Aller au contenu principal

La chanson du dimanche [102]. Quand tu dors près de moi

14 décembre 2025

C’est la chanson du film Aimez-vous Brahms (France & États-Unis, 1961, réalisation Anatole Litvak). Chacun des deux protagonistes masculins du film (Anthony Perkins et Yves Montand) en a enregistré une version. Voici celle d’Anthony Perkins.

Anthony Perkins (1932-1992)Quand tu dors près de moi. Françoise Sagan, paroles ; Georges Auric, musique ; d’après un thème de Johannes Brahms, extrait du 3e mouvement de sa Symphonie no 3 en Fa majeur, op. 90. Du film Aimez-vous Brahms (France & États-Unis, 1961).
Anthony Perkins, chant ; accompagnement d’orchestre ; André Popp, direction.
Extrait du disque 45t Anthony Perkins chante en français. France, Pathé, ℗ 1962.

Quand tu dors près de moi
Tu murmures parfois
Le nom mal oublié
De cet homme que tu aimais

Et tout seul près de toi
Je me souviens tout bas
De ces choses que je crois
Mais que toi, ma chérie, tu ne crois pas

Les gestes étourdissants
Étourdis de la nuit
Les mots émerveillés
Merveilleux de notre amour

Si cet air te rejoint
Si tu l’entends soudain
Je t’en prie, comme moi
Ne dis rien, mais rappelle-toi, chérie

Françoise Sagan (1935-2004). Quand tu dors près de moi (1961). Du film Aimez-vous Brahms (France & États-Unis, 1961).

Amália Rodrigues • Não é tarde (1967)

13 novembre 2025

Les années 1960 sont pour Amália celles où sa gloire vocale se déploie avec la plus grande splendeur. Ayant commencé avec le fameux album dit « du buste », qui contient les premières compositions d’Alain Oulman, ce sont en quelque sorte les années par excellence de « l’ère Oulman ». La décennie se clôture d’ailleurs par l’enregistrement, en 1969, du fabuleux Com que voz (publié en 1970), entièrement composé par Alain Oulman.

Cependant les années 1960 ne sont pas entièrement dédiées aux compositions d’Oulman, loin de là. Durant ces années Amália enchaîne les sessions d’enregistrement, à raison de plusieurs par an. On croirait qu’elle ne rentre de ses innombrables tournées internationales que pour s’enfermer dans un studio à Lisbonne. Elle enregistre de tout : des compositions d’Alain Oulman bien sûr, des fados – « castiços » ou non –, des marches de Lisbonne, des chansons traditionnelles portugaises, des reprises de succès français (Inch Allah, Aranjuez mon amour, L’important c’est la rose), espagnols ou italiens,… Tout n’est pas d’un égal intérêt.

L’un de ses albums les plus réussis de ces années-là se nomme Fados 67. Enregistré en mars et avril 1967, il est composé de douze fados, certains « castiços », d’autres non, tel ce Não é tarde. Alain Oulman en est absent. La voix est solaire.

Amália Rodrigues (1920-1999)Não é tarde. Leonel Neves, paroles ; António Mestre, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery é José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos, studios Valentim de Carvalho, mars-avril 1967.
Extrait de l’album Fados 67 / Amália Rodrigues. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 1967.


Quem acha o seu bem amado
Devia não ter sofrido
Nem sua vida ter sido
Mais um motivo de fado.

Il faudrait rencontrer l’amour de sa vie
Avant d’avoir jamais souffert,
Sans avoir eu à connaître une vie
Comme celles que chante le Fado.

O meu amor verdadeiro
Achou-me desiludida
O grande amor duma vida
Devia ser o primeiro.

Quand j’ai rencontré mon bien-aimé
J’étais déjà désabusée.
Le grand amour d’une vie
Devrait être le premier.

Ai, não me digam que é tarde
Chegou ele, é o que importa
O meu passado é que arde
Renasce a esperança já morta
Sou tal qual uma guitarra
A um cantinho esquecida
Quando ele vem e me agarra
É que eu me sinto com vida.

Ah, ne me dites pas qu’il est tard !
Il est venu, voilà ce qui importe.
C’est mon passé qui brûle
Et renaît l’espérance morte.
Je suis comme une guitare
Abandonnée dans un coin :
Lorsque il me prend dans ses bras,
Alors je me sens vivante !

E não me viu quando eu era
Menina de horas quietas
De laços e tranças pretas
E o coração puro à espera.

Il ne m’a pas connue quand j’étais
Une petite fille tranquille,
Avec des nœuds à mes tresses noires
Et un cœur pur plein d’espoir.

Ele também não me via
Também ele era menino
Também bebia o destino
Sem saber o que bebia.

Il ne me voyait pas,
Lui aussi était un enfant,
Lui aussi buvait son destin
Sans savoir ce qu’il buvait.
Leonel Neves (1921-1996). Não é tarde (1967).
.
Leonel Neves (1921-1996). Il n’est pas tard, trad. par L. & L. de Não é tarde (1967).

Μανώλης Μητσιάς [Manólis Mitsiás] • Αυτά τα χέρια [Aftá ta khéria] (1970)

12 novembre 2025

Voyons un peu du côté de la Grèce, pour changer.

Αυτά τα χέρια [Aftá ta khéria] (« Ces mains »), une chanson issue du film Ένα αστείο κορίτσι [Éna asteío korítsi] (« Une fille amusante », Grèce, 1970, une comédie qui ne semble pas avoir été diffusée en France), est interprétée par Μανώλης Μητσιάς [Manólis Mitsiás].

Musique de Δήμος Μούτσης [Dímos Moútsis], paroles de Λευτέρης Παπαδόπουλος [Leftéris Papadópoulos].

Μανώλης Μητσιάς [Manólis Mitsiás] (né en 1946)Αυτά τα χέρια [Aftá ta khéria]. Λευτέρης Παπαδόπουλος [Leftéris Papadópoulos], paroles ; Δήμος Μούτσης [Dímos Moútsis], musique & arrangement. Du film Ένα αστείο κορίτσι [Éna asteío korítsi] (Grèce, 1970).
Μανώλης Μητσιάς [Manólis Mitsiás] & Βούλα Γκίκα [Voúla Gíka], chant ; accompagnement instrumental ; Δήμος Μούτσης [Dímos Moútsis], direction.
Première publication : Grèce, 1970.


Ποια χέρια πήραν, πήραν τα κεριά
Κι ήρθε ξανά, κι ήρθε ξανά το βράδυ
Και δεν μπορεί η παρηγοριά
Να μ’ εύρει στο, να μ’ εύρει στο σκοτάδι

Quelles mains ont pris, ont pris les bougies ?
Et voici que revient, que revient le soir
Et la consolation ne peut pas
Me trouver, me trouver dans le noir.

Αυτά τα χέρια είναι δικά σου
Και τα ’χεις στείλει για να με δικάσουν
Είναι μαχαίρια που ’χουν τ’ όνομά σου
Αυτά τα χέρια, τα χέρια τα δικά σου

Ces mains, ce sont les tiennes.
Tu me les a envoyées pour me juger.
Ce sont des couteaux à ton nom,
Ces mains, ces mains qui sont les tiennes.

Ποια χέρια γίναν, γίνανε σπαθιά
Χριστέ και Παναγιά μου
Κι από το στήθος, στήθος μου βαθιά
Θα κόψουν την, θα κόψουν την καρδιά μου

Quelles sont ces mains, devenues des sabres,
Seigneur, Vierge Marie,
Qui fouillent au fond de ma poitrine
Pour transpercer, pour transpercer mon cœur ?

Αυτά τα χέρια είναι δικά σου
Και τα ’χεις στείλει για να με δικάσουν
Είναι μαχαίρια που ’χουν τ’ όνομά σου
Αυτά τα χέρια, τα χέρια τα δικά σου

Ces mains, ce sont les tiennes.
Tu me les a envoyées pour me juger.
Ce sont des couteaux à ton nom,
Ces mains, ces mains qui sont les tiennes.
Λευτέρης Παπαδόπουλος [Leftéris Papadópoulos] (né en 1935). Αυτά τα χέρια [Aftá ta khéria] (1970).
Λευτέρης Παπαδόπουλος [Leftéris Papadópoulos] (né en 1935). Ces mains, trad. par L. & L. de Αυτά τα χέρια [Aftá ta khéria] (1970).

La chanson du dimanche [101]. Les vendredis

9 novembre 2025

Les Verdurin n’invitaient pas à dîner : on avait chez eux « son couvert mis ». Pour la soirée, il n’y avait pas de programme. Le jeune pianiste jouait, mais seulement si « ça lui chantait », car on ne forçait personne et comme disait M. Verdurin : « Tout pour les amis, vivent les camarades ! » Si le pianiste voulait jouer la chevauchée de La Walkyrie ou le prélude de Tristan, Mme Verdurin protestait, non que cette musique lui déplût, mais au contraire parce qu’elle lui causait trop d’impression. « Alors vous tenez à ce que j’aie ma migraine ? Vous savez bien que c’est la même chose chaque fois qu’il joue ça. Je sais ce qui m’attend ! Demain quand je voudrai me lever, bonsoir, plus personne ! » S’il ne jouait pas, on causait, et l’un des amis, le plus souvent leur peintre favori d’alors, « lâchait », comme disait M. Verdurin, « une grosse faribole qui faisait s’esclaffer tout le monde », Mme Verdurin surtout, à qui – tant elle avait l’habitude de prendre au propre les expressions figurées des émotions qu’elle éprouvait – le docteur Cottard (un jeune débutant à cette époque) dut un jour remettre sa mâchoire qu’elle avait décrochée pour avoir trop ri.

Marcel Proust (1871-1922). Du côté de chez Swann. 2e partie. Un amour de Swann (1913).

Julien Clerc (né en 1947)Les vendredis. Maurice Vallet, paroles ; Julien Clerc, musique ; Jean-Claude Petit, arrangement.
Julien Clerc, chant ; accompagnement d’orchestre ; Jean-Claude Petit, direction.
Première publication : disque 45t Le delta ; Les vendredis ; Yann et les dauphins ; La petite sorcière malade / Julien Clerc. France, Pathé-Marconi, ℗ 1969.

Je faisais partie
Du cercle des amis
Qui se tenait le vendredi
Quand le couvert était mis, était mis

Nous parlions de Chopin,
De son curieux destin,
Et des autres salons voisins,
A l’ennui trop malsain, trop malsain

Et le jeune pianiste jouait
Tout ce qu’il voulait
Sauf l’envolée des Walkyries
Qui faisait trop de bruit, trop de bruit

Il y avait là
Quelques femmes du monde
Et un peintre parfois connu
Qui faisait rire son monde, rire son monde

On aimait les cartes des jeux
Entre nous bien entendu
Et l’on ne trichait plus
Chacun se croyait heureux, croyait heureux

Et le jeune pianiste jouait
Tout ce qu’il voulait
Sauf le prélude à Tristan
Qui navrait trop de gens, trop de gens

Il y avait toujours
Quelque chose à fêter
Tout le long de l’année
Les occasions étaient bonnes, étaient bonnes

L’alcool était meilleur
La maison était chaude
Nous partions pour ailleurs
Dans le matin souillé, matin souillé

Et le jeune pianiste dormait
La tête sur son clavier
Surpris par le sommeil
Au Crépuscule des dieux, des dieux, des dieux !

Maurice Vallet (1946-2017). Les vendredis (1969).

La chanson du dimanche [100]. Madame Augarita

2 novembre 2025

Jeanne Moreau (1928-2017)Madame Augarita. Poème de Norge ; Philippe-Gérard, musique & arrangement.
Jeanne Moreau, chant ; accompagnement d’orchestre ; Philippe-Gérard, direction.
Extrait de l’album Jeanne Moreau chante Norge sur des musiques de Philippe-Gérard. France, Disques Jacques Canetti, ℗ 1981.

Le texte tel que le chante Jeanne Moreau :

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir
L’avenir, l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Et notre âme et notre âme
Est-elle immortelle ou pas
Chers plaisirs ?
Rime et rame ire et art
Feindre ou peindre, ceindre ou geindre
Et gémir

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir
L’avenir l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Et notre âme, et notre âme
Est-elle immortelle ou pas
Chers plaisirs ?
Rime et rame ire et art
Feindre ou peindre
Ceindre geindre
Et gémir

Dans les cartes les marcs li…sez notre sang
Et nos sou…venirs…

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir
L’avenir l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Dans les mains, les anneaux
Forcez mine, moune, Estelle
Aux désirs
Mais notre âme ah notre âme
Immortelle ou pas l’est-elle
Pour finir ?

Dans les cartes les marcs li…sez notre sang
Et nos sou…venirs…

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir

L’avenir l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Et notre âme et notre âme
Est-elle immortelle ou pas
Chers plaisirs

Mais notre âme ah notre âme
Immortelle ou pas l’est-elle
Pour finir

D’après Norge (1898-1990). Madame Augarita. Dans : Le gros gibier (1953).

Le poème tel qu’il est transcrit dans la première édition du disque Jeanne Moreau chante Norge sur des musiques de Philippe-Gérard, France, Disques Jacques Canetti, ℗ 1981  :

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir
L’avenir, l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Et notre âme et notre âme
Est-elle immortelle ou pas
Chers plaisirs ?
Rime et rame ire et art
Feindre ou peindre, ceindre ou geindre
Et gémir

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir
L’avenir l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Et notre âme, et notre âme
Est-elle immortelle ou pas
Chers plaisirs ?
Rime et rame ire et art
Ceindre ou feindre
Et gémir

Les cartes les marcs li…sez notre sang
Et nos sou…venirs…

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir
L’avenir l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Dans les mains, les anneaux
Forcez mine, moune, est-elle ?
Aux désirs
Mais notre âme ah notre âme
Immortelle ou pas l’est-elle
Pour finir ?

Dans les cartes les marcs li…sez notre sang
Et nos sou…venirs…

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir

L’avenir l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Et notre âme et notre âme
Est-elle immortelle ou pas
Chers plaisirs

Mais notre âme ah notre âme
Immortelle ou pas l’est-elle
Pour finir

Norge (1898-1990). Madame Augarita. Dans : Le gros gibier (1953).

Lá vai Lisboa • Carminho, Amália

30 octobre 2025

Carminho (née en 1984)Lá vai Lisboa. Norberto de Araújo, paroles ; Raúl Ferrão, musique.
Carminho, chant ; André Dias, guitare portugaise ; Flávio César Cardoso, guitare ; Pedro Geraldes, guitare électrique ; Tiago Maia, basse acoustique ; João Pimenta Gomes, cristal Baschet, ondes Martenot & mellotron.
Enregistrement : Lisbonne, studios Namouche.
Extrait de l’album Eu vou morrer de amor ou resistir / Carminho. Portugal, Sony Music, ℗ 2025.

C’est un des morceaux du nouvel album de Carminho, Eu vou morrer de amor ou resistir, paru ce mois-ci.

L’album, assez court, est épatant : musicalement inventif d’un bout à l’autre en même temps que d’une grande élégance, Eu vou morrer de amor ou resistir surpasse à mon avis toutes les précédentes productions de l’artiste.

(La présentation graphique en revanche, élaborée dans un style pauvre, genre Allemagne de l’Est années 1970 – ou Albanie communiste – laisse perplexe. La couverture est voulue moche et elle l’est, avec une photo de la chanteuse toute entière enfouie dans un énorme sac à linge blanc dont seule émerge sa tête, et cette photo disposée en regard de la liste des titres de l’album suivis de leur durée respective – information qu’on réserve généralement au verso ou à l’intérieur de la pochette –, dans une police de caractères moche. L’intérieur est à l’avenant.)

Lá vai Lisboa était la « grande marche de Lisbonne » écrite et composée pour le grand défilé des fêtes de Saint-Antoine de l’année 1935. C’est une chanson du répertoire d’Amália, qui adorait chanter ces marches lors de ses récitals. La reprise de Carminho n’est en aucune façon littérale : elle serait une évocation (vraiment exquise et assez élaborée) de la marche originale plutôt qu’une exécution de ladite marche. À noter que Carminho substitue même discrètement dans la chanson le nom du quartier de la Graça par celui d’Alcântara, où Amália a vécu son enfance et son adolescence.


Vai de corações ao alto, nasce a lua
E a marcha segue contente
E as pedrinhas de basalto cá da rua
Nem sentem passar a gente.

Haut les cœurs, la Lune se lève
Et le défilé s’est élancé, joyeux
Et les petits pavés de basalte
Ne sentent même pas passer le monde.

Nos bairros desta cidade encantada
Tudo serve de alegria
E faz-se alegre a saudade
Ao toque da alvorada,
Ao toque da Avé-Maria.

Dans les quartiers de cette ville enchantée
Tout est source de joie
Et même la « saudade » se fait joyeuse
Dès le point du jour,
Quand retentit l’Ave Maria.

Lá vai Lisboa
Com a saia cor de mar,
Cada bairro é um noivo
Que com ela vai casar!
Lá vai Lisboa
Com seu arquinho e balão,
Com cantiguinhas na boca
E amor no coração.

Voici Lisbonne
Dans sa jupe couleur de mer,
Chacun de ses quartiers est un fiancé
Sur le point de l’épouser !
Voici Lisbonne
Avec ses arceaux et ses ballons,
Avec des chansons à la bouche
Et de l’amour plein le cœur.

Bairro novo, bairro velho, gente boa,
Em casa não há quem fique.
Vai na marcha todo o povo de Lisboa
Da Graça* a Campo de Ourique.

Quartier neuf, vieux quartier, bonnes gens,
Personne ne reste chez soi.
Le défilé emmène tout le peuple de Lisbonne,
De la Graça* à Campo de Ourique.

Olha o Castelo velhinho, que é a coroa
Desta Lisboa sem par.
Abram, rapazes, caminho,
Que passa a velha Lisboa,
Que vai a Alfama passar!

Voyez notre vieux Château, qui couronne
Cette Lisbonne sans pareille.
Jeunes gens, ouvrez le chemin,
Car voici Lisbonne qui passe,
Car Alfama va passer !
Norberto de Araújo (1889-1952). Lá vai Lisboa (Grande marcha de Lisboa de 1935) (1935).
.
* « De Alcântara » dans la version de Carminho.
Norberto de Araújo (1889-1952). Voici Lisbonne, trad. par L. & L. de Lá vai Lisboa (Grande marcha de Lisboa de 1935) (1935).
* « De Alcântara » dans la version de Carminho. Graça, Alcântara, Campo de Ourique, Alfama, sont des noms de quartiers de Lisbonne.

Amália, outre plusieurs enregistrements réalisés en public (le premier d’entre eux à l’Olympia, en 1956) a gravé un Lá vai Lisboa avec orchestre, comme au défilé de la Saint-Antoine. Voici :

Amália Rodrigues (1920-1999)Lá vai Lisboa : grande marcha de Lisboa de 1935. Norberto de Araújo, paroles ; Raúl Ferrão, musique.
Amália Rodrigues, chant ; accompagnement d’orchestre ; Joaquim Luis Gomes, direction & arrangement.
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 12 juin 1965.
Première publication : disque 45t Marchas / Amália. Portugal, Sony Music, ℗ 1965.

La chanson du dimanche [99]. Fado das horas

26 octobre 2025

La chanson de ce dimanche est un fado, le Fado des heures, créé et interprété par Maria Teresa de Noronha.

Maria Teresa de Noronha (1918-1993)Fado das horas. António José de Bragança, paroles ; Maria Teresa de Noronha, musique (à partir du fado Mouraria).
Maria Teresa de Noronha, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Júlio Gomes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Première publication dans l’album Saudade das saudades / Maria Teresa de Noronha. Portugal, Decca, ℗ 1966.


Chorava por te não ver
Por te ver eu choro agora
Mas choro só por querer
Querer ver-te a toda a hora

Je pleurais de ne pas te voir
À présent c’est de te voir que je pleure.
Mais je pleure seulement de vouloir
Vouloir te voir à chaque instant.

Passa o tempo de corrida
Quando falas eu te escuto
Nas horas da nossa vida
Tem cada hora um minuto

Le temps passe comme l’éclair
Quand tu parles, je t’écoute
Et dans les heures de notre vie
Chaque heure n’a qu’une minute.

Quando estás ao pé de mim
Sinto-me dona do mundo
Mas o tempo é tão ruim
Tem cada hora um segundo

Quand tu es auprès de moi
Le monde entier m’appartient.
Mais le temps dans sa cruauté
Transforme les heures en secondes.

Deixa-te estar a meu lado
E não mais te vás embora
P’ra meu coração coitado
Viver na vida uma hora

Je t’en prie, reste auprès de moi
Et ne t’en vas jamais plus !
Que dans sa pauvre vie mon cœur
Puisse vivre au moins une heure !
António José de Bragança (1895-1964). Fado das horas (vers1954).
.
António José de Bragança (1895-1964). Fado des heures, trad. par L. & L. de Fado das horas (vers1954).

Renée Claude • La Lune

21 octobre 2025

Je m’appelle la Lune,
De face ou bien de profil,
Dans les calendriers j’ai ma petite gueule,
Je m’appelle la Lune.
La mer est pleine. je peux la vider,
De quoi se marrer à moi toute seule.
Je m’appelle la Lune
Quand un poète a du chagrin
Je lui donne mes clefs, je suis pas bégueule.
Dans mes froufrous il compte ses sous
Et croit faire fortune
Avec la Lune.
Léo Ferré (1916-1993). La Lune. Extrait.

Jamais deux sans trois, n’est-ce pas ?

Renée Claude (1939-2020)La Lune. Léo Ferré, paroles & musique.
Renée Claude, chant ; Philippe Noireault, piano.
Enregistrement : Montréal (Québec), studio Karisma audio, entre le 2 mai et le 8 juin 1994.
Extrait de l’album On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré. Canada, Transit, ℗ 1994.

Renée Claude • La mémoire et la mer

20 octobre 2025

Je suis le fantôme Jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts du sable de la terre.
Léo Ferré (1916-1993). La mémoire et la mer (1970). Extrait.

Encore une reprise d’une chanson de Léo Ferré (et non des moindres) par Renée Claude, extraite de son album On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré, paru en 1994. Je ne m’en lasse pas.

Renée Claude (1939-2020)La mémoire et la mer. Léo Ferré, paroles & musique.
Renée Claude, chant ; Philippe Noireault, piano.
Enregistrement : Montréal (Québec), studio Karisma audio, entre le 2 mai et le 8 juin 1994.
Extrait de l’album On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré. Canada, Transit, ℗ 1994.

La chanson du dimanche [98]. Pauvre Rutebeuf

19 octobre 2025

Parmi les grands enregistrements de chanson française, il y a On a marché sur l’amour, un double album de reprises de Léo Ferré par la Québecoise Renée Claude, accompagnée au piano par Philippe Noireault.

Renée Claude (1939-2020)Pauvre Rutebeuf. Paroles d’après Rutebeuf (poèmes La complainte Rutebeuf, La griesche d’yver [La grièche d’hiver] et Le mariage Rutebeuf) ; Léo Ferré, musique et adaptation des poèmes originaux.
Renée Claude, chant ; Philippe Noireault, piano.
Enregistrement : Montréal (Québec), studio Karisma audio, entre le 2 mai et le 8 juin 1994.
Extrait de l’album On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré. Canada, Transit, ℗ 1994.

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Avec le temps qu’arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n’aille à terre
Avec pauvreté qui m’atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d’hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m’était à venir
M’est avenu

Pauvre sens et pauvre mémoire
M’a Dieu donné le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient le vent m’évente
L’amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

L’espérance de lendemain
Ce sont mes fêtes
Léo Ferré (1916-1993), adaptation. Pauvre Rutebeuf (vers 1955). D’après des extraits de trois poèmes de Rutebeuf (1230 ?-1285 ?) : La complainte de Rutebeuf, La griesche d’yver [La grièche d’hiver] et Le mariage Rutebeuf).