’Ensemble de guitares de Raul Nery (2 guitares portugaises ; 1 guitare ; 1 basse acoustique) qui accompagnait la chanteuse à cette époque. L’ambiance musicale de cette interprétation précoce, restée inédite jusqu’en 2010, n’a rien à voir avec celle de 1969, soutenue quant à elle par une seule guitare portugaise (de Coimbra et non de Lisbonne) et une guitare. José Fontes Rocha, qui tenait la guitare portugaise dans l’enregistrement de 1969, en était aussi l’arrangeur et même, selon la terminologie actuelle, le directeur artistique. Lors d’une interview donnée à Nicholas Oulman, le fils d’Alain, il a commenté la mise en place de Com que voz :
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No ‘Com que voz’ peguei numa guitarra do formato de Coimbra e afinei um tom mais baixo (…) fui buscar una cor de voz à Amália que ela nunca tinha usado. A guitarra (…) pedia uns graves e uns médios bonitos como ela faz.
José Fontes Rocha, répondant à une interview de Nicholas Oulman [fils d’Alain Oulman], cité dans le livret d’accompagnement de l’album Com que voz [nouvelle éd. 2019], Ed. Valentim de Carvalho, 2019.
Pour « Com que voz » j’ai choisi une guitare du type de celles de Coimbra, que j’ai accordée un ton plus bas […] ; je suis allé chercher dans la voix d’Amália une couleur qu’elle n’avait jamais employée jusque là. Cette guitare […] réclamait d’elle ces beaux graves et ces médiums qu’elle sait produire.
José Fontes Rocha, répondant à une interview de Nicholas Oulman [fils d’Alain Oulman], cité dans le livret d’accompagnement de l’album Com que voz [nouvelle éd. 2019], Ed. Valentim de Carvalho, 2019. Traduction L. & L.
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Il n’y a pas que l’ambiance musicale qui différencie les deux versions. La ligne mélodique a été retouchée entre temps : celle de 1966 est très belle, mais celle de 1969 épouse le texte du poème d’une manière beaucoup plus fluide — à part le dernier vers, dans lequel les deux versions imposent une césure intempestive en plein milieu d’un groupe de mots qui forme un tout sémantique (« e bens | dela »), comme si on coupait « et ses | plaisirs ».
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Com que voz. Poème attribué à Luís de Camões ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare ;Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1966.
Première publication dans l’album : Com que voz [nouvelle éd. 2010] / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2010.
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Le mot fado signifie « sort » mais désigne en outre le fado en tant que genre musical. « Com que voz chorarei meu triste fado ? » : cette interrogation essentielle n’est-elle pas alors celle de tout fadiste qui s’apprête à chanter ? Amália Rodrigues considérait « le fado » à la manière d’une grâce, d’une pentecôte ad hoc, d’une effusion d’un Esprit spécifique, favorisant — ou non — celui ou celle qui va le célébrer. Elle l’a souvent dit au fil de ses interviews, par exemple ici, dans son autobiographie :
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Mas o que interessa é sentir o fado. Porque o fado não se canta, acontece. É um acontecimento. E isto é que me faz medo, porque nunca sei o que vai acontecer. O fado sente-se, não se compreende, nem se explica.
Amália Rodrigues, dans : Vítor Pavão dos Santos, Amália, uma biografia, 2a ed., Ed. Presença, 2005, ISBN 972-23-3468-9, p. 61.
Mais l’intéressant, c’est de sentir le fado. Parce que le fado, on ne le chante pas. Le fado vous vient. Il advient en vous. Et c’est ça qui m’effraie, parce qu’on ne sait jamais ce qui va venir. Le fado est quelque chose qu’on sent, sans le comprendre, et qu’on ne peut pas expliquer.
Amália Rodrigues, dans : Vítor Pavão dos Santos, Amália, uma biografia, 2a ed., Ed. Presença, 2005, ISBN 972-23-3468-9, p. 61. Non traduit (traduction L. & L.).
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Parfois en effet, on n’est pas dans cette sensibilité aigüe au fado, dans cette disposition particulière seule à même d’en invoquer l’Esprit. Lequel alors, par voie de conséquence, ne saurait se manifester.
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Mariza (née en 1973) • Com que voz. Poème attribué à Luís de Camões ; Alain Oulman, musique.
Mariza, chant ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Lula Galvão, violon ; Jaques Morelenbaum, violoncelle ; Jorge Helder, contrebasse ; Cristóvão Bastos, piano ; Rafael Barata, batterie ; Jaques Morelenbaum, arrangements & direction..
Enregistrement : Rio de Janeiro (Brésil), studio Nas Nuvens et Visom, entre décembre 2019 et février 2020.
Première publication dans l’album : Mariza canta Amália. Portugal, Warner Music Portugal, ℗ 2020.
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Amália • Cravos de papel
Cette très courte chanson, au rythme rapide évoquant le Brésil, est l’une des douze qui forment le programme de Com que voz (1970), l’album culte, la merveille des merveilles dans la riche discographie d’Amália. Cravos de papel (« Œillets de papier ») y fait figure d’intermède rafraîchissant entre l’inquiet Com que voz — qui donne son titre à l’album — et l’oppressant et sombre As mãos que trago.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Cravos de papel. António de Sousa, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, novembre ou décembre 1968.
Extrait de l’album : Com que voz / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1970. Première publication dans le disque 45t Formiga bossa nossa. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1969.
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Le poème est tiré de Livro de bordo (« Livre de bord », 1950) d’António de Sousa (1898-1981), à propos de qui on lit dans La poésie du Portugal (Chandeigne, 2021) :
Chrétien, antifasciste, il est renvoyé de l’éducation nationale dans les années trente. À la fin des années quarante il s’établit à Lisbonne, puis bientôt à Oeiras. De nombreux poètes se réunissaient aux soirées que Sousa organisait chez lui ; parmi eux, [Vitorino] Nemésio et Natália Correia. Devenu veuf, il vécut oublié et solitaire, avec un vieux chat pour seule compagnie et sa petite-fille pour unique visiteuse. […] Il a traduit entre autres Balzac, Julien Green et Faulkner.
Max de Carvalho, Sousa, António de (1898-1981), dans : Max de Carvalho (dir.), La poésie du Portugal : des origines au XXe siècle, éd. bilingue, Chandeigne, 2021, ISBN 978-2-36732-207-0, p. 1791.
Le « je poétique » de Cravos de papel est clairement un homme hétérosexuel, ce qui a conduit à en retoucher légèrement le texte de manière qu’il puisse être chanté par une femme. Ces modifications, probablement pratiquées par Amália elle-même (du moins était-elle coutumière du fait), peut-être en concertation avec Alain Oulman, ne me paraissent pas très convaincantes, pour une fois. Voici côte à côte le poème original et le texte retouché, tel qu’il est entendu dans l’album Com que voz (les différences apparaissent en gras) :
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Poème original
Texte chanté
Tenho sete namoradas
na Rua de Lá Vem Um.
Sete facas apontadas
ao coração em jejum.
J’ai sept amoureuses
Dans la rue Tiens-V’là-Quelqu’un,
Sept couteaux pointés
Sur mon cœur assoiffé.
Tenho sete namorados
Na rua do Lá Vem Um,
Sete facas apontadas
Ao coração em jejum.
J’ai sept amoureux
Dans la rue Tiens-V’là-Quelqu’un,
Sept couteaux pointés
Sur mon cœur assoiffé.
Meu compadre S. João
das fogueiras, das cantigas!
— Ficarei par ou parnão
no jogo das raparigas?
Mon bon compère Saint Jean
Des feux de joie, des chansons !
— Tirerai-je pair ou impair
À la roulette des filles ?
Meu compadre São João
Das fogueiras, das cantigas!
— Ficarei par ou parnão
Com as outras raparigas?
Mon bon compère Saint Jean
Des feux de joie, des chansons !
— Tirerai-je pair ou impair
Avec les autres filles ?
Não julgue lá que me enjeita,
assim, com duas razões!
(O meu demónio aproveita
as melhores ocasiões… )
Ne croyez pas qu’on me retoque
Pour un oui ou pour un non.
(Mon démon sait profiter
Des meilleures occasions…)
Não julgue lá que me enjeita,
Assim, com duas razões.
(O meu demónio aproveita
As melhores ocasiões…)
Ne croyez pas qu’on me retoque
Pour un oui ou pour un non.
(Mon démon sait profiter
Des meilleures occasions…)
Meninas, vossos amores
lembram-me a água corrente.
Na margem, prados e flores;
ao meio… afoga-se a gente!
Vos amours, mesdemoiselles,
Me font songer aux rivières.
Sur la berge : prairies et fleurs,
Mais au milieu… on se noie !
Meninas, vossos amores
São como água corrente.
Na margem, prados e flores;
Ao meio… afoga-se a gente!
Vos amours, mesdemoiselles,
Sont comme les rivières.
Sur la berge : prairies et fleurs,
Mais au milieu… on se noie !
Amorzinho, lua nova,
rica fruta de pomar!
— Quem será que tira a prova
do vinho do teu lagar?
Amour, amour, nouvelle lune,
Succulent fruit du verger !
À qui feras-tu goûter
Le vin de ton pressoir ?
Amorzinho, lua nova,
Rica fruta do pomar!
Quem será que tira a prova
Do vinho do teu lagar?
Amour, amour, nouvelle lune,
Succulent fruit du verger !
À qui feras-tu goûter
Le vin de ton pressoir ?
António de Sousa (1898-1981). Cravos de papel, extrait de Livro de bordo (1950).
António de Sousa (1898-1981). Œillets de papier, trad. par L. & L. de Cravos de papel, extrait de Livro de bordo (1950).
António de Sousa (1898-1981). Cravos de papel [texte chanté par Amália Rodrigues] (1950, 1966?).
António de Sousa (1898-1981). Œillets de papier, trad. par L. & L. de Cravos de papel [texte chanté par Amália Rodrigues] (1950, 1966?).
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Si l’album Com que voz est à ce point miraculeux, c’est bien sûr en vertu de son contenu poétique et musical (le choix des poèmes et les compositions sont dus à Alain Oulman), mais aussi parce qu’il est le fruit d’une longue maturation, attestée par la publication posthume d’enregistrements restés inédits, souvent largement antérieurs aux versions publiées.
Il existe un enregistrement de Cravos de papel remontant à 1966, effectué alors qu’Amália travaillait avec le Conjunto de guitarras (« Ensemble de guitares ») de Raul Nery, qui excellait dans l’accompagnement des fados traditionnels. Avec cet ensemble de quatre instrumentistes (2 guitares portugaises, 1 guitare, 1 basse acoustique) Amália avait enregistré l’album Fados 67, au son très « fadiste ».
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Cravos de papel. António de Sousa, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1966.
Première publication : album Com que voz [nouvelle éd. 2010] / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2010
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Un second enregistrement de Cravos de papel est resté inédit jusqu’en 2010. L’intéressant est qu’il a été réalisé au cours de la même session que celui retenu pour l’album (novembre ou décembre 1968), ou très peu de temps avant. Le quatuor instrumental d’alors est celui de toute la dernière partie de la carrière d’Amália, jusqu’à la fin, à quelques exceptions près. Raul Nery est remplacé à la première guitare portugaise par José Fontes Rocha (1926-2011), qui imprime sa marque à la formation. Carlos Gonçalves (1938-2020) à la seconde guitare portugaise et l’élégant Joel Pina (1920-2021) à la basse acoustique sont les deux autres piliers de ce quatuor, le poste de guitariste étant plus instable.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Cravos de papel. António de Sousa, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho. 13 novembre 1968.
Première publication : album Com que voz [nouvelle éd. 2010]. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2010.
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L’accompagnement y est encore formé de quatre instruments, mais la version finalement retenue est celle avec deux instrumentistes seulement (Fontes Rocha à la guitare portugaise et Pedro Leal à la guitare espagnole). C’est cette formule qui prévaudra lors des sessions des 7 et 8 janvier 1969 au cours desquelles l’essentiel de Com que voz sera enregistré.
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De gauche à droite : Carlos Gonçalves, José Fontes Rocha, Amália Rodrigues, Júlio Gomes (en grande partie caché) et Joel Pina, Grand gala du disque populaire, Congrescentrum (Amsterdam), 7 mars 1969. Photographe inconnu. Nationaal Archief (Pays-Bas), CC0.

