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Ástor Piazzolla • Preludio para el año 3001 (Amelita Baltar, Mísia, Milva)

18 mars 2020

Renaceré en Buenos Aires en otra tarde de junio
con esas ganas tremendas de querer y de vivir.
Renaceré fatalmente, será el año 3001…
Horacio Ferrer (1933-2014) • Preludio para el año 3001. Extrait.

Je renaîtrai à Buenos Aires, un autre après-midi de juin,
Avec cette puissante envie d’aimer et de vivre.
Je renaîtrai fatalement, ce sera en 3001…

Renaître, oui espérons-le ; en juin peut-être. Le temps nous aura tellement duré que ce sera comme être en 3001. À Buenos Aires et partout.

Amelita Baltar aura 80 ans cette année, en septembre. Elle a été un temps la muse d’Ástor Piazzolla, avec qui elle a eu une liaison, orageuse paraît-il, de quelques années. C’est elle qui, à partir de 1968, a créé ces « tangos-chansons » inventés par Piazzolla et le poète uruguayen Horacio Ferrer (1933-2014). D’abord « l’opéra-tango » María de Buenos Aires dans lequel la Baltar tenait – avec quelle classe ! – le rôle-titre, puis, l’année suivante, la célèbre Balada para un loco qui connaîtra un succès planétaire et plusieurs adaptations en diverses langues (parmi lesquelles la version française d’Étienne Roda-Gil créée par Julien Clerc). Preludio para el año 3001 date de la même période.

Amelita BaltarPreludio para el año 3001. Horacio Ferrer, paroles ; Ástor Piazzolla, musique.
Amelita Baltar, chant ; Ástor Piazzolla, bandonéon, arrangements, direction ; Antonio Agri, violon ; Oscar López Ruiz & Kicho Díaz, guitare.
Extrait de l’album Amelita Baltar ‎interpreta a Piazzolla y Ferrer. Argentine, 1970 (1ère publication).

Renaceré en Buenos Aires en otra tarde de junio
con esas ganas tremendas de querer y de vivir.
Renaceré fatalmente, será el año 3001
y habrá un domingo de otoño por la Plaza San Martín.

Le ladrarán a mi sombra los perritos vagabundos,
con mi modesto equipage llegaré del más allá
y arrodillado en mi Río de la Plata lindo y sucio,
me amasaré otro incansable corazón de barro y sal.

Y vendrán tres lustrabotas, tres payasos y tres brujos,
mis inmortales compinches gritándome « ¡Fuerza, che,
nacé, nacé, dale pibe, metéle hermano, que es duro,
pero muy bueno el oficio de morir y renacer! »

[…]

Traeré un clavel de otro planeta en el ojal,
porque si nadie ha renacido ¡yo podré!
Ciudad del siglo treinta y uno, ya verás:
renaceré, renaceré, ¡renaceré!

Horacio Ferrer (1933-2014) • Preludio para el año 3001 (extrait).

Je renaîtrai à Buenos Aires, un autre après-midi de juin,
Avec cette puissante envie d’aimer et de vivre.
Je renaîtrai fatalement, ce sera en 3001
Et il y aura un dimanche d’automne sur la Plaza San Martín.

Les chiens errants aboieront après mon ombre.
Avec mon modeste bagage, j’arriverai de l’au-delà.
Agenouillé dans mon Río de la Plata beau et sale,
Avec de l’argile et du sel je me pétrirai un nouveau cœur infatigable.

Et trois cireurs de souliers, trois clowns et trois sorciers,
Mes immortels complices, viendront m’encourager « Allez ! Courage !
Nais, nais ! Vas-y ! Courage, mon frère, ça va être dur,
Mais que c’est bon de mourir et de renaître ! »

[…]

À la boutonnière, je porterai un œillet d’une autre planète
Parce que même si personne n’a pu renaître, moi je pourrai !
Ville du trente-et-unième siècle, tu verras !
Je renaîtrai, je renaîtrai, je renaîtrai !

Horacio Ferrer (1933-2014) • Prélude pour l’an 3001 (extrait), traduit de : Preludio para el año 3001 (extrait) par L. & L.

L’attachement de Mísia au tango se manifeste régulièrement dans sa discographie depuis de nombreuses années, jusqu’à son dernier album en date, Pura vida (banda sonora), sorti en 2019, qui en comporte deux : Corazón y hueso, de Daniel Melingo – assez proche d’un fado dans sa réalisation – et le Preludio para el año 3001 de Piazzolla.

MísiaPreludio para el año 3001. Horacio Ferrer, paroles ; Ástor Piazzolla, musique.
Mísia, chant ; Fabrizio Romano, piano, arrangement ; Luís Cunha, violon ; Paulo Gaspar, clarinette basse ; Pedro Santos, accordéon ; Walter Hidalgo, bandonéon.
Extrait de l’album Pura vida (banda sonora). Portugal, ℗ 2019.

Je dois dire pourtant qu’une de mes versions préférées du Preludio para el año 3001 est celle créée par Milva, accompagnée de Piazzolla à la tête de son Quinteto Tango nuevo, au théâtre des Bouffes du Nord à Paris, en 1984, lors d’un spectacle extraordinaire simplement nommé El Tango. Un enregistrement sonore en a été réalisé et publié presque immédiatement, en France et en Allemagne, sous la forme d’un album intitulé Live at the Bouffes du Nord. Il en a aussi été réalisé une captation vidéo, dont on trouve quelques bribes sur l’Internet.

Milva chante quelques-uns des tangos du concert, dont le Preludio para el año 3001, dans une version italienne d’Angela Tarenzi. Je n’ai malheureusement trouvé qu’une vidéo de piètre qualité pour cet extrait.

MilvaPreludio para el año 3001 (Rinascerò). Horacio Ferrer, paroles originales ; Angela Tarenzi, adaptation italienne ; Ástor Piazzolla, musique.
Milva, chant ; Ástor Piazzolla, bandonéon ; Quinteto Tango nuevo (Pablo Ziegler, piano ; Fernando Suárez Paz, violon ; Oscar López Ruiz, guitare électrique ; Héctor Console, contrebasse).
Captation du spectacle El Tango présenté au théâtre des Bouffes du Nord, Paris, septembre 1984.
Vidéo : aucune information.

Pour rendre justice à ce spectacle – auquel j’avais assisté à l’époque et dont j’avais été émerveillé – en voici un autre extrait, de meilleure qualité. Balada para mi muerte, lui aussi chanté en italien, était, je crois, le deuxième morceau du concert (si je ne me trompe pas, le premier était un instrumental, qui ne figure pas dans l’album publié). Quoi qu’il en soit je me souviens parfaitement, dans ce théâtre magique des Bouffes du Nord, de cette apparition de Milva alors que le noir complet s’était fait dans la salle, surgissant de cette porte qui s’ouvrait côté cour sur une lumière de fanal. « Je mourrai à Buenos Aires, à l’aube / Je regarderai avec douceur les choses de la vie. » Le programme débutait donc par l’évocation de la mort, dans laquelle Milva déployait son savoir-faire d’actrice de théâtre.

MilvaMorirò in Buenos Aires. Horacio Ferrer, paroles originales ; Angela Tarenzi, adaptation italienne ; Ástor Piazzolla, musique. Titre original : Balada para mi muerte.
Milva, chant ; Ástor Piazzolla, bandonéon ; Quinteto Tango nuevo (Pablo Ziegler, piano ; Fernando Suárez Paz, violon ; Oscar López Ruiz, guitare électrique ; Héctor Console, contrebasse).
Captation du spectacle El Tango présenté au théâtre des Bouffes du Nord, Paris, septembre 1984.
Vidéo : aucune information.

One Comment leave one →
  1. Don Dan permalink
    18 mars 2020 22:56

    Bonne idée de remettre le tango sur le métier, surtout avec Piazzolla qui m’a fait aimer le tango au milieu des années 60 et il est vrai que quand Amelita Baltar l’a rejoint, j’ai été vraiment accroché.

    Comme le disait ce vieux Georges, le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est bon(ne) on est bon(ne), 40 ans après, fidèle au poste, un peu moins vive mais toujours aussi motivée et présente, Amelita.

    Il en est de même pour Milva qui a le même âge, à quelques mois près, mais a beaucoup trop fréquenté le bistouri, et qui en 1998 montrait aux Japonais son tempérament.

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