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Mísia • Canto (2003). Ah não

31 octobre 2024

Mísia (1955-2024)Ah não. Vasco Graça Moura, paroles ; Carlos Paredes, musique. Titre de la pièce originale : Asas sobre o mundo.
Mísia, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare ; Manuel Rocha, violon ; Quintette à cordes issu de la Camerata de Bourgogne (Jean-François Corvaisier, violon ; Laurent Lagarde, violoncelle ; Alain Pélissier & Valérie Pélissier, alto ; Pierre Sylvan, contrebasse) ; Henri Agnel, arrangement et direction.
Enregistrement : Waimes (Belgique), studio GAM, juin 2003.
Extrait de l’album Canto / Mísia. France, Warner Jazz France, ℗ 2003.

meu amor, meu amor,
foste-me sonho e pão,
foste febre e fervor,
razão e sem razão,

mon amour, mon amour,
tu me fus rêve et pain,
tu fus fièvre et ferveur,
raison et déraison,
e sede e sabor
das manhãs de verão,
mas minha prisão,
ah não

et soif et saveur
des matins d’été,
mais ma prison,
ah non
e em tanto calor
nada foi em vão,
mas minha prisão,
ah não

et dans cette chaleur
rien n’eut lieu en vain,
mais ma prison,
ah non
meu amor, meu amor,
não te peço perdão,
não te peço favor,
não te peço aversão,

mon amour, mon amour,
je n’attends de toi
ni pardon, ni haine,
ni faveur,
não te peço dor,
nem a contrição,
nem o coração,
ah não

je n’attends de toi ni douleur,
ni contrition,
ni ton cœur,
ah non
agora ao sol-pôr
meus olhos se vão
e não voltarão
ah não

dans ce crépuscule
mes yeux s’en vont
ils ne te voient plus
ah non

Vasco Graça Moura (1942-2014). Ah não (2003).
Vasco Graça Moura (1942-2014). Ah non, traduit de : Ah não (2003), par L. & L.

Au cours de sa discographie, Mísia a rendu hommage à deux figures glorieuses de la musique portugaise, qu’elle tenait en sa plus haute estime : Amália Rodrigues (le double album Para Amália, 2014) et le grand guitariste de Coimbra Carlos Paredes (1925-2004), avec l’album Canto (« Chant », 2003).

Pour ma part, en dépit de sa sincérité et de sa ferveur, Para Amália m’a laissé un peu là et là. En revanche Canto est à mon avis l’un des albums les plus réussis de cette artiste intrépide. L’un des plus insolites aussi, par ses arrangements qui allient les instruments traditionnels du fado (guitare portugaise et guitare espagnole) à un ensemble à cordes classique, le tout sous la direction d’Henri Agnel. Le projet lui-même est inattendu : des musiques de Carlos Paredes, c’est à dire des pièces généralement écrites pour une guitare portugaise avec accompagnement de guitare classique, transformées en fados chantés. Voici la courte pièce qui est à l’origine de Ah não :

Carlos Paredes (1925-2004)Asas sobre o mundo. Carlos Paredes, musique.
Carlos Paredes, guitare portugaise ; Luísa Maria Amaro, guitare (cordes de nylon) ; Fernando Alvim, guitare (cordes d’acier).
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios V. de Carvalho.
Extrait de l’album Asas sobre o mundo / Carlos Paredes. Portugal, Polygram Discos, ℗ 1989.

C’est à Vasco Graça Moura (romancier, poète, essayiste, traducteur, homme politique) que Mísia avait confié la mission d’adapter des paroles aux compositions de Paredes. « Je me suis trouvé embarqué dans une expérience captivante et très complexe qui m’a d’ailleurs permis de mieux comprendre les structures et les subtilités de l’univers musical de Paredes », écrit l’auteur (Vasco Graça Moura. Mais Fados & Companhia, Portugal, Público ; Corda Seca, 2004, non traduit). Une tâche difficile, menée à bien avec brio.

Deux des pièces de Canto sont un peu à part : Verdes anos, la chanson du film Os verdes anos (1963, titre français : « Les vertes années ») de Paulo Rocha (1935-2012), sur un poème de Pedro Tamen (1934-2021), [voir le billet Verdes anos • Carlos Paredes et alii] ; et Canção de Alcipe, dont les paroles sont une adaptation, par Vasco Graça Moura, d’un poème de Leonor de Almeida Portugal, 4e marquise d’Alorna, dite « Alcipe » (1750–1839) [voir le billet Canção de Alcipe • Mísia, Carlos Paredes]. L’une et l’autre sont très belles, de même que Sem saber et Horas de breu qui feront l’objet d’un, ou deux, prochains billets.

Mísia
Canto (2003)
Mísia. « Canto », France, Warner Jazz France, ℗ 2003Canto / Mísia, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare ; Manuel Rocha, violon ; Quintette à cordes issu de la Camerata de Bourgogne (Jean-François Corvaisier, violon ; Laurent Lagarde, violoncelle ; Alain Pélissier & Valérie Pélissier, alto ; Pierre Sylvan, contrebasse) ; Henri Agnel, arrangement et direction. — Production : France : Warner Jazz France, ℗ 2003.
Enregistrement : Waimes (Belgique), studio GAM, juin 2003.

1 CD : Warner Jazz France, 2003. — EAN 825646085026.

La chanson du dimanche [61]. Billie Jean (napolitain)

27 octobre 2024

Ma quant’ era bella
Me pareva
‘Na stella e ‘nu film
Quanne me verette
Me dicette
Ja che bbuò fa
Voglio a te, sulo a te
Pe ballà

Michael Jackson (1958-2009). Billie Jean. Viviana Cangiano & Serena Pisa , adaptation napolitaine (2020).

Qu’est-ce qu’elle était belle
Elle était
Comme une star dans un film
Quand elle m’a vu
Elle m’a dit
Qu’est-ce que tu veux faire ?
Je te veux, juste toi
Pour danser.
Michael Jackson (1958-2009). Billie Jean. Viviana Cangiano & Serena Pisa , adaptation napolitaine (2020). Trad. française L. & L.

Une version napolitaine de Billie Jean, de Michael Jackson, apparemment très fidèle aux paroles originales.

EbbanesisBillie Jean. Viviana Cangiano & Serena Pisa, paroles napolitaines ; Michael Jackson, musique. Adaptation napolitaine de Billie Jean. Michael Jackson, paroles originales anglaises.
Ebbanesis, duo vocal & instrumental (Viviana Cangiano, chant & guitare ; Serena Pisa, chant).
Enregistrement : Naples (Italie) Auditorium Novecento.
Extrait de l’album Transleit / EbbaneSis. Italie, SoundFly, ℗ 2020.

Ma quant’ era bella
Me pareva
‘Na stella e ‘nu film
Quanne me verette
Me dicette
Ja che bbuò fa
Voglio a te, sulo a te
Pe ballà
Guaglio ja t’he ‘a menà
Voglio a te
Sulo a te
Pe campà
Mentre steveme abballanne
Billie Jean
S’allummaje
Me facette na sfuriata
‘Na scenata
S’arrevutaje
L’uocchie a me, ncuoll’a me
Ma pecché

M’hanno sempe ditto
Statt’accorto a te
Guarde nterr’ pe nun cadè
Mammema insisteva
Basta cu ‘e bugie
Ca tenene ‘e cosce corte
E se spezzano pa via

Billie Jean nunn’ è a mia
È ‘na guagliona ca perdette ‘a capa pe me
Ma ‘o creaturo nunn’ è figlio a me
Perdette ‘a capa pe me
Ma ‘o creaturo nunn’ è figlio a me

Chi m’ha fatto sta fattura
‘Na condanna
Tutta ‘a vita mia
Sulamente pe ‘nu ballo
Mo ‘na voce
Sta ‘n’ capa a me
« voglio a te, sulo a te
Tu si ‘o re »
E mo sta a sentì a me
Pienzece sempre ddoje vote

Nun me dicere so stanco
Nuje abballamme fin’ ‘e tre
Guarda buono ‘stu criaturo
Forze ll’ uocchie parlano ‘e te
Ja che d’è, voglio a te
Vuò abballà, sulo a te
Viene accà

M’hanno semp’ ditto
Statt’ accorto a te
Guarda ‘nterra pe nun cadé
Quanne me dicette
Saglie tu addù me
Nun fuje ‘na bona pensata
Manca l’ asso, ‘o doje e ‘o tre

Billie Jean nunn’ è a mia
È ‘na guagliona ca perdette ‘a capa pe me
Ma ‘o creaturo nunn’ è figlio a me
Perdette ‘a capa pe me
Ma ‘o creaturo nunn’ è figlio a me
Perdette ‘a capa pe me
Pe sapé, ma ‘stu pate, mo chi è?

Michael Jackson (1958-2009). Billie Jean. Viviana Cangiano & Serena Pisa , adaptation napolitaine (2020).

Fado José António de sextilhas. 4. Amália Rodrigues • Disse-te adeus e morri

25 octobre 2024

Fait suite à :

1968 : Alain Oulman, le compositeur prodige qui travaille pour Amália Rodrigues depuis le début de la décennie, vient de s’installer définitivement à Paris après deux années passées à Londres, ayant été expulsé du Portugal en 1966 pour activités subversives.

Entre l’album Fado português (1965) qui compte huit de ses compositions et le fabuleux Com que voz (intégralement composé par lui, enregistré pour l’essentiel en janvier 1969, publié en 1970), on ne compte que quatre de ses musiques dans une production discographique amálienne par ailleurs abondante. Marches, traditionnels portugais, chansons françaises, quelques chansons italiennes déjà… et plusieurs fados classiques, c’est à dire des musiques de fados « castiços » adaptées à des poèmes choisis par Amália, ou écrits pour elle. Ce sont parfois des reprises de titres enregistrés plus tôt dans sa carrière, parfois des créations. Ainsi du superbe Disse-te adeus e morri (« Je t’ai dit adieu et je suis morte), un poème douloureux de Vasco de Lima Couto (1923-1980), combiné avec le Fado José António de sextilhas d’une manière si organique qu’on croirait que poème et musique ont été faits l’un pour l’autre. Et cette voix ! Flamboyante et limpide, d’une splendeur flagrante. Elle est accompagnée par Raul Nery à la première guitare portugaise, un musicien bien dans la tradition fadiste.

Amália Rodrigues (1920-1999)Disse-te adeus e morri. Vasco de Lima Couto, paroles ; José António Sabrosa, musique (Fado José António de sextilhas).
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Júlio Gomes, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, mai 1968.
Première publication : disque 45 t Vou dar de beber à dor ; Fadinho serrano ; Meia-noite e uma guitarra ; Disse-te adeus e morri / Amália Rodrigues. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 1968.

Disse-te adeus e morri
E o cais vazio de ti
Aceitou novas marés.
Gritos de búzios perdidos
Roubaram dos meus sentidos
A gaivota que tu és.

Je t’ai dit adieu et je suis morte
Et le quai, vide de toi,
A reçu d’autres marées.
Des appels de conques perdues
Ont arraché à mon cœur
Cette mouette que tu es.
Gaivota de asas paradas
Que não sentes madrugadas
E acorda à noite a chorar
Gaivota que faz o ninho
Porque perdeu o caminho
Onde aprendeu a sonhar.

Mouette aux ailes repliées
Qui ne sent plus les aubes
Et s’éveille en larmes la nuit ;
Mouette qui fait son nid,
Ayant perdu le chemin
Où elle avait appris à rêver.
Preso no ventre do mar
O meu triste respirar
Sofre a invenção das horas
Pois na ausência que deixaste
Meu amor, como ficaste
Meu amor, como demoras.

Pris dans le ventre de la mer
Mon souffle triste
Subit l’invention des heures.
Dans l’absence que tu as laissée
Mon amour, comme tu es présent,
Mon amour, comme tu demeures !

Vasco de Lima Couto (1923-1980). Disse-te adeus e morri (1968).
Vasco de Lima Couto (1923-1980). Je t’ai dit adieu et je suis morte, traduit de : Disse-te adeus e morri (1968), par L. & L.

Vasco de Lima Couto, acteur de théâtre, amateur de fado, était aussi l’un des grands paroliers des années 1960 et 1970. Disse-te adeus e morri, enregistré par Amália en mai 1968 (à Lisbonne la révolution devrait encore attendre) est paru sur un disque 45 tours assez hétéroclite, en compagnie de trois morceaux rapides, dont le fameux Vou dar de beber à dor (« La maison sur le port » en v.f.), l’un des plus grands succès de vente d’Amália Rodrigues, toutes époques confondues. Vítor Pavão dos Santos, homme de théâtre lui aussi et biographe d’Amália, raconte cette anecdote :

J’ai beaucoup aimé [Disse-te adeus e morri] et lorsque un après-midi j’ai rencontré Vasco au café « A Brasileira » dans le Chiado, je l’ai félicité mais j’ai ajouté, un peu en plaisantant : « Tu as eu beaucoup de chance d’être publié sur un disque qui a fait un tel tabac », ce qui était vrai. Mais il m’a simplement répondu, d’un air sérieux tout à coup : « Mais ça coûte aussi beaucoup de dire adieu à quelqu’un ». Ce n’est que plus tard que j’ai su que l’histoire évoquée par Vasco de Lima Couto dans ce poème était une affaire intime très triste, très émouvante.
Vítor Pavão dos Santos. O fado da tua voz : Amália e os poetas, Bertrand editora, 2014, ISBN 978-972-25-2932-7, p. 322. Non traduit. Traduction L. & L.

Quoi qu’il en soit, Disse-te adeus e morri a inspiré d’autres fadistes qui l’ont repris et inscrit à leur propre répertoire. Voici une de ces reprises :

Cristina Branco (née en 1972)Disse-te adeus e morri. Vasco de Lima Couto, paroles ; José António Sabrosa, musique (Fado José António de sextilhas).
Cristina Branco, chant ; Custódio Castelo, guitare portugaise ; Alexandre Silva, guitare ; Fernando Maia, basse acoustique.
Enregistrement : Foros de Salvaterra (Portugal), studios Pé de vento, janvier 2001.
Extrait de l’album Corpo iluminado / Cristina Branco. France, Universal music France, ℗ 2001.

Fado José António de sextilhas. 3. Carminho • Vem

23 octobre 2024

Fait suite à :

J’ai hésité à donner une place à ce fado-ci, parce que je n’aime pas beaucoup Carminho. Mais enfin, elle n’est pas non plus complètement nulle ; disons que, dans cet échantillon de quatre interprétations du Fado José António de sextilhas, elle représente la génération des fadistes contemporains.

Carminho (née en 1984)Vem. Maria do Rosário Pedreira, paroles ; José António Sabrosa, musique (Fado José António de sextilhas).
Carminho, chant ; Pedro de Castro, guitare portugaise ; Diogo Clemente, guitare classique ; Marino de Freitas, basse acoustique.
Enregistrement : Lisbonne (Portugal), Estúdio6.
Extrait de l’album Canto / Carminho. Portugal, Warner Music, ℗ 2014.

Vem essa coisa qualquer
Como seta despedida
Direita ao meu coração.
E eu choro e rio sem querer,
Nunca de mim tão perdida,
Pobre de mim, tão sem chão.

Elle vient cette chose,
Comme une flèche décochée
En plein dans mon cœur.
Et je pleure et je ris sans le vouloir,
Éperdue comme jamais,
Pauvre de moi, si désemparée !
Que luz é essa que cega,
Que desatina, atordoa,
Que vem de dentro e me invade?
Que me transtorna se chega,
Mas quando parte magoa
Num alívio que é saudade.

Quelle est cette lumière qui aveugle,
Qui trouble, qui sidère,
Qui vient du dedans et me submerge ?
Qui bouleverse quand elle arrive,
Mais qui fait mal quand elle s’en va,
Dans une délivrance qui est saudade.
Vem essa coisa tão estranha
Dar-me um laço que desprende
Tanta doçura que amarga.
E eu pequenina e tamanha
Num corpo que não se rende
A uma estreiteza tão larga.

Elle vient cette chose si étrange,
M’apporter une chaîne qui libère,
Aussi douce qu’elle est amère.
Et moi, toute petite et si grande
Dans un corps qui ne se soumet pas
À une exiguïté aussi large.
Que graça é essa tão séria,
Que corrói até ao osso
E me arde de tão fria?
Dá-me tudo, até miséria,
Vem, meu amor, que eu não posso
Viver assim mais um dia

Quelle est cette grâce si dure
Qui ronge jusqu’à l’os
Et me brûle toute froide ?
Elle me donne tout, même la misère,
Viens mon amour, je ne peux pas
Vivre ainsi un jour de plus.

Maria do Rosário Pedreira (née en 1959). Vem (2014).
Maria do Rosário Pedreira (née en 1959). Viens, traduit de : Vem (2014), par L. & L.

Le texte, écrit spécialement pour Carminho, est de Maria do Rosário Pedreira. Cette écrivaine, poétesse, parolière, éditrice révèle, dans un post de son blog Horas extraordinárias, que Vem — qui fait un usage intensif de l’oxymore — est un hommage à Camões et une « allusion » à son célèbre sonnet Amor é fogo que arde sem se ver, dont voici le premier quatrain, suivi de sa traduction par Anne-Marie Quint :

Amor é fogo que arde sem se ver,
é ferida que dói, e não se sente;
é um contentamento descontente,
é dor que desatina sem doer.

Luís de Camões. Amor é fogo que arde sem se ver. Extrait.

Amour est feu qui brûle et qu’on ne voit pas,
C’est blessure cuisante et que l’on ne sent pas,
Ravissement qui ne sait pas ravir,
Folle douleur qui ne fait pas souffrir.
Luís de Camões. Amour est feu qui brûle et qu’on ne voit pas. Extrait, traduit de Amor é fogo que arde sem se ver par Anne-Marie Quint. Dans : Luís de Camões. Sonnets, édition bilingue, Chandeigne, impr. 2011 (Série Lusitane), ISBN 978-2-915540-82-6

À suivre.

Fado José António de sextilhas. 2. Maria José da Guia • Não é preciso

21 octobre 2024

Fait suite à :

Maria José da Guia (1929-1992) était une fadiste en activité dans les années 1950 et 1960 surtout. Elle a enregistré beaucoup de reprises de succès popularisés par Amália Rodrigues et d’autres, mais elle se prévalait aussi d’un répertoire en propre. Témoin ce Não é preciso chanté — un peu à la manière de Maria Teresa de Noronha — sur le Fado José António de sextilhas. Les paroles sont de Guilherme Pereira da Rosa, grand pourvoyeur de textes pour le fado, qui fut pendant une dizaine d’années le directeur du quotidien lisboète O Século (1880-1977).

Maria José da Guia (1929-1992)Não é preciso. Guilherme Pereira da Rosa, paroles ; José António Sabrosa, musique (Fado José António de sextilhas).
Maria José da Guia, chant ; Acácio Rocha, guitare portugaise ; Pais da Silva, guitare.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, mai 1968.
Première publication : disque 45 t Não é preciso ; Fado é só um ; Máscara ; Um golpe de vento / Maria José da Guia. Portugal, Alvorada, ℗ 1960.

Não troces, não é preciso
Põe de parte esse sorriso
Que quase me faz chorar
Já basta a pena presente
De ver-te na minha frente
E de só te ver passar

Ne te moque pas, ça sert à quoi ?
Et arrête avec ce sourire
Qui me fait presque pleurer.
Ça fait déjà assez mal
De te voir là devant moi
Passer sans t’arrêter.
Não troces, não é preciso
Perdi por ti o juízo
E meu peito não serena
Não é caso para rir
Não mostres o teu sentir
Se não podes sentir pena

Ne te moque pas, ça sert à quoi ?
Pour toi j’ai perdu la raison
Et la sérénité de mon cœur.
Il n’y a pas de quoi rire
Ne montre pas tes sentiments
Si tu ne ressens aucun chagrin.
Não troces, não é preciso
O meu caso é um aviso
P’ra quem não segue um bom norte
O que se passa comigo
Pode um dia, por castigo
Caber-te também em sorte

Ne te moque pas, ça sert à quoi ?
Mon cas est un avertissement
Pour tous ceux qui perdent leur nord.
Ce qui m’est arrivé
Peut un jour t’arriver à toi,
Comme une pénitence.
Não troces, passa de lado
Deixa-me só com meu fado
Segue a tua vida à solta
Ou então, já sem troçar
Fita bem o meu olhar
Olha para mim e volta

Ne te moque pas, passe ton chemin.
Laisse-moi seule à mon destin.
Vis ta vie comme tu l’entends
Ou alors, sans plus te moquer,
Regarde-moi dans les yeux,
Regarde-moi et reviens.

António Calém (1913-1990). Não é preciso (vers 1960).
António Calém (1913-1990). Ça sert à quoi ?, traduit de : Não é preciso (vers 1960), par L. & L.

Comme indiqué à l’article précédent, le Fado José António de sextilhas présente la particularité d’alterner deux thèmes musicaux différents selon les couplets. Le Fado do Zé António que chante Maria Teresa de Noronha ne comporte que trois couplets : le second thème n’y apparaît qu’une fois, au deuxième couplet. En revanche Não é preciso, qui compte quatre couplets, utilise deux fois chacun des deux thèmes.

À suivre.

La chanson du dimanche [60]. Να με θυμάσαι

20 octobre 2024

Melina M.

Για ποιο ταξίδι κίνησες να πας
να με θυμάσαι και να μ’ αγαπάς
σου κλέβει η ανατολή μικρό φιλί

Στα χείλη καίει πικρό μικρό φιλί
ποιο μακρινό ταξίδι σε καλεί

Βαγγέλης Γκούφας [Vaggélis Goúfas] (1925-2016). Να με θυμάσαι [Na me thymásai] (1964). Extrait.

Pour quel voyage t’embarques-tu ?
Garde le souvenir de moi et aime-moi
Le soleil qui se lève te vole un petit baiser.

Un baiser court et amer qui brûle les lèvres
Quel est ce lointain voyage qui t’appelle ?

Βαγγέλης Γκούφας [Vaggélis Goúfas] (1925-2016). Garde le souvenir de moi, traduit de Να με θυμάσαι [Na me thymásai] (1964) par L. & L.. Extrait.

Μελίνα Μερκούρη [Melína Merkoúri] (1920-1994)Να με θυμάσαι [Na me thymásai]. Βαγγέλης Γκούφας [Vaggélis Goúfas], paroles ; Σταύρος Ξαρχάκος [Stávros Xarchákos], musique & arrangement.
Μελίνα Μερκούρη [Melína Merkoúri], chant ; Γιώργος Ζαμπέτας [Giórgos Zampétas], bouzouki ; Γιάννης Βασιλόπουλος [Giánnis Vasilópoulos], clarinette ; accompagnement d’orchestre ; Σταύρος Ξαρχάκος [Stávros Xarchákos], direction.
Extrait de l’lbum Η Ελλάδα της Μελίνας [I Elláda tis Melínas] / Σταύρος Ξαρχάκος [Stávros Xarchákos]. Grèce, Minos – EMI, ℗ 1964.

Fado José António de sextilhas. 1. Maria Teresa de Noronha • Fado do Zé António

18 octobre 2024

Maria Teresa de Noronha, suave.

Maria Teresa de Noronha (1918-1993)Fado do Zé António. António Calém, paroles ; José António Sabrosa, musique (Fado José António de sextilhas). Autre titre : Lembras-te da nossa rua.
Maria Teresa de Noronha, chant ; Fernando Pinto Coelho, guitare portugaise ; Alberto Lima, guitare.
Première publication : disque 78 t Fado do Zé António ; Fado em cinco estilos / Maria Teresa de Noronha. Portugal, Melodia, ℗ 1952.

Lembras-te da nossa rua
Que hoje é minha e já foi tua
Talhada para nós dois?
Foi aberta pela amizade,
Construída com saudade
Para o amor morar depois

Te souviens-tu de notre rue,
Aujourd’hui la mienne et autrefois la tienne,
Taillée pour nous deux ?
Ouverte par l’amitié
Construite avec le désir
Que l’amour y demeure.
Mas um dia tu partiste
E um vento frio e triste
Varreu toda a Primavera
Agora veio o Outono
E as folhas ao abandono
Morreram à tua espera

Mais un jour tu es parti
Et un vent froid et triste
A balayé tout le printemps.
À présent voici l’automne
Et les feuilles à l’abandon
Sont mortes de t’attendre.
Certas noites o luar
Traça o caminho no ar
Para chegares até mim
Mas é tão longa a viagem
Que só te vejo em miragem
Num sonho que não tem fim

Parfois le clair de lune
Trace dans la nuit le chemin
Qui te mènerait à moi.
Mais il est si long le voyage
Que je ne te vois qu’en mirage
Dans un rêve sans fin.

António Calém (1913-1990). Fado do Zé António (Lembras-te da nossa rua) (avant 1952).
António Calém (1913-1990). Fado de Zé António (Souviens-toi de notre rue), traduit de : Fado do Zé António (Lembras-te da nossa rua) (avant 1952), par L. & L.

« Zé António », c’est José António Barbosa de Guimarães Serôdio, 3e comte de Sabrosa (le titre n’a été créé qu’en 1900), amateur de fado, joueur de guitare portugaise, compositeur à ses heures et mari de Maria Teresa de Noronha. Sa composition désignée sous le nom de Fado José António de sextilhas, destinée comme son nom l’indique à des sizains, c’est à dire des strophes de six vers, présente une particularité remarquable : elle alterne couplet et refrain, alors que les fados « castiços » sont en principe strictement strophiques. Cela dit ce « refrain » s’ajuste à une strophe qui présente une métrique identique à celle des couplets et qui n’est pas faite pour être répétée. C’est un peu comme si, sur les trois strophes, la deuxième était chantée sur une mélodie différente, préparée par la première.

À suivre.

Argentina Santos • Renascimento

17 octobre 2024

Cette voix d’animal, de craie, d’extraterrestre… on ne trouve pas les mots pour la caractériser efficacement. Singulière. Seule dans tout le fado, dans toute son histoire : celle d’Argentina Santos. Non seulement sa voix ; sa manière, ses mélismes comme des arabesques tracées autour de la mélodie avec une précision inouie.

Cet album, qui porte seulement son nom, Argentina Santos, est son dernier. Elle l’a enregistré en 2003, à l’âge de 79 ans. Renascimento (« Renaissance ») est chanté sur la musique du Fado Meia-noite, un fado ancien dont on ne connaît pas le compositeur, quoiqu’on l’attribue souvent au fadiste Filipe Pinto (1905-1968).

Argentina Santos (1924-2019)Renascimento. Fernando Farinha, paroles ; compositeur inconnu (Fado Meia-noite, parfois attribué à Filipe Pinto).
Argentina Santos, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise : Jorge Fernando, guitare & arrangement ; Filipe Larsen, basse acoustique.
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho.
Extrait de l’album Argentina Santos / Argentina Santos. Portugal, CNM, ℗ 2003.

Estou cansada de esperar
E não te vejo aparecer
Não é para admirar
Se eu de saudades morrer

Je suis lasse d’attendre
Et je ne te vois pas venir
Je pourrais bien mourir
De ce désir de toi.
Se eu de saudades morrer
Apalpa meu coração
Talvez eu torne a viver
Ao calor da tua mão

Si je devais mourir
Alors pétris mon cœur.
Peut-être revivra-t-il,
Réchauffé par ta main.
Se com tua mão fizeres
Meu coração aquecer
No beijo que tu me deres
Talvez eu torne a viver

Et si ta main parvient
À réchauffer mon cœur,
Peut-être ton baiser
Me fera-t-il revivre.
Então, meu coração quente
Renascido da paixão
Viverá eternamente
Ao calor da tua mão

Alors mon cœur ardent
Ranimé par l’amour
Vivra éternellement
Réchauffé par ta main.

Fernando Farinha (1929-1988). Renascimento (19??).
Fernando Farinha (1929-1988). Renaissance, traduit de : Renascimento (19??), par L. & L.

Ricardo Ribeiro • De loucura em loucura

15 octobre 2024

Nel chiuso lago, sola, senza vento
la mia nave trascorre, ad ora ad ora.
Fremono i fiori sotto i ponti. Sento
la mia tristezza accendersi ancora.

Sandro Penna (1906-1977). [Nel chiuso lago]. Extrait de Croce e delizia (1958).

Sur le lac clos, seul, sans vent
mon navire passe, d’heure en heure.
Les fleurs frémissent sous les ponts. Je sens
ma tristesse s’éveiller encore.
Sandro Penna (1906-1977). [Sur le lac clos], trad. de [Nel chiuso lago] par Bernard Simeone. Dans : Une ardente solitude : choix de poèmes, traduits de l’italien et présentés par Bernard Simeone, La Différence, 1989 (Orphée ; 3), ISBN 2-7291-0364-3

Ricardo Ribeiro (né en 1981)De loucura em loucura. João Dias ou Frederico de Brito, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado Cravo).
Ricardo Ribeiro, chant ; Miguel Amaral, guitare portugaise ; Marco Oliveira, guitare.
Enregistrement public : Lisbonne, grand auditorium de la Fondation Gulbenkian, décembre 2016.
Extrait de l’album From baroque to fado : a journey through Portuguese music. Allemagne, Naxos, ℗ 2017.

Vou de loucura em loucura
Como quem anda à procura
Duma constante ilusão
Velho sonho em que persigo
Uma voz, um rosto amigo
Perdido na multidão

Je vais de folie en folie
Comme ceux qui courent
Sans trêve après une illusion.
Vieux rêve dans lequel je poursuis
Une voix, un visage ami
Perdu dans la multitude.
Vou de loucura em loucura
E o próprio vento murmura
Promessas dum bem ausente
Que estranha alma é a minha
Que se sente tão sozinha
Entre tanta e tanta gente

Je vais de folie en folie
Et le vent lui-même murmure
Les promesses d’un amour absent.
Quelle âme étrange que la mienne,
Qui se sent à ce point seule
Au milieu de tant de gens !
Vou de loucura em loucura
Como quem anda à procura
Duma alma fugidia
Olhos perdidos nos céus
Eu canto pedindo a Deus
P’ra me encontrar qualquer dia

Je vais de folie en folie
Comme ceux qui courent
Après une âme insaisissable.
Les yeux perdus dans les cieux
Je chante et je demande à Dieu
Qu’il m’accorde de me trouver moi-même.

Attribué soit à João Dias (1926-1979) soit à Frederico de Brito (1894-1977). Vou de loucura em loucura (19??).
Attribué soit à João Dias (1926-1979) soit à Frederico de Brito (1894-1977). Je vais de folie en folie, traduit de Vou de loucura em loucura (19??), par L. & L.

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Toulouse (Occitanie, France), 7 octobre 2024

La chanson du dimanche [59]. Billet d’amour till J.M.

13 octobre 2024

Le suédois est une langue rugueuse.

Cornelis Vreeswijk (1937-1987)Billet d’amour till J.M.. Cornelis Vreeswijk, paroles suédoises ; Serge Rezvani, musique. Adaptation suédoise de Le tourbillon, Serge Rezvani, paroles originales françaises.
Cornelis Vreeswijk, chant ; Lars Trier, guitare ; Ole Fick, guitare électrique ; Hugo Rasmussen, basse acoustique ; Holger Laumann, hautbois.
Enregistrement : Copenhague (Danemark), Sweet Silence Studio, août 1976.
Extrait de l’album Vildhallon / Cornelis Vreeswijk. Suède, Exlibris, ℗ 1979.