António Zambujo — Amor de mel, amor de fel
António Zambujo, au théâtre São Luís (Lisbonne), 2008
« Tenho um amor que não posso confessar »
« J’ai un amour que je ne peux confesser ».
Amor de mel, amor de fel / paroles d’Amália Rodrigues ; musique de Carlos Gonçalves.
Les paroles complètes sur Fados do fado
António Zambujo — Outro sentido
Ce CD, Outro sentido, je l’ai acheté peu après sa publication en France, il n’avait pas encore reçu les 4 ffff de Télérama. Je n’avais encore jamais entendu parler d’António Zambujo dont c’est le troisième album.
En général je ne suis pas attiré par les voix masculines dans le fado de Lisbonne, peut-être parce que c’est un chant trop profond pour qu’un homme y soit vraiment à l’aise (pensais-je). Ce chant dit l’essence de la vie, et il dit aussi, toujours, d’une façon ou d’une autre, qu’on est ou qu’on sera vaincu par elle. Il requiert d’accepter cette condition-là. Il faut que ça s’entende dans l’expression, dans la voix du ou de la fadista. Peu d’hommes ont cette humilité. Pourtant il y a Ricardo Ribeiro, excellent fadiste traditionnel que j’ai découvert dans le DVD du spectacle Cabelos brancos é saudade. Et avant lui José Manuel Osório.
J’ai écouté Outro sentido.
António Zambujo, c’est ce qui pouvait arriver de mieux au fado depuis la disparition d’Amália. Il est fadista, profondément. Il est aussi un très sensible musicien — ce qu’était Amália, on ne le souligne jamais. Comme elle, il est capable d’imposer son goût et son style propres, qui s’éloignent de la pure tradition. Comme elle, il est toujours fadista, même quand il ne chante pas du fado, même si sa manière lorsqu’il chante du fado le rapproche parfois de certains de ses confrères du Brésil ou d’ailleurs. À Amália aussi on a reproché son anticonformisme, dont elle n’avait même pas conscience : les gardiens de la tradition l’ont dès ses débuts accusée de chanter « à l’espagnole ».
António Zambujo, avec son chant doux, velouté, charnu, suave, est le seul à pouvoir reprendre des morceaux du répertoire d’Amália sans qu’on soit tenté de le comparer à elle, parce qu’il a de la personnalité et un talent souverain. Qu’on écoute par exemple ses interprétations émouvantes d’Amor de mel, amor de fel (paroles d’Amália), ou de Nem às paredes confesso, à des années-lumière de ce que faisait Amália. C’est le plus bel hommage qu’un fadiste contemporain puisse rendre à la rainha do fado. Il n’y a pas que des reprises d’Amália dans Outro sentido, dont le titre ouvre tant d’horizons…
Mísia a raison de dire qu’Amália était bien plus subversive que les chanteurs de la nouvelle génération du fado, qui n’apportent rien de nouveau (« Pienso que Amália es mucho más subversiva que la nueva generación, donde a pesar de haber voces extraordinarias, son muy consensuales y arriesgan muy poco porque no hacen nada que sea diferente. » In : Soy una alternativa del fado). À celà une exception : António Zambujo.
L. et L.
Outro sentido / António Zambujo. — Ocarina/Harmonia Mundi, 2008.
Site d’António Zambujo
Ca s’appelle comment ici ?
J’appelle cet endroit Je pleure sans raison que je pourrais vous dire. La phrase dont ce nom est extrait :
Je pleure sans raison que je pourrais vous dire, c’est comme une peine qui me traverse, il faut bien que quelqu’un pleure, c’est comme si c’était moi.
je la trouve magnifique, l’une des plus belles de la littérature française. Duras était un écrivain du rythme et de la couleur, elle écrivait en musicienne, ça s’entend particulièrement dans cette phrase. Et puis il y a autre chose : Duras pour moi c’est une fadista, elle est digne du fado, née portugaise elle aurait été l’un des plus grands écrivains de cette littérature-là.
Non que je sois portugais, je suis breton, mais pour moi c’est pareil. Le Portugal c’est une Bretagne ancrée plus au Sud, Lisbonne c’est comme un Brest intact et lumineux, la capitale que la Bretagne n’a pas eue.
Lili et Lulu



