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Le milieu de quoi ?

1 octobre 2010

Montpellier, rue des Carmes du Palais, 1er octobre 2010
Montpellier, rue des Carmes du Palais, 1er octobre 2010

Il m’est arrivé, il y a trois semaines, une chose à ce point étrange qu’après qu’elle se soit produite je suis resté frappé d’une stupeur profonde. Il m’était impossible de croire à la réalité de ce qui venait d’avoir lieu, et de ce fait impossible aussi de croire à la réalité des moments qui suivaient, puisqu’ils étaient dans la continuité des précédents.

Pendant quelque temps, je me suis trouvé en dehors du monde.

C’était à Montpellier, en fin d’après-midi, un vendredi. Le 10 septembre 2010. À un angle de rue, je m’entends interpeller. C’était un jeune homme, dans les 25 ans, peut-être un peu moins, très brun, une calvitie assez étendue et les cheveux presque ras, assez beau, assis à l’unique table d’une terrasse de café. Ou plutôt d’une sorte de boulangerie pâtisserie café. Le dialogue qui s’en est suivi le voici, reproduit assez fidèlement, car il m’est resté en mémoire :

— S’il vous plaît ! (Je me rends compte que ça s’adresse à moi) vous parlez français ?

— (surpris, légèrement agacé) évidemment !

— est-ce que… vous êtes du milieu ?

— (interloqué) du milieu ? Du milieu de quoi ?

— vous savez bien… entre garçons quoi

— (interdit, presque sans réaction) vous appelez ça un milieu ? (c’est ce que j’ai dit, exactement)

— vous avez l’air mais complètement étonné (le mot était faible, j’étais au comble de l’ahurissement et dans un désarroi qui allait croissant)

— oui

— ah, et vous êtes déjà pris ?

— pris ?

— oui vous avez déjà quelqu’un ?

— oui

— dommage… vous avez une bonne bouille.

J’ai dû dire merci c’est gentil, et ça s’est arrêté là.

Même si c’est dans cette partie de la ville que se concentre l’essentiel des établissements visant une clientèle gay (je ne pense pas que ce soit le cas de celui devant lequel s’est déroulée la scène), tu vois qu’il y avait de quoi s’absenter du monde.

Après — le choc, sans aucun doute — je ressassais surtout sa dernière réplique « vous avez une bonne bouille » qui me semblait totalement incongrue s’agissant de moi, et de surcroît datée. Une bouille : je ne savais pas que des types de 25 ans employaient encore un mot pareil. Ou alors ils ne l’emploient pas relativement à eux-mêmes, mais seulement à la catégorie de ceux à qui ils s’adressent en leur disant « vous ».

Au moment de l’apostrophe j’avais en tête, je me souviens de ce détail, le Fado de amor e pecado d’Ana Sofia Varela.

L. & L.

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Fado de amor e pecado / Ana Sofia Varela, chant ; João Monge, paroles ; João Gil, musique

——
Varela, Ana Sofia
Fados de amor e pecado

Ana Sofia Varela -- Fados de amor e pecado. 2009Fados de amor e pecado / Ana Sofia Varela, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Marco Oliveria, Rogério Ferreira, Diogo Clemente, guitare ; Ricardo Cruz, Zé Nabo, guitare basse acoustique ; João Monge, paroles ; João Gil, musique. — [Portugal] : Iplay, P 2009.

Iplay 1529 2. — EAN 5604931152927.

Disponible sur CDGO
Télécharger sur Amazon, Fnac
Écouter sur Deezer

Ana Sofia Varela sur MySpace

One Comment leave one →
  1. Laure permalink
    2 octobre 2010 12:02

    Dingue! Dingue et beau.
    Parce que troublant, parce que ça fait se poser plein de questions.
    Ça rend vivant des trucs comme ça.
    C’est amusant décidément, nos correspondances… Ca ne m’étonne pas que ça te soit arrivé à Montpellier, c’est une ville ou j’ai ressenti de fortes émotions de liberté, de gaitée étrange… Et écouté beaucoup de fado dans mon walkman (ben oui, on te dit « bouille », moi je te dis « walkman », y’a des mots qui peuvent rester parce qu’on les aime bien).
    A moi il ne m’est pas arrivé quelque chose d’aussi particulier, mais c’était un rapport à la ville, la parenthèse un peu folle et luxueuse qu’elle représentait depuis ma Normandie, et je devais retourner à Lisbonne une semaine plus tard, entao…
    Depuis que j’ai lu le récit de ton aventure ce matin, je ne peux pas m’empêcher d’avoir dans la tête une chanson de Morrissey : « the last of the famous international playboys »…
    Monsieur est un séducteur qui s’ignore… Enjoy!
    Bien à toi,
    Laure

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