Carlos Zel • Fado Maluda

Maluda (Maria de Lourdes Ribeiro ; 1934-1999). Lisboa XII & Lisboa XIII (1978), huile sur toile, 73 x 184 cm. Lisbonne, Centro de Arte Moderna Gulbenkian (CC BY-NC-ND 4.0).
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On connaît le Fado Malhoa, chanté par Amália au début des années 1950, qui s’inspire d’une peinture connue (O Fado de José Malhoa [1855-1933]), mais rares sont les fados dont le sujet est l’œuvre d’un peintre ou d’une pictrice dans sa globalité. Il n’y a que ce Fado Maluda consacré à Maria de Lourdes Ribeiro (1934-1999) dite Maluda. D’elle, les amateurs de fado connaissent un portrait d’Amália, son amie très chère et très proche.
Née dans le territoire alors portugais de Goa, en Inde, établie ensuite au Mozambique avant de rejoindre l’Europe, formée à Lisbonne et à Paris, elle a surtout peint des paysages portugais, le plus souvent urbains, faits d’à-plats géométriques colorés — mais dans des teintes retenues de rayonner, assourdies, comme voilées d’une légère grisaille ou de pâleur ; des toits, des maisons souvent sans ouverture aucune ; nulle présence humaine ; le silence.
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Carlos Zel (1950-2002) • Fado Maluda. Rosa Lobato de Faria, paroles ; Carlos da Maia, musique (Fado Carlos da Maia [sextilhas]).
Carlos Zel, chant ; José Luis Nobre Costa, guitare portugaise ; Francisco Perez, Francisco Gonçalves & Jaime Santos, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Extrait de l’album Fados / Carlos Zel. Portugal, ℗ 1993 (première publication).
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Nasceu guardiã dos sonhos
Tem a magia nos olhos
Traz os segredos na mão
Torna Lisboa mais bela
Quando pinta uma janela
Logo se abre o coração
Gardienne des rêves elle naquit.
Ses yeux abritent la magie,
Elle porte dans sa main les secrets.
Elle rend Lisbonne plus belle
Et lorsqu’elle peint une fenêtre
Voici que s’ouvre notre cœur.
São quiosques, são telhados
E há pardais alucinados
Embriagados de Tejo
E uma cegonha perdida
Confusa, pediu guarida
Numa tela de além Tejo
Il y a des kiosques, des toits
Et des moineaux hallucinés,
Enivrés de Tage.
Il y a une cigogne perdue,
Confuse, qui demande asile
Dans une peinture de l’autre rive du Tage.
Tonalidades secretas
Azuis de prússia violetas
Ardências de chão queimado
E onde a noite principia
P’ra não morrer a magia
Poisa os pincéis, canta o fado
Tonalités secrètes,
Bleus de Prusse, violets,
Embrasements de terre brûlée
Et là où commence la nuit,
Pour ne pas mourir, la magie
Pose les pinceaux et chante le fado.
Rosa Lobato de Faria (1932-2010). Fado Maluda (1993).
.Rosa Lobato de Faria (1932-2010). Fado Maluda, trad. par L. & L. de Fado Maluda (1993).
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Elle a aussi représenté des kiosques de toutes formes ; et des fenêtres, toujours fermées. En 1981, le poète Alexandre O’Neill (auteur de quelques textes pour Amália, dont Gaivota) a pris ces fenêtres inertes pour sujet de deux poèmes, publiés en 1983 sous le titre collectif de Persiana para Janela de Maluda (« Persienne pour Fenêtre de Maluda »), accompagnés d’une sérigraphie de l’artiste. Voici l’un d’eux, d’une grande perspicacité :
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Esta janela já não tem enredos,
ninguém por ela espreita, ninguém espera
vê-la semicerrar, semiabrir
o olhoblíquo verde do ciúme;
Cette fenêtre n’a plus d’histoires,
À travers elle nul ne regarde, nul n’espère
La voir ouvrir ou fermer à demi
L’œil oblique et vert de la jalousie ;
nem por ela passarão as trajectórias
do suicida e do escalador.
Romeu morreu e a doce expectação
de Julieta é comprimido sono.
Elle ne verra pas passer les trajectoires
Du suicidé ou du monte-en-l’air.
Roméo est mort et la douce attente
De Juliette est un sommeil comprimé.
Sequer uns braços nus de janeleira,
hasteada brancura, nela podem
demorar o gozo dum voyeur,
que esta janela já não serve para…
Les bras nus d’une femme à sa fenêtre
Blancheur hissée, ne peuvent
Y retenir le plaisir d’un voyeur,
Car cette fenêtre ne sert plus à…
Esta janela é uma finta, é uma jogada
no xadrez de quem a pinta e assina.
Cette fenêtre est une feinte, un coup joué
Sur l’échiquier de celle qui la peint et la signe.
Alexandre O’Neill (1924-1986). Persiana para Janela de Maluda (1981).
.Alexandre O’Neill (1924-1986). Persienne pour Fenêtre de Maluda, trad. par L. & L. de Persiana para Janela de Maluda (1981).
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![Maluda (Maria de Lourdes Ribeiro ; 1934-1999). [Sans titre] (s.d.), sérigraphie, 48 x 39,2 cm (impression), 69,8 x 50,1 cm (feuille). Lisbonne, Centro de Arte Moderna Gulbenkian. Maluda (Maria de Lourdes Ribeiro ; 1934-1999). [Sans titre] (s.d.), sérigraphie, 48 x 39,2 cm (impression), 69,8 x 50,1 cm (feuille). Lisbonne, Centro de Arte Moderna Gulbenkian.](https://jepleuresansraison.com/wp-content/uploads/2023/10/maluda_fenetre_serigraphie_gulbenkian_300.jpg?w=600)
Maluda (Maria de Lourdes Ribeiro ; 1934-1999). [Sans titre] (s.d.), sérigraphie, 48 x 39,2 cm (impression), 69,8 x 50,1 cm (feuille). Lisbonne, Centro de Arte Moderna Gulbenkian (CC BY-NC-ND 4.0).
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Maustetytöt • Syntynyt suruun ja puettu pettymyksin. Kaisa Karjalainen & Anna Karjalainen, paroles et musique.
Maustetytöt, duo instrumental & vocal (Kaisa Karjalainen, chant, programmation ; Anna Karjalainen, chant, guitare électrique).
Enregistrement public : Finlande, 2020.
Vidéo : 2020.
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Vu Kuolleet lehdet (Les feuilles mortes), le film d’Aki Kaurismäki, cette semaine.
Kaurismäki est un bienfaiteur de l’humanité.
Il y a beaucoup de chansons dans son film, toutes chantées en finnois à l’exception d’Arrabal amargo de Carlos Gardel. Au générique de fin : une version finnoise des Feuilles mortes de Kosma & Prévert. Il y a aussi une séquence dans un bar où ce duo, Maustetytöt (« Spice girls » en finnois), en imperméable ou robe de chambre, l’air impassible, presque inerte, interprète cette chanson Syntynyt suruun ja puettu pettymyksin, que Google traduit par : « Né dans le chagrin et vêtu de déception ». Les paroles sont atroces. C’est un délice.
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Pannussa homeinen kahvi
Ja lattialla astia
Sade huuhtoo ikkunoita
Eipä tarvitse niitä itse pestä
Ei mikään enää lähtemästä estäMut oon kuin betoniin valettu polviin saakka
Seläs näkymätön tuhat kiloinen taakka
Vaik edessä ois enää yksi rasti
En tiedä jaksanko hautaan astiOlen vankina täällä ikuisesti
Myös hautausmaata kiertävät aidat
Kun päättyisi viimein maallinen pesti
Mut syvempään kuitenkin maahan vain kaivat
Pidän sinusta mutten itseäni siedä
En tarvitse muita, sinusta en tiedä
Myönnän jos mä lähden
Sen teen vain itseni tähdenKesäkengät ja liian suuri huppari
Pakkasessa lähikauppaan
Vain muutaman kaljan jälleen noudan
Jos lisää tarvin, niin hyvin joudan uudelleenKun muutoin kuitenkin vain lähinnä makaan
En kotoa poistu syyttä ainakaan
Unohtakaa minut, tahdon olla yksin
Synnyin suruun ja minut puettiin pettymyksinOlen vankina täällä ikuisesti
Myös hautausmaata kiertävät aidat
Kun päättyisi viimein maallinen pesti
Mut syvempään kuitenkin maahan vain kaivat
Pidän sinusta mutten itseäni siedä
En tarvitse muita, sinusta en tiedä
Myönnän jos mä lähden
Sen teen vain itseni tähdenOlen vankina täällä ikuisesti
Myös hautausmaata kiertävät aidat
Kun päättyisi viimein maallinen pesti
Mut syvempään kuitenkin maahan vain kaivat
Pidän sinusta mutten itseäni siedä
En tarvitse muita, sinusta en tiedä
Myönnän jos mä lähden
Sen teen vain itseni tähdenMyönnän jos mä lähden
Sen teen vain itseni tähdenKaisa Karjalainen & Anna Karjalainen. Syntynyt suruun ja puettu pettymyksin (2020).
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Kuolleet lehdet. Bande-annonce. Aki Kaurismäki, réalisation & dialogues. Titre français : Les feuilles mortes.
Distribution : Alma Pöysti (Ansa) ; Jussi Vatanen (Holappa) ; Janne Hyytiäinen (Huotari) ; Nuppu Koivu (Liisa)…
Tournage : 2022. Production : Finlande : Sputnik, Bufo ; Allemagne : Pandora Film. Sortie : 2023 (Finlande, France).
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Amália • Espelho quebrado
Amália Rodrigues (1920-1999) • Espelho quebrado. David Mourão-Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare ; Alain Oulman, piano.
Enregistrement : Lisbonne, Teatro Taborda, entre 1960 et 1962.
Première publication dans l’album For your delight / Amália. Royaume-Uni, Columbia, ℗ 1963.
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Com o seu chicote, o vento
Quebra o espelho do lago.
Em mim, foi mais violento
O estrago,
D’un coup de fouet, le vent
Brise le miroir du lac.
Mais plus encore, c’est moi
Qu’il a brisée,
Porque o vento, ao passar,
Murmurava o teu nome.
Depois de o murmurar,
Deixou-me.
Ce vent qui passait
En murmurant ton nom.
Car, l’ayant murmuré,
Il m’a laissée.
Tão rápido passou,
nem soube destruir-me
as mágoas em que sou
Tão firme.
Il est passé trop vite
Pour pouvoir arracher
Cette douleur enracinée
En moi.
Mas a sua passagem
Em vidro recortava
No lago a minha imagem
De escrava.
Mais son passage
A découpé dans le verre
Du lac mon image
D’esclave.
Ó líquido cristal
Dos meus olhos sem ti,
Em vão um vendaval
Pedi,
Ô liquide cristal
De mes yeux sans toi,
En vain j’ai invoqué
L’orage,
Para que se quebrasse
O espelho que me enluta
E me ficasse a face
Enxuta!
Pour que se brise
Ce miroir qui m’endeuille
Et qu’il me sèche
Le visage.
Ai, meus olhos sem ti…
Em mim, foi mais violento
O vento!
Ah, mes yeux sans toi…
En moi, soufflait plus violemment
Le vent !
David Mourão-Ferreira (1927-1996). Espelho quebrado (vers 1960).
David Mourão-Ferreira (1927-1996). Miroir brisé, traduit de Espelho quebrado (vers 1960) par L. & L.
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Espelho quebrado (« Miroir brisé ») : ce beau fado d’Alain Oulman sur un poème de David Mourão-Ferreira — l’auteur des paroles de Barco negro, entre autres — est passé à peu près inaperçu au Portugal, où son enregistrement de studio n’a été publié, en 1964, que comme troisième et dernière plage d’un disque 45 tours qui mettait en vedette Estranha forma de vida (un texte d’Amália sur un fado traditionnel d’Alfredo Marceneiro). Si Estranha forma de vida figurait sur le célèbre album sans titre, dit « do Busto » (« du buste »), de 1962, ce n’était pas le cas de Espelho quebrado. « J’aime beaucoup Espelho quebrado », déclarait Amália dans son autobiographie, « mais les gens n’adhèrent pas à ce genre de choses. » Elle disait cela à propos du poème, non de la musique, qui pourtant devait à l’époque paraître étrange, voire déroutante, pour le public du fado traditionnel. Elle l’était en tout cas pour les guitaristes qui accompagnaient alors Amália et qui ne se sont pas privés de le dire. Le fait est qu’Alain Oulman ne semblait guère accointé avec le fado traditionnel. Du reste il a toujours composé au piano. Il en joue d’ailleurs, quoique discrètement, dans l’enregistrement studio de ce morceau.
La première apparition de Espelho quebrado s’est produite à la télévision portugaise, en 1961, en ouverture d’un récital comportant huit titres alors encore inédits au disque : six qui allaient paraître l’année suivante dans l’album « du buste », plus Espelho quebrado et le splendide Dura memória, sur un sonnet de Camões.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Espelho quebrado. David Mourão-Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare.
Extrait du récital télévisé Amália Rodrigues diffusé sur les ondes de la Radiotelevisão Portuguesa (RTP) le 10 octobre 1961. Fernando Frazão, réalisation ; Fernando Pessa, présentation. Enregistrement : Lisbonne, studios de la RTP, Lumiar, septembre 1961. Production : Portugal, RTP, 1961.
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Le jeudi 29 novembre 1962 (exactement une semaine avant la présentation du « disque du buste » à la presse), Amália participait à un spectacle donné en l’honneur du fadiste Filipe Pinto au théâtre Tivoli, à Lisbonne. Là encore, parmi les huit fados de son programme figurait Espelho quebrado.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Espelho quebrado. David Mourão-Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique.
Enregistrement public, dans le cadre du spectacle donné en hommage à Filipe Pinto au théâtre Tivoli, Lisbonne, le 29 novembre 1962.
Extrait de l’album Tivoli 62. 1ère publication : Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2015.
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Espelho quebrado a suscité quelques reprises par d’autres fadistes : Cristina Branco dans son premier album (1997), Maria Ana Bobone (Senhora da Lapa, 1998) et d’autres. Mísia en donne, dans son double album Para Amália (2015), une version dépouillée à l’extrême, comme hallucinée, accompagnée seulement au piano. Ici au contraire elle est entourée d’un orchestre symphonique, le Philharmonique de Brême, en février 2015. C’était quelques mois avant la sortie de l’album.
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Mísia (née en 1955) • Espelho quebrado. David Mourão-Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
Mísia, chant ; Bremer Philharmoniker ; Markus Poschner, direction.
Enregistrement public : Brême (Allemagne), die Glocke, 8 février 2015, dans le cadre du festival « An die Grenze ».
Vidéo : pas d’information.
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Carminho, sans doute un peu trop gourmande, a inscrit Espelho quebrado au programme de son premier album, Fado (2009). Il y manque juste l’esssentiel : l’interprétation.
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Carminho (née en 1984) • Espelho quebrado. David Mourão-Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
Carminho, chant ; Diogo Clemente, guitare & direction musicale ; Carlos Barretto, contrebasse.
Enregistrement : Portugal, Lisboa studios.
Extrait de l’album Fado / Carminho. 1ère publication : Portugal, EMI Music Portugal, ℗ 2009.
Vidéo : João Botelho, réalisation. Production : Portugal, EMI Music Portugal, 2009.
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La chanson du dimanche [32]. La vipère du trottoir
Stéphanie d’Oustrac ; Les Lunaisiens ; Arnaud Marzorati • La vipère du trottoir. Jean Rodor, paroles ; Vincent Scotto, musique.
Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano ; Les Lunaisiens, ensemble instrumental ; Arnaud Marzorati, direction.
Enregistrement : Saint-Omer (France, Pas-de-Calais), Le moulin à café, 22 au 29 juin 2020.
Extrait de l’album Merd’ v’là l’hiver : complaintes des gens de rue / Stéphanie d’Oustrac, Les Lunaisiens, Arnaud Marzorati. France, Alpha Classics, ℗ 2022.
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D’puis longtemps elle l’avait dans la peau,
C’est pourquoi sur le Sébasto
Le long des murs le soir elle rampait
En disant « Il faut que j’l’aie ! »
Or un soir qu’il sortait de l’atelier
Elle aborda l’ouvrier,
Lui disant : « Si l’on s’aimait,
T’as de belles mirettes, tu m’plais. »
L’ouvrier sourit et dit : « Je sais
Qu’on t’appelle la vipère du trottoir.
Je sais combien tu fascines avec tes yeux noirs.
Oh oui ! je veux vivre désormais près de toi
Pourvu que tu ne sois rien qu’à moi. »
« De tous c’est toi seul que je préfère maintenant »,
Dit-elle tout en lui mordant les lèvres jusqu’au sang,
C’est toi, oui toi seul, qu’elle aimera follement
La vipère !Et mordu par le venin du mal
Il succomba, c’était fatal.
Il quitta l’atelier lâchement,
Ses amis, sa vieille maman.
Dans les bouges maintenant, il joue
Avec des filles, des voyous
Et quand elle revient lui donner
Son argent et son baiser,
Alors elle dit : « Chéri, c’est moi
Qu’on appelait la vipère du trottoir.
Pour toi, je vends mes baisers,
Mon corps, chaque soir.
Tu sais que mon cœur t’appartient tout,
Mon costaud !
Je t’aime car pour moi, t’es le plus beau.
Veux-tu que je vole pour te plaire ? Je l’ferai !
Je sens que si tu me le commandes, je tuerai !
Chéri, elle sera ton esclave désormais
La vipère ! »V’là huit jours que la vipère a fui
Et maintenant toutes les nuits,
Pour la r’voir, il la cherche partout,
Prêt à lui faire un mauvais coup
Lorsqu’un soir il la voit soudain
Il lui barre le chemin :
« Tu vas revenir sinon… »
Elle lui répondit : « non ! »
Alors tout surpris, il dit : « Je sais
Le pouvoir de la vipère du trottoir.
Un autre s’est laissé prendre au miroir
De tes yeux noirs.
Comme moi il a quitté le travail, sa maman,
Demain c’est le bagne qui l’attend. »
Prenant la vipère doucement dans ses bras,
Il dit : « Chérie tu ne recommenceras pas. »
Alors, sans pitié, froidement, il étrangla
La vipère.
Jean Rodor (Pierre Philippe Jean Coulon ; 1881-1967). La vipère (1919).
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Sous le titre La vipère, cette chanson a été créée en 1920 par Georgel (pseudonyme de Georges Job ; 1884-1945).
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Georgel (Georges Job ; 1884-1945) • La vipère. Jean Rodor, paroles ; Vincent Scotto, musique.
Georgel, chant ; accompagnement d’orchestre.
Première publication : France, 1920.
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Amália Rodrigues • Vida enganada
Viver sem amor,
Sem sol contra o frio
Sem lua, sem rio,
É vida sem vida,
Vida enganada.
Luís de Macedo (1925-1987). Vida enganada (1959). ExtraitVivre sans amour,
Sans soleil contre le froid,
Sans lune, sans fleuve,
C’est une vie sans vie,
Une vie factice.
Luís de Macedo (1925-1987). Vie factice. Extrait, traduit de Vida enganada 1959) par L. & L.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Vida enganada. Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare.
Enregistrement : Lisbonne, Teatro Taborda, entre 1960 et 1962.
Première publication dans l’album Amália 1963, France, 1963.
Extrait de l’album [Busto] / Amália Rodrigues, nouvelle édition augmentée. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2021.
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À luz do fado, certo dia
Que uma guitarra nos cantava
A voz cansada nos dizia
A solidão da nossa saudade
À la lumière du fado, un jour
Qu’une guitare chantait pour nous,
La voix lasse nous disait
La solitude de notre saudade.
Viver sem amor
É vida fingida.
Não ter um amor
É não ter calor
Na noite cerrada.
Viver sem amor,
Sem sol contra o frio
Sem lua, sem rio,
É vida sem vida,
Vida enganada.
Une vie sans amour
Est une vie factice.
Être sans amour
C’est être privé de chaleur
Quand s’étendent les ténèbres.
Vivre sans amour,
Sans soleil contre le froid,
Sans lune, sans fleuve,
C’est une vie sans vie,
Une vie factice.
À luz da lua, à beira rio,
Na voz do vento que passava,
Longos silêncios me diziam
Que já não és a minha saudade.
Au clair de lune, au bord du fleuve,
Dans la voix du vent qui passait,
De longs silences me disaient
Que désormais tu n’étais plus ma saudade.
Luís de Macedo (1925-1987). Vida enganada (1959).
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Luís de Macedo (1925-1987). Vie factice, traduit de Vida enganada (1959) par L. & L.
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Luís de Macedo était son nom de plume, celui duquel il signait sa poésie ; dans le civil, il se nommait Luís Chaves de Oliveira. Il était attaché commercial à l’ambassade du Portugal à Paris (où il est mort en 1987). C’est à lui qu’Amália Rodrigues avait adressé Alain Oulman, venu lui présenter une musique encore sans paroles dans les coulisses de l’Olympia, en janvier ou février 1959. De fait Luís de Macedo écrit Vagamundo sur cette musique et, dans le même mouvement, sur une autre musique d’Alain Oulman : Vida enganada (« Vie factice »). Ces deux pièces, qu’Amália porte à la scène avant la fin de cette même année 1959, sont les premières d’un répertoire nouveau dont les protagonistes ignoraient sans doute alors qu’il allait profondément changer le fado en rompant radicalement avec sa tradition — mais non avec son âme.
Vagamundo, Vida enganada et d’autres musiques d’Alain Oulman (dont une sur un sonnet de Camões : Dura memória) ont été enregistrées plus tard, lors de sessions dispersées entre 1960 et 1962. Ces années-là, pour Amália, se passent en tournées et en longs séjours au Brésil où elle se marie en avril 1961. Dix-neuf morceaux en tout — onze d’Alain Oulman, plus Povo que lavas no rio, Estranha forma de vida et d’autres —, forment un extraordinaire réservoir où l’éditeur, Valentim de Carvalho, puise de quoi publier en 1962 le fameux album sans titre, dit « du buste » (« Busto »), qui allait faire sensation. Vagamundo y figurait, avec huit autres titres. Vida enganada faisait partie des dix laissés pour compte. C’est en France qu’il est publié pour la première fois, l’année suivante dans l’album Amália 1963 qui comprend douze enregistrements issus de ces sessions : huit de l’album du buste (manque rien moins que Povo que lavas no rio) et quatre de ceux restés inédits.
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Amália Rodrigues (1920-1999)
Amália 1963 (1963)
Amália 1963 / Amália Rodrigues, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare ; Alain Oulman, piano (sur deux morceaux). — France, Ducretet-Thomson, 1963.
Enregistrement : Lisbonne, Teatro Taborda, entre 1960 et 1962.
1 disque 33t : Ducretet-Thomson 310 V 030.
Les amoureux du pont de Sèvres
Lorsque Michael Richardson se tourna vers Lol et qu’il l’invita à danser pour la dernière fois de leur vie, Tatiana Karl l’avait trouvé pâli et sous le coup d’une préoccupation subite si envahissante qu’elle sut qu’il avait bien regardé, lui aussi, la femme qui venait d’entrer.
[…]
Il était devenu différent. Tout le monde pouvait le voir. Voir qu’il n’était plus celui qu’on croyait. Lol le regardait, le regardait changer.Marguerite Duras (1914-1996). Le ravissement de Lol V. Stein (1964). Gallimard, impr. 2003, ISBN 2-07-022102-4, page 17.
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Jacqueline Danno (1931-2021) • Les amoureux du pont de Sèvres. Bernard Dimey, paroles ; Francis Lai, musique.
Jacqueline Danno, chant ; accompagnement d’orchestre ; Léo Chauliac, direction.
Première publication : France, ℗ 1960.
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L’eau de la Seine coulera
Sous les arches de tous les ponts
Et jusqu’à la mer portera
Nos souvenirs traînant au fond.Les amoureux du pont de Sèvres
Chercheront un prénom perdu
Avec un beau sourire aux lèvres,
Mais toi, tu ne reviendras plus.La saison des peines de cœur
Ne sera pas la mer à boire
Et j’irai me faire pendre ailleurs
Pour mieux oublier notre histoire.J’écouterai, des heures peut-être,
Cette valse qui m’avait plu,
Puis je fermerai la fenêtre
Car toi, tu ne reviendras plus.Je sais bien que le temps viendra
Où tu ne seras plus qu’une ombre,
Une voix qui me chantera
La valse des regrets sans nombre.Les amoureux du pont de Sèvres
S’embrasseront à corps perdu
Pour mieux me rappeler mes rêves,
Mais toi, tu ne reviendras plus.Un jour, si tu reviens quand même
Chercher ce qui n’existe plus,
En croyant toujours que je t’aime,
Tu ne me retrouveras plus.Bernard Dimey (1931-1981). Les amoureux du pont de Sèvres (1960).
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Fait suite à :
- Amália • 3 chansons du film « A Severa » (1931). 1. Novo fado da Severa
- Amália • 3 chansons du film « A Severa » (1931). 2. Timpanas
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Dans le film A Severa, Arraial de Santo António (« La fête de la Saint Antoine »), une marche efficace et joyeuse — une vraie rengaine, à vrai dire — fait contrepoint à la mort de l’héroïne. Elle est d’abord jouée sous les fenêtres de la Severa mourante, alors que la ville est en fête à l’occasion de la Saint Antoine. Lorsqu’elle éclate pour la seconde fois, quelques minutes plus tard, la Severa est morte et c’est la fin du film.
Arraial de Santo António est interprété par Mariana Alves, qui n’est créditée au générique que du rôle de « chanteuse ». Je ne sais rien d’elle, sinon qu’on la retrouve dans deux ou trois autres films de la même époque. Cet extrait est la toute dernière séquence de A Severa : l’héroïne vient de mourir, dans l’indifférence de la rue dont la liesse populaire s’est emparée. On n’entend que les deux derniers couplets de la chanson.
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A Severa (1931). José Leitão de Barros, réalisation ; José Leitão de Barros, Júlio Dantas, Jacques-Bernard Brunius & René Clair, scénario ; Júlio Dantas, dialogues et paroles des chansons ; Frederico de Freitas, musique originale et musique des chansons. D’après le roman A Severa (1901) de Júlio Dantas.
Distribution : Dina Teresa (Severa) ; António Luís Lopes (D. João, conde de Marialva) ; António de Almeida Lavradio (D. José) ; Ribeiro Lopes (Custódia) ; Silvestre Alegrim (Timpanas), …
Tournage : Portugal (extérieurs), 1930 ; France (studios d’Épinay-sur-Seine), 1931.
Production : Portugal, Sociedade Universal de Superfilmes (SUS), 1931.
Sortie : 1931 (Portugal).
Chanson :
Arraial de Santo António. Extrait. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique.
Mariana Alves, chant ; accompagnement d’orchestre.
Portugal, 1931.
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Pour l’enregistrement sur disque, réalisé à Paris en février 1931 alors que le tournage du film se poursuivait aux studios d’Épinay-sur-Seine (voir le billet précédent), Mariana Alves, déjà rentrée au Portugal, a été remplacée par Maria Sampaio, à la voix un peu plus acide, qui dans le film interprète la marquise de Seide (la rivale de Severa pour la conquête du duc de Marialva).
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Maria Sampaio (1???-19??) • Arraial de Santo António. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique.
Maria Sampaio, chant ; accompagnement d’orchestre et de chœurs ; Frederico de Freitas, direction.
Enregistrement : Paris, salle Pleyel, 8 février 1931.
Première publication : disque 78t Solidó dos bolieiros (do fonofilme « A Severa ») / Silvestre Alegrim. Arraial de Sto. António (do fonofilme « A Severa ») / Maria Sampaio. Royaume-Uni & Portugal, Columbia, 1931.
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Cheira a rua a alecrim
A berlinda passa a trote
Vai a noiva de palmito
Vai a noiva de palmito
Vai o noivo de capote
La rue sent le romarin
La berline passe au trot
La mariée tient un rameau
La mariée tient un rameau
Le marié est en manteau.
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Refrain
Nem uma te escapa
Ó Santo Antoninho
Põe a tua capa
Mete-te ao caminho
………
………
Refrain
Aucune ne t’échappe
Mon joli Saint Antoine
Prends ta pèlerine
Et mets-toi en chemin !
………
Já lá tem lençóis de renda
A alfazema está a arder
Para divertir um homem
Para divertir um homem
Não há como uma mulher
Voici des draps de dentelle,
On brûle de la lavande.
Pour divertir un homme
Pour divertir un homme
Rien ne vaut une femme.
A menina vai deitar-se
Que a benzeu o padre cura
É melhor lá estar em casa
É melhor lá estar em casa
Que espreitar à fechadura
La mariée va se coucher
Avec la bénédiction du curé.
Il vaut mieux rester chez soi
Il vaut mieux rester chez soi
Que d’épier par la serrure !
Ai o capote encarnado
Ai o lenço de cambraia
Ai a luz que se apagou
Ai a luz que se apagou
Quando ia a caír-lhe a saia
Ah le manteau écarlate
Ah le fichu de batiste
Ah la lampe qui s’éteint
Ah la lampe qui s’éteint
Juste quand sa jupe tombe !
Júlio Dantas (1876-1962). Arraial de Santo António, du film A Severa (Portugal, 1931).
–Júlio Dantas (1876-1962). Fête de la Saint Antoine, traduit de Arraial de Santo António, du film A Severa (Portugal, 1931) par L. & L.
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Quant à Amália, elle a enregistré Arraial de Santo António très tardivement. On en trouve sur l’Internet une captation de studio, datant très probablement des années 1980, restée inédite à ma connaissance.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Arraial de Santo António. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique.
Amália Rodrigues, chant ; accompagnement d’orchestre.
Inédit commercialement. [Portugal, années 1980?].
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Cependant Arraial de Santo António figurait au programme de son récital triomphal du Coliseu dos recreios de Lisbonne en 1987, dont il clôturait la première partie. En guise de présentation, on entend la chanteuse annoncer donner cette pièce pour la première fois — ce qu’elle fait, ni très juste ni très en rythme, soutenue par une petite fanfare.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Arraial de Santo António. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique.
Amália Rodrigues, chant ; accompagnement d’orchestre de fanfare (non crédité sur l’album).
Enregistrement public : Lisbonne, Coliseu dos recreios, 3 avril 1987.
Extrait de l’album : Coliseu, Lisboa, 3 de Abril 1987 / Amália. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 1987.
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Des trois chansons extraites de A Severa qu’Amália ait mises à son répertoire (Novo fado da Severa, Timpanas et Arraial de Santo António) seule la première est extraite du rôle-titre. Des trois c’est aussi le seul fado. En voici deux autres, enregistrés sur disque après la sortie du film, donc au cours du second semestre de 1931. Interprétés par Dina Teresa, la « Severa » du film, ils sont quasiment identiques à leurs versions originales — à ceci près qu’ils sont enchaînés sur le disque, ce qui n’est pas le cas dans le film. Na taberna (« Dans la taverne ») est un fado au style de Coimbra, tandis que le Fado da espera de toiros évoque le schéma mélodique et rythmique du « Fado Mouraria » (plus précisément le « Fado Mouraria estilizado » de Jaime Santos qui sert de musique au délicieux Zanguei-me com meu amor d’Amália).
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Dina Teresa (1902-[1984?]) • Na taberna suivi de Fado da espera de toiros. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique.
Dina Teresa, chant ; accompagnement de guitare portugaise et guitare.
Enregistrement : [Barcelone, sala Granados, studios de La Voz de España ?], second semestre de 1931.
Première publication : disque 78t Na taberna ; Fado da espera de toiros do fonofilme « A Severa » ; Canção da Severa [da] revista « Ai-Ló » / Dina Tereza. Royaume-Uni & Portugal, Columbia, 1931.
Extrait de la collection numérique de l’Arquivo sonoro digital du Museu do Fado (Lisbonne).
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O meu destino na vida
Já adivinho qual é
Correr sem saber p’ra onde
Chorar sem saber porquê
Mon destin dans la vie,
Je devine à présent ce qu’il est :
Courir sans savoir où je cours
Et pleurer en ignorant pourquoi.
Nunca ninguém entendeu
Um coração de mulher
O homem que nós queremos
É o homem que não nos quer.
Jamais nul n’a compris
Le cœur d’une femme.
L’homme que nous aimons
Est celui qui ne nous aime pas.
Júlio Dantas (1876-1962). Na taberna, du film A Severa (Portugal, 1931).
Júlio Dantas (1876-1962). Dans la taverne, traduit de Na taberna, du film A Severa (Portugal, 1931) par L. & L.
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Pour mettre un terme à cette petite série sur le film A Severa, voici un extrait d’un documentaire réalisé par la télévision portugaise sur Dina Teresa. On y voit l’actrice, très âgée (enregistrée probablement en 1982, c’est à dire deux ans avant sa mort), au Brésil où elle s’était expatriée. Elle chante avec encore beaucoup d’allant le Fado da espera de toiros, a capella. Cette séquence est suivie de l’extrait correspondant du film.
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Dina Teresa (1902-[1984?]), très âgée, chantant Fado da espera de toiros, du film A Severa (1931), suivi d’un extrait de ce film.
Extrait d’une émission de la RTP (Rádio e Televisão de Portugal), probablement Chorai, fadistas, chorai, un épisode de la série RTP Brasil consacré à Dina Teresa. Portugal, 1982.
Chanson :
Fado da espera de toiros. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique.
Dina Teresa (1902-[1984?]), chant.
Portugal, 1982 (première séquence) ; 1931 (extrait du film A Severa).
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Vi um toiro em Salvaterra
Matar dois cavalos velhos
Vai eu cantei-lhe à guitarra
E o boi caiu de joelhos
J’ai vu un taureau à Salvaterra
Tuer deux chevaux vénérables.
J’ai pris ma guitare et j’ai chanté,
Alors le taureau est tombé à genoux.
À garupa do lazão
Tanto ao teu corpo me uni
Que o teu cavalo julgou
Que só te levava a ti
En selle sur l’alezan
Je me suis si bien unie à ton corps
Que ton cheval a dû croire
Qu’il n’emportait que toi.
A tua cinta encarnada
Aperta-a bem no caminho
Coração que é de nós dois
Deve andar conchegadinho
Ta ceinture écarlate,
Serre-la bien en chemin
Car ce cœur qui bat pour nous deux
Doit être bien protégé.
Vivam toiros e cabrestos
Viva a gente da cidade
Eu não troco dez moedas
Por um real de liberdade
Vive les taureaux,
Vive les gens de la ville !
Je n’échange pas ma liberté
Même contre dix pièces d’or !
Júlio Dantas (1876-1962). Fado da espera de toiros, du film A Severa (Portugal, 1931).
–Júlio Dantas (1876-1962). Fado de l’attente des taureaux, traduit de Fado da espera de toiros, du film A Severa (Portugal, 1931) par L. & L.
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Amália • 3 chansons du film « A Severa » (1931). 2. Timpanas
Fait suite à :
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Junto ao Cunhal das Bolas [D. João] encontrou o Timpanas, cocheiro dos mais ilustres da altura, enxalmado num amplo ferragoulo de briche. Ao vê-lo passar, o rei da boleia tirou o chapéu e murmurou, num arreganhar de dentuça:
— Senhor Conde!
Júlio Dantas, A Severa (roman).1901.Près du palais du Cunhal das Bolas [Dom João] trouva Timpanas, cocher des plus illustres de l’époque, enveloppé dans une ample cape de drap. Le voyant passer, le roi du fiacre leva son chapeau et murmura, dans un sourire grimaçant :
— Monsieur le comte !
Júlio Dantas, A Severa (roman).1901. Traduction L. & L.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • O Timpanas. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Autres titres : O solidó dos boleeiros ; Sol-e-dó do Timpanas bolieiro.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Júlio Gomes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Lisbonne), studios Valentim de Carvalho, 1968.
Première publication : disque 45t Caracóis / Amália Rodrigues. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1968.
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En 1968, quand Amália a intégré O Timpanas à son répertoire, nul ou presque ne se souvenait du film A Severa dont la chanson était issue. Cependant la tournure surannée du texte et le caractère insolite — voire mystérieux, même pour des Portugais — de quelques-uns des mots qu’il comporte en signalaient l’origine ancienne.
« Timpanas » est le nom d’un cocher, personnage secondaire et pittoresque du film, ainsi que de la pièce et du roman homonymes de Júlio Dantas (1876-1962) qui l’ont inspiré (voir le billet précédent). A Severa, premier film parlant portugais, était aussi chantant : aux fados interprétés par l’héroïne s’ajoutaient chansons et musiques relevant de nombreux autres styles : valse, fandango, vira… À ce qu’il paraît, l’une des chansons préférées du public de 1931 était précisément celle du cocher Timpanas — une marche —, dont la partition publiée à l’époque avait pour titre O solidó do Timpanas bolieiro (« La chansonnette de Timpanas, cocher »). « Solidó » est la contraction de sol-e-dó (« sol-et-do »), terme désignant une musique simplette, sans recherche aucune. Dans le film, le personnage de Timpanas est interprété par Silvestre Alegrim (1881-1946) et c’est lui qui chante (et siffle) ladite chansonnette. Le Solidó do Timpanas, dans cette mise en ligne du film complet, commence à 45’07’’ :
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A Severa (1931). José Leitão de Barros, réalisation ; José Leitão de Barros, Júlio Dantas, Jacques-Bernard Brunius & René Clair, scénario ; Júlio Dantas, dialogues et paroles des chansons ; Frederico de Freitas, musique originale et musique des chansons. D’après le roman A Severa (1901) de Júlio Dantas.
Distribution : Dina Teresa (Severa) ; António Luís Lopes (D. João, conde de Marialva) ; António de Almeida Lavradio (D. José) ; Ribeiro Lopes (Custódia) ; Silvestre Alegrim (Timpanas), …
Tournage : Portugal (extérieurs), 1930 ; France (studios d’Épinay-sur-Seine), 1931. Production : Portugal, Sociedade Universal de Superfilmes (SUS), 1931. Sortie : 1931 (Portugal).
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L’avènement d’A Severa s’est produit au moment où l’industrie phonographique prenait son essor au Portugal. Des maisons de disques, sous licence de firmes anglaises, s’étaient installées à Porto et à Lisbonne où Valentim de Carvalho (futur producteur d’Amália) se dote rapidement d’un studio d’enregistrement. Il se trouve que Frederico de Freitas, l’auteur de toutes les musiques d’A Severa, chansons comprises, était alors directeur artistique des activités phonographiques du Grande Bazar do Porto qui représentait la firme anglaise His master’s voice au Portugal. Désireux de tirer parti de l’aubaine commerciale que ne manquerait pas de constituer la sortie du film, le Grande Bazar, sous l’impulsion de Freitas, décide, avec l’aval de His master’s voice, d’enregistrer quelques-uns des thèmes marquants du film pour les publier sur disques au moment propice.
Seulement, le Grande Bazar ne disposait pas de studio d’enregistrement et ne pouvait utiliser la bande originale du film, dont il ne détenait pas les droits. Qu’à cela ne tienne : des studios d’enregistrement il y en avait à Paris où devait se transporter, début 1931, toute l’équipe de tournage ; car faute de moyens techniques au Portugal, l’enregistrement de la bande sonore du film, sa synchronisation avec les images, de même que les prises de vue de toutes les scènes en studio devaient être réalisés en banlieue parisienne, aux studios d’Épinay-sur-Seine — ce qui explique la participation de René Clair et Jacques Brunius à l’écriture du scénario.
Le Grande Bazar ayant obtenu de La voix de son maître, représentant de His master’s voice en France, la mise à disposition pour quelques heures de la salle Pleyel et des musiciens d’orchestre nécessaires, Freitas a pu mener à bien, par un froid dimanche de février 1931, l’enregistrement de six pièces musicales du film, parmi lesquelles le Novo fado da Severa (voir le billet précédent) et le Solidó dos bolieiros, toutes publiées sur trois disques 78 t deux semaines avant la sortie du film.
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Silvestre Alegrim (1881-1946) • Solidó dos bolieiros. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Autres titres : Sol-e-dó do Timpanas bolieiro ; O Timpanas.
Silvestre Alegrim, chant ; com orquestra típica [i.e. instrumentistes sous contrat avec La Voix de son Maître, Paris].
Enregistrement : Paris, salle Pleyel, 8 février 1931.
Première publication : disque 78t Solidó dos bolieiros (do fonofilme « A Severa ») / Silvestre Alegrim. Arraial de Sto. António (do fonofilme « A Severa ») / Maria Sampaio. Royaume-Uni & Portugal, Columbia, 1931.
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Je dois dire que la traduction du Solidó dos boleeiros n’a pas été facile ; encore fallait-il commencer par en établir le texte (les transcriptions qu’on en trouve sur l’internet comportent des erreurs). Les astérisques dans le texte ci-dessous renvoient à des notes sur le texte et la traduction qui suivent ceux-ci.
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Niza azul e bota alta
A reinar com toda a malta
É o rei das traquitanas,
O Timpanas!
O Pinóia* na boleia**
De chapéu à patuleia***
Faz juntar o mulherio
No Rossio.
Casaque bleue et bottes cavalières,
Toujours à blaguer avec la compagnie,
Voici le roi du sapin :
C’est Timpanas !
Avec Pinóia* sur le siège**,
Coiffé d’un galurin***,
Il conduit les femmes de Lisbonne
Au Rossio.
Quando levo as bailarinas
Do teatro ao Lumiar****
Bailo eu e baila a sege
E as pilecas a bailar.
Quand j’emmène les danseuses
Du théâtre à Lumiar****,
Moi et le sapin on danse aussi
Et les canassons itou.
O boleeiro de Lisboa
Não é lá qualquer pessoa
E as pilecas dão nas vistas.
São fadistas.
São cavalos de alta escola
O das varas** toca viola
E o da sela** que é malhado
Bate o fado.
Le cocher de Lisbonne
N’est pas n’importe qui
Et les canassons en mettent plein la vue,
Chics comme des fadistes.
Ce sont de vrais pur-sangs.
Celui qui a les rênes** joue de la guitare,
Et le tacheté, qui est sellé**,
Danse le fado.
Quando bato p’rás Marnotas*****
Roda acima, roda abaixo
Eu dou vinho aos meus cavalos
Mas sou eu que vou borracho.
Quand je vais jusqu’aux Marnotas*****
Roulant à bride abattue,
Je donne du vin à mes chevaux
Mais c’est moi qui suis soûlé !
Niza azul e bota alta
A reinar com toda a malta
É o rei das traquitanas
O Timpanas!
Casaque bleue et bottes cavalières,
Toujours à blaguer avec la compagnie,
Voici le roi du sapin :
Timpanas !
Júlio Dantas (1876-1962). O Timpanas ou O Solidó dos boleeiros, du film A Severa (Portugal, 1931).
–Júlio Dantas (1876-1962). Timpanas ou Le « solidó » des cochers, traduit de O Timpanas ou O Solidó dos boleeiros, du film A Severa (Portugal, 1931) par L. & L.
………
Notes sur le texte et la traduction :
* Pinóia est le nom d’un autre cocher : « […] o Pinóia — um cocheiro ruivo e magrizela, de ventre cosido a facadas » (« […] Pinóia — un cocher roux, maigrichon, avec un ventre couturé de coups de couteau »), indique Júlio Dantas dans son roman A Severa (1901).
** « Avec Pinóia sur le siège » : on apprend dans l’un des couplets suivants que l’attelage est à deux chevaux, l’un conduit par des rênes depuis le siège du cocher, l’autre sellé, c’est à dire monté par un postillon. Si Pinóia occupe le siège, on en déduit que Timpanas est en selle.
*** « De chapéu à patuleia » : littéralement : « en chapeau à la patuleia ». Patuleia fait référence à la « Guerre de patuleia » (1846-1847). Lexicalement, « patuleia » pourrait être l’équivalent, toutes proportions gardées et anachronisme mis à part, de « sans-culotte ». « À patuleia » dénote ici le caractère plébéien du couvre-chef.
**** Lumiar : localité des environs de Lisbonne, aujourd’hui intégrée à l’aire métropolitaine de la capitale. Lumiar était jusqu’au début du XXe siècle un village rural cossu comptant sur son territoire de nombreuses propriétés plus ou moins somptueuses.
***** « Marnota » : D’après le Dicionário [de] língua portuguesa, 8a ed., Texto ed., 2005, une « marnota » est un « terrain susceptible d’être inondé par de l’eau de mer ou de rivière » C’est le type de terrain, très fertile, qui borde le Tage en amont le Lisbonne. Mais en l’occurrence « As Marnotas » est le nom d’un lieu situé dans ces parages. Il s’y trouvait des pâturages où on rassemblait les taureaux destinés à participer à une tourada — et cette « espera de touros » (« attente des taureaux ») faisait monter l’excitation de l’événement à venir tout en constituant un spectacle en soi : on venait de Lisbonne assister aux « esperas de touros ». Voici un passage de A triste canção do Sul (« La triste chanson du Sud », 1904) d’Alberto Pimentel (1849-1925), extrait d’un chapitre consacré à Severa et à sa liaison avec le comte de Vimioso :
Les attentes de taureaux l’exaltaient, la faisaient délirer. La passion de la tauromachie complétait la posture bohême de l’époque. Vimioso était un cavalier brillant, le meilleur de tous. Severa le suivait, fascinée. Alors, dans la chaleur de la nuit, à la belle étoile et sous la lune aux Marnotas, Severa, excitée, chantait des fados joyeux, des chansons improvisées ironiques, piquantes, provoquant les autres femmes moins célèbres qu’elle.
Alberto Pimentel (1849-1925). A triste canção do Sul (1904), extrait du chapitre IV A Severa e o conde de Vimioso, trad. L. & L.
………
Amália avait été précédée, dans sa reprise du Solidó dos boleeiros, par Vicente da Câmara (1928-2016), neveu de la grande Maria Teresa de Noronha. Une interprétation assez réservée, que celle d’Amália a complètement éclipsée.
………
Vicente da Câmara (1928-2016) • Timpanas. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Autres titres : O solidó dos boleeiros ; Sol-e-dó do Timpanas bolieiro.
Vicente da Câmara, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Júlio Gomes, guitare.
Première publication : disque 45t D. Vicente da Camara recorda Amarante e Silvestre Alegrim / Amália Rodrigues. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1956.
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Amália • 3 chansons du film « A Severa » (1931). 1. Novo fado da Severa
Amália Rodrigues (1920-1999) • Novo fado da Severa. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Autre titre : Rua do capelão. Chanson écrite et composée pour le film A Severa (1931), José Leitão de Barros, réalisation.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Londres, studios EMI d’Abbey Road, 1952.
Première publication : disque 78t Novo fado da Severa ; Leré leré le ; Mi sardinita / Amália Rodrigues. Royaume-Uni & Portugal, Columbia, [vers 1953].
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Ó rua do Capelão,
Juncada de rosmaninho!
Se o meu amor vier cedinho,
Eu beijo as pedras do chão
Que ele pisar no caminho.
Ô rue du Chapelain,
Toute jonchée de romarin !
Si mon amour vient de bonne heure
Je baiserai les pierres
Qu’il aura foulées de son pied !
Tenho o destino marcado
Desde a hora em que te vi,
Ó meu cigano adorado!
Viver abraçada ao fado,
Morrer abraçada a ti!
Mon destin a été scellé
Dès le moment où je t’ai vu,
Ô mon bohémien adoré !
Ah ! Vivre dans les bras du fado,
Et mourir dans tes bras !
*[Há um degrau no meu leito
Que é feito para ti sómente,
Amor, mas sobe-o com jeito
Se o meu coração te sente
Fica-me aos saltos no peito.]
*[Une marche monte à mon lit,
Elle n’est faite que pour toi.
Mon amour, gravis-la doucement
Car si mon cœur sent ta présence
Il s’emballe dans ma poitrine.]
Júlio Dantas (1876-1962). Novo fado da Severa, du film A Severa (Portugal, 1931). Autre titre : Rua do Capelão.
* Non chanté.
Júlio Dantas (1876-1962). Nouveau fado de Severa, traduit de Novo fado da Severa, du film A Severa (Portugal, 1931) par L. & L. Autre titre : Rua do Capelão (Rue du chapelain).
* Non chanté.
………
Bien sûr on n’a pas manqué de rapprocher la figure d’Amália de celle de la semi-légendaire « Severa » (Maria Severa Onofriana [1820-1846]), la première fadiste dont l’histoire ait retenu le nom. Il existe en réalité très peu de témoignages sur l’art de la Severa et, bien entendu, aucune possibilité de comparaison entre elle et d’autres fadistes. Toujours est-il qu’Amália, loin de s’identifier à elle, n’a accepté qu’avec beaucoup de réticence de l’incarner au théâtre, à l’occasion de la reprise, en 1955, de la pièce A Severa de Júlio Dantas (1876-1962), créée en 1901 avec un très grand succès.
La vraie Severa était une prostituée. Scandaleusement, elle était la maîtresse d’un aristocrate, le 13e comte de Vimioso (1817-1865), réputé pour son goût des touradas, ces corridas à la portugaise auxquelles il participait lui-même en tant que cavalier. Elle est morte à 26 ans de la tuberculose, dans la rua do Capelão, dans le quartier de la Mouraria, où elle demeurait. Une destinée romanesque à l’origine d’une part de sa renommée, qui aurait pu en faire le modèle d’une Dame aux camélias ou d’une Traviata portugaise. De fait, l’ascension de la Severa au plus haut du panthéon du fado est largement due à la pièce de Júlio Dantas, doublée d’un roman, pareillement intitulé A Severa et paru lui aussi en 1901 — deux œuvres auxquelles, vu leur succès, s’est ajoutée une comédie musicale en 1923, toujours sur un livret de de Júlio Dantas.
Un film a encore accru cette gloire posthume. A Severa (1931), de José Leitão de Barros (1876-1962), est le premier film sonore portugais. À l’égal des œuvres qui l’ont inspiré, il a obtenu un succès considérable à sa sortie. Pièce, roman et film prennent pour argument les dernières années de Severa et ses amours avec un jeune aristocrate passionné de touradas. Non pas le comte de Vimioso, dont la lignée existe toujours, mais un « comte de Marialva » — un titre ancien éteint depuis le XVIe siècle. En outre la Severa du film est une « bohémienne connue » et succombe à une crise cardiaque. Le court extrait que voici (Severa dansant, accompagnée d’un violoniste, devant des paysannes dont l’une ressemble de façon criante à Madeleine Renaud, époque Savannah Bay) se situe au début du film :
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A Severa (1931). Extrait. José Leitão de Barros, réalisation ; José Leitão de Barros, Júlio Dantas, Jacques-Bernard Brunius & René Clair, scénario ; Júlio Dantas, dialogues et paroles des chansons ; Frederico de Freitas, musique originale et musique des chansons. D’après le roman A Severa (1901) de Júlio Dantas.
Distribution : Dina Teresa (Severa) ; António Luís Lopes (D. João, conde de Marialva) ; António de Almeida Lavradio (D. José) ; Ribeiro Lopes (Custódia) ; Silvestre Alegrim (Timpanas), …
Tournage : Portugal (extérieurs), France (studios d’Épinay-sur-Seine), 1930-1931. Production : Portugal, Sociedade Universal de Superfilmes (SUS), 1931. Sortie ; 1931 (Portugal).
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Le film est émaillé de chansons de toute sorte, toutes originales, écrites par l’inéluctable Júlio Dantas (par ailleurs auteur des dialogues). Les musiques sont de Frederico de Freitas (1902-1980), compositeur et chef d’orchestre de tradition classique, musicologue. Alors que l’action est censée se dérouler à Lisbonne et dans la basse vallée du Tage, les fados du film évoquent fortement le style de Coimbra, à commencer par Novo fado da Severa (« Nouveau fado de Severa »), le plus connu. Il est chanté par Dina Teresa, fadiste et actrice (1902-1984?) — qui tient dans le film le rôle de Severa.
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Dina Teresa (1902-1984?) • Novo fado da Severa. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Autre titre : Rua do capelão.
Dina Teresa, chant ; accompagnement de guitare portugaise et guitare.
Enregistrement : Paris, salle Pleyel, 8 février 1931.
Première publication : disque 78t Novo fado da Severa (do fonofilme « A Severa ») / Dina Tereza. Canção da Chica (do fonofilme « A Severa ») / Maria Izabel. Royaume-Uni & Portugal, Columbia, 1931.
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Une fois repris par Amália Rodrigues en 1952, Novo fado da Severa a connu un nouveau succès et a ensuite fait l’objet de multiples reprises, dans les genres les plus divers. En voici trois. La première, très sympathique, est due au duo tchèque « Loucas no Fado » (voix et piano). Elle a été enregistrée à Prague en 2020, à l’occasion du centenaire d’Amália. La partie de piano est presque une pièce autonome.
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Loucas no Fado • Novo fado da Severa. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Autre titre : Rua do capelão.
Loucas no Fado, duo instrumental & vocal (Kristýna Kuhnová, chant ; Zdena M. Košnarová, piano & arrangement).
Captation : Prague, CLP [Centro de Língua Portuguesa] Praga = Portugalské centrum v Praze, décembre 2020. Enregistré à l’occasion du centenaire d’Amália Rodrigues.
Vidéo : Klára Trsková, réalisation ; Vít Andršt, son. Tchéquie, 2020.
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La seconde est celle, totalement déconstruite, adorable, de Lula Pena, captée en concert à Lisbonne en 2007.
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Lula Pena • Novo fado da Severa. Júlio Dantas, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Autre titre : Rua do capelão.
Lula Pena, chant, guitare.
Captation : Lisbonne, Cabaret Maxime, 11 novembre 2007.
Vidéo : aucune indication.
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La dernière, qui date de 1964, pourrait passer pour un gag.
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José Manuel Concha (1939-2022) • Novo fado da Severa. Frederico de Freitas, musique. Autre titre : Rua do capelão.
Os Conchas, duo instrumental (José Manuel Aguiar Concha de Almeida, guitare ; Fernando Alberto Soares Gaspar, basse).
Première publication : disque 45t Sebastião come tudo ; Uma guitarra e um copo de vinho ; Suzana ; Novo fado Da Severa / José Manuel Concha e o Conjunto »Os Conchas ». Portugal, Columbia, ℗ 1964..
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À suivre.
La chanson du dimanche [31]
L’impeccable et fabuleux Quartetto Cetra ! Ici dans le virtuose In un vecchio palco della Scala (« Dans une vieille loge de la Scala »), évocation de l’histoire du grand théâtre milanais — qui ne manque pas de citations musicales.
Bon dimanche !
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Quartetto Cetra • In un vecchio palco della Scala. Garinei e Giovannini (Pietro Garinei & Sandro Giovannini), paroles ; Gorni Kramer, musique.
Quartetto Cetra (Felice Chiusano, Giovanni « Tata » Giacobetti, Lucia Mannucci & Virgilio Savona), ensemble vocal ; accompagnement d’orchestre ; Virgilio Savona, direction.
Première publication : Italie, 1952.
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In un vecchio palco della Scala,
nel gennaio del ’93
spettacolo di gala,
signore in décolleté
discese da un romantico coupé.
Quanta, quanta gente nella sala,
c’è tutta Milano in gran soirée
per ascoltar Tamagno,
la Bellincioni, Stagno,
in un vecchio palco della Scala.
Che splendida stagion,
che ricco cartellon,
che elenco di tenori e di soprani:
Manon di Massenet,
la Carmen di Bizet,
Fra Diavolo, l’Ernani,
I puritani, I vespri siciliani.
Poi dal vecchio palco della Scala,
c’è l’appuntamento nel buffet:
un sorso di Marsala,
due, tre marron glacés.
E all’uscita, la fioraia della Scala
offre un mazzolino di pensées.
Dans une vieille loge de la Scala,
En janvier 1893,
Spectacle de gala
Dames en décolleté
Descendues d’un romantique coupé.
Que de monde dans la salle !
Le tout-Milan en grand habit de soirée
vient écouter Tamagno,
La Bellincioni, Stagno,
Dans une vielle loge de la Scala.
Quelle saison splendide !
Quel programme épatant !
Quelle pléthore de ténors et de sopranos !
Manon de Massenet,
La Carmen de Bizet,
Fra Diavolo, Ernani,
Les puritains, Les vêpres siciliennes.
Et puis, de la vieille loge de la Scala,
Il y a le rendez-vous au buffet :
Un doigt de marsala,
Deux trois marrons glacés.
Et à la sortie, la fleuriste de la Scala
Offre une botte de pensées.
‟Celeste Aida…”
‟Bella figlia dell’amore…”
‟Amami, Alfredo…”
‟Un bel dì vedremo…”
« Celeste Aida… »
« Bella figlia dell’amore… »
« Amami, Alfredo… »
« Un bel dì vedremo… »
E passan le stagion,
si cambia il cartellon,
e quanta, quanta musica alla Scala,
Fedora, Lorelei,
Mascagni e Zandonai.
E il valzer, ecco il valzer,
anche il valzer strabiliò.
Ma poi, là dall’America arrivò
il richiamo dell’americano a Paris,
che Toscanini ci portò;
lui stette solo un giorno,
e subito in America tornò.
Ma, fra le novità,
ancora vola e va
la musica dei tempi più lontani:
Manon di Massenet,
la Carmen di Bizet,
Fra Diavolo, l’Ernani,
I puritani, I vespri siciliani.
Lentamente poi il sipario cala,
scendono le luci nel foyer.
È vuota già la sala
e non rimane che
questo vecchio palco della vecchia Scala,
del gennaio del ’93.
È buia ormai la sala,
la folla più non c’è,
resta solo il vecchio palco della Scala
del gennaio del ’93.
Et passent les saisons,
Changent les programmes,
Et toujours tant de musique à la Scala,
Fedora, Loreley,
Mascagni et Zandonai.
Et la valse, voilà la valse !
La valse aussi a étonné.
Puis, voici que d’Amérique est venu
L’appel de L’Américain à Paris
Apporté par Toscanini.
Il n’est resté qu’un jour
Et il est reparti en Amérique.
Mais, parmi les nouveautés
Est toujours bien vivante
La musique des temps anciens :
Manon de Massenet,
La Carmen de Bizet,
Fra Diavolo, Ernani,
Les puritains, Les vêpres siciliennes.
Mais lentement le rideau tombe
Et s’éteignent les lustres du foyer.
La salle est déjà vide
Et il ne reste que
Cette vieille loge de la vieille Scala
De janvier 1893.
La salle est dans le noir,
La foule est repartie,
Il ne reste que la vieille loge de la Scala
De janvier 1893.
Garinei e Giovannini (Pietro Garinei [1919-2006] & Sandro Giovannini [1915-1977]). In un vecchio palco della Scala (1952). Garinei e Giovannini (Pietro Garinei [1919-2006] & Sandro Giovannini [1915-1977]). Dans une vieille loge de la Scala, traduit de In un vecchio palco della Scala (1952) par L. & L.
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