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Franco Battiato — Povera patria (1)

17 janvier 2010

C’est un des charmes de l’Internet, on se promène, on cherche sans chercher, on s’engage sur des sentiers, on revient, on est attiré par des riens et sans prévenir on bute sur l’extraordinaire. Chez les gens chics on appelle ça la sérendipité, on dirait un mot-valise qui résulterait de la compression de serpillère, humidité et précipité, mais non.

Admettons que le verbe sérendipiter existe : alors aujourd’hui j’ai été sérendipité, c’est à dire précipité dans la découverte de Franco Battiato, musicien, écrivain, chanteur, peintre, que je connaissais de nom, et sidéré par ceci :

Voilà, j’ai écouté ça je ne sais pas, plus de quinze fois aujourd’hui, je l’ai même trouvé chez le marchand de disques sur une compilation (Ballades italiennes. Vox terrae, distr. Naïve, 2006. VT 0159) et je l’ai écouté encore. Ce Povera patria, une critique politique d’une violence inouïe, brandit crûment une Italie abominable au bout d’une voix suave et tendue, sur une musique superbe. C’est une des chansons les plus tristes qui existent, parce qu’il s’agit d’un pays adorable et désespérant.

Elle a été publiée en 1991, c’est à dire à la fin des « années de boue » (gli « anni di fango ») qui faisaient suite aux « années de plomb ». L’expression fait référence à la corruption de la classe politique. À l’époque, l’Italie est dirigée par une coalition entre le très controversé Bettino Craxi (socialiste) et les démocrates chrétiens Andreotti et Forlani.

Ainsi qu’il est indiqué très brièvement à l’écran au début du morceau, la vidéo a été tournée lors d’un concert donné en hommage aux juges anti-mafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, assassinés en Sicile en 1992.

Povera patria! Schiacciata dagli abusi del potere
di gente infame, che non sa cos’è il pudore,
si credono potenti e gli va bene quello che fanno;
e tutto gli appartiene.

Tra i governanti, quanti perfetti e inutili buffoni!
Questo paese è devastato dal dolore…
ma non vi danno un po’ di dispiacere
quei corpi in terra senza più calore?

Non cambierà, non cambierà
no cambierà, forse cambierà.

Ma come scusare le iene negli stadi e quelle dei giornali?
Nel fango affonda lo stivale dei maiali.
Me ne vergogno un poco, e mi fa male
vedere un uomo come un animale.

Non cambierà, non cambierà
sì che cambierà, vedrai che cambierà.

Voglio sperare che il mondo torni a quote più normali
che possa contemplare il cielo e i fiori,
che non si parli più di dittature
se avremo ancora un po’ da vivere…

La primavera intanto tarda ad arrivare.
Povera patria / Franco Battiato, paroles et musique. Voir la traduction.

Le dernier vers, tel qu’il est chanté, est bouleversant.

Vingt ans plus tard, toujours aucun signe avant-coureur du printemps. La même chanson pourrait être écrite. Et d’ailleurs de nombreuses vidéos mises sur l’Internet la réutilisent, et l’illustrent d’images de la vie politique de l’Italie d’aujourd’hui.

En voici une — mais il y en a bien d’autres :

J’ai choisi celle-ci parce qu’elle va un peu au-delà de l’histoire récente de la seule Italie, et qu’il s’y trouve une évocation de la mort de Pasolini. L’auteur du clip a la dent dure quand même, puisqu’il maltraite tout autant Prodi et Veltroni que Berlusconi et consorts. C’est même l’image de Prodi qui illustre l’impitoyable Tra i governanti, quanti perfetti e inutili buffoni! (parmi ceux qui nous gouvernent, que de guignols parfaits et inutiles !)

L. & L.

Voir aussi Le twist des anges

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Franco Battiato -- Come un cammello in una grondaiaPovera patria a été publié pour la première fois dans l’album Come un cammello in una grondaia. EMI, 1991. Réédité en 2008.

Cet album sur Amazon

Cet album à la Fnac

Franco Battiato — Site officiel

2 commentaires leave one →
  1. 9 mars 2010 13:43

    CARISSIMO BATTIATO.UN’AVOLTA ERO ALL’AREOPORTO DI CATANIA CHE ASPETTAVO MIO FIGLIO ETU ARRIVAVI NON SO DA DOVE SONO STATO SEMPRE UN TUO AMM. E’ SONO DELLA TUA STESSA OPINIONE POLITICA,TU CHE VEDI MOLTO PIU’ LONTANO DI ME DIMMI DOVE DOBBIAMO METTERE LA CROCE QUANDO VOTIAMO MA PENSOCHE TI HO MESSO IN IMBARAZZO. COMUNQUE FRANCO (SCUSAMI SE TI DO DEL TU SAI )A PARTE CHE SIAMO DELLA STESSA TERRA ,IO SONO DEL 46 ED SONO DI SIRACUSA . SPERO CHE NON TI HO ANNOIATO,E RICEVI UN SALUTO DELLA SVIZZERA E UN AUGURIO DI CUORE PER TUTTO IL RESTO.

  2. Ayrton Santos permalink
    1 décembre 2010 02:39

    A r e o porto! Ahahahah

    Um beijo de Portugal, que te segue com muita assiduidade 🙂

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