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La chanson du dimanche [123]. Âme, te souvient-il • Léo Ferré, Christine Sèvres

7 juin 2026

En 1883 Lucien Létinois (1860-1883), ami de cœur de Verlaine, meurt emporté en peu de temps par la fièvre typhoïde. Inconsolable, le poète lui dédie 25 poèmes – parmi lesquels le bouleversant Âme, te souvient-il, au fond du paradis –, dans son recueil Amour, paru en 1888.

Avec ce dernier vers, que Léo Ferré rend encore plus déchirant…


Léo Ferré (1916-1993)Âme, te souvient-il. Poème de Paul Verlaine ; Léo Ferré, musique.
Léo Ferré, chant ; accompagnement d’orchestre ; Jean-Michel Defaye, direction & arrangement.
Enregistrement : Paris, studios Barclay, 25 au 28 mai 1964.
Extrait de l’album Verlaine et Rimbaud / chantés par Léo Ferré. France, Barclay, ℗ 1964. Voir dans Discogs.

Âme, te souvient-il, au fond du paradis,
De la gare d’Auteuil et des trains de jadis
T’amenant chaque jour, venus de La Chapelle ?
Jadis déjà ! Combien pourtant je me rappelle
Mes stations au bas du rapide escalier
Dans l’attente de toi, sans pouvoir oublier
Ta grâce en descendant les marches, mince et leste
Comme un ange le long de l’échelle céleste,
Ton sourire amical ensemble et filial,
Ton serrement de main cordial et loyal,
Ni tes yeux d’innocent, doux mais vifs, clairs et sombres
Qui m’allaient droit au cœur et pénétraient mes ombres.

Après les premiers mots de bonjour et d’accueil,
Mon vieux bras dans le tien, nous quittions cet Auteuil.
Et sous les arbres pleins d’une gente musique,
Notre entretien était souvent métaphysique.
Ô tes forts arguments, ta foi du charbonnier !
Non sans quelque tendance, ô si franche ! à nier,
Mais si vite quittée au premier pas du doute !
Et puis nous rentrions, plus que lents, par la route
Un peu des écoliers, chez moi, chez nous plutôt,
Y déjeuner de rien, fumailler vite et tôt,
Et dépêcher longtemps une vague besogne.

Mon pauvre enfant, ta voix dans le bois de Boulogne !
Paul Verlaine (1844-1896). Âme, te souvient-il, au fond du paradis (Amour. Lucien Létinois. XVIII ; 1888, 1ère publication).
En gris : partie non chantée.

La belle version de Christine Sèvres figure sur un album qui, hasard malencontreux, est paru en plein mai 1968, de sorte qu’il est passé totalement inaperçu.


Christine Sèvres (1931-1981)Âme, te souvient-il. Poème de Paul Verlaine ; Léo Ferré, musique.
Christine Sèvres, chant, ; accompagnement d’orchestre ; Alain Goraguer, direction.
Extrait de l’album Christine Sèvres. France, CBS, ℗ 1968. Voir dans Discogs.

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