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L’E.-J.

4 juillet 2012

— Non, dans 3 mois, pas avant. Le 1er octobre, ça te va ? Ste Thérèse de l’E.-J.
— Ste Thérèse de quoi ?
— De l’E.-J., c’est écrit comme ça.
— Oui, mais enfin ça doit se développer, c’est comme Fête Nat.
— Oui je m’en doute, que ça se développe, mais je ne sais pas comment.
— Qu’est-ce que ça pourrait être… T’as une idée ?
— Non, je ne vois pas… Sans doute le nom d’un miracle qu’elle a fait, j’imagine.
— Probable oui… Ça pourrait être Encornet Jauni par exemple.
— Jaunir un encornet, mais quel intérêt ? Un miracle de piètre portée, tu en conviendras.
— Oui… ça devait être un miracle de jeunesse. Elle en a sûrement fait d’autres ensuite…
— Ah oui, lesquels alors ? Cuire des grondins rien qu’en les regardant ? Ce serait déjà mieux oui, c’est certain. Mais je te ferais remarquer que dans ce cas c’est plutôt d’après ce miracle-là qu’on l’aurait nommée. Ste Thérèse des G.-C.
— G.-C. ?
— Grondins cuits. Entre parenthèses les grondins auraient eu intérêt à passer au large quand la sainte faisait trempette…
— Elle faisait de la plongée sous-marine, d’après toi ? Y a pas un risque avec l’auréole ?
— Un risque de quoi ?
— Je sais pas, de choc électrique…
— Mais enfin, tu ne crois pas que ça marche à l’électricité quand même… y a des moments… quelle naïveté ! Au contraire, ça doit être très pratique dès qu’on atteint les profondeurs — ou la nuit.
— Je croyais que c’était interdit, la pêche au lamparo.
— Peut-être, mais pas la pêche à l’auréole. Mais bon, ça nous éloigne du sujet. E.-J., ce n’est pas Encornet Jauni.
— T’as mieux à proposer ?
— Je ne sais pas… Endouille Japonaise par exemple.
— Ça prend un a, andouille.
— Pas quand elle est japonaise. C’est fait avec du porc cru.
— Une sainte charcutière ?
— Pourquoi pas.
— Mais alors où est le prodige ? Si elle était charcutière, c’est normal qu’elle ait fait de l’andouille, non ? Enfin de l’endouille. Et puis franchement excuse-moi, mais à mon avis, c’est plutôt ses clients qu’il aurait fallu canoniser.
— Qu’est-ce que tu as contre la cuisine japonaise ?
— De toute façon c’est pas un nom très japonais ça, Thérèse.
— Je n’ai pas dit qu’elle était japonaise. Tu sais, les restaurants japonais sont rarement tenus pas des Japonais. Souvent c’est des Chinois, des Laotiens, des Vietnamiens ou autres.
— Je me demande d’où tu tiens ça. Mais ça ne fait pas non plus chinois, ni laotien ni vietnamien, Thérèse.
— Non non, je te l’accorde. Elle devait être française ou belge. Ou suisse.
— Une sainte suisse, ça m’étonnerait. Ils sont protestants là-bas.
— Oui, sauf Thérèse justement. C’est pour ça. Les Suisses ne supportaient pas. Imagine-la, la pauvrette, à Schaffhouse ou au bord du lac des Quatre-Cantons. Ils ont fondu sur elle et ils l’ont foutue dans le lac, l’accusant d’être une empoisonneuse.
— Sur ce point ils n’avaient pas tort à mon avis.
— Enfin, de là à la noyer… je te trouve d’une sauvagerie tout à coup. Toujours est-il qu’elle n’est pas morte. Là est le miracle. Le lendemain elle ouvrait sa charcuterie comme si de rien n’était. Mais elle n’est pas restée, elle a pris ses cliques et ses claques et s’est faite carmélite à Nevers en France.
— Pourquoi Nevers ?
— Elle y avait connu un homme autrefois, un Allemand pendant la guerre. Ça a fait toute une histoire après, c’est pour ça qu’elle était partie…
— … en Suisse vendre de la charcuterie japonaise.
— D’abord au Japon où elle s’est formée, et de là en Suisse, oui.
— Je me demande si tu ne confonds pas plusieurs histoires. C’est un peu tiré par les cheveux je trouve.
— Les saintes tu sais, c’est inimaginable ; ce sont des histoires incroyables. D’ailleurs, tiré par les cheveux c’est impossible, elle avait été tondue après la guerre. Et à nouveau, de peur après la tentative de noyade, ses cheveux étaient tombés. Entièrement.
— La sainte patronne des chauves alors ? Non ça ne me va pas le 1er. Tu es libre le 2 ?
— Le 2 ? St Léger. Le saint patron des anorexiques. Soit. 10 heures ?
— OK, c’est noté.

Thérèse (extrait) / Alain Cavalier, réalisateur ; Alain Cavalier et Camille de Casabianca, scénario ; Catherine Mouchet (Thérèse Martin, Sœur Thérèse de l’enfant Jésus) ; Hélène Alexandridis (Lucie)… et d’autres. France, 1986.

L. & L.

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