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On n’échappe pas aux saintes

18 juin 2011

Rennes. J’y suis arrivé en fin d’après-midi. J’aurais dû prendre une écharpe.

J’avais rendez-vous ce matin à 11 heures, avec quelqu’un du ministère qui voulait me voir. Il voulait comprendre certaines choses. Il s’y est efforcé je dois dire avec beaucoup d’application, écrivant abondamment dans un cahier, dans la posture voûtée d’un écolier.

À midi et demie j’étais dehors, sur la Montagne Sainte-Geneviève.

Déjeuner dans un restaurant thaï grand comme une boîte à thé, coincé entre le comptoir, le mur et la vitrine.

Ensuite j’ai flâné dans les rues de Paris, quelques heures devant moi. Boulevard Saint-Germain je suis entré dans une librairie du nom de Dédale, claire, assez agréable — seulement au rayon théâtre, aucune pièce de Robert Pinget tu entends, aucune. La note baisse de suite. Pas trop bas, la nouvelle édition de Monsieur Songe, en poche, se trouvant placée bien en évidence. J’en suis sorti avec La lettre de Pedro Vaz de Caminha au roi Manuel sur la découverte de la « Terre de la Vraie croix », dite aussi Brésil, édition bilingue, et Un assassin blanc comme neige, de Christian Bobin.

Cerné par une pluie qui allait s’aggravant, du boulevard Edgar Quinet jusqu’à la gare Montparnasse.

Dans le train l’homme assis en face de moi, la soixantaine, lit Le Figaro, les nouvelles de la bourse, l’économie, l’argent. La une de son journal dit que Weyergans est entré dans l’immortalité avec un quart d’heure de retard, voilà la nouvelle la plus importante du monde. L’homme s’endort.

Je lis le petit livre de Bobin. Je le trouve inégal : parfois on dirait du Jules Renard, celui des Histoires naturelles. Certains passages me semblent un peu fades, certains me font rire, d’autres, les plus nombreux, sont émouvants à pleurer — heureusement que mon vis-à-vis économique dort. Voilà justement quelque chose pour lui :

Sur le pont Alexandre-III à Paris un marchand cuit des marrons en leur évitant de charbonner, les présente dans un cornet à double soufflet — un pour les marrons, un autre pour les épluchures, et offre en plus un rince-doigts. Par son calme et son goût démodé de la perfection, il défait à lui seul la sinistre économie mondiale.
Christian Bobin (1951-….). Un assassin blanc comme neige (2011). Gallimard, impr. 2011. ISBN 978-2-07-013400-7. P. 15.

Et puis ceci, en vrac :

Thérèse de Lisieux est ma chanteuse préférée, je connais tous ses succès.
P. 48.

J’ai écrasé un moustique contre le mur avec un livre de Thérèse d’Ávila. On n’échappe pas aux saintes.
P. 62.

Ouvrant L’imitation de Jésus-Christ traduite du latin par Corneille je réveille cette phrase : « La vie est un torrent d’éternelles disgrâces ». L’allégresse paradoxale de son ton illumine de bonne humeur ma journée à venir.

[…]

Dans le chant indéfiniment relancé du coucou, un atome de désespoir, un minuscule « je sens qu’on ne me répondra pas, je n’y crois plus, c’est fichu », qui fait de cet oiseau le plus humain de la forêt.
P. 71-72.

L. & L.

One Comment leave one →
  1. 25 juin 2011 08:36

    Il y aura toujours un quelconque pic- vert pour répondre au coucou persévérant!

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