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L’une l’est, l’autre pas

17 avril 2015

Il y a quelques jours a eu lieu à Lisbonne, au Centre culturel de Belém, un spectacle en hommage à la grande fadiste Argentina Santos (née le 6 février 1926), qui n’est plus en activité. Rétrospectivement, Argentina apparaîtra probablement comme l’une des figures les plus étonnantes du fado du XXe siècle : une voix extrêmement agile au timbre comme un peu voilé, véhémente et douce, reconnaissable en un instant, et surtout ce génie proprement fadista de faire sien chacun des fados dont elle a constitué son répertoire. Son interprétation de Lágrima d’Amália, par exemple, qu’elle re-crée véritablement, est un témoignage éclatant de son art.

La voici, dans un théâtre où le public, tenu à distance et non à portée immédiate comme dans une maison de fado, n’en est pas moins subjugué, soulevé par ce chant vibrant et merveilleux. Volta atrás vida vivida (Reviens sur tes pas, vie vécue) est l’un des fleurons de son répertoire.

Argentina Santos | Volta atrás vida vivida. João de Freitas, paroles ; Filipe Pinto, musique (fado Meia noite) ; Argentina Santos, chant ; instrumentistes non identifiés. Captation : Lisbonne, Coliseu dos recreios, 27 juin 1997 (Grande noite do Fado 1997).
Vidéo : RTP ; Ana Martins Varela, prod. ; Fernando Cabral, réalisation.

Volta atrás vida vivida
Para eu tornar a ver
Aquela vida perdida
Que nunca soube viver.
João de Freitas. Volta atrás vida vivida

Reviens sur tes pas, vie vécue
Fais-moi voir à nouveau
Cette vie perdue
Que jamais je n’ai su vivre.
On trouvera le texte original complet avec sa traduction dans le billet Argentina Santos — Volta atrás vida vivida

Et puis il y a ceci. Ces deux vidéos mises en regard l’une de l’autre illustrent cet adage issu du Fado da Adiça, du répertoire d’Amália, et fréquemment repris en substance sinon littéralement dans d’autres textes : Não é fadista quem quer, só é fadista quem calha, c’est à dire qu’on n’est pas fadiste par vouloir, mais par destin.

Il s’agit ici d’une des grandes stars du fado international, Ana Moura. Belle voix, jolie fille, mais absence du fado. La voix reste fixe, sans crépitements ni désordres, sans vie. À peine peut-on parler d’interprétation : ce fado menor (Os meus olhos são dois círios, « Mes yeux sont des cierges éclairant d’une lumière triste mon visage ») est exécuté à l’imitation de la version originale d’Amália, sans âme. On devine que tout est préparé à l’avance, les ralentissements, les pauses, les mélismes. L’accompagnement instrumental lui-même semble mécanique (José Manuel Neto est pourtant l’un des grands interprètes de la guitare portugaise).

Ana Moura | Os meus olhos são dois círios. Linhares Barbosa, paroles ; musique traditionnelle (fado Menor) ; Ana Moura, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; José Elmiro, guitare ; Filipe Larsen, guitare basse acoustique. Captation : Lisbonne, Coliseu dos recreios, 2008.
Vidéo : João Pedro Moreira , réalisation. Extrait de : Ana Moura, Coliseu, Universal Music Portugal, ℗ & © 2008.

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