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Le fado selon Eugène Green sur France Culture

3 août 2011

Voir aussi : Hermínia n’habite pas chez Eugène (Hermínia Silva — Maria Sózinha)
et : Marco Oliveira — Noite de Saudade

Lundi je suis tombé par surprise sur du fado, en allumant la radio. C’était en fait tout un programme, le premier d’une série de cinq, produit par Eugène Green (les liens pour écouter se trouvent à la fin du billet). Je ne l’ai su qu’à la fin, qu’il s’agissait de lui. En l’entendant, je n’arrivais pas à déterminer l’origine de son accent. Je l’ai cru allemand, puis hollandais, puis j’ai donné ma langue au chat.

Amália, Maria Teresa de Noronha, Marceneiro, Lucília do Carmo — mais pas Hermínia Silva. Et un peu de fado de Coimbra. Il présente chacun des fados, et il en traduit le poème. Ces traductions (parfois étranges), il les psalmodie dans une étonnante déclamation à la Sarah Bernhardt. L’émission de lundi avait pour titre Qu’est-ce que le fado ? C’est à dire ce qu’est le fado pour lui, selon lui, Eugène. Avec ceci on pourrait en avoir une idée :

Le sentiment le plus souvent exprimé dans les fados c’est la saudade, parole intraduisible. Si elle comporte souvent un regret de ce qui n’est plus, la saudade s’accompagne aussi d’un désir de quelque chose à venir, comme l’histoire portugaise est un mélange de départs vers l’inconnu et de lamentations pour des choses perdues. Mais ces deux sentiments s’expriment toujours dans le fado au présent, de sorte qu’on pourrait considérer la saudade comme une expérience du présent dans sa plénitude, comportant tout ce qui a été, et tout ce qui sera. Vu ainsi le mot clé du fado correspond au plus grand mythe portugais, celui du « Encoberto », celui qui est caché, et qu’on identifie au roi D. Sebastião, qui a existé comme figure historique, qui doit revenir pour établir le Ve Empire et qui est toujours présent, caché dans les ruelles et le brouillard de Lisbonne.
Eugène Green. Qu’est-ce que le fado ? (programme de radio ; 2011). 1ère diffusion : France culture, 2 août 2011. (Continent musique).

Le fado, incarné par les voix et la présence chaleureuse d’Aldina Duarte et de Camané, est un des éléments de son film A Religiosa portuguesa (2009), au cours duquel D Sebastião lui-même se manifeste, allant jusqu’à envisager les modalités pratiques de son retour.

Lisbonne, calçada do Monte, 13 mars 2011 Lisbonne, calçada do Monte, 13 mars 2011.

Je croyais avoir une meilleure photo de ce pignon, qui est celui de l’hôtel lisboète dans lequel Eugène Green installe l’héroïne de son film, on s’en contentera. Ni le nom de cette héroïne, Julie de Hauranne, ni celui du quartier de Lisbonne dans lequel elle réside (a Graça, la Grâce) n’est vide de sens. Il faut être attentif à tout dans ce film, aux noms des lieux et à ceux des gens, aux lectures des personnages, à ce que disent les murs.

Lorsque cette photo a été prise, le pignon proclamait « O AMOR quando não queima GELA » (L’AMOUR quand il ne brûle pas IL GÈLE). Dans A Religiosa portuguesa cette même paroi appelle à grandes majuscules « D. SEBASTIÃO VOLTA! » (Dom SÉBASTIEN REVIENS !). C’est une des premières images du film, après le générique ; une des premières choses qu’on voit — ou qu’on ne voit pas. On ne le remarque que si on est portugais, ou qu’on a entendu parler du sébastianisme.

Car Sebastião n’est pas l’ex mec de la Rita qui se serait cassé avec la Maria do Carmo ; c’est le roi Sébastien 1er du Portugal, tué en même temps que presque tous ses gentilshommes et que la plus grande partie de son armée à la bataille d’Alcácer-Quibir (al-Qaşr al-Kabīr ou Ksar-el-Kébir) le 4 août 1578, au terme d’une désastreuse expédition au Maroc entreprise dans le but de restaurer la splendeur de la couronne portugaise. C’est le contraire qui survient : deux ans plus le Portugal tombe aux mains de l’Espagne.

Avec le temps, il se dit que le corps de Dom Sébastien n’a pas été retrouvé sur le champ de bataille et que le roi vit caché, « encoberto ». Et que lorsque le malheur du Portugal sera à son comble celui qu’on nomme aussi « o Desejado », le Désiré, reviendra à Lisbonne pour y mettre fin, juché sur son étalon et prêt au combat, surgissant de la brume du fleuve au matin de la délivrance.

Alors la gloire du Portugal éclatera à nouveau, sa souffrance sera pour toujours abolie — comme le sera probablement le fado, c’est à dire le monde.

L. & L.

1ère émission (1er août 2011) : Qu’est-ce que le fado ?
2e émission (2 août 2011) : L’âge d’or du fado : 1950-1974
3e émission (3 août 2011) : Le fado aujourd’hui
4e émission (4 août 2011) : Le flamenco
5e émission (5 août 2011) : Le chant baroque

2 commentaires leave one →
  1. 3 août 2011 07:22

    C’est agréable de savoir que par hasard – j’avais pour ma part été miraculeusement (ac)cueilli par un couple à Marciac, étant arrivé là à pied depuis Auch (dans l’idée de me rendre à Pau), avec un sac bien trop plein de livres pour être compatible avec de la randonnée -, nous tendions l’oreille aux propos de la même émission (même si moi de manière moins attentive, devant à mes « sauveurs » un minimim de conversation).

    Toujours un plaisir de se glisser dans les parenthèses que nous offre ce blog; merci l’ami.

    • lili-et-lulu permalink*
      3 août 2011 10:34

      J’en suis très content aussi — et j’étais moi aussi en auto, remontant du cirque de Navacelles, mais dans mon cas ce n’était pas suite à un miracle. C’est seulement que j’avais décidé de faire du tourisme au lieu d’aller travailler.

      Quels livres ?

      Bonne journée béarnaise !

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