La chanson du dimanche [96]. Margaret vous aime bien
Une chanson cuisante.
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Cora Vaucaire (1918-2011) • Margaret vous aime bien. Bruno Coquatrix, paroles & musique.
Cora Vaucaire, chant ; M. Philippe-Gérard et son Ensemble.
Extrait de l’album Chansons pour ma mélancolie / Cora Vaucaire. France, Pathé, 1956.
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La chanson du dimanche [95]. Le chemin des forains
Et je retrouve, fugitivement, l’image que nous avions de Frede, mon frère et moi, lorsque nous la voyions dans le jardin de la maison, au retour de l’école : une femme qui appartenait au monde du cirque, comme la petite Hélène, et que ce monde nimbait de mystère. Il ne faisait aucun doute pour nous que Frede dirigeait un cirque à Paris, plus petit que Médrano, un cirque sous un chapiteau de toile blanche, rayée de rouge, qui s’appelait « le Carroll’s ». Ce nom revenait souvent dans la bouche d’Annie et de Frede : Carroll’s – la boîte de nuit, rue de Ponthieu – mais je voyais le chapiteau blanc et rouge et les animaux de la ménagerie, dont Frede, avec sa silhouette mince et ses vestes cintrées, était la dompteuse.
Patrick Modiano (né en 1945), Remise de peine (1988), Éd. du Seuil, DL 1988, ISBN 2-02-009959-4, p. 20-21.
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Édith Piaf (1915-1963) • Le chemin des forains. Jean Dréjac, paroles ; Henri Sauguet, musique.
Édith Piaf, chant ; accompagnement d’orchestre ; Robert Chauvigny, direction.
Première publication : France, 1955.
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José Afonso • Vejam bem (1968). Et Gisela João
Le fiévreux Vejam bem (littéralement : « Observez bien »), chanté sur un rythme de vira, cette valse rapide pratiquée surtout dans le Nord du Portugal, est l’une des chansons politiques les plus connues de José Afonso. Elle apparaît en 1968 sur l’album Cantares do andarilho (« Chants du vagabond »), le premier publié chez Orfeu, l’éditeur discographique de Porto. D’abord spécialisé dans la poésie déclamée, Orfeu a ensuite réalisé et diffusé les enregistrements de nombre d’artistes, le plus souvent hostiles au régime de l’Estado novo, issus, comme José Afonso, du creuset de la ville universitaire de Coimbra.
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José Afonso (1929-1987) • Vejam bem. José Afonso, paroles & musique.
José Afonso, chant ; Rui Pato, guitare.
Enregistrement : Lisbonne, studios Polysom.
Extrait de l’album Cantares do andarilho / José Afonso. Portugal, Orfeu, ℗ 1968.
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Vejam bem
Que não há
Só gaivotas em terra
Quando um homem
Se põe
A pensar
Regardez bien,
Il n’y a pas
Que les nuages qui s’amassent
Quand un homme
Se met
À réfléchir.
Quem lá vem
Dorme à noite
Ao relento
Na areia
Dorme à noite
Ao relento no mar
Celui qui vient
Dort la nuit
À la belle étoile
Sur le sable
Dort la nuit
Sur le bord de la mer.
E se houver
Uma praça
De gente
Madura
E uma estátua
De febre
A arder
Et même s’il y a
Une place
Pleine
De monde
Et une statue
Brûlante
De fièvre,
Anda alguém
Pela noite
De breu
À procura
E não há
Quem lhe queira
Valer
Quelqu’un parcourt
Cette nuit
De ténèbres
Quelqu’un cherche
Mais
Nul ne veut
L’aider.
Vejam bem
Daquele homem
A fraca
Figura
Desbravando
Os caminhos
Do pão
Regardez
De cet homme
La fragile
Figure
Dans sa quête
D’un peu
De pain.
E se houver
Uma praça
De gente
Madura
Ninguém vai
Levantá-lo
Do chão
Et même s’il y a
Une place
Pleine
De monde
Personne
Ne le
Relèvera.
Vejam bem
Que não há
Só gaivotas em terra
Quando um homem
Se põe
A pensar
Regardez bien,
Il n’y a pas
Que les nuages qui s’amassent
Quand un homme
Se met
À réfléchir.
Quem lá vem
Dorme à noite
Ao relento
Na areia
Dorme à noite
Ao relento no mar
Celui qui vient
Dort la nuit
À la belle étoile
Sur le sable
Dort la nuit
Sur le bord de la mer.
José Afonso (1929-1987). Vejam bem (1968).
.José Afonso (1929-1987). Sachez-le, trad. par L. & L. de Vejam bem (1968).
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Les paroles de Vejam bem sont probablement truffées d’allusions, plus ou moins claires – surtout à près de soixante ans de distance –, aux vicissitudes des opposants à la dictature (les « vagabonds », ceux qui, dans la chanson, dorment « À la belle étoile / Sur le sable / […] / Sur le bord de la mer » ?). Certaines métaphores sont peut-être transparentes pour qui sait les voir, et devaient l’être encore davantage en 1968, mais j’avoue que le texte me reste largement impénétrable et je n’exclus pas d’avoir commis des contresens en traduisant. Du reste, certaines « explications » qu’on trouve sur l’Internet ne sont guère convaincantes.
Néanmoins certains points peuvent être considérés comme des repères assez sûrs. Au deuxième vers, les « gaivotas em terra » citent la première partie d’un dicton très répandu : « Gaivotas em terra, tempestade no mar » (« Mouettes à terre, tempête en mer »), allusion possible à une « tempête » à venir, dont il importe de « bien observer » les signes.
La « statue brûlante de fièvre » de la 3e strophe évoque une technique de torture bien documentée, dite de la « statue », pratiquée par la PIDE (la police politique du régime) sur les prisonniers d’opinion, consistant à les maintenir debout, sans appui, des heures durant. Pour se renseigner, on peut exécuter la requête suivante dans un moteur de recherche : « estátua tortura PIDE ».
Dans la même strophe, « uma praça de gente madura » (littéralement : « une place [pleine] de personnes mûres ») me laisse assez perplexe. Par « mûres », je suppose qu’il faut entendre « saines d’esprit ». Sans doute le texte de la chanson déplore-t-il que la grande majorité de la population, même avertie des pratiques de la PIDE, n’ait pas le courage de les dénoncer, et encore moins de venir en aide aux opposants déclarés.
Quelle que soit la signification exacte des métaphores du texte, on ne peut qu’admirer la conduite du chant et l’interprétation de José « Zeca » Afonso, de même que le caractère si personnel et la beauté de son timbre. Pour iconoclaste que puisse sembler pareil rapprochement, je dois dire que son art m’évoque celui d’Amália (dotée quant à elle de davantage de souffle et de puissance). Mais la même intelligence du chant et de l’expression.
Il y a quelques mois, Gisela João a publié un album, intitulé fort opportunément Inquieta (« Inquiète »), consacré aux « chansons d’avril » et qui fait la part belle au répertoire de José Afonso. On y trouve une reprise de Vejam bem, à peine plus lente que l’original, assez réussie, je trouve.
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Gisela João (née en 1983) • Vejam bem. José Afonso, paroles & musique.
Gisela João, chant ; Luís “Twins” Pereira, claviers et autres instruments ; Carles Rodenas Martinez, guitares & percussions ; Luís “Twins” Pereira, Gisela João & Carles Rodenas Martinez, arrangements.
Enregistrement : Carcavelos (Portugal), Twinville studios.
Extrait de l’album Inquieta / Gisela João. Portugal, Mar Records, ℗ 2025.
Vidéo : Manuel Abelho & Gisela João, réalisation. 2024.
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Airbus
Dans la rue un de ces chiens minuscules et frétillants, au poil ras et brun, manifeste sa joie de vivre dans une exubérance fantasque rehaussée de brefs aboiements de grenouille : « Mouac ! ». Son maître, un grand jeune homme d’une trentaine d’années ou moins, d’une humeur plus sombre, le rabroue sévèrement : « Airbus ! »
Mais Airbus est insensible à la noirceur et à la mélancolie de l’époque.
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Léo Ferré (1916-1993) • Richard. Léo Ferré, paroles & musique.
Léo Ferré, chant, arrangement & direction ; accompagnement d’orchestre.
Enregistrement : Paris, studios Barclay.
Extrait de l’album Il n’y a plus rien / Léo Ferré. France, Barclay, ℗ 1973.
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Je vous laisse me suivre
Avant d’être reçu par le doctoresse (salle d’attente numéro 4) on est entre les mains d’un jeune homme chargé des examens de routine (salle d’attente numéro 2).
– Je vous laisse entrer dans cette salle à droite, dit le jeune homme ; je vous laisse déposer vos affaires sur cette chaise ; je vous laisse vous asseoir dans ce grand fauteuil.
Puis :
– Je vous laisse bien appuyer le menton, voilà ; je vous laisse bien appuyer le front. C’est la bonne hauteur pour vous ?
Ensuite :
– Je vous laisse bien fixer le ballon rouge devant vous.
Au fond de l’appareil d’optique est en effet apparue une minuscule montgolfière vermillon s’élevant au-dessus d’un paysage vert vif, prés ou forêt.
Le jeune homme effectue ses mesures, en note le résultat.
– Je vous laisse bien reculer la tête, un appareil va se mettre en place devant vous.
Je vous laisse bien appuyer le menton, appuyer le front.
Que lisez-vous ?
Bien. Ici ?
Ici ?
Voyons l’œil gauche. Que lisez-vous ?
Ah.
Ici, combien de lettres devinez-vous ?
Bien.
Puis :
– Vous allez conduire en sortant d’ici ? Non ? Alors je vous laisse bien regarder vers le haut, je vais vous mettre des gouttes dans les yeux, ça va piquer un peu.
Puis :
– Voilà. Je vous laisse récupérer vos affaires.
Et :
– Je vous laisse me suivre.
À quoi il lui est répondu :
– C’est gentil à vous, mais vous n’êtes pas du tout mon genre.
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Lágrima • Argentina Santos
C’est avec Lágrima qu’Amália Rodrigues a obtenu son plus grand succès dans la dernière partie de sa carrière. Plusieurs artistes, généralement appartenant à des générations sensiblement plus jeunes que celle d’Amália, ont intégré ce fado à leur propre répertoire : Mísia l’a enregistré trois fois, trois enregistrements qui jalonnent son propre parcours ; mais aussi Mariza et tant d’autres.
Argentina Santos (1924-2019) était au contraire une contemporaine d’Amália ; plus jeune qu’elle de quatre ans (ou six selon les sources), elle lui a survécu vingt ans. Sa voix singulière évoque celle d’Alfredo Marceneiro par son grain tout à fait étonnant, mais sa manière de chanter est plus vigoureuse et plus expressive que celle du Tio Alfredo (« Tonton Alfred », ainsi qu’il était affectueusement surnommé). Argentina était elle aussi Tia Argentina pour certains – parmi lesquels Ricardo Ribeiro, qui, encore tout jeune, a participé à ses côtés, avec Celeste Rodrigues et Alcindo de Carvalho, au spectacle Cabelo branco é saudade créé en 2005 au Teatro Nacional de S. João de Porto par son directeur, Ricardo Pais. Elle y interprétait Lágrima. Nous la voyons ici un an plus tard, dans son propre restaurant, A Parreirinha de Alfama, situé juste en face du musée du Fado, à Lisbonne :
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Argentina Santos (1924-2019) • Lágrima. Amália Rodrigues, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Argentina Santos, chant ; 1 guitare portugaise ; 1 guitare.
Captation : Lisbonne, Parreirinha de Alfama, 30 juillet 2006.
Vidéo : pas d’information.
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Mais Argentina Santos interprétait déjà Lágrima dans un album collectif d’hommage à Amália Rodrigues réunissant en 2004 des artistes qui reprenaient, dans les styles les plus divers, des fados d’Amália qui ont tous en commun d’avoir été écrits par elle, du moins pour les paroles.
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Argentina Santos (1924-2019) • Lágrima. Amália Rodrigues, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Argentina Santos, chant ; instrumentistes non précisés.
Enregistrement : Lisbonne, [2004 ?].
Extrait de l’album A tribute to Amália Rodrigues / Custódio Castelo, Ciganos d’Ouro, Argentina Santos, … . Pays-Bas, World Connection, ℗ 2004.
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La chanson du dimanche [94]. Mon homme
À la boucherie du village, au bas de la Ville Nouvelle, on attendait d’être servi. Quand son tour est arrivé une femme a dit : « Je voudrais un bifteck pour un homme. » Ensuite le boucher a demandé : « Et avec ça ? – C’est tout », a-t-elle dit en sortant son porte-monnaie.
Annie Ernaux (née en 1940). Journal du dehors (1993). Gallimard, 1993, ISBN 2-07-073356-4, p. 16-17.
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Cette femme était-elle Juliette Gréco ?
Probable.
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Juliette Gréco (1927-2020) • Mon homme. Albert Willemetz & Jacques Charles, paroles ; Maurice Yvain, musique.
Juliette Gréco, chant ; François Rauber et son orchestre.
Enregistrement : Paris, studio Blanqui, 1963.
Extrait de l’album Les grandes chansons de Juliette Gréco. France, Philips, ℗ 1964.
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Amália • Lágrima (1983)
Ce célèbre fado, Lágrima, a donné son nom au second album d’originaux publié par Amália Rodrigues après son accident cardiaque de 1979. C’est le premier morceau du disque. Son texte, comme ceux de toutes les autres pièces du recueil, est d’Amália elle-même ; sa musique, de Carlos Gonçalves, l’un de ses accompagnateurs à la guitare portugaise.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Lágrima. Amália Rodrigues, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, d’octobre 1982 à mai 1983.
Extrait de l’album Lágrima / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1983.
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Cheia de penas
Cheia de penas me deito
E com mais penas
Com mais penas me levanto
No meu peito
Já me ficou no meu peito
Este jeito
O jeito de te querer tanto
Le cœur en peine,
Le cœur en peine je m’endors
Et plus triste encore,
Plus triste encore je m’éveille.
Dans mon cœur,
J’ai toujours dans mon cœur
Cette obsession,
Cette obsession de toi.
Desespero
Tenho por meu desespero
Dentro de mim
Dentro de mim um castigo
Não te quero
Eu digo que não te quero
E de noite
De noite sonho contigo
Désespoir,
Pour mon désespoir
Je porte en moi,
Je porte en moi cette punition.
Je ne t’aime pas,
Je dis que je ne t’aime pas,
Mais la nuit,
La nuit je rêve de toi.
Se considero
Que um dia hei-de morrer
No desespero
Que tenho de te não ver
Estendo o meu xaile
Estendo o meu xaile no chão
Estendo o meu xaile
E deixo-me adormecer
Lorsque je pense
Qu’un jour je mourrai,
Dans mon désespoir
De ne pas te voir,
J’étends mon châle,
J’étends mon châle sur le sol,
J’étends mon châle
Et je m’endors.
Se eu soubesse
Se eu soubesse que morrendo
Tu me havias
Tu me havias de chorar
Uma lágrima
Por uma lágrima tua
Que alegria
Me deixaria matar
Si je savais,
Si je savais qu’à ma mort
Tu verserais
Une larme sur moi,
Cette larme,
Pour cette larme de toi,
Quelle joie !
Je me laisserais tuer.
Amália Rodrigues (1920-1999). Lágrima (1983).
.Amália Rodrigues (1920-1999). Larme, trad. par L. & L. de Lágrima (1983).
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De qui cette Larme était-elle tant espérée ? Qui le sait ?
Probablement pas de son mari, César Seabra, ingénieur en génie mécanique, épousé en secondes noces en 1961, au Brésil. Ce mariage, qui a duré jusqu’à la mort de César, en 1997, est décrit par Amália elle-même comme privé de toute flamme. Au journaliste Luís Osório elle concède :
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« Tinha muita piada, o César. Era uma pessoa que não era para mim, vivemos sem paixão, mas nunca tivemos qualquer problema, e recordo-o com saudade. »
Amália Rodrigues (1920-1999), citée dans : Miguel Carvalho (né en 1970), Amália, ditatura e revolução (2020), Portugal, Dom Quixote, 2020, ISBN 978-972-20-7044-7, p. 504.« Il était très drôle, César. Ce n’était pas quelqu’un pour moi ; nous avons vécu sans passion, mais sans jamais aucun problème, et je garde de lui un tendre souvenir. »
Trad. L. & L.
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À une autre journaliste, Inês Pedrosa :
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« O César era muito boa pessoa. Só que não tínhamos nada, nada, nada de parecido… Fala-se tanto da felicidade, mas a felicidade o que é ? Não se pode meter uma vida toda numa palavra. »
Amália Rodrigues (1920-1999), citée dans : Miguel Carvalho (né en 1970), Amália, ditatura e revolução (2020), Portugal, Dom Quixote, 2020, ISBN 978-972-20-7044-7, p. 504.« César était quelqu’un de très bien. C’est juste que nous n’avions rien, rien, mais rien de semblable… On parle beaucoup du bonheur, mais c’est quoi le bonheur ? On ne peut pas résumer toute une vie en un seul mot. »
Trad. L. & L.
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Je me souviens, lors d’un des récitals d’Amália à l’Olympia, dans les années quatre-vingts, de l’avoir entendue présenter Lágrima comme la plainte de quelqu’un qui souffrirait d’une dor de cotovelo – elle expliquait en souriant que ce « mal au coude » désigne, en portugais, la douleur de l’amour non partagé.
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La chanson du dimanche [93]. Volver a los 17
Volver a los 17 : c’est l’émouvante et très célèbre chanson de Violeta Parra, qu’elle a enregistrée au Chili en 1966, à son retour d’Europe, peu avant son suicide en février de l’année suivante.
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Violeta Parra (1917-1967) • Volver a los 17. Violeta Parra, paroles & musique.
Violeta Parra, chant & cuatro vénézuélien.
Enregistrement : Chili, 1966.
Extrait de l’album Las últimas composiciones de Violeta Parra. Chili, RCA, ℗ 1966.
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Volver a los 17 est peut-être plus connue encore dans la reprise qu’en a faite Mercedes Sosa. Cet enregistrement public, réalisé à Buenos Aires en 1982 au retour de son exil européen, est à couper le souffle tant est grande la communion avec le public à ce moment précis de l’histoire argentine : la dictature militaire fera place à une transition démocratique un an plus tard. « La Negra » – comme elle était surnommée – avait dû s’exiler en 1979, à Paris d’abord, puis à Madrid.
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Mercedes Sosa (1935-2009) • Volver a los 17. Violeta Parra, paroles & musique.
Mercedes Sosa, chant, chant ; Omar Espinoza, guitare, charango ; José Luis Castiñeira de Dios, guitare, basse ; Domingo Cura, percussion ; José Luis Castiñeira de Dios, arrangement & direction.
Enregistrement public : Buenos Aires, Teatro Ópera, février 1982.
Extrait de l’album Mercedes Sosa en Argentina. Argentine, Philips, ℗ 1982.
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Volver a los diecisiete
Después de vivir un siglo
Es como descifrar signos
Sin ser sabio competente
Volver a ser de repente
Tan frágil como un segundo
Volver a sentir profundo
Como un niño frente a Dios
Eso es lo que siento yo
En este instante fecundo
Avoir à nouveau 17 ans
Après avoir vécu un siècle,
C’est comme déchiffrer des signes
Sans en avoir la compétence.
Être à nouveau tout à coup
Fragile comme une seconde,
Sentir à nouveau profondément
Comme un enfant face à Dieu,
Tout cela je le sens
En cet instant fécond.
Se va enredando, enredando
Como en el muro la hiedra
Y va brotando, brotando
Como el musguito en la piedra
Como el musguito en la piedra
Ay si si si
Il foisonne et foisonne
Comme le lierre sur le mur
Il éclot, il s’étend
Comme la mousse sur la pierre
Comme la mousse sur la pierre
Oui oui oui !
Mi paso retrocedido
Cuando el de ustedes avanza
El arco de las alianzas
Ha penetrado en mi nido
Con todo su colorido
Se ha paseado por mis venas
Y hasta la dura cadena
Con que nos ata el destino
Es como un diamante fino
Que alumbra mi alma serena
Mon pas qui recule
Tandis que le vôtre avance.
L’arc des alliances
A pénétré dans mon nid ;
Avec toutes ses couleurs
Il m’est entré dans les veines
Et même la dure chaîne
Que nous inflige le destin
Est comme un diamant éclatant
Qui illumine mon âme sereine.
Se va enredando, enredando
Como en el muro la hiedra
Y va brotando, brotando
Como el musguito en la piedra
Como el musguito en la piedra
Ay si si si
Il foisonne et foisonne
Comme le lierre sur le mur
Il éclot, il s’étend
Comme la mousse sur la pierre
Comme la mousse sur la pierre
Oui oui oui !
Lo que puede el sentimiento
No lo ha podido el saber
Ni el más claro proceder
Ni el más ancho pensamiento
Todo lo cambia el momento
Cual mago condescendiente
Nos aleja dulcemente
De rencores y violencias
Sólo el amor con su ciencia
Nos vuelve tan inocentes
Ce que peut le sentiment
Le savoir ne le peut pas,
Ni les procédures les plus claires,
Ni la pensée la plus large.
Le moment transforme tout
Comme un mage bienveillant.
Il nous éloigne doucement
De toute rancœur et violence.
Seul l’amour par sa science
Nous redonne cette innocence.
Se va enredando, enredando
Como en el muro la hiedra
Y va brotando, brotando
Como el musguito en la piedra
Como el musguito en la piedra
Ay si si si
Il foisonne et foisonne
Comme le lierre sur le mur
Il éclot, il s’étend
Comme la mousse sur la pierre
Comme la mousse sur la pierre
Oui oui oui !
El amor es torbellino
De pureza original
Hasta el feroz animal
Susurra su dulce trino
Detiene a los peregrinos
Libera a los prisioneros
El amor con sus esmeros
Al viejo lo vuelve niño
Y al malo sólo el cariño
Lo vuelve puro y sincero
L’amour est un tourbillon
De pureté originelle :
Le plus féroce animal
Susurre son chant si doux.
Il prend soin des pèlerins,
Il libère les prisonniers.
L’amour avec ses prévenances
Du vieillard fait un enfant
Et seul l’amour transforme
Le mal en pureté, en sincérité.
Se va enredando, enredando
Como en el muro la hiedra
Y va brotando, brotando
Como el musguito en la piedra
Como el musguito en la piedra
Ay si si si
Il foisonne et foisonne
Comme le lierre sur le mur
Il éclot, il s’étend
Comme la mousse sur la pierre
Comme la mousse sur la pierre
Oui oui oui !
De par en par la ventana
Se abrió como por encanto
Entró el amor con su manto
Como una tibia mañana
Al son de su bella diana
Hizo brotar el jazmín
Volando cual serafín
Al cielo le puso aretes
Mis años en diecisiete
Los convirtió el querubín
Comme par enchantement
La fenêtre s’est grande ouverte
L’amour est entré avec son manteau
Comme une chaude matinée
Au son de sa belle fanfare
Elle a fait fleurir le jasmin
Et, volant comme un séraphin,
Elle a mis au ciel des anneaux d’or
Alors le chérubin
M’a rendu mes dix-sept ans.
Se va enredando, enredando
Como en el muro la hiedra
Y va brotando, brotando
Como el musguito en la piedra
Como el musguito en la piedra
Ay si si si
Il foisonne et foisonne
Comme le lierre sur le mur
Il éclot, il s’étend
Comme la mousse sur la pierre
Comme la mousse sur la pierre
Oui oui oui !
… … Violeta Parra (1917-1967). Volver a los diecisiete (1962). Violeta Parra (1917-1967). Avoir à nouveau 17 ans, traduit de : Volver a los diecisiete (1962) par L. & L.
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Mafalda Arnauth • O mar fala de ti
Une chanson assez belle, peut-être un fado, extraite d’un album déjà un peu ancien de Mafalda Arnauth : Flor de Fado (« Fleur de fado », 2008).
Les paroles sont du prolifique Tiago Torres da Silva – qui a été un ami d’Amália.
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Mafalda Arnauth (née en 1974) • O mar fala de ti. Tiago Torres da Silva, paroles ; Ernesto Leite, musique.
Mafalda Arnauth, chant ; Ernesto Leite, piano ; Ramón Maschio, guitare classique ; Davide Zaccaria, violoncelle ; Luís Pontes, contrebasse.
Extrait de l’album Flor de Fado / Mafalda Arnauth. Portugal, Magic Music, ℗ 2008.
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Eu nasci nalgum lugar
Donde se avista o mar
Tecendo o horizonte
E ouvindo o mar gemer
Nasci como a água a correr
Da fonte
Je suis né dans un lieu
D’où l’on peut voir la mer
Qui tisse l’horizon,
Et moi, à entendre la mer gémir,
Je suis né comme l’eau qui coule
De la source.
E eu vivi noutro lugar
Onde se escuta o mar
Batendo contra o cais
Mas vivi, não sei porquê
Como um barco à mercê
Dos temporais
Et j’ai vécu dans un autre lieu
Où l’on entend la mer
Cogner contre le quai.
Mais j’ai vécu, je ne sais pourquoi,
Comme une barque
À la merci des tempêtes.
Eu sei que o mar não me escolheu
Eu sei que o mar fala de ti
Mas ele sabe que fui eu
Que te levei ao mar quando te vi
Eu sei que o mar não me escolheu
Eu sei que o mar fala de ti
Mas ele sabe que fui eu
Quem dele se perdeu
Assim que te perdi
Je sais que la mer ne m’a pas choisi,
Je sais que la mer parle de toi
Mais elle sait que c’est moi
Qui t’ai mené à elle dès que je t’ai vu.
Je sais que la mer ne m’a pas choisi,
Je sais que la mer parle de toi
Mais elle sait que c’est moi
Qui l’ai perdue
Lorsque je t’ai perdu.
Vou morrer nalgum lugar
De onde possa avistar
A onda que me tente
A morrer livre e sem pressa
Como um rio que regressa
À nascente
J’irai mourir dans un lieu
D’où je puisse voir
La vague et tentée par elle,
Mourir libre et sans hâte
Comme un fleuve qui remonte
À sa source.
Talvez ali seja o lugar
Onde eu possa afirmar
Que me fiz mais humano
Quando, por perder o pé
Senti que a alma é
Um oceano
C’est peut-être en ce lieu
Que je pourrai me dire
Désormais plus humain
Lorsque, en perdant pied,
J’aurai senti que l’âme était
Un océan.
… … Tiago Torres da Silva (né en 1969). O mar fala de ti (2008). Tiago Torres da Silva (né en 1969). La mer parle de toi, traduit de : O mar fala de ti (2008) par L. & L.
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