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La chanson du dimanche [92]. Il est parti comme il était venu

31 août 2025

Elle passait tout le temps à la radio, cette chanson-là de Zouzou la twisteuse. À la télévision aussi. On l’appelait ainsi, Zouzou la twisteuse. Elle a joué dans L’amour l’après-midi de Rohmer (1972), mais je ne m’en souviens pas ; je ne crois pas l’avoir vu.

Zouzou (Danièle Ciarlet, née en 1943)Il est parti comme il était venu. Benjamin, paroles ;Jacques Dutronc, musique.
Zouzou, chant ; accompagnement d’orchestre.
Enregistrement : Paris, studios Vogue, 10 mars 1966.
Première publication dans le disque 45t Il est parti comme il était venu ; J’avais rêvé ; Ne cherche pas ; Puisque tu es revenu / Zouzou. France, Vogue, ℗ 1966.

La chanson du dimanche [91]. L’amour reprend ses droits

24 août 2025

Sílvia Pérez-Cruz & Salvador Sobral en duo dans un album commun (Sílvia & Salvador, 2025), quelle bonne idée ! On y trouve une chanson en français : une valse avec des paroles vraiment pas faciles à prononcer, signées Jenna Thiam (actrice, belge, épouse de Salvador Sobral). Salvador se sort très bien de l’exercice, Sílvia un peu moins… mais c’est adorable.

Sílvia Pérez-Cruz & Salvador Sobral (1888-1972)L’amour reprend ses droits. Jenna Thiam, paroles ; Carlos Montfort, musique.
Sílvia Pérez-Cruz & Salvador Sobral, chant & chœurs ; Marta Roma, violoncelle ; Sebastià Gris, mandoline ; Darío Barroso, guitare classique.
Extrait de l’album Sílvia & Salvador. Espagne, Warner Music Spain, ℗ 2025.

Je t’ai souvent imaginé
Perçant mes jours comme l’éclair
Ardent fougueux et fier
Je t’ai rêvé
Et me brûlant le cœur sans savoir faire

Je t’ai souvent imaginée
Promise tout autant qu’une terre
Sainte comme la prière
Je t’ai rêvée
Adoucissant mon cœur amer

Mais voilà tu ne viens pas
Et moi qui attends ton éclat

Que faire des espérances dont on se lasse
Amour de mes rêves tu t’effaces
Alors tant pis ! Amour je te sors de ma vie
Puisque tu me fuis, Amour c’est moi qui te renie
Eh bien merci mes rêves tremblaient d’infini
Mais s’il en est ainsi, solitude prends mon lit.

Je n’ai jamais imaginé
Que tendre et fragile tu t’immisces
Dans mes rêves brisés
Sans faire de bruit
Et délicatement chassant l’ennui

Je n’ai jamais imaginé
Que fière et altière tu te hisses
Si loin du sacrifice
Sûre et complice
Enlaçant mes cicatrices

Et te voilà venu
Je ris des fantasmes perdus.

Les grandes espérances que l’on ressasse
Ne sont que rêves fugaces
Amour déchu peut n’être pas vaincu
[Une fois] mes rêves abolis, Amour alors soudain sourit
Ainsi la vie nous montre d’autres infinis
Solitude compagne de mon lit
Danse avec moi une dernière fois
Car l’amour reprend ses droits
Mon amour, viens dans mes bras !
Jenna Thiam (née en 1990). L’amour reprend ses droits (2025)

Le mariage bilingue

22 août 2025

Par hasard, nous sommes entrés dans la cathédrale au moment où s’y préparait un mariage de riches (la cathédrale, pensez !).

Dans le chœur on répétait à l’aide d’un violon électrifié et d’un clavier électronique une sorte de variation sur Amazing Grace tandis que quelques jeunes hommes sapés comme pour une garden-party chez le Grand-Duc s’y dépensaient en allées et venues aux desseins aussi indéchiffrables que ceux d’une compagnie de fourmis.

De même, de grandes jeunes femmes athlétiques et joyeuses aux opulentes chevelures brunes de courtisanes florentines s’affairaient dans des robes de couleurs vives, souvent à jupes courtes semblables à celles des evzones, d’une éclatante simplicité : l’une rouge langouste, l’autre d’un bleu azur légèrement brumeux, d’autres ambre, améthyste, outremer, une autre encore, la plus remarquable, d’un vert lézard strident ornée de bouillonnés de même couleur à l’articulation des épaules.

À entendre les conversations, les apostrophes, les salutations, on comprenait que l’assemblée, qui commençait à se constituer, était bilingue. L’anglais – employé par le parti du marié, lui-même en costume et gilet crème – me paraissait sonner de la même manière que celui d’une ancienne collègue irlandaise (dont le nom de dix-huit lettres se réduisait, une fois prononcé, à deux courtes syllabes). Hypothèse confirmée par l’entrée de la famille et des invités : on y distinguait un groupe de dames entre deux âges presque toutes vêtues de robes dans le style de Laura Ashley – un peu fripées je dois dire et qui les enveloppaient du col aux chevilles comme de gros bonbons –, chaussées d’escarpins d’une laideur émouvante, coiffées de chapeaux insolites, tous ratés comme suite à une consigne. La dernière arrivée – une tante de l’imminent époux, pensions-nous – s’avançait à pas petits dans une ample tunique à semis de fleurettes sur fond vert mousse, les épaules ceintes d’une étole, à fleurs elle aussi, orange et marron, qu’un œil superficiel aurait jugé acquis auprès d’un décrochez-moi-ça. Sa chevelure cuivrée, abondante, était rassemblée en un édifice assez confus qui tenait probablement grâce à une quantité d’épingles habilement disposées, dissimulées sous la clef de voûte : un chapeau bleu-vert exigu en forme d’écuelle retournée adorné d’un petit plumet ébouriffé jaune pissenlit qui attirait les regards autant qu’un feu de circulation.

Maquillées comme pour figurer dans une fiction de la télévision, les dames irlandaises souriaient et paraissaient sympathiques. On s’étonnait presque de ne pas leur voir au bras un panier rempli de bread and butter pudding de leur propre facture. Pour un peu on les aurait embrassées en leur disant How do you do?

Les hommes je ne sais plus. C’est comme si je ne les avais pas vus.

(Tout cela est vrai.)

Sandy Denny (1947-1978)The quiet land of Érin. Joan O’Hara, adaptation en langue anglaise de la chanson traditionnelle en gaélique irlandais Árdaí Chuain ; musique traditionnelle (Irlande). Autre titre : Árd Tí Cuain
Sandy Denny, chant et guitare.
Extrait de l’émission My kind of folk du 26 juin 1968, BBC Radio 1. Production : Royaume-Uni, BBC (British Broadcasting Corporation), 1968.

Amália • Grito (1983)

20 août 2025

Amália Rodrigues (1920-1999)Grito. Amália Rodrigues, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, d’octobre 1982 à mai 1983.
Extrait de l’album Lágrima / Amália. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 1983.

Silêncio
Do silêncio faço um grito
E o corpo todo me dói
Deixai-me chorar um pouco.
De sombra a sombra
Há um céu tão recolhido,
De sombra a sombra
Já lhe perdi o sentido.
Ó céu!
Aqui me falta a luz
Aqui me falta uma estrela
Chora-se mais
Quando se vive atrás dela
E eu,
A quem o céu esqueceu
Sou a que o mundo perdeu
Só choro agora
Que quem morre já não chora.

Silence.
Du silence je fais un cri
Et mon corps entier me fait mal,
Laissez-moi pleurer un peu.
D’ombre en ombre
Le ciel a tellement rétréci
D’ombre en ombre
Que je n’en trouve plus le sens.
Oh ciel !
J’ai besoin de lumière,
J’ai besoin d’une étoile !
On pleure davantage
Lorsque on vit guidé par une étoile
Et moi,
Que le ciel a oubliée,
Je suis celle que le monde a perdue ;
Je pleure aujourd’hui,
Car les morts ne pleurent plus.
Solidão
Que nem mesmo essa é inteira,
Há sempre uma companheira
Uma profunda amargura.
Ai, solidão
Quem fora escorpião
Ai! solidão
E se mordera a cabeça!
Adeus
Já fui para além da vida
Do que já fui tenho sede
Sou sombra triste
Encostada a uma parede.
Adeus,
Vida que tanto duras
Vem morte que tanto tardas
Ai, como dói
A solidão quase loucura.

Solitude.
Elle ne vient jamais seule,
Car elle a pour compagne
Une profonde amertume.
Ah solitude !
Ah être un scorpion !
Ah solitude
Et se frapper à la tête !
Adieu
Je me suis déjà avancée au-delà de la vie ;
J’ai soif de ce que j’ai été.
Je suis une ombre triste
Adossée à un mur
Adieu
Vie qui dures tant !
Viens, mort qui tardes tant !
Ah qu’elle fait mal,
La solitude, presque folie.

Amália Rodrigues (1920-1999). Grito (1983).
Amália Rodrigues (1920-1999). Cri, traduit de : Grito (1983), par L. & L.

Dans la carrière d’Amália les années 1980 sont celles d’une renaissance douloureuse. La décennie précédente l’avait laissée exténuée, vidée, presque détruite, physiquement autant que psychologiquement. En septembre 1979, fatiguée par les interminables tournées sur tous les continents du monde, éprouvée par les dures années de l’après Révolution des œillets, voici que la chanteuse est victime, en plein récital près de Lisbonne, d’une attaque cardiaque.

Convalescente, contrainte au repos, Amália redécouvre sa propre production poétique et décide, avec l’aide de ses guitaristes Carlos Gonçalves et José Fontes Rocha auprès de qui elle sollicite des compositions musicales, d’en faire des chansons. Désormais elle devient sa principale parolière : en 1980, puis en 1983, sont publiés deux albums dont tous les textes sont d’elle.

Gostava de ser quem era (« J’aimerais être celle que j’étais », 1980), puis Lágrima (« Larme », 1983), sont deux albums tristes dans lesquels sa voix apparaît désormais – et pour toujours – altérée, comme asséchée, délavée, privée de son ancien éclat mais non de sa puissance ni (encore moins) de sa force d’interprétation. L’un et l’autre laissent affleurer l’expression d’une souffrance existentielle, voire physique, et l’obsession de la mort qui devient un thème récurrent des deux ultimes décennies de sa carrière. Deux pièces, semblables à deux cris de douleur, illustrent particulièrement cette humeur ténébreuse : Tive um coração, perdi-o (« J’avais un cœur, je l’ai perdu »), dans Gostava de ser quem era, et cet hallucinant Grito (« Cri »), qui clôt Lágrima de la manière la plus poignante et qui a d’ailleurs été exécuté lors des funérailles d’Amália, à sa demande. La musique est l’une des plus réussies de Carlos Gonçalves.

Ricardo Ribeiro en a donné une interprétation sensible dans l’album collectif d’hommage à la chanteuse Amália : les voix du fado publié en 2015.

Ricardo Ribeiro (né en 1981)Grito. Amália Rodrigues, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Ricardo Ribeiro, chant ; Ângelo Freire, guitare portugaise ; Diogo Clemente, guitare ; Mário Franco, contrebasse.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, le 24 mars 2015.
Extrait de l’album Amália : les voix du fado = as vozes do fado. France, Decca Records France, ℗ 2015.

La chanson du dimanche [90]. In qualche parte del mondo

27 juillet 2025

Une des chansons les moins lugubres du tragique Luigi Tenco (1938-1967).

Luigi Tenco (1938-1967)In qualche parte del mondo. Luigi Tenco, paroles & musique.
Luigi Tenco, chant ; accompagnement d’orchestre ; Gian Franco Reverberi, direction.
Première publication dans le disque 45 t In qualche parte del mondo ; Senza parole / Luigi Tenco. Italie, Ricordi, ℗ 1962.

In qualche parte del mondo
Una capanna tra gli alberi
Sopra una piccola spiaggia
Accarezzata dal mare

Quelque part, n’importe où,
Une cabane entre les arbres
Au-dessus d’une petite plage
Caressée par la mer…
In qualche parte del mondo
Un bosco pieno di favole
L′ombra di un vecchio mulino
E l’acqua calma del fiume

Quelque part, n’importe où,
Un bois plein d’histoires enchantées,
L’ombre d’un vieux moulin
Et l’eau tranquille du fleuve…
Talvolta socchiudo gli occhi e m′illudo
D’essere là sulla spiaggia
Oppure all’ombra del vecchio mulino

Parfois je ferme les yeux et je me crois
Sur cette plage
Ou à l’ombre du vieux moulin.
In qualche parte del mondo
Non sogno altro che un angolo
Dove fuggire lontano
Dalla mia vita di sempre

Quelque part, n’importe où,
Je rêve juste d’un coin
Où je pourrais m’enfuir
Loin de mon quotidien.

Luigi Tenco (1938-1967). In qualche parte del mondo (1961) Luigi Tenco (1938-1967). Quelque part, n’importe où, traduit de In qualche parte del mondo (1961), par L. & L.

Maria da Nazaré • Outono da minha primavera

22 juillet 2025

Maria da Nazaré, née en 1946 au Barreiro, une localité industrielle de la rive sud de la « Mer de paille », cette protubérance que forme le Tage juste en amont de Lisbonne, a néanmoins vécu toute sa vie dans la capitale portugaise où elle est morte au début de ce mois de juillet 2025.

Elle interprète ici Outono da minha primavera (« Automne de mon printemps »), un titre du répertoire de Beatriz da Conceição dont l’influence est sensible. La musique est celle du Fado laranjeira d’Alfredo Marceneiro.

Maria da Nazaré (1946-2025)Outono da minha primavera. Clemente Pereira, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado Laranjeira).
Maria da Nazaré, chant ; Dinis Lavos et Luís Ribeiro, guitare portugaise ; Jaime Martins, guitare (viola de fado) ; Luís N´Gambi, basse acoustique.
Captation : Lisbonne, Restaurant A Nini, 6 février 2014.
Vidéo : 4FadoLisbon, 2014.

Junto à minha janela, aonde tanta vez
Vinhas para me dar o tentador carinho
Em vez do teu amor que tanta jura fez
Vi hoje uma andorinha a construir seu ninho

Près de ma fenêtre, là où si souvent
Tu venais m’apporter la tentation de ton amour,
Au lieu de ton affection prodigue de serments
J’ai vu une hirondelle qui construisait son nid.
Saudosa por viver a vida tão sozinha
Triste por recordar que me queres esquecer
Passei o dia inteiro a ver essa andorinha
A ter na primavera o gosto de viver

Mélancolique à force de vivre si seule,
Triste parce que je sais que tu veux m’oublier,
J’ai passé tout le jour à voir cette hirondelle
À qui le printemps donnait le goût de vivre.
Ao vê-la recordei este meu abandono
A mágoa de quem vive eternamente à espera
E resolvi findar com todo o meu outono
Para viver também a minha primavera

Sa vue me rappelait mon propre abandon
Et l’éternelle et dure attente dans laquelle je vis.
Alors j’ai décidé d’en finir avec mon automne
Et de vivre enfin moi aussi mon printemps.

Clemente Pereira (1903-1986). Outono da minha primavera (1971).
Clemente Pereira (1903-1986). Automne de mon printemps, traduit de : Outono da minha primavera (1971), par L. & L.

La chanson du dimanche [89]. Deux lettres d’enfants (1954)

20 juillet 2025

Jacques de Menasce (1905-1960)Deux lettres d’enfants (1954). Comprend : Lettre de Béatrice / Béatrice Lesur, autrice du texte ; Lettre de Christian / Christian Lesur, auteur du texte.
Hugues Cuénod, ténor ; Geoffrey Parsons, piano.
Première publication : Royaume-Uni, ℗ 1977.

Lettre de Béatrice

Monsieur,
Merci pour le bonhomme qui joue avec des balles. Il est tellement drôle qu’il me fait rire, c’est effrayant.

Béatrice

Lettre de Christian

Le 8 mars 1953

Monsieur,
Nous avons été ravis tous les deux des jolis jouets que vous avez donnés à Papa et à Maman pour nous, et vous en remercions beaucoup.
Mon motocycliste prend des virages formidables toute la journée, cela m’amuse énormément.
Veuillez croire, Monsieur, ainsi que Madame,

à mes sentiments respectueux,
Christian Daniel Lesur.

Mísia • Litania (1998)

18 juillet 2025

Mísia – Susana Aguiar au quotidien – est morte le 27 juillet 2024, il y a presque un an. Quelle sera sa place dans l’histoire du fado ? Au Portugal elle était considérée comme une artiste élitiste, sophistiquée, presque comme une étrangère. Elle en a souffert. Son rôle a pourtant été essentiel dans le renouveau du fado, tombé en disgrâce à la suite de la Révolution des œillets.

Parce qu’elle croyait au fado et à son lien profond avec la culture lisboète et, plus largement, avec celle du Portugal, elle l’a chanté avec opiniâtreté, construisant, au fil des années, une discographie qui est l’une des plus cohérentes du genre, au point de pouvoir être assimilée à une œuvre. Avec Canto (2003), hommage au grand compositeur et guitariste Carlos Paredes, Garras dos sentidos (1991) en est l’un des sommets.

Garras dos sentidos est composé exclusivement d’une collection de fados traditionnels (« castiços ») chantés sur des poèmes choisis par Mísia, ou sollicités par elle auprès d’auteurs contemporains. Litania (« Litanie ») résulte de l’association du Fado José António de quadras, du joueur de guitare portugaise José António Sabrosa, par ailleurs époux de la fadiste Maria Teresa de Noronha, avec un poème de Mário Cláudio (né en 1941).

Mísia (1955-2024)Litania. Poème de Mário Cláudio ; José António Sabrosa, musique (Fado José António Sabrosa de quadras) ; Ricardo Dias, arrangement.
Mísia, chant ; Custódio Castelo, guitare portugaise ; António Pinto & Carlos Manuel Proença, guitare ; Marino Freitas, basse acoustique ; Manuel Rocha, violon ; Ricardo Dias, accordéon.
Enregistrement ; Lisbonne, studios Xangrilá, octobre 1997.
Extrait de l’album Garras dos sentidos / Mísia. France, Erato Disques, ℗ 1998.

Seria a noite transida,
Seria um grito na rua,
Seria a porta da vida
Fechada ao rasto da lua.

Ce serait cette nuit transie,
Ce serait un cri dans la rue,
Ce serait la porte de la vie
Qui se ferme au sillage de la Lune.
Seria a chaga do lado,
Seria o espelho do rio,
Seria um xaile rasgado
Que nos guardasse do frio.

Ce serait cette plaie au côté,
Ce serait le miroir du fleuve,
Ce serait un châle lacéré
Qui nous protégerait du froid.
Seria a voz que resume,
Seria a sombra da face,
Seria um cravo de lume
Que no vinho se afogasse.

Ce serait la voix qui résume,
Ce serait l’ombre du visage,
Ce serait un œillet de feu
Qui se noierait dans le vin.
Seria uma vela acesa,
Seria a estrela polar,
Seria um lenço ou uma reza
Que nos viesse matar.

Ce serait la flamme d’une chandelle,
Ce serait l’étoile polaire,
Ce serait un mouchoir, une prière,
Qui viendrait nous tuer.

Mário Cláudio (né en 1941). Litania (1997 ?).
Mário Cláudio (né en 1941). Litanie, traduit de : Litania (1997 ?), par L. & L.

La chanson du dimanche [88]. C’est irréparable

13 juillet 2025

C’est irréparable figurait sur le premier disque 45 tours de Nino Ferrer, paru fin 1963. Il en a écrit les paroles lui-même ; la musique aussi, en collaboration avec Gaby Verlor (1921-2005), compositrice de Déshabillez-moi pour Juliette Gréco, du petit bal perdu pour Bourvil – entre autres.

C’est irréparable a connu le succès grâce à sa reprise par Dalida, et encore davantage par son adaptation italienne, Un anno d’amore, enregistrée par Mina et publiée en 1964. Un succès renouvelé en 1991 par Un año de amor, version espagnole (de l’adaptation italienne et non directement de l’original français) réalisée par Pedro Almodóvar pour son film Tacones lejanos (Talons aiguilles).

Nino Ferrer (1934-1998)C’est irréparable. Nino Ferrer, paroles ; Gaby Verlor & Nino Ferrer, musique ; Jacques Loussier, arrangement. Autre titre : Un an d’amour.
Nino Ferrer, chant ; accompagné par Jacques Loussier et son orchestre.
Extrait du disque 45 tours Pour oublier qu’on s’est aimé ; Souviens-toi ; C’es t irréparable ; Cinq bougies bleues / Nino Ferrer. France, Bel air, ℗ 1963.

Je sais que c’est fini.
Je sais, mais je t’en prie,
écoute-moi quand même,
écoute-moi car je t’aime.

Depuis qu’on s’est quittés,
je suis seul, étonné.
Mes jours sont tellement lents
et vides et obsédants.

Je suis seul,
la nuit vient
et je me souviens
d’un an d’amour :
les matins indolents,
les soirs de pluie,
les vacances et le vent
et ton corps blond
de soleil et de sable.
Un an d’amour,
c’est irréparable.
Un an d’amour,
c’est irréparable.

Maintenant ce n’est plus moi,
un autre est avec toi,
et toi, tu lui souris
comme tu m’avais souri.

Et ce sourire, tu vois,
je te hais pour cela.
Je te hais, mais je t’aime,
et au fond ça revient au même.

Je t’aime,
le comprends-tu ?
T’ai-je vraiment perdue ?
Un an d’amour.
Des années de regrets,
des feuilles mortes
et le temps passé.

L’automne emporte
les rêves et les fables.
Un an d’amour,
c’est irréparable.

L’automne emporte
les rêves et les fables.
Un an d’amour,
c’est irréparable.

Nino Ferrer (1934-1998). C’est irréparable (1963)

Juste retour des choses, voici une reprise de la version originale de C’est irréparable par une artiste italienne, Greta Panettieri, en 2015.

Greta Panettieri (née en 1978)C’est irréparable. Nino Ferrer, paroles ; Gaby Verlor & Nino Ferrer, musique. Autre titre : Un an d’amour.
Greta Panettieri, chant ; Andrea Sammartino, piano, orgue Hammond, synthétiseur ; Giuseppe Bassi, contrebasse ; Alfonso Deidda, saxophone alto ; Armando Sciommeri, batterie.
Première publication : Italie, GBM, ℗ 2015.

Amália • Acho inúteis as palavras (1962)

10 juillet 2025

Le mois de juillet est celui d’Amália, celui de sa naissance. Elle disait qu’elle n’en connaissait pas la date précise et fêtait ses anniversaires le 1er du mois. Cependant les registres officiels conservent la date du 23 juillet 1920, à cinq heures.

Elle aurait 105 ans cette année. Elle en avait une quarantaine lorsque elle a enregistré ce fado.

Amália Rodrigues (1920-1999)Acho inúteis as palavras. António Sousa Freitas, paroles ; compositeur inconnu (Fado menor).
Amália Rodrigues, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare.
Enregistrement : Lisbonne, Teatro Taborda, entre 1960 et 1962.
Première publication dans le disque 45 t Povo que lavas no rio ; Caminhos de Deus ; Acho inúteis as palavras / Amalia. Royaume-Uni, Columbia, ℗ 1962.

Acho inúteis as palavras
Quando o silêncio é maior
Inúteis são os meus gestos
Para te falarem de amor

Les paroles sont inutiles
Quand le silence est plus fort
Inutiles aussi mes gestes
Pour te parler d’amour.
Acho inúteis os sorrisos
Quando a noite nos procura
Inúteis são minhas penas
Para te falar de ternura

Les sourires sont inutiles
Quand la nuit nous cherche
Inutiles aussi mes peines
pour te parler de tendresse.
Acho inúteis nossas bocas
Quando voltar o pecado
Inúteis são os meus olhos
Para te falar do passado

Nos bouches sont inutiles
Quand revient le péché
Inutiles aussi mes yeux
Pour te parler du passé.
Acho inúteis nossos corpos
Quando o desejo é certeza
Inúteis são minhas mãos
Nessa hora de pureza

Nos corps sont inutiles
Quand le désir est certitude
Inutiles aussi mes mains
En cet instant de pureté.

António de Sousa Freitas (1921-2004). Acho inúteis as palavras (1962).
António de Sousa Freitas (1921-2004). Les paroles sont inutiles, traduit de Acho inúteis as palavras (1962), par L. & L.

Acho inúteis as palavras (littéralement : « Je trouve que les mots sont inutiles ») est un drôle de fado : un poème assez singulier d’António Sousa Freitas (1921-2004) – dont Amália n’a chanté que peu de chose –, sur une musique que les premières publications discographiques attribuaient au guitariste et chanteur José Marques do Amaral, mais qui semble bien, en réalité, être celle du très ancien Fado menor, de compositeur inconnu. Du moins en est-elle très proche – et la plus récente réédition de cet enregistrement (2021) porte, pour la musique, la seule mention « popular » (« populaire »).

Acho inúteis as palavras fait partie des dix-neuf morceaux enregistrés à Lisbonne de 1960 à 1962, lors des sessions du célèbre album sans titre dit « du buste » en référence à l’illustration de sa pochette. Cet album, publié en décembre 1962, ne réunissait que neuf des pièces enregistrées, parmi lesquelles les premières compositions d’Alain Oulman pour Amália, de même que des fados aussi emblématiques que Povo que lavas no rio et Estranha forma de vida. Les dix laissés pour compte ont été publiés au petit bonheur : trois d’entre eux (dont Acho inúteis as palavras) sur les faces B de disques 45 tours qui comportaient un ou deux titres extraits de l’album « du buste » ; quatre (dont à nouveau Acho inúteis as palavras) sur un disque 33 tours publié en France en 1963, intitulé Amália 1963 ; et la totalité rassemblée dans un album paru au Royaume-Uni en 1963. Cet album, qui ne résultait pas d’un choix (ou plutôt : qui en résultait négativement), ne pouvait, en dépit de la beauté de certains des fados qui le constituaient, que paraître un peu bancal. Paradoxalement il a reçu pour titre : For your delight. Plus tard, Amália l’a qualifié « d’erreur ».