Amália Rodrigues • Fado Eugénia Câmara

Amália Rodrigues dans le rôle d’Eugénia Câmara, dans le film Vendaval maravilhoso de José Leitão de Barros (Brésil & Portugal, 1949).
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Pour faire suite au billet précédent, il est à nouveau question dans celui-ci d’une musique de Raúl Ferrão destinée à être interprétée par Amália dans un film. Mais à la différence de Sol e touros où elle n’apparaissait que le temps de chanter son Fado do silêncio sans jouer de rôle autre que le sien propre, elle incarne dans Vendaval maravilhoso le principal personnage féminin, Eugénia Câmara.
Vendaval maravilhoso (« La tornade merveilleuse ») est une co-production luso-brésilienne réalisée en 1949 par José Leitão de Barros (1896-1967), l’auteur du premier film parlant de l’histoire du cinéma portugais, A Severa (1931).
Il s’agit d’un biopic historique dont le sujet principal est le poète brésilien Castro Alves (1847-1871), ardent partisan de l’abolition de l’esclavage et surnommé pour cette raison « le Poète des esclaves » (« o Poeta dos escravos »). Sa liaison avec l’actrice et écrivaine portugaise Eugénia Infante da Câmara (1837-1874), dite Eugénia Câmara, constitue un élément important du film. Ce rôle est tenu par Amália, qu’on voit évoluer dans de magnifiques robes à « tournure » et à qui sont dévolues, pourquoi s’en priver, plusieurs interventions chantées. La plus célèbre d’entre elles, la seule d’ailleurs que la chanteuse ait par la suite enregistrée en studio, est le très beau Fado Eugénia Câmara, musique de Raúl Ferrão, paroles de José Pereira Coelho (1879?-1963), un homme qui fut à la fois militaire, journaliste et dramaturge.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Fado Eugénia da Câmara. José Pereira Coelho, paroles ; Raúl Ferrão, musique. Du film Vendaval maravilhoso (1949). Autre titre : Fado Eugénia Câmara.
Amália Rodrigues, chant ; Raúl Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Londres, studios EMI (Abbey Road), 23 et 25 mars 1952.
Première publication dans le disque 78t Fado Hilário ; Fado Eugénia da Câmara / Amália Rodrigues. Portugal, Columbia, ℗ 1952.
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Amar é ter alegria
Nem o mundo existiria
Não existindo esse bem
Quem não amar não é nada
Como é bom ser adorada
Como é bom gostar de alguém!
Aimer, c’est avoir de la joie.
Le monde n’existerait pas
Si ce bonheur n’existait pas,
Quand on n’aime pas on n’est rien.
Qu’il est bon d’être adorée,
Qu’il est bon d’aimer quelqu’un !
Mas se o amor, feito mágoa
Se desfaz em gotas de água
Pouco a pouco fica o mar.
E depois, o mar desfeito
Batendo de encontro ao peito
Põe a alma a soluçar.
Mais si l’amour se mue en chagrin
Et se défait en gouttes d’eau,
Peu à peu reste la mer.
Puis, la mer se soulève
Et vient frapper contre le cœur,
Laissant l’âme en sanglots.
A vida é toda desejos
Marcam-se os dias com beijos
Quem não amou, não viveu.
Só quem perde um grande amor
É que sabe dar valor
A todo o bem que perdeu.
La vie est faite de désirs,
Les jours se comptent en baisers,
Qui n’a pas aimé n’a pas vécu !
C’est en perdant un grand amour
Qu’on mesure la valeur
De ce grand bonheur disparu.
Mas se houver uma traição
Mata o próprio coração
O amor que viu nascer
Nessa dor que nos tortura
Antes morrer de amargura
Que amargurada viver!
Mais en cas de trahison,
L’amour tue ce cœur même
Dans lequel il a éclos.
Si cette douleur doit nous torturer,
Mieux vaut mourir d’amertume
Que de mener une vie amère !
… … José Pereira Coelho (1879?-1963). Fado Eugénia Câmara (1949).
José Pereira Coelho (1879?-1963). Fado Eugénia Câmara, traduit de : Fado Eugénia Câmara (1949), par L. & L.
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L’enregistrement ci-dessus, à défaut d’être le premier, est longtemps demeuré le seul publié. Il appartient à la petite vingtaine de titres captés lors d’une session d’enregistrement prévue sur deux jours, mais réalisée en une seule journée au fameux studio d’Abbey Road, à Londres : estimant que sa voix n’était pas au mieux, Amália avait annulé la première, à la stupéfaction des techniciens anglais (et à la consternation de sa maison de disques vu le prix de la location du prestigieux studio).
Un enregistrement antérieur d’un an, réalisé à Lisbonne dans les conditions un peu spartiates du premier étage du magasin de disques et d’appareils phonographiques Valentim de Carvalho, en plein centre de la capitale, dans le quartier du Chiado, est resté longtemps inédit. Avec plus de quarante autres réalisés dans le même environnement, il a été publié en 2014 dans un double CD intitulé Amália no Chiado. Les guitaristes sont les mêmes qu’à Londres.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Fado Eugénia Câmara. José Pereira Coelho, paroles ; Raúl Ferrão, musique. Du film Vendaval maravilhoso (1949). Autre titre : Fado Eugénia da Câmara.
Amália Rodrigues, chant ; Raúl Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Lisbonne, Établissements Valentim de Carvalho, 97-99, rua nova do Almada, 1951.
Première publication dans l’album No Chiado / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2014..
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En guise de complément de programme, voici une version instrumentale du Fado Eugénia Câmara, exécutée (et arrangée) par Jaime Santos en 1965. Jaime Santos a longtemps accompagné Amália à la guitare portugaise.
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Jaime Santos (1909-1982) • Fado Eugénia Câmara. Raúl Ferrão, musique ; Jaime Santos, arrangement.
Jaime Santos, guitare portugaise ; Francisco Pérez Andión (« Paquito »), guitare.
Enregistrement effectué au domicile de Jaime Santos, 1965.
Extrait de l’album Jaime Santos, guitarra portuguesa. Portugal, CNM, [2007?] (Fado Antologia).
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J’ai une très nette préférence pour la première version chantée, beaucoup plus « habitée » je trouve.
Oui, et c’est le cas pour d’autres titres enregistrés à Londres en 1952, avec tout le confort moderne, et qui l’avaient déjà été l’année précédente à Lisbonne en tant que maquettes, ou en tout cas sans intention de publication.
Effectivement cet enregistrement de 1952 est remarquable. Je ne retrouve pour ma part cette ferveur que dans le « live » du café Luso enregistré quelques années plus tard.
Ce live du Luso est un de mes albums préférés d’Amália. J’avais le coffret de deux 33 tours, acheté à Lisbonne dans les années 70, pensez !
Quelle chance ! Moi aussi je l’adore, plus encore même que les albums de la période Oulman. C’est celui que je recommande à ceux qui veulent découvrir Amália.
Oui, mais il en faut un des années 1960 aussi. La voix et la manière ont évolué, c’est une autre période. Et le répertoire a changé lui aussi, bien sûr.
En effet. Pour avoir une vision plus complète de son art, je crois que je recommenderai le « Luso », « Com que voz », et « Gostava de ser quem era » pour la dernière période (notamment pour le merveilleux « Lavava no rio, lavava… », avec cette voix brisée devenue si déchirante).
A quinta, 12/09/2024, 20:54, Je pleure sans raison que je pourrais vous