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Argentina Santos • Renascimento

17 octobre 2024

Cette voix d’animal, de craie, d’extraterrestre… on ne trouve pas les mots pour la caractériser efficacement. Singulière. Seule dans tout le fado, dans toute son histoire : celle d’Argentina Santos. Non seulement sa voix ; sa manière, ses mélismes comme des arabesques tracées autour de la mélodie avec une précision inouie.

Cet album, qui porte seulement son nom, Argentina Santos, est son dernier. Elle l’a enregistré en 2003, à l’âge de 79 ans. Renascimento (« Renaissance ») est chanté sur la musique du Fado Meia-noite, un fado ancien dont on ne connaît pas le compositeur, quoiqu’on l’attribue souvent au fadiste Filipe Pinto (1905-1968).

Argentina Santos (1924-2019)Renascimento. Fernando Farinha, paroles ; compositeur inconnu (Fado Meia-noite, parfois attribué à Filipe Pinto).
Argentina Santos, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise : Jorge Fernando, guitare & arrangement ; Filipe Larsen, basse acoustique.
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho.
Extrait de l’album Argentina Santos / Argentina Santos. Portugal, CNM, ℗ 2003.

Estou cansada de esperar
E não te vejo aparecer
Não é para admirar
Se eu de saudades morrer

Je suis lasse d’attendre
Et je ne te vois pas venir
Je pourrais bien mourir
De ce désir de toi.
Se eu de saudades morrer
Apalpa meu coração
Talvez eu torne a viver
Ao calor da tua mão

Si je devais mourir
Alors pétris mon cœur.
Peut-être revivra-t-il,
Réchauffé par ta main.
Se com tua mão fizeres
Meu coração aquecer
No beijo que tu me deres
Talvez eu torne a viver

Et si ta main parvient
À réchauffer mon cœur,
Peut-être ton baiser
Me fera-t-il revivre.
Então, meu coração quente
Renascido da paixão
Viverá eternamente
Ao calor da tua mão

Alors mon cœur ardent
Ranimé par l’amour
Vivra éternellement
Réchauffé par ta main.

Fernando Farinha (1929-1988). Renascimento (19??).
Fernando Farinha (1929-1988). Renaissance, traduit de : Renascimento (19??), par L. & L.

Ricardo Ribeiro • De loucura em loucura

15 octobre 2024

Nel chiuso lago, sola, senza vento
la mia nave trascorre, ad ora ad ora.
Fremono i fiori sotto i ponti. Sento
la mia tristezza accendersi ancora.

Sandro Penna (1906-1977). [Nel chiuso lago]. Extrait de Croce e delizia (1958).

Sur le lac clos, seul, sans vent
mon navire passe, d’heure en heure.
Les fleurs frémissent sous les ponts. Je sens
ma tristesse s’éveiller encore.
Sandro Penna (1906-1977). [Sur le lac clos], trad. de [Nel chiuso lago] par Bernard Simeone. Dans : Une ardente solitude : choix de poèmes, traduits de l’italien et présentés par Bernard Simeone, La Différence, 1989 (Orphée ; 3), ISBN 2-7291-0364-3

Ricardo Ribeiro (né en 1981)De loucura em loucura. João Dias ou Frederico de Brito, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado Cravo).
Ricardo Ribeiro, chant ; Miguel Amaral, guitare portugaise ; Marco Oliveira, guitare.
Enregistrement public : Lisbonne, grand auditorium de la Fondation Gulbenkian, décembre 2016.
Extrait de l’album From baroque to fado : a journey through Portuguese music. Allemagne, Naxos, ℗ 2017.

Vou de loucura em loucura
Como quem anda à procura
Duma constante ilusão
Velho sonho em que persigo
Uma voz, um rosto amigo
Perdido na multidão

Je vais de folie en folie
Comme ceux qui courent
Sans trêve après une illusion.
Vieux rêve dans lequel je poursuis
Une voix, un visage ami
Perdu dans la multitude.
Vou de loucura em loucura
E o próprio vento murmura
Promessas dum bem ausente
Que estranha alma é a minha
Que se sente tão sozinha
Entre tanta e tanta gente

Je vais de folie en folie
Et le vent lui-même murmure
Les promesses d’un amour absent.
Quelle âme étrange que la mienne,
Qui se sent à ce point seule
Au milieu de tant de gens !
Vou de loucura em loucura
Como quem anda à procura
Duma alma fugidia
Olhos perdidos nos céus
Eu canto pedindo a Deus
P’ra me encontrar qualquer dia

Je vais de folie en folie
Comme ceux qui courent
Après une âme insaisissable.
Les yeux perdus dans les cieux
Je chante et je demande à Dieu
Qu’il m’accorde de me trouver moi-même.

Attribué soit à João Dias (1926-1979) soit à Frederico de Brito (1894-1977). Vou de loucura em loucura (19??).
Attribué soit à João Dias (1926-1979) soit à Frederico de Brito (1894-1977). Je vais de folie en folie, traduit de Vou de loucura em loucura (19??), par L. & L.

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Toulouse (Occitanie, France), 7 octobre 2024

La chanson du dimanche [59]. Billet d’amour till J.M.

13 octobre 2024

Le suédois est une langue rugueuse.

Cornelis Vreeswijk (1937-1987)Billet d’amour till J.M.. Cornelis Vreeswijk, paroles suédoises ; Serge Rezvani, musique. Adaptation suédoise de Le tourbillon, Serge Rezvani, paroles originales françaises.
Cornelis Vreeswijk, chant ; Lars Trier, guitare ; Ole Fick, guitare électrique ; Hugo Rasmussen, basse acoustique ; Holger Laumann, hautbois.
Enregistrement : Copenhague (Danemark), Sweet Silence Studio, août 1976.
Extrait de l’album Vildhallon / Cornelis Vreeswijk. Suède, Exlibris, ℗ 1979.

Lucilla Galeazzi • Terras de canto

7 octobre 2024

Une chanson optimiste pour une fois. La simple joie du chant.

Lucilla Galeazzi (née en 1950)Terras de canto. Lucilla Galeazzi, paroles & musique.
Lucilla Galeazzi, chant ; Massimo Nardi, guitare ; Massimo Carrano, percussion ; Salvatore Zambataro, accordéon ; Antonio Ramous, violoncelle.
Enregistrement : Rome (Italie), studios Helikonia.
Extrait de l’album Lunario / Lucilla Galeazzi. Italie, Compagnia Nuove Indye, ℗ 2001.

Ogni giorno pianto un canto
Perche ogni giorno un canto muore
Ogni giorno canto un pianto
Perché è grande il mio dolore
Ogni giorno vado al porto
Per cantare con il mare
Ogni giorno il mare porto
Dove vado a cantare

Chaque jour je sème une chanson
Car chaque jour une chanson meurt
Chaque jour je chante des pleurs
Car elle est grande, ma douleur.
Chaque jour je vais au port
Pour chanter avec la mer
Chaque jour j’apporte la mer
Là où je vais chanter.
E sento il vento nelle vene
L’eco del mare nella gola
E le ombre lunghe della luna
E tanti canti dentro al cuore
Ma per fortuna, ma per fortuna
Ma per fortuna la musica è viva!
Ma per fortuna, ma per fortuna
Ma per fortuna la musica è viva!

Et je sens le vent dans mes veines,
L’écho de la mer dans ma gorge
Et les ombres longues de la Lune
Et tant de chansons dans mon cœur !
Mais par bonheur, mais par bonheur,
Mais par bonheur la musique est vivante !
Mais par bonheur, mais par bonheur,
Mais par bonheur la musique est vivante !
Se non per cercare il nido
Se non per l’eterna fame
Perché il passero si perde
Nel cielo
Ed anch’io cerco la terra
Per placare la mia fame
Guardo verso l’orizzonte
Per vederla arrivare

Si ce n’est pour chercher son nid,
Ou poussé par la faim sempiternelle,
Pourquoi l’oiseau se perd-il
Dans le ciel ?
Et moi aussi je cherche la terre
Pour assouvir ma faim
Et je scrute l’horizon
Pour la voir arriver.

Lucilla Galeazzi (née en 1950). Terras de canto (2001).
Lucilla Galeazzi (née en 1950). Terras de canto, traduit de Terras de canto (2001), par L. & L.

Amália Rodrigues • Obsessão

6 octobre 2024

Aujourd’hui 6 octobre marque le vingt-cinquième anniversaire de la mort d’Amália Rodrigues.

Obsessão (« Obsession ») est la dernière plage du dernier album enregistré en studio par Amália. Publié en novembre 1990 mais enregistré en plusieurs sessions, le recueil est nommé d’après ce morceau-là, une chanson triste et douloureuse sur une belle mélodie de Carlos Gonçalves, qui évoque « l’obsession » d’un « chant qui s’est déjà perdu », d’une voix qui n’est plus celle qui chante encore au-dedans de soi. L’obsession de la perte du chant, qui pour Amália équivalait à la perte d’elle-même.

(La couverture de cet album est, je trouve, l’une des plus belles de toute sa discographie.)

Amália Rodrigues (1920-1999)Obsessão. Francisco Bugalho, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho.
Extrait de l’album Obsessão / Amália Rodrigues. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 1990.

* Dentro de mim canta intenso
Um cantar que não é meu.
Cantar que ficou suspenso
Cantar que já se perdeu.

* Au fond de moi chante, intense,
Un chant qui n’est pas le mien.
Un chant demeuré suspendu,
Un chant qui déjà s’est perdu.
Onde teria eu ouvido
Essa voz cantar assim?
— Já lhe perdi o sentido,
Cantar que passa, perdido,
Que não é meu, estando em mim.

Où aurais-je entendu
Cette voix chanter ainsi ?
— J’en ai déjà perdu le sens,
Un chant qui s’est égaré,
Qui n’est pas le mien tout en étant en moi.
** Depois, sonâmbulo, sonho
Um sonho lento, tristonho,
De núvens a esfiapar.
E, novamente no sonho,
*** Volta de novo o cantar…

** Puis, somnambule, je rêve
Un rêve morose et lent
De nuages qui se défont.
Et voici que dans ce rêve
*** Revient encore le chant…
Sobre um lago onde, em sossego,
As águas olham o céu,
Roça a asa de um morcego…
E ao longe o cantar morreu.

L’aile d’une chauve-souris
Effleure un lac immobile
Dont les eaux contemplent le ciel…
Et au loin le chant s’est éteint.
Onde teria eu ouvido
Essa voz cantar assim?
— Já lhe perdi o sentido,
E esse cenário partido
Volta a voltar repetido,
E o cantar recanta em mim…

Où aurais-je entendu
Cette voix chanter ainsi ?
— J’en ai déjà perdu le sens,
Et ce décor disloqué
Revient encore et toujours
Et le chant renaît en moi.

Francisco José Lahmeyer Bugalho (1905-1949). Obsessão (entre 1929 et 1931). Dans Margens (1931).
* Chanté : « Dentro de mim um canto intenso »
** Chanté : « Sonhando, sonhando sonho »
*** Chanté : « Passa de novo o cantar »
Francisco José Lahmeyer Bugalho (1905-1949). Obsession, traduit de : Obsessão (entre 1929 et 1931), extrait de Margens (1931), par L. & L.
* Chanté : « En moi un chant intense »
** Chanté : « Tout en rêvant je rêve »
*** Chanté : « Passe à nouveau le chant »

Loin d’avoir été écrit pour Amália, le poème est extrait du recueil Margens (« Marges », ou « Rivages », 1931) de Francisco Bugalho (1905-1949), un des poètes du groupe littéraire Presença (« Présence ») et de sa revue homonyme, publiée à Coimbra entre 1927 et 1940. La « voix » et le « chant » dont il est question dans Obsessão (le poème original) ne s’entendent bien sûr pas dans un sens concret ; ils changent de portée dans l’interprétation d’Amália — qui était une lectrice de poésie avisée.

En dehors de quelques titres, tels que le Rondel do Alentejo ou l’adorable Flor do verde pinho, l’album Obsessão baigne, comme ses prédécesseurs Gostava de ser quem era (1980) et Lágrima (1983), dans la mélancolie. Il s’ouvre sur Que fazes aí Lisboa? (« Que fais-tu là Lisbonne ? »), qui donne le ton à l’ouvrage entier en interpellant Lisbonne, la « vieille Lisbonne, / Mère pauvre au bord du fleuve ».

Amália Rodrigues (1920-1999)Que fazes aí, Lisboa?. Mário Gonçalves, paroles ; Arlindo de Carvalho, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho.
Extrait de l’album Obsessão / Amália Rodrigues. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 1990.
Vidéo : Edições Valentim de Carvalho, production. Sans date.


Que fazes aí, Lisboa,
De olhos fincados no rio?
Os olhos não são amarras
Para prender um navio!
Que fazes aí, Lisboa,
De olhos fincados no rio?

Que fais-tu là, Lisbonne,
Les yeux rivés au fleuve ?
Les yeux ne sont pas des amarres
Pour retenir les navires !
Que fais-tu là, Lisbonne,
Les yeux rivés au fleuve ?

O barco que ontem partiu
Partiu e não volta mais!
Chora lágrimas de pedra
Em cada esquina do cais.
O barco que ontem partiu,
Partiu e não volta mais!

Le bateau qui est parti hier
S’en est allé pour toujours.
Pleure des larmes de pierre
Sur chaque recoin du quai !
Le bateau qui est parti hier
S’en est allé pour toujours.

Lisboa, velha Lisboa,
Mãe pobre à beira do rio!
*Seja o xaile dos meus ombros
*Agasalho do teu frio!
Lisboa, velha Lisboa,
Mãe pobre à beira do rio!

Lisbonne, vieille Lisbonne,
Mère pauvre au bord du fleuve,
*Que le châle de mes épaules
*Te protège de ton froid !
Lisbonne, vieille Lisbonne,
Mère pauvre au bord du fleuve !

Mário Gonçalves. Que fazes aí, Lisboa?
*Dans la version originale chantée par Arlindo de Carvalho : « Que este xaile dos meus versos / Te agasalhe do teu frio! ».
Mário Gonçalves. Que fais-tu là, Lisbonne ? traduit de : Que fazes aí, Lisboa? par L. & L.
* Dans la version originale chantée par Arlindo de Carvalho : « Voici le châle de mon poème. / Qu’il te protège de ton froid ! »
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Le foglie morte

5 octobre 2024

Deux versions italiennes des Feuilles mortes de Joseph Kosma et Jacques Prévert. La première, comme la grande majorité des adaptations étrangères (à commencer par Autumn leaves), laisse de côté la première partie de la chanson, ce qui la prive de tout son charme. Reste la voix suave de Bobby Solo. La seconde, celle de Patty Pravo, non seulement la conserve, mais son texte reste dans une grande proximité avec le poème original de Prévert. L’auteur des paroles italiennes est pourtant le même : Alberto Cavaliere (1897-1967).

Bobby Solo (né en 1945)Le foglie morte. Alberto Cavaliere, paroles italiennes ; Joseph Kosma, musique. Adaptation italienne de Les feuilles mortes, poème original de Jacques Prévert.
Bobby Solo, chant ; accompagnement d’orchestre ; Ralph Ferraro, direction.
Extrait de l’album La vie en rose / Bobby Solo. Italie, Ricordi, ℗ 1966.

Sono per me le foglie morte
I sogni miei che hai preso tu
Morì così il nostro amore
Scese l’autunno nei nostri cuor.

Pour moi, les feuilles mortes
Ce sont mes rêves que tu as emportés.
Notre amour en est mort,
L’automne est descendu dans nos cœurs.
Foglie morte sulle illusioni
Vissute allora insieme a te
E l’amore non è più che un sogno
Un sogno già spento per te.

Feuilles mortes sur les rêves
Que j’ai vécus avec toi
Et l’amour n’est plus qu’un songe,
Un songe qui s’est déjà éteint pour toi.
Foglie morte sulle illusioni
Vissute allora insieme a te
E l’amore non è più che un sogno
Un sogno già spento per me.

Feuilles mortes sur les rêves
Que j’ai vécus avec toi
Et l’amour n’est plus qu’un songe,
Un songe qui s’est déjà éteint pour moi.

Alberto Cavaliere (1897-1967). Le foglie morte, d’après : Jacques Prévert (1900-1977), Les feuilles mortes.
Alberto Cavaliere (1897-1967). Les feuilles mortes, traduit de : Le foglie morte, d’après : Jacques Prévert (1900-1977), Les feuilles mortes, par L. & L.

Patty Pravo (née en 1948)Foglie morte. Alberto Cavaliere, paroles italiennes ; Joseph Kosma, musique. Adaptation italienne de Les feuilles mortes, poème original de Jacques Prévert.
Patty Pravo, chant ; Orchestra di Gian Piero Reverberi.
Extrait de l’album Di vero in fondo / Bobby Solo. Italie, Philips, ℗ 1971.

Amália Rodrigues • Tive um coração, perdi-o (1980)

1 octobre 2024

Dans quelques jours, le 6, il y aura 25 ans qu’elle est morte.

Amália Rodrigues (1920-1999)Tive um coração, perdi-o. Amália Rodrigues, paroles ; José Fontes Rocha, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho.
Extrait de l’album Gostava de ser quem era / Amália Rodrigues. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 1980.

Tive um coração, perdi-o
Ai quem mo dera encontrar
Preso no fundo do rio
Ou afogado no mar

J’avais un cœur, je l’ai perdu,
Ah, si je pouvais le retrouver !
Pris dans le fond du fleuve
Ou noyé dans la mer.
Quem me dera ir embora
Ir embora sem voltar
A morte que me namora
Já me pode vir buscar

Ah, que je voudrais partir,
Partir, ne pas revenir !
Elle peut venir me prendre,
La mort qui me courtise.
Tive um coração, perdi-o
Ainda o vou encontrar
Preso no lodo do rio
Ou afogado no mar

J’avais un cœur, je l’ai perdu,
Je vais le retrouver,
Pris dans la vase du fleuve
Ou noyé dans la mer.

Amália Rodrigues (1920-1999). Tive um coração, perdi-o (1980).
Amália Rodrigues (1920-1999). J’avais un cœur, je l’ai perdu, traduit de : Tive um coração, perdi-o (1980), par L. & L.

L’album Gostava de ser quem era (1980) marque l’entrée de la carrière d’Amália dans une décennie automnale parfois rigoureuse. La voix montrait des signes de fatigue, déjà audibles dans Cantigas numa língua antiga (1977) et même dans la captation du récital de 1975 à l’Olympia. Les années de l’après Révolution des œillets ont été impitoyables ; Alain Oulman, qui procurait à la fois musiques et poèmes, est à Paris où son métier d’éditeur lui laisse peu de temps pour de nouvelles compositions ; 1979 se termine par une grave crise cardiaque qui sanctionne en quelque sorte cette difficile séquence.

Pendant sa convalescence, Amália redécouvre ses propres poèmes écrits au fil des années. Elle en confie quelques-uns à ses guitaristes, Carlos Gonçalves et José Fontes Rocha, pour qu’ils les mettent en musique. Gostava de ser quem era est le résultat de cette collaboration. Un album qui, quant à son contenu, n’a pas l’éclat de Com que voz (1970) ni de Cantigas numa língua antiga (1977), mais qui recèle ce fado d’une tristesse absolue dans sa simplicité radicale : Tive um coração, perdi-o, un véritable trésor. Trois strophes glaciales, rehaussées par Fontes Rocha d’une musique austère proche d’un Fado menor et d’un accompagnement instrumental âpre, squelettique, qui laisse la voix sans soutien, nue dans sa fragilité.

La chanson du dimanche [58]. Αφού το θες

29 septembre 2024

Αφού το θες τούτη τη βραδιά
με βαριά καρδιά και καημό μεγάλο
αγάπη μου, σου αφήνω γεια
αφού τώρα πια δε με θέλεις άλλο

Μανώλης Χιώτης [Manólis Chiótis] (1921-1970). Αφού το θες [Afoú to thes] (1957). Extrait

Puisque tu le veux, ce soir,
Le cœur lourd de chagrin,
Mon amour, je te quitte, adieu,
Puisque tu ne veux plus de moi.

Μαίρη Λίντα [Maíri Línta] (née en 1935)Αφού το θες [Afoú to thes]. Μανώλης Χιώτης [Manólis Chiótis], paroles & musique.
Μαίρη Λίντα [Maírī Líta], chant ; Πάνος Γαβαλάς [Pános Gavalás], 2e voix ; accompagnement d’orchestre ; Χιώτης [Manólis Chiótis], direction.
Grèce, Parlophone, ℗ 1958.

Δεν τη θέλεις πια την αγκαλιά μου
ξέχασες τα χάδια, τα φιλιά μου
σε γλυκοφιλώ και συ με σπρώχνεις
δε με θέλεις πια γι’ αυτό με διώχνεις

Tu ne veux plus de mes étreintes,
Tu as oublié mes caresses, mes baisers.
Je t’aime et tu me repousses,
Si tu me chasses, c’est que tu ne m’aimes plus.
Αφού το θες τούτη τη βραδιά
με βαριά καρδιά και καημό μεγάλο
αγάπη μου, σου αφήνω γεια
αφού τώρα πια δε με θέλεις άλλο

Puisque tu le veux, ce soir,
Le cœur lourd de chagrin,
Mon amour, je te quitte, adieu,
Puisque tu ne veux plus de moi.
Τι ‘ναι αυτό που σ’ έκανε ν’ αλλάξεις
κι έτσι ξαφνικά να με πετάξεις ;
ήμουνα εντάξει στο πλευρό σου
τώρα με κοιτάζεις σαν εχθρό σου

Qu’est-ce qui t’a fait changer
Pour que tu me jettes ainsi ?
J’étais bien près de toi
Et voici que tu me regardes comme une ennemie.
Έφτασε ο κόμπος πια στο χτένι,
τώρα το βλέπω είμαστε σαν ξένοι
κι έτσι θα χωρίσουμε σε λίγο,
φίλα με αγάπη μου να φύγω.

Nous avons atteint un point de non-retour.
Je le vois, nous sommes comme deux étrangers
Nous n’avons plus qu’à nous séparer.
Je m’en vais mon amour, donne-moi un dernier baiser.

Μανώλης Χιώτης [Manólis Chiótis] (1921-1970). Αφού το θες [Afoú to thes] (1957).
Μανώλης Χιώτης [Manólis Chiótis] (1921-1970). Puisque tu le veux, traduit de : Αφού το θες [Afoú to thes] (1957), par L. & L.

Amália Rodrigues • Quem o fado calunia

26 septembre 2024
O fado é
Prazer e dor,
Amar, sofrer
Com orgulho e altivez
Veio da ralé
Amou, cantou,
Sofreu, chorou
Para ser português

Le fado est
Plaisir et douleur,
C’est aimer, souffrir
Avec orgueil et fierté.
Il est sorti du ruisseau,
Il a aimé, chanté,
Souffert, pleuré,
Pour être portugais.
Aníbal Nazaré (1909-1975). Quem o fado calunia (extrait), de la revue Toma là, dá cá (1943).
Aníbal Nazaré (1909-1975). Ceux qui calomnient le fado, traduit de : Quem o fado calunia (extrait), de la revue Toma lá, dá cá (1943), par L. & L.

Amália Rodrigues (1920-1999)Quem o fado calunia. Aníbal Nazaré, paroles ; Raúl Ferrão, musique. Autres titres : Defesa do fado ; Fado Calúnia. De la revue Toma lá, dá cá (1943).
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement public : Paris, Bobino, février 1960.
Première publication dans l’album Paris 1960 / Amália Rodrigues. France, Ducretet-Thomson, ℗ 1960.

« Ceux qui calomnient le fado ne comprennent pas / la magie des petites rues de Lisbonne » déclare d’emblée Quem o fado calunia, un fado que chantait Hermínia Silva en 1943 dans la revue Toma lá, dá cá (« Donnant donnant »). Dommage qu’’il n’en reste aucune trace enregistrée : son interprétation devait avoir une toute autre saveur que celle d’Amália, qui en a quant à elle laissé deux captations publiques réalisées à Paris, l’une à Bobino en 1960, l’autre à l’Alhambra en 1962 dans le cadre d’une émission de radio. Éclat prodigieux de cette voix du début des années 1960, étincelante.

Amália Rodrigues (1920-1999)Quem o fado calunia. Aníbal Nazaré, paroles ; Raúl Ferrão, musique. Autres titres : Defesa do fado ; Fado Calúnia. De la revue Toma lá, dá cá (1943).
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare.
Extrait de l’émission de radio Discoparade, produite et présentée par Jean Fontaine, enregistrée à l’Alhambra (Paris 11e) le 3 octobre 1962. Première diffusion sur France Inter le lundi 8 octobre 1962. Production : France, France Inter, 1962.
Repris dans le coffret de 5 CD Amália em Paris, Portugal, Ed. Valentim de Carvalho, 2020 et dans le disque microsillon Récitals parisiens / Amália Rodrigues, France, INA ; Diggers Factory, 2022.

Nilla Pizzi • Buongiorno tristezza

24 septembre 2024

Quelque chose monte alors en moi que j’accueille par son nom, les yeux fermés : Bonjour Tristesse.

Françoise Sagan (1935-2004). Bonjour tristesse (1954).

Nilla Pizzi (1919-2011)Buongiorno tristezza. Giuseppe Fiorelli, paroles ; Mario Ruccione, musique
Nilla Pizzi, chant ; accompagnement d’orchestre ; Armando Trovajoli, direction
Première publication dans le disque 78 t Buongiorno tristezza ; Canto nella valle. Italie, ℗ 1956.

Buongiorno tristezza
Amica della mia malinconia
La strada la sai
Facciamoci ancor oggi compagnia

Bonjour tristesse,
Amie de ma mélancolie.
Tu connais le chemin,
Aujourd’hui, tenons-nous encore compagnie.
Buongiorno tristezza
Torniamo dove un giorno t’incontrai
E dissi di lui, « Mi vuole ancora bene », e mi sbagliai
Piangono le foglie gialle tutte intorno a me
Chiedono al mormorio dei platani, « Dov’è? »
Vedendomi con te

Bonjour tristesse,
Retournons là où je t’ai rencontrée un jour,
Où je t’ai dit « Il m’aime encore », et je me trompais.
Les feuilles jaunies pleurent autour de moi,
Elles demandent au murmure des platanes « Où est-il ? »
Lorsqu’elles me voient avec toi.
Buongiorno tristezza
Facciamoci ancor oggi compagnia
La strada la sai
È quella ch’era un dì dell’allegria

Bonjour tristesse,
Aujourd’hui, tenons-nous encore compagnie.
Tu connais le chemin,
C’était autrefois celui du bonheur.
Buongiorno tristezza
Facciamoci ancor oggi compagnia
La strada la sai
È quella ch’era un dì dell’allegria

Bonjour tristesse,
Aujourd’hui, tenons-nous encore compagnie.
Tu connais le chemin,
C’était autrefois celui du bonheur.
Buongiorno tristezza
Amica della mia malinconia

Bonjour tristesse,
Amie de ma mélancolie.

Giuseppe Fiorelli (1904-1960). Buongiorno tristezza (1955).
Giuseppe Fiorelli (1904-1960). Bonjour tristesse, traduit de : Buongiorno tristezza (1955), par L. & L.