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Jamais rien fait qu’attendre

9 août 2012

Je n’ai jamais écrit, croyant le faire, je n’ai jamais aimé, croyant aimer, je n’ai jamais rien fait qu’attendre devant la porte fermée.
Marguerite Duras (1914-1996). L’amant (1984). (Minuit, 1984, p. 35).

« Dans les histoires de mes livres qui se rapportent à mon enfance, je ne sais plus tout à coup ce que j’ai évité de dire, ce que j’ai dit, je crois avoir dit l’amour que l’on portait à notre mère mais je ne sais pas si j’ai dit la haine qu’on lui portait aussi et l’amour qu’on se portait les uns les autres, et la haine aussi, terrible, dans cette histoire commune de ruine et de mort qui était celle de cette famille dans tous les cas, dans celui de l’amour comme dans celui de la haine et qui échappe encore à tout mon entendement, qui m’est encore inaccessible, cachée au plus profond de ma chair, aveugle comme un nouveau-né du premier jour. Elle est le lieu au seuil de quoi le silence commence. Ce qui s’y passe c’est justement le silence, ce lent travail pour toute ma vie. Je suis encore là, devant ces enfants possédés, à la même distance du mystère. Je n’ai jamais écrit, croyant le faire, je n’ai jamais aimé, croyant aimer, je n’ai jamais rien fait qu’attendre devant la porte fermée. »
Marguerite Duras (1914-1996). L’amant (1984). (Minuit, 1984, p. 34-35).

Je n’ai jamais rien fait, j’ai passé ma vie assise à attendre ma vie.
Amália Rodrigues (1920-1999), citée par Véronique Mortaigne dans Portugal : fado chant de l’âme (1998). (Le Chêne, 1998, p. 49.)

« Amália a adopté le fado comme Uma estranha forma de vida, une étrange façon de vivre. « Un constat lucide de la prédominance du destin, de la tournure inéluctable d’une vie, de la naissance à la mort, confiait-elle en 1991 au journal Le Monde. Je me suis totalement abandonnée au destin. Je n’ai jamais rien fait, j’ai passé ma vie assise à attendre ma vie. Ma destinée a été heureuse, extraordinaire ; eût-elle été contraire, j’y aurais adhéré de la même manière. » »
Véronique Mortaigne. Portugal : fado chant de l’âme (1998). (Le Chêne, 1998, p. 49.)

Amália Rodrigues. O fado de cada um / Silva Tavares, paroles ; Frederico de Freitas, musique ; Amália Rodrigues, chant. Extrait du film : Fado, história d’uma cantadeira (Portugal, 1947) ; Perdigão Queiroga, réalisateur.

O fado de cada um Le fado de tout le monde
Bem pensado
Todos temos nosso fado
E quem nasce malfadado,
Melhor fado não terá
Fado é sorte
E do berço até a morte,
Ninguém foge, por mais forte
Ao destino que Deus dá
Quand on y pense
Nous avons tous notre fado
Et si on naît avec un sort contraire
On n’en aura jamais de meilleur
Chacun son destin
Et du berceau jusqu’à la mort
Qu’on soit faible ou qu’on soit fort
On n’échappe pas à celui que Dieu nous donne.
   
No meu fado amargurado
A sina minha
Bem clara se revelou
Pois cantando
Seja quem for adivinha
Na minha voz, soluçando
Que eu finjo ser quem não sou
Dans mon fado d’amertume
Ma destinée
S’est clairement révélée
Et quand je chante
N’importe qui le devine
Dans ma voix, mes sanglots,
Je feins d’être quelqu’un d’autre
 —  
Bom seria poder um dia
Trocar-se o fado
Por outro fado qualquer
Mas a gente
Já traz o fado marcado
E nenhum mais inclemente
Do que este de ser mulher
Quel bonheur ce serait
De pouvoir un jour
Changer son fado contre un autre
Mais chacun
Naît avec son propre fado
Et il n’en existe aucun de plus dur
Que le mien, qui est d’être femme.
Silva Tavares. O fado de cada um.
Silva Tavares. O fado de cada um. Traduction L. & L.
3 commentaires leave one →
  1. 9 août 2012 21:08

    en attendant.. c’est beau ! bon voyage bises de Kris !

  2. 10 août 2012 22:01

     » être positivement « personne ». C’est quand on écrit qu’on l’atteint . Je dis dépeuplement du vécu.On n’est personne dans la vie vécue, on est quelqu’un dans les livres. Je me souviens d’années entières mortes..quand j’ai fait le Ravissement de Lol V; Stein..j’étais absente.
    Elle dépeuple totalement mon présent. C’est en cela que je suis jalouse de mes écrits. » Marguerite Duras Entretiens

    • lili-et-lulu permalink*
      11 août 2012 09:50

      Efficace, comme toujours.

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