Amália • 3 chansons du film « A Severa » (1931). 1. Novo fado da Severa
Amália Rodrigues (1920-1999) • Novo fado da Severa. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Autre titre : Rua do capelão. Chanson écrite et composée pour le film A Severa (1931), José Leitão de Barros, réalisation.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Londres, studios EMI d’Abbey Road, 1952.
Première publication : disque 78t Novo fado da Severa ; Leré leré le ; Mi sardinita / Amália Rodrigues. Royaume-Uni & Portugal, Columbia, [vers 1953].
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Ó rua do Capelão,
Juncada de rosmaninho!
Se o meu amor vier cedinho,
Eu beijo as pedras do chão
Que ele pisar no caminho.
Ô rue du Chapelain,
Toute jonchée de romarin !
Si mon amour vient de bonne heure
Je baiserai les pierres
Qu’il aura foulées de son pied !
Tenho o destino marcado
Desde a hora em que te vi,
Ó meu cigano adorado!
Viver abraçada ao fado,
Morrer abraçada a ti!
Mon destin a été scellé
Dès le moment où je t’ai vu,
Ô mon bohémien adoré !
Ah ! Vivre dans les bras du fado,
Et mourir dans tes bras !
*[Há um degrau no meu leito
Que é feito para ti sómente,
Amor, mas sobe-o com jeito
Se o meu coração te sente
Fica-me aos saltos no peito.]
*[Une marche monte à mon lit,
Elle n’est faite que pour toi.
Mon amour, gravis-la doucement
Car si mon cœur sent ta présence
Il s’emballe dans ma poitrine.]
Júlio Dantas (1876-1962). Novo fado da Severa, du film A Severa (Portugal, 1931). Autre titre : Rua do Capelão.
* Non chanté.
Júlio Dantas (1876-1962). Nouveau fado de Severa, traduit de Novo fado da Severa, du film A Severa (Portugal, 1931) par L. & L. Autre titre : Rua do Capelão (Rue du chapelain).
* Non chanté.
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Bien sûr on n’a pas manqué de rapprocher la figure d’Amália de celle de la semi-légendaire « Severa » (Maria Severa Onofriana [1820-1846]), la première fadiste dont l’histoire ait retenu le nom. Il existe en réalité très peu de témoignages sur l’art de la Severa et, bien entendu, aucune possibilité de comparaison entre elle et d’autres fadistes. Toujours est-il qu’Amália, loin de s’identifier à elle, n’a accepté qu’avec beaucoup de réticence de l’incarner au théâtre, à l’occasion de la reprise, en 1955, de la pièce A Severa de Júlio Dantas (1876-1962), créée en 1901 avec un très grand succès.
La vraie Severa était une prostituée. Scandaleusement, elle était la maîtresse d’un aristocrate, le 13e comte de Vimioso (1817-1865), réputé pour son goût des touradas, ces corridas à la portugaise auxquelles il participait lui-même en tant que cavalier. Elle est morte à 26 ans de la tuberculose, dans la rua do Capelão, dans le quartier de la Mouraria, où elle demeurait. Une destinée romanesque à l’origine d’une part de sa renommée, qui aurait pu en faire le modèle d’une Dame aux camélias ou d’une Traviata portugaise. De fait, l’ascension de la Severa au plus haut du panthéon du fado est largement due à la pièce de Júlio Dantas, doublée d’un roman, pareillement intitulé A Severa et paru lui aussi en 1901 — deux œuvres auxquelles, vu leur succès, s’est ajoutée une comédie musicale en 1923, toujours sur un livret de de Júlio Dantas.
Un film a encore accru cette gloire posthume. A Severa (1931), de José Leitão de Barros (1876-1962), est le premier film sonore portugais. À l’égal des œuvres qui l’ont inspiré, il a obtenu un succès considérable à sa sortie. Pièce, roman et film prennent pour argument les dernières années de Severa et ses amours avec un jeune aristocrate passionné de touradas. Non pas le comte de Vimioso, dont la lignée existe toujours, mais un « comte de Marialva » — un titre ancien éteint depuis le XVIe siècle. En outre la Severa du film est une « bohémienne connue » et succombe à une crise cardiaque. Le court extrait que voici (Severa dansant, accompagnée d’un violoniste, devant des paysannes dont l’une ressemble de façon criante à Madeleine Renaud, époque Savannah Bay) se situe au début du film :
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A Severa (1931). Extrait. José Leitão de Barros, réalisation ; José Leitão de Barros, Júlio Dantas, Jacques-Bernard Brunius & René Clair, scénario ; Júlio Dantas, dialogues et paroles des chansons ; Frederico de Freitas, musique originale et musique des chansons. D’après le roman A Severa (1901) de Júlio Dantas.
Distribution : Dina Teresa (Severa) ; António Luís Lopes (D. João, conde de Marialva) ; António de Almeida Lavradio (D. José) ; Ribeiro Lopes (Custódia) ; Silvestre Alegrim (Timpanas), …
Tournage : Portugal (extérieurs), France (studios d’Épinay-sur-Seine), 1930-1931. Production : Portugal, Sociedade Universal de Superfilmes (SUS), 1931. Sortie ; 1931 (Portugal).
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Le film est émaillé de chansons de toute sorte, toutes originales, écrites par l’inéluctable Júlio Dantas (par ailleurs auteur des dialogues). Les musiques sont de Frederico de Freitas (1902-1980), compositeur et chef d’orchestre de tradition classique, musicologue. Alors que l’action est censée se dérouler à Lisbonne et dans la basse vallée du Tage, les fados du film évoquent fortement le style de Coimbra, à commencer par Novo fado da Severa (« Nouveau fado de Severa »), le plus connu. Il est chanté par Dina Teresa, fadiste et actrice (1902-1984?) — qui tient dans le film le rôle de Severa.
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Dina Teresa (1902-1984?) • Novo fado da Severa. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Autre titre : Rua do capelão.
Dina Teresa, chant ; accompagnement de guitare portugaise et guitare.
Enregistrement : Paris, salle Pleyel, 8 février 1931.
Première publication : disque 78t Novo fado da Severa (do fonofilme « A Severa ») / Dina Tereza. Canção da Chica (do fonofilme « A Severa ») / Maria Izabel. Royaume-Uni & Portugal, Columbia, 1931.
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Une fois repris par Amália Rodrigues en 1952, Novo fado da Severa a connu un nouveau succès et a ensuite fait l’objet de multiples reprises, dans les genres les plus divers. En voici trois. La première, très sympathique, est due au duo tchèque « Loucas no Fado » (voix et piano). Elle a été enregistrée à Prague en 2020, à l’occasion du centenaire d’Amália. La partie de piano est presque une pièce autonome.
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Loucas no Fado • Novo fado da Severa. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Autre titre : Rua do capelão.
Loucas no Fado, duo instrumental & vocal (Kristýna Kuhnová, chant ; Zdena M. Košnarová, piano & arrangement).
Captation : Prague, CLP [Centro de Língua Portuguesa] Praga = Portugalské centrum v Praze, décembre 2020. Enregistré à l’occasion du centenaire d’Amália Rodrigues.
Vidéo : Klára Trsková, réalisation ; Vít Andršt, son. Tchéquie, 2020.
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La seconde est celle, totalement déconstruite, adorable, de Lula Pena, captée en concert à Lisbonne en 2007.
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Lula Pena • Novo fado da Severa. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Autre titre : Rua do capelão.
Lula Pena, chant, guitare.
Captation : Lisbonne, Cabaret Maxime, 11 novembre 2007.
Vidéo : aucune indication.
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La dernière, qui date de 1964, pourrait passer pour un gag.
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José Manuel Concha (1939-2022) • Novo fado da Severa. Frederico de Freitas, musique. Autre titre : Rua do capelão.
Os Conchas, duo instrumental (José Manuel Aguiar Concha de Almeida, guitare ; Fernando Alberto Soares Gaspar, basse).
Première publication : disque 45t Sebastião come tudo ; Uma guitarra e um copo de vinho ; Suzana ; Novo fado Da Severa / José Manuel Concha e o Conjunto »Os Conchas ». Portugal, Columbia, ℗ 1964..
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À suivre.
La chanson du dimanche [31]
L’impeccable et fabuleux Quartetto Cetra ! Ici dans le virtuose In un vecchio palco della Scala (« Dans une vieille loge de la Scala »), évocation de l’histoire du grand théâtre milanais — qui ne manque pas de citations musicales.
Bon dimanche !
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Quartetto Cetra • In un vecchio palco della Scala. Garinei e Giovannini (Pietro Garinei & Sandro Giovannini), paroles ; Gorni Kramer, musique.
Quartetto Cetra (Felice Chiusano, Giovanni « Tata » Giacobetti, Lucia Mannucci & Virgilio Savona), ensemble vocal ; accompagnement d’orchestre ; Virgilio Savona, direction.
Première publication : Italie, 1952.
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In un vecchio palco della Scala,
nel gennaio del ’93
spettacolo di gala,
signore in décolleté
discese da un romantico coupé.
Quanta, quanta gente nella sala,
c’è tutta Milano in gran soirée
per ascoltar Tamagno,
la Bellincioni, Stagno,
in un vecchio palco della Scala.
Che splendida stagion,
che ricco cartellon,
che elenco di tenori e di soprani:
Manon di Massenet,
la Carmen di Bizet,
Fra Diavolo, l’Ernani,
I puritani, I vespri siciliani.
Poi dal vecchio palco della Scala,
c’è l’appuntamento nel buffet:
un sorso di Marsala,
due, tre marron glacés.
E all’uscita, la fioraia della Scala
offre un mazzolino di pensées.
Dans une vieille loge de la Scala,
En janvier 1893,
Spectacle de gala
Dames en décolleté
Descendues d’un romantique coupé.
Que de monde dans la salle !
Le tout-Milan en grand habit de soirée
vient écouter Tamagno,
La Bellincioni, Stagno,
Dans une vielle loge de la Scala.
Quelle saison splendide !
Quel programme épatant !
Quelle pléthore de ténors et de sopranos !
Manon de Massenet,
La Carmen de Bizet,
Fra Diavolo, Ernani,
Les puritains, Les vêpres siciliennes.
Et puis, de la vieille loge de la Scala,
Il y a le rendez-vous au buffet :
Un doigt de marsala,
Deux trois marrons glacés.
Et à la sortie, la fleuriste de la Scala
Offre une botte de pensées.
‟Celeste Aida…”
‟Bella figlia dell’amore…”
‟Amami, Alfredo…”
‟Un bel dì vedremo…”
« Celeste Aida… »
« Bella figlia dell’amore… »
« Amami, Alfredo… »
« Un bel dì vedremo… »
E passan le stagion,
si cambia il cartellon,
e quanta, quanta musica alla Scala,
Fedora, Lorelei,
Mascagni e Zandonai.
E il valzer, ecco il valzer,
anche il valzer strabiliò.
Ma poi, là dall’America arrivò
il richiamo dell’americano a Paris,
che Toscanini ci portò;
lui stette solo un giorno,
e subito in America tornò.
Ma, fra le novità,
ancora vola e va
la musica dei tempi più lontani:
Manon di Massenet,
la Carmen di Bizet,
Fra Diavolo, l’Ernani,
I puritani, I vespri siciliani.
Lentamente poi il sipario cala,
scendono le luci nel foyer.
È vuota già la sala
e non rimane che
questo vecchio palco della vecchia Scala,
del gennaio del ’93.
È buia ormai la sala,
la folla più non c’è,
resta solo il vecchio palco della Scala
del gennaio del ’93.
Et passent les saisons,
Changent les programmes,
Et toujours tant de musique à la Scala,
Fedora, Loreley,
Mascagni et Zandonai.
Et la valse, voilà la valse !
La valse aussi a étonné.
Puis, voici que d’Amérique est venu
L’appel de L’Américain à Paris
Apporté par Toscanini.
Il n’est resté qu’un jour
Et il est reparti en Amérique.
Mais, parmi les nouveautés
Est toujours bien vivante
La musique des temps anciens :
Manon de Massenet,
La Carmen de Bizet,
Fra Diavolo, Ernani,
Les puritains, Les vêpres siciliennes.
Mais lentement le rideau tombe
Et s’éteignent les lustres du foyer.
La salle est déjà vide
Et il ne reste que
Cette vieille loge de la vieille Scala
De janvier 1893.
La salle est dans le noir,
La foule est repartie,
Il ne reste que la vieille loge de la Scala
De janvier 1893.
Garinei e Giovannini (Pietro Garinei [1919-2006] & Sandro Giovannini [1915-1977]). In un vecchio palco della Scala (1952). Garinei e Giovannini (Pietro Garinei [1919-2006] & Sandro Giovannini [1915-1977]). Dans une vieille loge de la Scala, traduit de In un vecchio palco della Scala (1952) par L. & L.
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Amália • Caracóis
El caracol terrestre forma parte de la cocina mediterránea, especialmente la española y francesa, como uno de los manjares más exquisitos.
Article « Caracol » dans Wikipedia en langue espagnole.L’escargot terrestre est considéré dans la cuisine méditerranéenne, notamment espagnole et française, comme l’un des mets les plus exquis.
Article « Caracol » dans Wikipedia en langue espagnole. Traduction L. & L.
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J’ai moi-même entendu — et vu — Amália chanter Caracóis (« Escargots ») sur scène, à l’Olympia. Elle l’avait brièvement présenté, sur un ton de léger persiflage, comme étant « une histoire entre les Espagnols et nous [les Portugais]. »
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Caracóis. Paroles & musique traditionnelles (Portugal, Ribatejo).
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Júlio Gomes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Lisbonne), studios Valentim de Carvalho, 1968.
Première publication : Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1968.
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Ai janelas avarandadas
Mora aqui algum doutor
Ai eu venho me aconselhar
Ando mal com o meu amor
Tous ces balcons aux fenêtres !
Est-ce qu’il y a un docteur par ici ?
Oh j’ai besoin d’un conseil,
Ça ne va pas avec mon amour.
São caracóis, são caracolitos
São espanhóis, são espanholitos
São os espanholitos, são os espanhóis
São caracolitos, são os caracóis
C’est des escargots, des escargolets,
C’est des Espagnols, des Espagnolets,
C’est les Espagnolets, c’est les Espagnols,
Des escargolets, c’est des escargots !
Ai um dia fui a Espanha
Comi lá com os espanhóis
Toucinho assado no espeto
No molho dos caracóis
Un jour je suis allée en Espagne
Et j’ai mangé avec les Espagnols
Du lard rôti à la broche
Dans la sauce des escargots.
Traditionnel (Portugal, Ribatejo). Caracóis (19??).
.Traditionnel (Portugal, Ribatejo). Escargots, traduit de Caracóis (19??) par L. & L.
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Caracóis est une chanson traditionnelle du Ribatejo (la basse vallée du Tage, juste en amont de Lisbonne). Un an avant la version avec guitares, publiée en 1968, Amália en avait enregistré une première, beaucoup plus rapide et sans aucun doute plus proche d’une interprétation traditionnelle, malheureusement accompagnée par un orchestre assez fourni. Cet enregistrement, resté inédit jusqu’en 2016, a été réalisé au cours des sessions d’Amália canta Portugal 2, le 2e des trois albums de thèmes traditionnels portugais publiés par la chanteuse entre 1966 et 1972.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Caracóis. Paroles & musique traditionnelles (Portugal, Ribatejo).
Amália Rodrigues, chant ; accompagnement d’orchestre ; Joaquim Luíz Gomes, direction.
Enregistrement : Paço de Arcos (Lisbonne), studios Valentim de Carvalho, octobre 1967.
Extrait de l’album : Amália canta Portugal. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2016 (première publication).
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Mísia • Donn’Amà
Mísia (née en 1955) • [Donn’Amà]. Extrait de Napoli Milionaria : drame lyrique en trois actes. Nino Rota, musique ; Eduardo De Filippo, livret, d’après sa propre pièce homonyme.
Mísia, chant ; Fabrizio Romano, piano.
Captation de concert : Sant’Antimo (Naples), chiesa dello Spirito Santo = église de l’Esprit saint, décembre 2009.
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Voici une rareté de Mísia. Elle provient d’une captation de concert réalisée à Naples en 2009, une époque où la fadiste était imbue de chanson napolitaine. Le morceau est extrait de l’opéra Napoli milionaria (« Naples millionnaire ») de Nino Rota, composé sur un livret du grand dramaturge napolitain Eduardo De Filippo (1900-1984) tiré de sa pièce homonyme. Ce morceau n’est pas une chanson ; c’est en réalité un air de ténor issu du premier acte de l’ouvrage : la déclaration d’amour d’Errico « Settebellizze » à Amalia (« Donn’Amà », soprano, le personnage central du drame, épouse de Gennaro Jovine, baryton-basse).
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Ce sta tanta tristezza dint’ ‘a casa mia
‘O sole, ‘o sole non ce trase maie.
E’ sempre scura, che malincunia…
Sta casa è fredda pure int’ a l’està.
Io so’ malato, aggio bisogno ‘e sole.
Vuje Donn’Amà,
Vuje site ‘o sole mio.
V’ ‘o cerco pe’ pietà;
Voglio nu raggio ‘e sole,
Donn’Amà!
Si vous saviez comme il est triste mon logis !
Le soleil, le soleil n’y pénètre jamais.
Il y fait toujours sombre, quelle mélancolie !
Il y fait froid, même en été.
Je suis malade, j’ai besoin de soleil.
Vous Donn’Amà,
Vous êtes mon soleil !
J’ai besoin de vous par pitié,
Je veux un rayon de soleil
Donn’Amà !
Eduardo De Filippo (1900-1984). [Donn’Amà] (air d’Errico « Settebellizze »), extrait de Napoli Milionaria, opéra en trois actes (1977). Eduardo De Filippo (1900-1984). [Donn’Amà] (air d’Errico « Settebellizze »), extrait de Napoli Milionaria, opéra en trois actes (1977). Trad. L. & L.
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Lors de sa création au Festival des Deux mondes à Spolète en 1977, Napoli milionaria avait été, dans son entier, filmé et diffusé par la télévision italienne (vidéo ci-dessous). L’air du ténor se situe au premier acte ; il commence vers 30’06.
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Nino Rota (1911-1979) • Napoli Milionaria : drame lyrique en trois actes. Nino Rota, musique ; Eduardo De Filippo, livret, d’après sa propre pièce homonyme.
Spoleto Festival USA Orchestra ; Bruno Bartoletti, direction ; The Westminster Choir ; Joseph Flummerfelt, chef de chœur ; Eduardo De Filippo, mise en scène.
Distribution : Giovanna Casolla, soprano (Amalia, femme de Gennaro) ; Piero Visconti, ténor (Errico « Settebellizze ») ; Silvano Pagliuca, baryton-basse (Gennaro Jovine),…
Captation en direct : Spoleto (Umbria) = Spolète (Ombrie, Italie), Teatro Nuovo, dans le cadre du Festival dei Due mondi = Festival des Deux mondes, juin 1977.
Vidéo : Olga Bevacqua, réalisation. Production : Italie, RAI, 1977.
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Sérgio Onze • Saudade é o teu nome
Sérgio Onze ou Sérgio da Silva • Saudade é o teu nome. Irina Chitas, paroles ; compositeur non indiqué [Joaquim Campos?, musique (Fado alexandrino de Joaquim Campos)].
Sérgio da Silva, chant ; André Areias, arrangements ; M4sk, percussions ; Mike11, production.
Portugal, ℗ 2021 (première publication).
Vidéo : David Breda Silva & Francisco Fidalgo, réalisation ; Sérgio da Silva & Mike11, participants. Portugal, 2021.
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Ce jeune homme s’appelle Sérgio da Silva, ou Sérgio Onze, c’est selon. Il mène plusieurs activités ; celle qui nous intéresse ici est celle de fadiste, qu’il exerce dans plusieurs maisons de fado de Lisbonne. À propos de Saudade é o teu nome (« Saudade est ton nom ») il écrit sur son compte Instagram :
« Saudade é o teu nome » est né dans un temps prisonnier, sur une table remplie d’amour, le verre à la main. Dans un temps où les « saudades » sont nombreuses. « Saudade é o teu nome » m’a emporté et m’a fait sortir, par moments, du fado traditionnel que j’appelle « maison ».
Sérgio da Silva, 23 juillet 2021, trad. L. & L.
Il dit aussi que ce produit « d’un temps prisonnier », celui du virus universel, est une parenthèse dans son répertoire ; il y est accompagné par Mike11, musicien au profil singulier, pratiquant la guitare portugaise depuis l’âge de 10 ans et désormais introduit sur la scène hip hop et RnB portugaise.
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Saudade é o teu nome
Na varanda beijavam-se
Os montes
Eram rosa os horizontes
Eram brancos
Saudade est ton nom
Sur le balcon ils s’embrassaient
Les monts
Étaient roses les horizons
Étaient blancs.
Quando o balanço foi frágil
Quanto mais ágil o sono
Vieram as gaivotas cantar a manhã
Quand le balancement se fit fragile,
Cédant au sommeil plus agile,
Les mouettes vinrent chanter le matin.
Saudade é o teu nome
A noite já não explode
O peito é fumo meu.
Saudade est ton nom
La nuit n’explose plus
Seule reste ma fumée.
Poisavam poderosas e
Dançavam vigorosas
E só lhes restava o fôlego
Soprado no
amanhã
Elles se posaient puissantes et
Dansaient, vigoureuses
Ils n’avaient plus que leur haleine
Qui s’exhalait dans le
Lendemain
Lisboa acordou para quem não
dormiu
Nasceu e não desistiu
Gemeu de lés a lés
Deitou-se aos pés
de quem foi livre
Lisbonne s’éveilla pour ceux qui
N’ont pas dormi
Elle naquit et demeura,
Gémit de part en part
Se coucha auprès
De ceux qui furent libres.
E ali, onde só os loucos sonham
Onde a noite se veste de seda
Onde o amor vai para não cair
Et là où les fous ont leurs rêves,
Où la nuit s’habille de soie,
Où va l’amour pour ne pas tomber,
Onde os pássaros não têm idade
o cais mudou de nome
E só lhe chama saudade.
Où les oiseaux sont sans âge
Le quai changea de nom
Pour ne plus s’appeler que Saudade.
Saudade é o teu nome
A noite já não explode
O peito é fumo meu.
Saudade est ton nom
La nuit n’explose plus
Seule reste ma fumée.
Irina Chitas. Saudade é o teu nome (2021). Irina Chitas. Saudade est ton nom, trad. par L. & L. de Saudade é o teu nome (2021).
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Par comparaison, voici Sérgio da Silva « à la maison » selon ses propres mots, en l’occurrence à la Parreirinha de Alfama, l’établissement de feu la grande Argentina Santos.
Lágrimas do céu (« Larmes du ciel ») est un texte de fado assez ancien, créé sur une musique du compositeur João Maria dos Anjos. Son association avec le dramatique Fado Cravo d’Alfredo Marceneiro est due à Carminho, friande de musiques susceptibles de permettre à son sens de la grandiloquence de se donner libre cours. C’est cette version que chante ici Sérgio da Silva, toutefois moins enclin que sa collègue aux effets de manche.
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Sérgio da Silva • Lágrimas do céu. Carlos Conde, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado Cravo).
Sérgio da Silva, chant ; Paulo Valentim, guitare portugaise ; Bruno Costa, guitare.
Captation : Lisbonne, Parreirinha de Alfama, 24 juillet 2021.
Vidéo : Aurélio Vasques, réalisation. Portugal, 2021.
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Quando eu canto e a chuva cai
Uma nuvem de incerteza
Paira em mim de quando em quando
Cada gota lembra um ai
A rimar com a tristeza
Dos versos que vou cantando
Quand je chante et que la pluie tombe,
Un nuage d’incertitude
Parfois se répand en moi.
Chaque goutte se souvient d’une plainte
Qui fait une rime à la tristesse
Des poèmes que je chante.
E na doce melodia
De que o fado se reveste
Quando o meu olhar embaça
Vejo a estranha melodia
Da chuva que o vento agreste
Faz murmurar na vidraça
Et dans la douce mélodie
Dont se revêt le fado,
Lorsque mon regard se brouille,
Je vois l’étrange mélodie
De la pluie que le vent mauvais
Fait murmurer aux fenêtres.
Então dou no meu lamento
Ao fado que me prendeu
Rimas tristes, pobrezinhas
Cai a chuva, geme o vento
São as lágrimas do céu
Que fazem brotar as minhas
Alors, dans ma plainte, je donne
Au fado qui m’habite
De pauvres rimes tristes.
La pluie tombe, le vent gémit
Ce sont les larmes du ciel
Qui font sourdre les miennes.
Carlos Conde (1901-1981). Lágrimas do céu (19??).
.Carlos Conde (1901-1981). Les larmes du ciel, trad. par L. & L. de Lágrimas do céu (19??).
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La chanson du dimanche [30]

Fernand Léger (1881-1955), Le mécanicien, premier état (1918). Huile sur toile (65 x 54 cm). LaM – Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut (dépôt du Musée national d’art moderne, Paris)
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Ça sent la graisse, ça sent la sueur,
Ceux qui débutent ont mal au cœur,
Mais le sam’di chasse toutes les peines,
À la caisse on touche la semaine.Ernest Dumont (1877-1941). Autour des usines (1922), extrait.
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Emma Liébel (1873-1928) • Autour des usines. Ernest Dumont, paroles ; Ferdinand Louis Bénech, musique.
Emma Liébel, chant ; accompagnement d’orchestre.
Première publication : France, 1925.
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Ça c’est de la chanson réaliste ! La voix appartient à la Paloise Aimée Médebielle, dite Emma Liébel (1873-1928), morte de la tuberculose à seulement 54 ans au terme d’une carrière extrêmement prospère, dont témoigne une discographie pléthorique aujourd’hui méconnue. Elle a pourtant créé dès 1913 l’archi-fameuse et follement pathétique chanson Les goélands de Lucien Boyer, bien avant Damia qui l’a reprise en 1930.
Les deux enregistrements ici inclus d’Autour de l’usine, une valse de 1922, diffèrent par leur longueur et leur tempo. Celui de 1925 (ci-dessus), privé du dernier couplet et de son refrain, est nettement plus lent que la version antérieure de 1924 (ci-dessous).
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Emma Liébel (1873-1928) • Autour des usines. Ernest Dumont, paroles ; Ferdinand Louis Bénech, musique.
Emma Liébel, chant ; accompagnement d’orchestre.
Première publication : France, 1924.
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Ce n’est pas un quartier rupin,
Y a pas d’hôtels, y a pas d’larbins,
Mais des ch’minées aux fumées noires
Qui sèchent la gorge et qui font boire !
Les gosses sont des hommes à quinze ans,
Car déjà, ils gagnent de l’argent
Et quand la nuit fait des coins sombres,
De partout surgissent des ombres :« C’est toi, Lulu, où c’est qu’on va ? »
Bien sûr, c’est pas à l’Opéra !………
Autour des usines,
Quand dorment les machines,
Les amoureux tendrement enlacés
Échangent des baisers !
V’là dix heures qui sonnent !
Bonsoir, ma mignonne !
Demain matin, va falloir qu’on turbine
À l’usine !………
Ça sent la graisse, ça sent la sueur,
Ceux qui débutent ont mal au cœur,
Mais le sam’di chasse toutes les peines,
À la caisse on touche la semaine.
« Demain dimanche, eh ! mon poteau,
On va faire un tour en canot! »
D’autres s’en iront, l’amour en tête,
Danser gaiement dans les guinguettes.C’est pas tout ça ! dis-donc, mon vieux !
Faut pas s’quitter comme des pouilleux.………
Autour des usines,
Quand dorment les machines,
Alors s’allume la d’vanture des bistrots
On entre au caboulot !
V’là minuit qui sonne !
Qu’va dire la patronne ?
De quoi qu’t’as peur ? N’est-ce pas toi qui turbines
À l’usine ?………
[Non chanté dans l’enregistrement de 1925 :
On entre tout gosse en se disant :
« Je n’pass’rai pas ma vie là-d’dans ! »
Mais la machine, c’est comme la femme,
On la maudit, on la réclame !
Des fois la gueuse, d’un coup d’massue
Vous casse une patte ou bien vous tue !
Les plus veinards, pour qu’ils en sortent,
Il faut qu’on les mette à la porte !Mon père François, vos ch’veux sont blancs,
Il faut vous r’poser maintenant.………
Autour des usines,
Quand roulent les machines,
On voit rôder les vieux aux pas tremblants.
Ils murmurent tristement :
Pouvoir plus rien faire
Que d’crever d’misère !
On envie l’sort des pauv’ gars qui turbinent
À l’usine !]Ernest Dumont (1877-1941). Autour des usines (1922)
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Françoise Hardy • L’amour s’en va (1963)
En Italie on a qualifié de urlatori, « hurleurs », les artistes tels que Mina (voir le billet précédent), Celentano et autres, qui projetaient sur les micros des geysers de décibels à l’imitation des stars américaines du rock ‘n’ roll. Je ne me souviens pas d’une catégorie analogue en France (on y aurait mis Johnny Halliday). À l’opposé est apparue la suave Françoise Hardy, autrice-compositrice, attirée par la pop anglaise : une voix sans puissance, presque murmurée, dont la force résidait dans le timbre et l’élégance.
Neuf mois seulement après la sortie de son premier « 45 tours » (Tous les garçons et les filles, 1962), elle s’est trouvée à représenter Monaco au huitième concours de l’Eurovision avec L’amour s’en va, une chanson exquise de sa facture, paroles et musique (classée 5e, ex aequo avec Elle était si jolie d’Alain Barrière, pour la France). Dans l’ordre de passage ce soir-là elle succédait au Luxembourg, en la personne de Nana Mouskouri (oui !).
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Françoise Hardy (née en 1944) • L’amour s’en va. Françoise Hardy, paroles & musique.
Françoise Hardy, chant ; accompagnement d’orchestre ; Raymond Lefèvre, direction.
Extrait de la transmission du Concours Eurovision de la chanson 1963 organisé au BBC Television Centre, Londres, le 23 mars 1963 ; Yvonne Littlewood, réalisation. Production : Royaume-Uni, BBC (British Broadcasting Corporation), 1963.
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L’amour s’en va, et le tien ne saurait durer.
Comme les autres, un beau jour tu vas me quitter.
Si ce n’est toi, ce sera moi qui m’en irai.
L’amour s’en va, et nous n’y pourrons rien changer.Car toi aussi, tu vas me dire mille toujours
Et moi aussi, je les redirai à mon tour.L’amour s’en va, je t’échappe quand tu me poursuis,
Ou bien c’est moi qui refuse de croire tout fini
Et chaque fois, toujours on doit se l’avouer :
L’amour s’en va, mais sans cesse, nous courons après.Françoise Hardy (née en 1944). L’amour s’en va (1963).
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Mina • Mi sei scoppiato dentro al cuore
Pas d’été sans chanson italienne. Autrement, ce n’est pas un été.
Crémone, la ville des luthiers et de la moutarde, s’organise autour d’une gigantesque et spectaculaire cathédrale flanquée sur un côté d’un robuste baptistère octogonal, sur l’autre d’un campanile d’une hauteur extravagante. Mais, si glorieuses que puissent être ces diverses contributions à la renommée de la ville, aucune d’entre elles ne saurait rivaliser avec celle qui devrait être considérée, sans contredit possible, comme son véritable fleuron : Mina, la tonitruante tigre di Cremona (« tigresse de Crémone »), la più grande cantante del mondo et de tous les temps, selon ses admirateurs.
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Mina (née en 1940) • Mi sei scoppiato dentro al cuore. Lina Wertmüller, paroles ; Bruno Canfora, musique.
Mina, chant ; accompagnement d’orchestre ; Bruno Canfora, direction.
Extrait de l’émission de télévision Studio Uno du 11 juin 1966 ; Antonello Falqui, réalisation. Production : Italie, RAI, 1966.
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Les paroles de cette chanson, Mi sei scoppiato dentro al cuore (« Tu as fait irruption dans mon cœur »), sont dues à la cinéaste Lina Wertmüller (1928-2021), dont on connaît par exemple Mimi métallo blessé dans son honneur (Mimì metallurgico ferito nell’onore, 1972) ou Film d’amour et d’anarchie (Film d’amore e d’anarchia, ovvero « Stamattina alle 10 in via dei Fiori nella nota casa di tolleranza… », 1973).
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Era
Solamente ieri sera
Io parlavo con gli amici
Scherzavamo fra di noi
Ce n’est
Arrivé qu’hier soir,
J’étais avec des amis,
On parlait, on s’amusait.
E tu, e tu, e tu
Tu sei arrivato
M’hai guardato
E allora tutto è cambiato per me
Et toi, et toi, et toi
Tu es arrivé
Tu m’as regardée
Et alors tout a changé pour moi.
Mi sei scoppiato dentro al cuore
All’improvviso, all’improvviso
Non so perché
Non lo so perché
All’improvviso, all’improvviso
Tu as fait irruption dans mon cœur
Tout à coup, sans prévenir,
Je ne sais pas pourquoi,
Non je ne sais pas pourquoi
Tout à coup, sans prévenir.
Sarà perché m’hai guardato
Come nessuno m’ha guardato mai
Mi sento viva
All’improvviso per te
Peut-être parce que tu m’as regardée
Comme personne ne m’a jamais regardée
Je me sens vivre
Tout à coup pour toi.
Ora
Io non ho capito ancora
Non so come può finire
Quello che succederà
Et là
Je n’ai toujours pas compris
Je ne sais pas comment ça finira
Tout ce qui va se passer.
Ma tu, ma tu, ma tu
Tu l’hai capito
L’hai capito
Ho visto che eri cambiato anche tu
Mais toi, mais toi, mais toi
Tu l’as compris
Tu as compris,
J’ai vu que toi aussi tu as changé.
Mi sei scoppiato dentro al cuore
All’improvviso, all’improvviso
Non so perché
Non lo so perché
All’improvviso, all’improvviso
Tu as fait irruption dans mon cœur
Tout à coup, sans prévenir,
Je ne sais pas pourquoi,
Non je ne sais pas pourquoi
Tout à coup, sans prévenir.
Lina Wertmüller (1928-2021). Mi sei scoppiato dentro al cuore (1966). Lina Wertmüller (1928-2021). Tu as fait irruption dans mon cœur, trad. par L. & L. de Mi sei scoppiato dentro al cuore (1966).
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Vainement
Il comprend qu’il a épié vainement le matin,
l’aube prochaine, guettant des pas. Ils s’éloignent,
suivant ainsi l’écho du nom de l’être aimé.Pentti Holappa (1927-2017). Le train pour le désespoir (fragment). Extrait de : Locataire ici-bas (1983). Titre original du recueil : Vuokralla täällä. Dans : Pentti Holappa, Les mots longs : poèmes 1950-2003, traduit du finnois et présenté par Gabriel Rebourcet, Gallimard, 1997 (Poésie ; 300), ISBN 978-2-07-033891-7, p. 98.
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Philippe Jaroussky & Thibaut Garcia • Les feuilles mortes. Poème de Jacques Prévert ; Joseph Kosma, musique.
Philippe Jaroussky, contre-ténor ; Thibaut Garcia, guitare.
Extrait de l’album : Passion Jaroussky. France, Erato, ℗ 2019 (première publication).
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