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La chanson du dimanche [82]. Vete de mí

27 avril 2025

Le suave Caetano.

Caetano Veloso (né en 1942)Vete de mí. Homero Expósito, paroles ; Virgilio Expósito, musique ; Jaques Morelenbaum, arrangement.
Caetano Veloso, chant ; Paulo Calasans, piano ; Luiz Brasil, guitare acoustique ; Arthur Maia, basse fretless ; Andréa Dias, Eduardo Monteiro & Kátia Pierro, flûte ; Ismael de Oliveira Jr., cor ; Mingo Araújo, congas ; Marcelo Costa, batterie.
Extrait de l’album Fina estampa / Caetano Veloso. Brésil, PolyGram, ℗ 1994.

Tú, que llenas todo de alegría y juventud
Que ves fantasmas en la noche de trasluz
Y oyes el canto perfumado del azul
Vete de mí.

Toi, qui tout emplis de joie et de jeunesse,
Qui vois des fantômes se mouvoir dans la nuit
Et qui entends le chant parfumé de l’azur,
Pars, laisse-moi !
No te detengas a mirar
Las ramas muertas del rosal
Que se marchitan sin dar flor,
Mira el paisaje del amor
Que es la razón para soñar y amar.

Ne reste pas à regarder
Les branches mortes du rosier
Qui ont dépéri sans même fleurir.
Regarde le paysage de l’amour :
C’est pour lui qu’on rêve et qu’on aime.
Yo, que ya he luchado contra toda la maldad,
Tengo las manos tan deshechas de apretar
Que ni te puedo sujetar,
Vete de mí.

Moi qui ai lutté contre tant de maux,
J’ai les mains si meurtries de les avoir serrées
Que je ne peux te retenir.
Pars, laisse-moi !
Seré en tu vida lo mejor
De la neblina del ayer
Cuando me llegues a olvidar
Como es mejor el verso aquel
Que no podemos recordar.

Je serai dans ta vie un vestige
De la brume du passé
Lorsque tu m’auras oublié,
De même que le plus beau vers est celui
Que l’on ne peut se rappeler.

Homero Expósito (1918-1987). Vete de mí (1958).
Homero Expósito (1918-1987). Pars, laisse-moi, traduit de Vete de mí (1958), par L. & L.

Fado Anadia & Fado Pechincha. 2. Maria Teresa de Noronha

23 avril 2025

Fait suite à :

On sait comment le Fado Pechincha était réalisé à l’époque de sa création, vu que son compositeur, João do Carmo Noronha (1878-1958), qui était aussi guitariste et chanteur, a lui-même enregistré son œuvre vers la fin des années 1920. Voici :

João do Carmo Noronha (1878-1958)Fado Pechincha. Auteur des paroles inconnu ; João do Carmo Noronha, musique.
João do Carmo Noronha, chant ; accompagnement instrumental (guitare portugaise et guitare), instrumentistes non identifiés.
Première publication : 1927 ?.

Perguntei a um fadista
Se tinha religião
Apontou-me uma guitarra
E bateu no coração

J’ai interrogé un fadiste
Sur ce qu’était sa religion.
Il m’a montré une guitare
Et s’est frappé la poitrine.
Nasce o prazer de um desejo
De uma ilusão outra igual
De um sorriso nasce um beijo
De uma lágrima um coval

Le plaisir naît d’un désir,
D’une illusion en naît une autre.
D’un sourire naît un baiser,
D’une larme naît une tombe.
Eu rezo muito baixinho
Por alma da minha mãe
Minha guitarra chorando
Reza por ela também

Je prie à voix basse
Pour l’âme de ma mère.
Ma guitare qui pleure
Prie pour elle à sa manière.
Há muita gente que diz
Que um fadista é desgraçado
Eu julgo-o muito feliz
Por saber cantar o fado

On dit souvent
Que les fadistes sont malheureux.
Pour moi, ils ont le grand bonheur
De savoir chanter le fado.

Auteur inconnu. Fado Anadia (1927 ?).
Auteur inconnu. Fado Anadia, traduit de Fado Anadia (1927 ?), par L. & L.

João do Carmo Noronha était un oncle à la mode de Bretagne de l’illustre Maria Teresa de Noronha – qui n’a pas manqué, et avec quel savoir-faire, de proposer sa propre interprétation du Fado Pechincha (prononcer : pchicha, avec le i dans le nez et le a à peine formé, tirant vers un e). Pechincha signifie « bonne affaire » : « Je l’ai eu pour trois fois rien, c’était une affaire ».

Le Fado de outrora (« Fado d’autrefois ») exploite l’un des thèmes de prédilection du fado traditionnel jusque vers les années 1970 : la nostalgie du passé et, tout particulièrement, la mythification du quartier de la Mouraria, réputé être le berceau du fado. Ce quartier a été l’objet d’une « modernisation » forcenée qui l’a violemment défiguré, dans les années 1950 surtout. Dans bien des fados – dont le Fado de outrora –, la disparition de l’ancien tissu urbain de la Baixa da Mouraria (la partie basse du quartier) est présentée comme une métaphore de l’altération irrémédiable du fado castiço (« authentique ») – à moins qu’elle n’en soit la cause.

Maria Teresa de Noronha (1918-1993)Fado de outrora. Manuel Rodrigues de Sá Esteves, paroles ; João do Carmo Noronha, musique (Fado Pechincha).
Maria Teresa de Noronha, chant ; Raúl Nery, guitare portugaise ; Joaquim do Vale, guitare.
Première publication dans le disque 45 t Fado da idanha ; Fado de outrora ; Caminhos sem fim ; Fado Rio Maior. Portugal, Decca, ℗ 1959.

Fui reviver o passado
Às ruas da Mouraria
Não vi fadistas nem fado
Desde a Graça até à Guia

J’ai voulu revivre le passé
Dans les rues de la Mouraria.
Je n’ai vu ni fadistes ni fado,
Depuis la Graça* jusqu’à la Guia*.
Foi ali, onde a Severa
Cantou o fado e viveu
Mas o fado dessa era
Morreu quando ela morreu

C’est là que la Severa
Vivait et chantait le fado.
Mais le fado de ce temps-là
Est mort quand elle est morte.
O casario se aninha
Cheio de fé e virtude
Em volta da capelinha
Da Senhora da Saúde

Les maisons se serrent
Dans la foi et la chasteté
Autour le la chapelle
De Notre-Dame de la Santé.
E da velha tradição
Já pouco resta, hoje em dia
Esses tempos que lá vão
Não voltam à Mouraria

Et de l’ancienne tradition,
Que reste-t-il à présent ?
Ce temps bien révolu
Ne reviendra pas à la Mouraria !

Manuel Rodrigues de Sá Esteves. Fado de outrora [pas après 1958]. Connu aussi sous le titre : Reviver o passado Manuel Rodrigues de Sá Esteves. Fado d’autrefois, traduit de Fado de outrora [pas après 1958] par L. & L. Connu aussi sous le titre : Revivre le passé (Reviver o passado).
*La Graça est un quartier limitrophe du haut de la Mouraria ; la Guia désignait, avant les démolitions, une petite place (le « Largo da Guia ») située non loin de l’église de Notre-Dame de la Santé. Son nom évoque une église détruite en 1859. « Depuis la Graça jusqu’à la Guia » signifie : d’un bout à l’autre de la Mouraria.

On l’entend, le Pechincha de Maria Teresa de Noronha est conduit comme celui de son oncle, qui d’ailleurs reste le modèle des interprétations modernes de ce fado.

Quant au Fado Anadia (l’accent tonique tombe sur le i : Anadia) il est extrêmement ancien : sa composition, dédiée au 4e comte d’Anadia, D. José Maria de Sá Pereira e Menezes (1839-1870) – un amateur de fado –, remonte à 1860 approximativement. Son auteur se nommait José Maria Rodrigues, dit « dos Cavalinhos » parce qu’il jouait dans ces petits orchestres d’harmonie accompagnant festivités ou marches populaires (cavalinhos en portugais). Je n’ai pas découvert ses dates biographiques ; on sait de lui qu’il était un guitariste renommé.

Bien sûr on ignore comment le Fado Anadia était exécuté à l’origine. Mais on dispose d’un témoignage enregistré en 1928 par le grand joueur de guitare portugaise Armando Freire, dit Armandinho. Et – surprise – le tempo en est sensiblement plus lent que celui des versions ultérieures, même s’il s’accélère dans son dernier tiers :

Armandinho (Armando Freire, 1891-1946)Fado Conde de Anadia. José Maria Rodrigues dos Cavalinhos, musique (Fado Anadia).
Armandinho, guitare portugaise ; Georgino de Sousa, guitare.
Enregistrement : Lisbonne, Teatro São Luís, 12 octobre 1928.
Première publication dans le disque 78 t Fado Magioli ; Fado Conde de Anadia. Royaume-Uni, His Master’s Voice, 1929.

Écoutons maintenant Maria Teresa de Noronha, sur des paroles tout à fait déprimées d’Américo Marques dos Santos.

Maria Teresa de Noronha (1918-1993)Fado Anadia. Américo Marques dos Santos, paroles ; José Maria Rodrigues dos Cavalinhos, musique (Fado Anadia).
Maria Teresa de Noronha, chant ; Raúl Nery, guitare portugaise ; Joaquim do Vale, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Première publication dans le disque 45 t Fado Anadia ; Fado boémio ; Fado velhinho ; Mataram a Mouraria. Portugal, Decca, ℗ 1961.

Eu sei que no céu profundo,
Nunca brilhou minha estrela
Sinto que a vida do mundo
Jamais poderei vivê-la
Je sais que dans la nuit profonde
Jamais mon étoile n’a brillé.
Je sens que la vie du monde,
Jamais je ne la vivrai.
Penso que a vida que vivo
Não passa de uma ilusão
Pois não encontro motivo
Do bater do coração
Je pense que la vie que je vis
N’est rien de plus qu’une illusion
Car je ne vois aucune raison
Qui fasse que mon cœur batte.
Creio viver sem ter vida
Viver vida sem alento
Tal como folha caída
Andando ao sabor do vento
Je vis sans avoir de vie
Je vis sans avoir de souffle
Je suis comme la feuille morte
Que le vent pousse ça et là.
Não quero sofrer a sorte
Nesta má sina contida
Prefiro pedir à morte
Que me leve à outra vida
Je ne veux pas être le jouet
Du mauvais sort que je subis.
Plutôt demander à la mort
De m’emporter dans l’autre vie.

Américo Marques dos Santos. Fado Anadia [1961 ?].
Américo Marques dos Santos. Fado Anadia, traduit de Fado Anadia [1961 ?], par L. & L.

La longue introduction instrumentale (près de 40 délicieuses secondes) est presque une citation de l’interprétation d’Armandinho, bien qu’elle adopte d’emblée le tempo rapide auquel Armandinho ne s’abandonne que vers la fin du morceau. C’est en tout cas une manière d’y faire explicitement référence. Comme toujours, Maria Teresa connaît ses classiques.

À suivre

Fado Anadia & Fado Pechincha. 1. Celeste Rodrigues

22 avril 2025

De ces deux fados on peut dire que l’un est le sosie de l’autre, quoiqu’ils aient été composés à plus de soixante ans de distance : le premier (Fado Anadia) vers 1860, le second (Fado Pechincha) vers la fin des années 1920. L’un et l’autre sont en mode mineur et comportent un motif instrumental caractéristique qui se répète entre les strophes, un peu comme un refrain ; ils sont généralement exécutés sur un tempo rapide – du moins dans leurs interprétations modernes – et leurs mélodies se ressemblent.

Parfois les fadistes, ou les éditeurs phonographiques, ou les deux, se trompent et prennent l’un pour l’autre. C’est ainsi que Flor na tua mão, un poème de David Mourão-Ferreira enregistré par Celeste Rodrigues en 1974, est paru à l’origine avec l’indication (erronée) « Fado Pechincha », puis republié dans des compilations en tant que Fado Anadia, dont on reconnaît le motif instrumental distinctif.

Celeste Rodrigues (1923-2018)Flor na tua mão. David Mourão-Ferreira, paroles ; José Maria Rodrigues dos Cavalinhos, musique (Fado Anadia). Titre original du poème : Labirinto ou Não foi nada. Sur l’album Celeste Rodrigues (1974) qui contient l’enregistrement original, la musique est identifiée comme Fado Pechincha.
Carlos Gonçalves & António Chaínho, guitare portugaise ; José Maria Nóbrega, guitare ; Raúl Silva, basse acoustique.
Première publication dans l’album Celeste Rodrigues. Portugal, Riso e ritmo discos, ℗ 1974.

Ci-dessous : le poème original de Mourão-Ferreira, intitulé Labirinto (« Labyrinthe »). Dans le fado, la deuxième strophe est déplacée après la troisième, la quatrième est omise.

Talvez houvesse uma flor
aberta na tua mão.
Podia ter sido amor,
e foi apenas traição.
Il y eut peut-être une fleur
Épanouie dans ta main.
Une fleur qui pouvait être l’amour
Et qui ne fut que mensonge.
É tão negro o labirinto
que vai dar à tua rua…
Ai de mim, que nem pressinto
a cor dos ombros da Lua!
Il est obscur le labyrinthe
Qui conduit jusqu’à ta rue…
Je n’y distingue qu’à grand peine
La couleur des épaules de la Lune !
Talvez houvesse a passagem
de uma estrela no teu rosto.
Era quase uma viagem:
foi apenas um desgosto.
Il y eut peut-être le passage
D’une étoile sur ton visage.
Une promesse de voyage
Qui s’est résolue en chagrin.
É tão negro o labirinto
que vai dar à tua rua…
Só o fantasma do instinto
na cinza do céu flutua.
Il est obscur le labyrinthe
Qui conduit jusqu’à ta rue…
De l’instinct il reste le fantôme
Flottant contre la cendre du ciel.
Tens agora a mão fechada;
no rosto, nenhum fulgor.
Não foi nada, não foi nada:
podia ter sido amor.
Tu tiens à présent tes mains closes
Rien n’illumine ton visage.
J’avais cru y voir naître l’amour,
Ce n’était rien, il n’y avait rien.
David Mourão-Ferreira (1927-1996). Labirinto ou Não foi nada. Dans : À Guitarra e à Viola (1954-1960)
David Mourão-Ferreira (1927-1996). Labyrinthe, traduit de Labirinto ou Não foi nada par L. & L.

Le Fado Anadia, de même d’ailleurs que le Pechincha, sont des musiques contradictoires, qui conjuguent un tempo enlevé avec une mélodie en mineur pour donner des pièces trompeusement allègres. Dans le cas de Flor na tua mão, le noir du labyrinthe dans lequel baignent les vers amers de David Mourão-Ferreira exacerbe encore cette tension.

Trente-trois ans plus tard, revoici Celeste avec la magnifique voix de son dernier âge, beaucoup plus belle que celle de sa jeunesse. Dans son dernier enregistrement de studio (Fado, 2007) figure un Fado Pechincha sur lequel elle chante Meu nome baila no vento (« Mon nom danse dans le vent »), un poème de José Luís Gordo déjà utilisé par Maria da Fé sur une autre musique.

Celeste Rodrigues (1923-2018)Meu nome baila no vento. José Luís Gordo, paroles ; João do Carmo Noronha, musique (Fado Pechincha).
Pedro Amendoieira, guitare portugaise ; Pedro Pinhal, guitare & direction musicale ; Paulo Paz, basse acoustique.
Enregistrement : Lisbonne, Casa de Linhares.
Première publication dans l’album Fado / Celeste Rodrigues. Portugal, Diogo Varela Silva, ℗ 2007.

Meu nome baila no vento
Na tempestade do mar
Vai-me na voz o lamento
Que o vento anda a espalhar
Mon nom danse dans le vent
De la mer déchaînée.
Et ce vent porte une plainte
Qui coule jusque dans ma voix.
Meu nome baila nas horas
Recuadas, do passado
E o tempo que se demora
Baila no tempo do fado
Mon nom danse dans les heures
Anciennes de mon passé
Et le temps qui s’attarde
Danse au rythme du fado.
Meu nome baila em teu nome
Tua voz na minha boca
E no tempo que o consome
Baila a loucura mais louca
Mon nom fait danser en ton nom
Ta voix dans ma bouche
Et dans le temps qui le consume
Danse la plus folle des folies.
Meu nome já não é meu
Baila agora sem parar
Anda um nome que é o teu
Na minha voz a cantar
Mon nom n’est déjà plus le mien
Voici qu’il danse sans arrêt
Voici qu’un nom, qui est le tien,
Chante désormais dans ma voix.
José Luís Gordo (né en 1947). Meu nome baila no vento (1971 ?)
José Luís Gordo (né en 1947). Mon nom danse dans le vent, traduit de Meu nome baila no vento (1971?) par L. & L.

À suivre

La chanson du dimanche [81]. Il ne faut pas briser un rêve

20 avril 2025

Il ne faut pas briser un rêve,
Même s’il vous semble un peu fou
Tâchez donc que le mien s’achève
Puisqu’il est plein de vous.

Jean Jal (Georges Bastyns, 1908-1984). Il ne faut pas briser un rêve (1936).

Eva Busch (1909-2001)Il ne faut pas briser un rêve. Jean Jal (Georges Bastyns), paroles & musique.
Eva Busch, chant ; Wal-Berg et son orchestre.
Première publication : disque 78 tours Il ne faut pas briser un rêve ; Le clocher de mon cœur / Eva Busch. France, Columbia, ℗ 1940.

La chanson du dimanche [80]. April in Paris

13 avril 2025

April in Paris, chestnuts in blossom
Holiday tables under the trees
April in Paris, this is a feeling
No one can ever reprise

Yip Harburg (Edgar Yipsel Harburg, 1896-1981). April in Paris, extrait de la revue musicale Walk a little faster (1932).

Avril à Paris, marronniers en fleurs,
Tables de fête sous les arbres…
Avril à Paris, une sensation
Qu’on n’éprouve nulle part ailleurs

Elle, Ella.

Ella Fitzgerald (1917-1996)April In Paris. Yip Harburg, paroles ; Vernon Duke, musique.
Ella Fitzgerald, chant ; Don Abney, piano ; Herb Ellis, guitare ; Ray Brown, contrebasse ; Jo Jones, batterie.
Vidéo : émission Jazz pour tous. Production : Belgique, INR (Institut national de radiodiffusion), 1957.
Captation : Bruxelles (Belgique), Palais des Beaux-arts, 6 juin 1957.

La chanson du dimanche [79]. Il Vesuvio a Parigi

6 avril 2025

Paolo Sardisco (1925-2007)Il Vesuvio a Parigi. E. De Caro, paroles ; Filibello (Filippo Bellobuono, 1900-1995), musique.
Paolo Sardisco, chant ; Pippo Barzizza e la sua Orchestra.
Première publication sur le disque 78t Non c’è sabato senza sole ; Il Vesuvio a Parigi / Paolo Sardisco. Italie, 1957.

Une vraie friandise. En voici le texte, accompagné d’une traduction rapide (si on est familier de la langue napolitaine on y décèlera probablement des approximations) :

Ti voglio bene bella parigina
e ti conduco a Napoli con me.
Meglio a fa’ ammore nterra Margellina
ma sta francese nun ne vò sapè,
vò sta a Parigi cu mammà e papà
e nun ‘o tengo ‘o core d’ ‘a lassà.

Je t’aime, belle parisienne
et je t’emmène à Naples avec moi.
L’amour est plus beau à Mergellina.
Mais cette Française ne veut rien savoir.
Il lui faut son Paris avec Maman et Papa
Et moi je n’ai pas le cœur de la laisser là.
Sulle sponde della Senna
m’aggio fatto chistu suonno,
che la bella parisienne
steva a Napule cu me.
Nun diceva cchiù « je t’aime »,
me diceva « voglio a te »
ma scetánnome aggio ntiso « mon chéri
moi je t’aime plus encore ici à Paris ».

Sur les berges de la Seine
J’ai fait ce rêve
Que la belle parisienne
Était à Naples avec moi.
Elle ne disait plus « Je t’aime »,
Elle disait « Voglio a te ».
Mais à mon réveil j’ai entendu « Mon chéri
moi je t’aime plus encore ici à Paris ».
Amore mio ti voglio tanto bene
ma ‘o parigino nun ‘o pozzo fa’,
a Napule, nenne’, chiù forte vene
‘o desiderio ‘e c’abbraccià e vasà.
Ma sta francese è tosta comm’a che
e vò tenè a Parigi pure a me.

Mon amour je t’adore,
Mais je ne peux pas devenir parisien.
Naples, mon bébé, donne envie
De s’enlacer, de s’embrasser.
Mais cette Française est une vraie tête de mule :
Elle veut me garder à Paris avec elle.

E. De Caro. Il Vesuvio a Parigi (1955).
E. De Caro. Le Vésuve à Paris, traduit de Il Vesuvio a Parigi (1955), par L. & L.

Et là, une reprise très récente de cette chanson – moins amusante que la première –, par le trio napolitain Suonno d’ajere.

Suonno d’ajereIl Vesuvio a Parigi. E. De Caro, paroles ; Filibello (Filippo Bellobuono, 1900-1995), musique.
Suonno d’ajere, ensemble instrumental & vocal (Irene Scarpato, chant ; Marcello Smigliante Gentile, mandoline et autres instruments ; Gian Marco Libeccio, guitares) ; Le sorelle Marinetti, trio vocal (Marco Lugli, Nicola Olivieri & Matteo Minerva).
Première publication dans l’album Nun v’annamurate / Suonno d’ajere. Italie, Italian World Beat, ℗ 2064.

La chanson du dimanche [78]. Le temps du lilas

29 mars 2025

Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.
Charles Baudelaire (1821-1867). Spleen. II, J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans. Extrait de Les fleurs du mal (1857).

Barbara (1930-1997)Le temps du lilas. Barbara, paroles & musique.
Barbara, chant ; accompagnement instrumental.
Première publication dans l’album Dis, quand reviendras-tu ? / Barbara. France, ℗ 1964.

Plus très bien

26 mars 2025

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Il y a quelqu’un.
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Toulouse (Occitanie, France) Musée Paul Dupuy, exposition « L’encre et la matière », 20 mars 2025. Arrière-plan : œuvre de Ye Xingqian.
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Il n’y a plus personne.
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Toulouse (Occitanie, France) Musée Paul Dupuy, exposition « L’encre et la matière », 20 mars 2025. Arrière-plan : œuvre de Ye Xingqian.
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Ainsi passe la gloire du monde : écume qui se mêle à l’écume du souvenir.
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Jeanne Moreau (1928-2017)J’ai la mémoire qui flanche. Cyrus Bassiak [pseudonyme de Serge Rezvani], paroles et musique ; François Rauber, arrangement.
Jeanne Moreau, chant ; accompagnement instrumental ; François Rauber, direction.
Enregistrement : Paris, Comédie des Champs-Élysées.
Extrait de l’album Jeanne Moreau chante 12 chansons de Cyrus Bassiak. France, Disques Jacques Canetti, ℗ 1963.

Fado alexandrino de Joaquim Campos. 4. Amália • Caminhos de Deus

25 mars 2025

Fait suite à :

Dix-neuf : c’est le nombre de morceaux – parmi lesquels Povo que lavas no rio et aussi, pour la première fois, des compositions d’Alain Oulman – enregistrés par Amália au cours des sessions qui ont se sont échelonnées à Lisbonne de 1960 à 1962. Seuls neuf d’entre eux ont été retenus pour le fameux album sans titre surnommé Busto (« Buste ») en référence à l’illustration de sa pochette, publié en 1962. Les dix autres ont été diffusés de manière fractionnée, sur des disques 45 tours ou autres, ou rassemblés en un album intitulé For your delight édité au Royaume-Uni.

Caminhos de Deus, sur la musique du Fado alexandrino de Joaquim Campos, fait partie de ces laissés pour compte. Au Portugal, il figurait sur la face B d’un disque 45 tours mettant en vedette Povo que lavas no rio.

Amália Rodrigues (1920-1999)Caminhos de Deus. António de Sousa Freitas, paroles ; Joaquim Campos, musique (Fado alexandrino de Joaquim Campos).
Amália Rodrigues, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare.
Enregistrement : Lisbonne, Teatro Taborda, entre 1960 et 1962.
Première publication dans le disque 45 t Povo que lavas no rio ; Caminhos de Deus ; Acho inúteis as palavras / Amalia. Royaume-Uni, Columbia, ℗ 1962.

Quis dar-me Deus um fado, um rumo e uma estrada.
Caminhos, eu sei lá aqueles que me deu
Quis dar-me Deus esperança e em tudo fui errada
Talvez porque troquei os seus fados p’lo meu.

Dieu m’a donné un but, un destin, un chemin.
Ses chemins, quels qu’ils soient, je ne les ai pas pris.
Dieu m’a donné l’espoir, mais en tout j’ai failli,
Peut-être pour avoir suivi ma propre voie.
De tudo o que ficou ainda resta acesa
A chama da saudade, estrela já no fim
E nada vale a pena, basta-me esta certeza
Daquele caminho errado traçado para mim.

Dans tout ce qui me reste, seule brûle encore
La flamme de la saudade, étoile presque éteinte.
Plus rien n’en vaut la peine, mais j’ai la certitude
Que ces chemins tracés n’étaient pas faits pour moi.
De tantas ilusões perdidas uma a uma
Surgiu da noite agreste um luto que me amarra
Ficaram-me as esperanças e Deus que mas resuma
Na triste voz do fado e cordas de guitarra.

De mes illusions perdues l’une après l’autre
Est né dans la nuit froide un deuil qui m’envahit.
Il me reste l’espoir ; que Dieu me le révèle
Dans la triste voix du fado et les cordes des guitares.

António de Sousa Freitas (1921-2004). Caminhos de Deus (1962).
António de Sousa Freitas (1921-2004). Chemins de Dieu, traduit de Caminhos de Deus (1962), par L. & L.

Les paroles, d’António de Sousa Freitas (1921-2004), évoquent une forme de révolte, un refus des « chemins de Dieu », et rappellent par exemple ce quatrain de Malmequer pequenino, chanté quant à lui sur une musique joyeuse :

Aquela mulher pecou
por amor se fez fadista
tão longe o fado a levou
que Deus a perdeu de vista.

Attribué à José André dos Santos (1909-1967). Malmequer pequenino.

Cette femme est une pécheresse,
Par amour elle s’est faite fadiste ;
Si loin l’a menée le fado
Que Dieu l’a perdue de vue.

Toujours, il y a la « faute » du fado, destin irrésistible, qui s’oppose à celui assigné par Dieu.

Fado alexandrino de Joaquim Campos. 3. Ricardo Ribeiro • De mim para ninguém

24 mars 2025

Fait suite à :

Parmi les emplois du Fado alexandrino de Joaquim Campos que je connais, De mim para ninguém (« De moi et pour personne »), créé par Ricardo Ribeiro, est un des plus poignants et – je trouve – des plus justes. On a longtemps tenu ce fadiste pour un épigone de Fernando Maurício (ce qu’il ne récuse pas), voire pour un imitateur (ce qu’il n’est pas).

Cet enregistrement de De mim para ninguém figure sur le quatrième album de l’artiste, Largo da memória (« Place du souvenir », 2013).

Ricardo Ribeiro (né en 1981)De mim para ninguém. Artur Ribeiro, paroles ; Joaquim Campos, musique (Fado alexandrino de Joaquim Campos).
Ricardo Ribeiro, chant ; Pedro de Castro, guitare portugaise ; Jaime Santos, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Atlântico Blue, de juin à août 2013.
Extrait de l’album Largo da memória / Ricardo Ribeiro. Portugal, Parlophone, ℗ 2013.

De mim para ninguém, mais outro fado triste
Fado que às vezes canto para ninguém ouvir
Muito embora a ninguém, meu coração insiste
Neste fado que em pranto se transforma a seguir

De moi et pour personne, encore un fado triste,
Je le chante parfois, adressé à personne,
À personne et pourtant, mon cœur revient sans cesse
À ce fado qui bientôt se transforme en sanglots.
De mim para ninguém que me deixou tristonho
E nem sequer merece meus olhos a chorar
Ninguém que foi alguém e destruiu meu sonho
E o coração esquece o que não deve lembrar

De moi et pour « personne » qui m’a laissé si triste
Et ne mérite pas de voir mes yeux pleurer,
« Personne » qui fut quelqu’un et a détruit mon rêve
Et puis le cœur oublie ce qu’il doit oublier.
Alguém que se perdeu nas ruas da ansiedade
Que viveu a meu lado e a quem eu já quis bem
Alguém que enegreceu as ruas da cidade
Inspirou este fado, de mim para ninguém

Quelqu’un qui s’est perdu dans les rues de l’angoisse,
Avec qui j’ai vécu, quelqu’un que j’ai aimé
Et qui a peint de noir les rues de cette ville
M’a inspiré ce fado, de moi et pour personne.

Artur Ribeiro (1923-1988). De mim para ninguém (19??).
Artur Ribeiro (1923-1988). De moi et pour personne, traduit de De mim para ninguém (19??), par L. & L.

À suivre