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António Zambujo, qu’est-ce qu’il dit ?

14 juin 2012

Il avance sur son chemin, pas gêné par la circulation.

Il fait son petit frichti à lui. Le fado lui est un ingrédient de base, mais il l’emploie rarement tel quel, sans le travailler ou le mélanger. Question de goût, question de caractère aussi. Le fado traditionnel est un chant de frustration, une plainte nocturne portée par des voix éraflées, épaissies par des vies qui ne sont jamais allées là où on voulait les mener. Lui, sa voix est encore, à 36 ans passés, celle d’un adolescent heureux, c’est une voix d’après-midi. Le fait est qu’il donne souvent l’impression de s’éveiller à peine d’une sieste assez longue. De la tristesse est possible, mais rien d’irréparable.

De sorte que même lorsqu’il emploie des musiques de fados traditionnels, il les allège de plus en plus : son Fado menor (dans Outro sentido, 2007) restait très fadista. Mais ceux du dernier album (Quinto, 2012), plus nombreux que dans le précédent (Guia, 2010) font assez nouvelle cuisine dans l’ensemble. Quand bien même leur préparation reste proche de la recette traditionnelle (par exemple le Fado Noquinhas sobrement utilisé dans Só pode ser amor, sur des paroles de João Monge) leur traitement vocal les en éloigne. L’étonnant est que dans Quinto, le morceau qui évoque le mieux un fado traditionnel est une de ses propres compositions (Noite estrelada, Nuit étoilée), paroles de João Monge encore une fois.

Pourtant le fado, il le retrouve d’une autre façon. C’est comme s’il recréait un fado très ancien, d’avant les casas de fado, un fado de la rue, encore dansé par les Noirs, chanté dans les milieux les plus populaires et chez les aristocrates — et mal vu des bourgeois.

Les textes qu’il utilise tranchent sur ceux des fadistes actuels, qui souvent sollicitent des poèmes de haute volée — comme le faisait Amália. Depuis Guia, et plus encore dans Quinto, Zambujo cherche au contraire à dire le quotidien immédiat, les préoccupations ordinaires de la vie de tout un chacun, ce qui lui permet d’établir une connivence immédiate avec les publics lusophones.

Revers de la médaille : lorsqu’on ne comprend pas le portugais, certaines des chansons de Quinto tombent un peu à plat. C’est le cas de Flagrante (Maria do Rosário Pedreira, sur une musique d’António Zambujo) :

Flagrante / António Zambujo, chant, guitare ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Jon Luz, cavaquinho ; Ricardo Cruz, contrebasse ; José Miguel Conde, clarinette ; Maria do Rosário Pedreira, paroles ; António Zambujo, musique. Extrait de Quinto (Universal, 2012).

Je te l’avais dit mon amour
Que ça ne pouvait pas bien se passer,
Et qu’il valait mieux laisser tomber.
Comme moi tu aurais dû te douter
Qu’avec du monde juste à côté
Quelqu’un allait s’en rendre compte.

[…]
Mais où est-ce que j’avais la tête
Quand j’ai accepté ?

Bien que tu m’aies juré
De rester discrète
Vu qu’on n’était pas seuls,
Quand de la pièce d’à côté
Ils t’ont entendue gémir de plaisir
Ils ont su qu’on était là.

Je n’ai pas bien vu ce qui s’est passé
Toi, qui es plus vive et plus experte,
Ils t’ont à peine aperçue.
C’est moi qui ai eu la honte :
Quand la porte s’est ouverte
J’avais mon pantalon à la main.
Maria do Rosário Pedreira. Flagrante. Traduction L. & L.

Ou bien, dans un tout autre registre, Algo estranho acontece (Il se passe quelque chose de bizarre), qui est à faire pleurer pour de bon. La chanson, paroles et musique, est de Pedro de Silva Martins, du groupe Deolinda. C’est une sorte de Chanson des vieux amants sans aucune grandiloquence, sans lyrisme, qui parle d’arthrite et de mémoire défaillante, et qui se clôt sous l’édredon :

[…]
Toi tu confonds les noms de nos petits enfants
Moi je ne sais plus où j’ai mis l’argent.

[…]
J’accroche les habits dans l’armoire
Je mets mon pyjama et je viens près de toi
Je te souris doucement, et je m’enhardis :

J’approche mon pied tout chaud du tien qui est tout froid
Et je m’endors en te disant tout bas
Que je recommencerais tout avec toi.
Pedro de Silva Martins. Algo estranho acontece. Traduction L. & L.

Algo estranho acontece / António Zambujo, chant, guitare ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Jon Luz, guitare ; Ricardo Cruz, contrebasse ; José Miguel Conde, clarinette basse ; Pedro de Silva Martins, paroles et musique. Extrait de Quinto (Universal, 2012).

Il y a aussi le délicieux Lambreta de João Monge :

Lambreta / António Zambujo, chant, guitare ; João Monge, paroles et musique. 2012.

Vem dar uma voltinha na minha lambreta
Viens on va faire un tour sur mon scooter
E deixa de pensar no tal Vilela
Que tem carro e barco à vela
O pai tem e a mãe também
Que é tão tão sempre a preceito
Cá pra mim no meu conceito
Se é tão tão e tem tem tem
Tem de ter algum defeito
Et arrête de penser à ce Vilela
Avec sa bagnole et son voilier
Son père par ci, sa mère par là
Toujours tellement tellement parfait
Mais moi tu sais, à mon avis
S’il est tellement tellement, s’il a tout ça tout ça tout ça
Il a sûrement un truc qui va pas
[…]
[…]
Vem dar uma voltinha na minha lambreta
Viens on va faire un tour sur mon scooter
Eu juro que guio devagarinho
Tu só tens de estar juntinho
Por razões de segurança
E se a estrada nos levar
Noite fora até o mar
Paro na beira da esperança
Com a luzinha a alumiar
Je te promets d’aller doucement
Faut juste que tu te serres contre moi
(Pour des raisons de sécurité)
Et si au bout de la nuit mon scooter
Nous amène au bord de la mer
Je l’arrête au bord de l’espoir
Dans la lumière de son phare
João Monge. Lambreta.
João Monge. Lambreta. Traduction L. & L.

Ou encore Fortuna, du Brésilien Márcio Faraco :

Fortuna / António Zambujo, chant, guitare ; Jon Luz, guitare ; Ricardo Cruz, basse portugaise ; Márcio Faraco, paroles et musique. Lisbonne, 2012.

Je n’ai rien à mon nom

Sinon ce fado que je fais.
Mon cœur n’a pas de grandes faims,
il niche dans un tout petit creux.
Je vis de la vie qui passe,
d’amours qui vont et viennent.
Je ne possède rien à mon nom,
Je ne suis jaloux de personne.

[…]

Adieu, je ne regarde pas en arrière
Avec le temps tout se consume
L’or se perd, l’amour se défait.
Je n’ai rien à mon nom.
Márcio Faraco. Fortuna. Traduction L. & L.

L. & L.

——

Zambujo, António
Quinto (2012)

António Zambujo -- Quinto (2012)Quinto / António Zambujo, chant, guitare ; Carlos Manuel Proença, guitare ; Bernardo Couto, José Manuel Neto, Luís Guerreiro, guitare portugaise ; Ricardo Cruz, contrebasse, basse acoustique ; Jon Luz, cavaquinho ; José Miguel Conde, clarinettes. — [Portugal] : Universal music Portugal, 2012.

Universal Portugal 0602527972305. — EAN 602527972305

António Zambujo à Rio Loco 2012 (vendredi 15 juin, 18h30, « Scène Village », prairie des Filtres).
António Zambujo — Site officiel
António Zambujo sur Myspace

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