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Un après-midi au Cambodge

19 février 2011

Cambodge, province de Siem Reap, site d'Angkor classé Patrimoine Mondial de l'UNESCO,
Temple d’Angkor Vat = ប្រាសាទ​អង្គរវត្ត, Cambodge. Photo extraite de Flickr, © michelrenaudeau

Hier après-midi je suis allé chez le coiffeur, chose que je ne parvenais pas à faire depuis deux semaines.

Ils sont deux dans cette boutique, le patron, la trentaine, des traces d’accent anglais, et un jeune homme à la peau mate dont la coiffure évoque comment dire… t’est-il arrivé déjà de dépoter une plante ? La motte de terre a pris la forme du pot : c’est cela qu’évoque la chevelure du jeune homme, mais il faudrait imaginer un pot non pas en cône tronqué comme ils le sont en général, mais ce cône comme penché sous l’effet d’un souffle. (Nulle plante fichée dedans.)

Le patron étant occupé (c’est à lui que j’ai affaire habituellement) c’est entre les mains de ce jeune homme que je me suis trouvé. Il était jovial, prêt à parler de tout. Évidemment il m’a demandé ce que je faisais dans la vie, c’est l’amorce classique des conversations avec les coiffeurs, et j’ai toujours beaucoup de mal à les renseigner. Je dis que je suis bibliothécaire mais que je ne travaille pas dans une bibliothèque. Il avait l’air de comprendre, un peu plus il aurait manifesté de l’intérêt. Il m’a demandé : alors qu’est-ce qu’on fait ? Je lui ai répondu : ce que vous voulez. Il a ouvert de grands yeux dans le miroir, il a dit : c’est vrai ? J’ai dit oui, comme vous voulez. Il en était presque ému.

On a recommencé à parler de mon métier, il a voulu savoir si j’allais à l’étranger parfois. J’ai répondu oui, par exemple dans trois semaines je vais à Lisbonne. En Asie jamais ? J’ai dit non, en Asie jamais, du moins pas encore. Ce qu’il voulait c’était en venir au Cambodge dont sa famille est originaire. Il y retourne cet été, tout seul (il ne veut s’encombrer de personne, le Cambodge il veut l’avoir tout à lui), son intention est de s’y établir, d’y créer une entreprise à lui, un salon de coiffure. À Phnom-Penh ? Non, ailleurs, dans d’autres villes. Il en a dit les noms, je n’en ai reconnu aucun. Dans l’une de ces villes, mais à la capitale, non. Plusieurs fois il a parlé de « la capitale » sans la nommer et en baissant légèrement la voix, comme si le nom de cette ville portait une tache, comme s’il fallait le camoufler sous un euphémisme. Je ne sais pas s’il y avait une raison.

Il parlait de l’empire khmer, l’un des grands empires du monde, des temples, des gens, les Cambodgiens si gentils, si serviables, mais cela pour cinq à dix ans encore, pas davantage : car dès que l’argent viendra, ils seront comme les Thaïs.

L. & L.

3 commentaires leave one →
  1. Laure permalink
    19 février 2011 21:09

    T’as pas dit si t’étais ressorti coiffé comme un cambodgien ou comme un thaï.
    Embrasse Lisbonne de ma part, c’est à dire de la part de ceux qui l’aiment loin, engorgés de saudade.

  2. lili-et-lulu permalink*
    25 février 2011 21:54

    Quelque chose de siamois je dirais (je parle de la coiffure)…

  3. Jean-Benoît Lasselin permalink
    3 mars 2011 01:10

    Un article que j’avais raté, une conclusion que je partage, mais je dirais qu’ils seront comme les Thaïs plutôt dans 20 ans :
    http://vivreaucambodge.wordpress.com/2009/11/30/le-modele-occidental-ou-la-nouvelle-revolution-culturelle-en-chantant-version-non-censuree/

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