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Artur Batalha — Qualquer coisa que me anima

11 septembre 2013

C’est ce fado de tous les jours qui me plaît, celui qui prend sa chair dans la vie vécue. Je veux dire ce fado-là de préférence à celui des maisons de disque où tout est impeccable, les voix ni trop ceci ni trop cela, et finalement interchangeables à quelques exceptions près. Tandis qu’ici « há qualquer coisa que […] anima », il y a quelque chose qui retient, qui émeut, qui « anime » au sens étymologique de ce mot, c’est à dire qui donne vie et âme.

Le type, on croirait qu’il sort de la cuisine du local, qu’il a ôté son tablier pour chanter deux ou trois fados avant de retourner éteindre le gaz sous le riz. Ou bien qu’il fait coiffeur dans le quartier, ou facteur, enfin ce qu’on peut imaginer. Ce Qualquer coisa que me anima, il le chante avec une véritable grâce.

Artur Batalha. Qualquer coisa que me anima / Maria João Dâmaso, paroles ; Alfredo Duarte Marceneiro, musique (Fado CUF) ; Artur Batalha, chant ; José Braga, guitare portugaise ; Francisco (Chico) Borges, guitare. Captation : Grupo Sportivo Adicense, Alfama, Lisbonne, 12 mai 2012.

Ce n’est pas un inexpérimenté le type, c’est à vrai dire un grand fadiste. Il s’appelle Artur Batalha, surnommé o príncipe do fado (le prince du fado) dans sa jeunesse. Avec l’âge, les princes prennent un peu de ventre et quelques rides, mais du moins chez celui-ci, la noblesse est demeurée.

Il a enregistré tout au long de sa carrière, et sa discographie n’est pas négligeable. On en a même fait une sorte de caution d’authenticité dans l’album Fado tradicional publié par Mariza en 2010, sur lequel il apparaît dans le fado Promete, jura (le duo ne fonctionne pas très bien, on dirait que les voix ont été enregistrées séparément).

Em ti há qualquer coisa que me anima
Em ti há qualquer coisa que me transcende
Que me queima as palavras, que não rima
Em ti há qualquer coisa que me prende
Il y a quelque chose en toi qui m’anime
Il y a quelque chose en toi qui me transcende
Qui me brûle les mots et les rimes
Il y a quelque chose en toi qui m’enchante.
É qualquer coisa imensa, vem de cima
E desce sobre mim, quase me ofende
Os meus sentidos domina e desanima
Mas a minha vontade não se rende
C’est une chose immense ; elle vient d’en haut
Et descend sur moi – presque une offense
Elle subjugue mes sens et les dérègle
Mais je lui résiste de toute ma volonté.
A vontade é de ferro no meu peito
Mais feroz que a ânsia da saudade
Mais pura do que o olhar com que te enfeito
Mais forte [pura] do que a força da verdade
J’ai cette volonté qui est de fer,
Plus féroce que mon envie de saudade
Plus pure que mon regard qui t’embellit
Plus forte même que la vérité.
E se a minha vontade me seduz
É maior do que o orgulho e a verdade
Só ela é que me acalma e te reduz
Só ela me transporta à realidade
Et si ma volonté me séduit
Elle est plus forte que l’orgueil et que la vérité
Elle seule m’apaise et te réduit
Elle seule me ramène à la réalité.
Maria João Dâmaso. Qualquer coisa que me anima.

Maria João Dâmaso. Quelque chose qui m’anime, traduit de Qualquer coisa que me anima par L. & L.

La musique employée ici est celle du fado CUF, d’Alfredo Marceneiro, comme c’est le cas aussi dans A noite e o dia, de Camané. La CUF [Companhia União Fabril] est une grande entreprise portugaise dans laquelle a travaillé Alfredo Marceneiro. Il y fabriquait des meubles pour les navires (source : article Alfredo Marceneiro dans Wikipedia).

Voici une autre interprétation du même fado, captée dans le même lieu, par un autre chanteur qui semble surtout préoccupé de l’effet qu’il produit. Très différente de la première, elle me plaît beaucoup moins je dois dire.

Vítor Fernandes. Qualquer coisa que me anima / Maria João Dâmaso, paroles ; Alfredo Duarte Marceneiro, musique (Fado CUF) ; Vítor Fernandes, chant ; José Braga, guitare portugaise ; Vítor Tiago, guitare. Captation : Grupo Sportivo Adicense, Alfama, Lisbonne, 31 mars 2012.

Et encore une autre, celle de l’adorable groupe Oquestrada :

Oquestrada. Qualquer coisa que me anima / Maria João Dâmaso, paroles ; Alfredo Duarte Marceneiro, musique (Fado CUF) ; Oquestrada, groupe vocal et instrumental. Enregistrement audio extrait de l’album Tasca beat : o sonho Português, Jaro Medien, ℗2010.

L. & L.

2 commentaires leave one →
  1. 11 septembre 2013 22:40

    Artur Batalha en verdad es un estupendo Fadista, me ha gustado mucho su interpretación.
    De OqueStrada había escuchado hablar ,investigaré mas, sin embargo me quedo con la versión de Artur.:)

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  1. Artur Batalha — Noites perdidas. Et Ricardo Aires | Je pleure sans raison que je pourrais vous dire

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