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Μανώλης Μητσιάς [Manólis Mitsiás] • Αυτά τα χέρια [Aftá ta khéria] (1970)

12 novembre 2025

Voyons un peu du côté de la Grèce, pour changer.

Αυτά τα χέρια [Aftá ta khéria] (« Ces mains »), une chanson issue du film Ένα αστείο κορίτσι [Éna asteío korítsi] (« Une fille amusante », Grèce, 1970, une comédie qui ne semble pas avoir été diffusée en France), est interprétée par Μανώλης Μητσιάς [Manólis Mitsiás].

Musique de Δήμος Μούτσης [Dímos Moútsis], paroles de Λευτέρης Παπαδόπουλος [Leftéris Papadópoulos].

Μανώλης Μητσιάς [Manólis Mitsiás] (né en 1946)Αυτά τα χέρια [Aftá ta khéria]. Λευτέρης Παπαδόπουλος [Leftéris Papadópoulos], paroles ; Δήμος Μούτσης [Dímos Moútsis], musique & arrangement. Du film Ένα αστείο κορίτσι [Éna asteío korítsi] (Grèce, 1970).
Μανώλης Μητσιάς [Manólis Mitsiás] & Βούλα Γκίκα [Voúla Gíka], chant ; accompagnement instrumental ; Δήμος Μούτσης [Dímos Moútsis], direction.
Première publication : Grèce, 1970.


Ποια χέρια πήραν, πήραν τα κεριά
Κι ήρθε ξανά, κι ήρθε ξανά το βράδυ
Και δεν μπορεί η παρηγοριά
Να μ’ εύρει στο, να μ’ εύρει στο σκοτάδι

Quelles mains ont pris, ont pris les bougies ?
Et voici que revient, que revient le soir
Et la consolation ne peut pas
Me trouver, me trouver dans le noir.

Αυτά τα χέρια είναι δικά σου
Και τα ’χεις στείλει για να με δικάσουν
Είναι μαχαίρια που ’χουν τ’ όνομά σου
Αυτά τα χέρια, τα χέρια τα δικά σου

Ces mains, ce sont les tiennes.
Tu me les a envoyées pour me juger.
Ce sont des couteaux à ton nom,
Ces mains, ces mains qui sont les tiennes.

Ποια χέρια γίναν, γίνανε σπαθιά
Χριστέ και Παναγιά μου
Κι από το στήθος, στήθος μου βαθιά
Θα κόψουν την, θα κόψουν την καρδιά μου

Quelles sont ces mains, devenues des sabres,
Seigneur, Vierge Marie,
Qui fouillent au fond de ma poitrine
Pour transpercer, pour transpercer mon cœur ?

Αυτά τα χέρια είναι δικά σου
Και τα ’χεις στείλει για να με δικάσουν
Είναι μαχαίρια που ’χουν τ’ όνομά σου
Αυτά τα χέρια, τα χέρια τα δικά σου

Ces mains, ce sont les tiennes.
Tu me les a envoyées pour me juger.
Ce sont des couteaux à ton nom,
Ces mains, ces mains qui sont les tiennes.
Λευτέρης Παπαδόπουλος [Leftéris Papadópoulos] (né en 1935). Αυτά τα χέρια [Aftá ta khéria] (1970).
Λευτέρης Παπαδόπουλος [Leftéris Papadópoulos] (né en 1935). Ces mains, trad. par L. & L. de Αυτά τα χέρια [Aftá ta khéria] (1970).

La chanson du dimanche [101]. Les vendredis

9 novembre 2025

Les Verdurin n’invitaient pas à dîner : on avait chez eux « son couvert mis ». Pour la soirée, il n’y avait pas de programme. Le jeune pianiste jouait, mais seulement si « ça lui chantait », car on ne forçait personne et comme disait M. Verdurin : « Tout pour les amis, vivent les camarades ! » Si le pianiste voulait jouer la chevauchée de La Walkyrie ou le prélude de Tristan, Mme Verdurin protestait, non que cette musique lui déplût, mais au contraire parce qu’elle lui causait trop d’impression. « Alors vous tenez à ce que j’aie ma migraine ? Vous savez bien que c’est la même chose chaque fois qu’il joue ça. Je sais ce qui m’attend ! Demain quand je voudrai me lever, bonsoir, plus personne ! » S’il ne jouait pas, on causait, et l’un des amis, le plus souvent leur peintre favori d’alors, « lâchait », comme disait M. Verdurin, « une grosse faribole qui faisait s’esclaffer tout le monde », Mme Verdurin surtout, à qui – tant elle avait l’habitude de prendre au propre les expressions figurées des émotions qu’elle éprouvait – le docteur Cottard (un jeune débutant à cette époque) dut un jour remettre sa mâchoire qu’elle avait décrochée pour avoir trop ri.

Marcel Proust (1871-1922). Du côté de chez Swann. 2e partie. Un amour de Swann (1913).

Julien Clerc (né en 1947)Les vendredis. Maurice Vallet, paroles ; Julien Clerc, musique ; Jean-Claude Petit, arrangement.
Julien Clerc, chant ; accompagnement d’orchestre ; Jean-Claude Petit, direction.
Première publication : disque 45t Le delta ; Les vendredis ; Yann et les dauphins ; La petite sorcière malade / Julien Clerc. France, Pathé-Marconi, ℗ 1969.

Je faisais partie
Du cercle des amis
Qui se tenait le vendredi
Quand le couvert était mis, était mis

Nous parlions de Chopin,
De son curieux destin,
Et des autres salons voisins,
A l’ennui trop malsain, trop malsain

Et le jeune pianiste jouait
Tout ce qu’il voulait
Sauf l’envolée des Walkyries
Qui faisait trop de bruit, trop de bruit

Il y avait là
Quelques femmes du monde
Et un peintre parfois connu
Qui faisait rire son monde, rire son monde

On aimait les cartes des jeux
Entre nous bien entendu
Et l’on ne trichait plus
Chacun se croyait heureux, croyait heureux

Et le jeune pianiste jouait
Tout ce qu’il voulait
Sauf le prélude à Tristan
Qui navrait trop de gens, trop de gens

Il y avait toujours
Quelque chose à fêter
Tout le long de l’année
Les occasions étaient bonnes, étaient bonnes

L’alcool était meilleur
La maison était chaude
Nous partions pour ailleurs
Dans le matin souillé, matin souillé

Et le jeune pianiste dormait
La tête sur son clavier
Surpris par le sommeil
Au Crépuscule des dieux, des dieux, des dieux !

Maurice Vallet (1946-2017). Les vendredis (1969).

La chanson du dimanche [100]. Madame Augarita

2 novembre 2025

Jeanne Moreau (1928-2017)Madame Augarita. Poème de Norge ; Philippe-Gérard, musique & arrangement.
Jeanne Moreau, chant ; accompagnement d’orchestre ; Philippe-Gérard, direction.
Extrait de l’album Jeanne Moreau chante Norge sur des musiques de Philippe-Gérard. France, Disques Jacques Canetti, ℗ 1981.

Le texte tel que le chante Jeanne Moreau :

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir
L’avenir, l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Et notre âme et notre âme
Est-elle immortelle ou pas
Chers plaisirs ?
Rime et rame ire et art
Feindre ou peindre, ceindre ou geindre
Et gémir

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir
L’avenir l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Et notre âme, et notre âme
Est-elle immortelle ou pas
Chers plaisirs ?
Rime et rame ire et art
Feindre ou peindre
Ceindre geindre
Et gémir

Dans les cartes les marcs li…sez notre sang
Et nos sou…venirs…

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir
L’avenir l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Dans les mains, les anneaux
Forcez mine, moune, Estelle
Aux désirs
Mais notre âme ah notre âme
Immortelle ou pas l’est-elle
Pour finir ?

Dans les cartes les marcs li…sez notre sang
Et nos sou…venirs…

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir

L’avenir l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Et notre âme et notre âme
Est-elle immortelle ou pas
Chers plaisirs

Mais notre âme ah notre âme
Immortelle ou pas l’est-elle
Pour finir

D’après Norge (1898-1990). Madame Augarita. Dans : Le gros gibier (1953).

Le poème tel qu’il est transcrit dans la première édition du disque Jeanne Moreau chante Norge sur des musiques de Philippe-Gérard, France, Disques Jacques Canetti, ℗ 1981  :

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir
L’avenir, l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Et notre âme et notre âme
Est-elle immortelle ou pas
Chers plaisirs ?
Rime et rame ire et art
Feindre ou peindre, ceindre ou geindre
Et gémir

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir
L’avenir l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Et notre âme, et notre âme
Est-elle immortelle ou pas
Chers plaisirs ?
Rime et rame ire et art
Ceindre ou feindre
Et gémir

Les cartes les marcs li…sez notre sang
Et nos sou…venirs…

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir
L’avenir l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Dans les mains, les anneaux
Forcez mine, moune, est-elle ?
Aux désirs
Mais notre âme ah notre âme
Immortelle ou pas l’est-elle
Pour finir ?

Dans les cartes les marcs li…sez notre sang
Et nos sou…venirs…

O Madame O Madame
O Madame Augarita
L’avenir

L’avenir l’avenir
Ce n’est pas encore tout ça
Pour finir

Et notre âme et notre âme
Est-elle immortelle ou pas
Chers plaisirs

Mais notre âme ah notre âme
Immortelle ou pas l’est-elle
Pour finir

Norge (1898-1990). Madame Augarita. Dans : Le gros gibier (1953).

Lá vai Lisboa • Carminho, Amália

30 octobre 2025

Carminho (née en 1984)Lá vai Lisboa. Norberto de Araújo, paroles ; Raúl Ferrão, musique.
Carminho, chant ; André Dias, guitare portugaise ; Flávio César Cardoso, guitare ; Pedro Geraldes, guitare électrique ; Tiago Maia, basse acoustique ; João Pimenta Gomes, cristal Baschet, ondes Martenot & mellotron.
Enregistrement : Lisbonne, studios Namouche.
Extrait de l’album Eu vou morrer de amor ou resistir / Carminho. Portugal, Sony Music, ℗ 2025.

C’est un des morceaux du nouvel album de Carminho, Eu vou morrer de amor ou resistir, paru ce mois-ci.

L’album, assez court, est épatant : musicalement inventif d’un bout à l’autre en même temps que d’une grande élégance, Eu vou morrer de amor ou resistir surpasse à mon avis toutes les précédentes productions de l’artiste.

(La présentation graphique en revanche, élaborée dans un style pauvre, genre Allemagne de l’Est années 1970 – ou Albanie communiste – laisse perplexe. La couverture est voulue moche et elle l’est, avec une photo de la chanteuse toute entière enfouie dans un énorme sac à linge blanc dont seule émerge sa tête, et cette photo disposée en regard de la liste des titres de l’album suivis de leur durée respective – information qu’on réserve généralement au verso ou à l’intérieur de la pochette –, dans une police de caractères moche. L’intérieur est à l’avenant.)

Lá vai Lisboa était la « grande marche de Lisbonne » écrite et composée pour le grand défilé des fêtes de Saint-Antoine de l’année 1935. C’est une chanson du répertoire d’Amália, qui adorait chanter ces marches lors de ses récitals. La reprise de Carminho n’est en aucune façon littérale : elle serait une évocation (vraiment exquise et assez élaborée) de la marche originale plutôt qu’une exécution de ladite marche. À noter que Carminho substitue même discrètement dans la chanson le nom du quartier de la Graça par celui d’Alcântara, où Amália a vécu son enfance et son adolescence.


Vai de corações ao alto, nasce a lua
E a marcha segue contente
E as pedrinhas de basalto cá da rua
Nem sentem passar a gente.

Haut les cœurs, la Lune se lève
Et le défilé s’est élancé, joyeux
Et les petits pavés de basalte
Ne sentent même pas passer le monde.

Nos bairros desta cidade encantada
Tudo serve de alegria
E faz-se alegre a saudade
Ao toque da alvorada,
Ao toque da Avé-Maria.

Dans les quartiers de cette ville enchantée
Tout est source de joie
Et même la « saudade » se fait joyeuse
Dès le point du jour,
Quand retentit l’Ave Maria.

Lá vai Lisboa
Com a saia cor de mar,
Cada bairro é um noivo
Que com ela vai casar!
Lá vai Lisboa
Com seu arquinho e balão,
Com cantiguinhas na boca
E amor no coração.

Voici Lisbonne
Dans sa jupe couleur de mer,
Chacun de ses quartiers est un fiancé
Sur le point de l’épouser !
Voici Lisbonne
Avec ses arceaux et ses ballons,
Avec des chansons à la bouche
Et de l’amour plein le cœur.

Bairro novo, bairro velho, gente boa,
Em casa não há quem fique.
Vai na marcha todo o povo de Lisboa
Da Graça* a Campo de Ourique.

Quartier neuf, vieux quartier, bonnes gens,
Personne ne reste chez soi.
Le défilé emmène tout le peuple de Lisbonne,
De la Graça* à Campo de Ourique.

Olha o Castelo velhinho, que é a coroa
Desta Lisboa sem par.
Abram, rapazes, caminho,
Que passa a velha Lisboa,
Que vai a Alfama passar!

Voyez notre vieux Château, qui couronne
Cette Lisbonne sans pareille.
Jeunes gens, ouvrez le chemin,
Car voici Lisbonne qui passe,
Car Alfama va passer !
Norberto de Araújo (1889-1952). Lá vai Lisboa (Grande marcha de Lisboa de 1935) (1935).
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* « De Alcântara » dans la version de Carminho.
Norberto de Araújo (1889-1952). Voici Lisbonne, trad. par L. & L. de Lá vai Lisboa (Grande marcha de Lisboa de 1935) (1935).
* « De Alcântara » dans la version de Carminho. Graça, Alcântara, Campo de Ourique, Alfama, sont des noms de quartiers de Lisbonne.

Amália, outre plusieurs enregistrements réalisés en public (le premier d’entre eux à l’Olympia, en 1956) a gravé un Lá vai Lisboa avec orchestre, comme au défilé de la Saint-Antoine. Voici :

Amália Rodrigues (1920-1999)Lá vai Lisboa : grande marcha de Lisboa de 1935. Norberto de Araújo, paroles ; Raúl Ferrão, musique.
Amália Rodrigues, chant ; accompagnement d’orchestre ; Joaquim Luis Gomes, direction & arrangement.
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 12 juin 1965.
Première publication : disque 45t Marchas / Amália. Portugal, Sony Music, ℗ 1965.

La chanson du dimanche [99]. Fado das horas

26 octobre 2025

La chanson de ce dimanche est un fado, le Fado des heures, créé et interprété par Maria Teresa de Noronha.

Maria Teresa de Noronha (1918-1993)Fado das horas. António José de Bragança, paroles ; Maria Teresa de Noronha, musique (à partir du fado Mouraria).
Maria Teresa de Noronha, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Júlio Gomes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Première publication dans l’album Saudade das saudades / Maria Teresa de Noronha. Portugal, Decca, ℗ 1966.


Chorava por te não ver
Por te ver eu choro agora
Mas choro só por querer
Querer ver-te a toda a hora

Je pleurais de ne pas te voir
À présent c’est de te voir que je pleure.
Mais je pleure seulement de vouloir
Vouloir te voir à chaque instant.

Passa o tempo de corrida
Quando falas eu te escuto
Nas horas da nossa vida
Tem cada hora um minuto

Le temps passe comme l’éclair
Quand tu parles, je t’écoute
Et dans les heures de notre vie
Chaque heure n’a qu’une minute.

Quando estás ao pé de mim
Sinto-me dona do mundo
Mas o tempo é tão ruim
Tem cada hora um segundo

Quand tu es auprès de moi
Le monde entier m’appartient.
Mais le temps dans sa cruauté
Transforme les heures en secondes.

Deixa-te estar a meu lado
E não mais te vás embora
P’ra meu coração coitado
Viver na vida uma hora

Je t’en prie, reste auprès de moi
Et ne t’en vas jamais plus !
Que dans sa pauvre vie mon cœur
Puisse vivre au moins une heure !
António José de Bragança (1895-1964). Fado das horas (vers1954).
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António José de Bragança (1895-1964). Fado des heures, trad. par L. & L. de Fado das horas (vers1954).

Renée Claude • La Lune

21 octobre 2025

Je m’appelle la Lune,
De face ou bien de profil,
Dans les calendriers j’ai ma petite gueule,
Je m’appelle la Lune.
La mer est pleine. je peux la vider,
De quoi se marrer à moi toute seule.
Je m’appelle la Lune
Quand un poète a du chagrin
Je lui donne mes clefs, je suis pas bégueule.
Dans mes froufrous il compte ses sous
Et croit faire fortune
Avec la Lune.
Léo Ferré (1916-1993). La Lune. Extrait.

Jamais deux sans trois, n’est-ce pas ?

Renée Claude (1939-2020)La Lune. Léo Ferré, paroles & musique.
Renée Claude, chant ; Philippe Noireault, piano.
Enregistrement : Montréal (Québec), studio Karisma audio, entre le 2 mai et le 8 juin 1994.
Extrait de l’album On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré. Canada, Transit, ℗ 1994.

Renée Claude • La mémoire et la mer

20 octobre 2025

Je suis le fantôme Jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts du sable de la terre.
Léo Ferré (1916-1993). La mémoire et la mer (1970). Extrait.

Encore une reprise d’une chanson de Léo Ferré (et non des moindres) par Renée Claude, extraite de son album On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré, paru en 1994. Je ne m’en lasse pas.

Renée Claude (1939-2020)La mémoire et la mer. Léo Ferré, paroles & musique.
Renée Claude, chant ; Philippe Noireault, piano.
Enregistrement : Montréal (Québec), studio Karisma audio, entre le 2 mai et le 8 juin 1994.
Extrait de l’album On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré. Canada, Transit, ℗ 1994.

La chanson du dimanche [98]. Pauvre Rutebeuf

19 octobre 2025

Parmi les grands enregistrements de chanson française, il y a On a marché sur l’amour, un double album de reprises de Léo Ferré par la Québecoise Renée Claude, accompagnée au piano par Philippe Noireault.

Renée Claude (1939-2020)Pauvre Rutebeuf. Paroles d’après Rutebeuf (poèmes La complainte Rutebeuf, La griesche d’yver [La grièche d’hiver] et Le mariage Rutebeuf) ; Léo Ferré, musique et adaptation des poèmes originaux.
Renée Claude, chant ; Philippe Noireault, piano.
Enregistrement : Montréal (Québec), studio Karisma audio, entre le 2 mai et le 8 juin 1994.
Extrait de l’album On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré. Canada, Transit, ℗ 1994.

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Avec le temps qu’arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n’aille à terre
Avec pauvreté qui m’atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d’hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m’était à venir
M’est avenu

Pauvre sens et pauvre mémoire
M’a Dieu donné le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient le vent m’évente
L’amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

L’espérance de lendemain
Ce sont mes fêtes
Léo Ferré (1916-1993), adaptation. Pauvre Rutebeuf (vers 1955). D’après des extraits de trois poèmes de Rutebeuf (1230 ?-1285 ?) : La complainte de Rutebeuf, La griesche d’yver [La grièche d’hiver] et Le mariage Rutebeuf).

La chanson du dimanche [97] ¡Vamos, Nina!

12 octobre 2025

L’un des chefs-d’œuvre d’Ástor Piazzolla sur des paroles du poète uruguayen Horacio Ferrer, interprété d’abord par sa créatrice, Amelita Baltar (alors compagne de Piazzolla), puis, dix ans plus tard, par Milva aux Bouffes du Nord.

Amelita Baltar (née en 1940) & Ástor Piazzolla (1921-1992)¡Vamos, Nina!. Horacio Ferrer, paroles ; Ástor Piazzolla, musique.
Amelita Baltar, chant ; Ástor Piazzolla, bandonéon & arrangements.
Enregistrement : Milan (Italie), 1974.
Première publication : album Piazzolla & Amelita Baltar. 1974 ou 1975.

Milva (1939-2021) & Ástor Piazzolla (1921-1992)¡Vamos, Nina!. Horacio Ferrer, paroles ; Ástor Piazzolla, musique.
Milva, chant ; Quintette de tango contemporain (Ástor Piazzolla, bandonéon & arrangements ; Pablo Ziegler, piano ; Fernando Suárez Paz, violon ; Oscar Lopez Ruiz, guitare ; Héctor Console, basse).
Enregistrement public : Paris, théâtre des Bouffes du Nord, le 29 septembre 1984.
Extrait de l’album Live at the Bouffes du Nord/ Milva and Astor Piazzolla. France, Polydor, ℗ 1984.


No te avergüences, Nina, no,
¿de qué vergüenza entenderá
el mala bestia de ese bar
que te pateó y que te escupió?
Acariciale el piojo al perro
que tenés, y le contás
que entre la mugre te encontraste
un hombro amigo en que morir.

N’aie pas honte, Nina, non,
Qu’est-ce qu’il connaît de la honte
Ce salaud dans ce bar
Qui t’a piétinée et craché à la figure ?
Caresse-lui les poux
À ton chien, et dis-lui
Que dans toute cette crasse tu as trouvé
Une épaule amie sur laquelle mourir.

Abrí las cuencas de los ojos,
bien abiertas y arrojá
de un solo vómito brutal
tu soledad y ¡vamonós!
Mirá que linda estás
con tu ternura en pie,
y no estás sola, Nina, no,
yo estoy con vos.

Ouvre grand tes yeux
Ouvre-les et vomis
Dans un seul jet brutal
Ta solitude et fichons le camp !
Que tu es belle,
Que tu es douce !
Et tu n’es pas seule Nina, non,
Je suis avec toi.

Nina,
no llorés, mordete los ojos,
cachame las manos bien fuerte,
si viene la muerte, mangala:
que pague, de prepo y de a uno
los días felices que debe.

Nina,
Ne pleure pas, sèche tes yeux,
Serre-moi les mains bien fort,
Si la mort vient, fais-lui la manche :
Fais-lui payer, de force et une par une,
Les journées de bonheur qu’elle doit.

Mi Nina,
con cabezas de paloma
correremos hasta nunca
por la tumba de los pájaros mendigos
que encontraron la salida
y saldremos de la roña
dandos saltos, transparentes,
inmortales, ¡vamos, Nina!

Ma Nina,
Avec nos têtes de colombe
On va courir à tout jamais
Dans les tombes des oiseaux mendiants
Qui ont trouvé la sortie
Et nous sortirons de la mouise
En bondissant, transparents,
Immortels ! Viens, Nina !

¡Vamos, Nina!,
corramos, mi vieja, corramos.
Si el viento te enreda el harapo,
si el frío te llaga las piernas,
no pares ni aflojes ni vuelvas,
ni esperes, ni gimas, corre, ¡corré!

Viens, Nina !
Courons, ma vieille, courons !
Si tu sens le vent dans tes guenilles,
Si le froid te griffe les jambes,
Ne t’arrête pas, ne flanche pas,
Ne te retourne pas, ne gémis pas, cours, cours !

No te avergüences Nina, no,
que nadie sabe bien quién es.
Mirá si soy el dios capaz
de hacer mil panes con un pan,
y vos la loca que una vez
roció sus trapos con alcohol,
y se incendió para no ver
los presidentes que se van.

N’aie pas honte Nina, non,
Parce que nul ne sait bien qui c’est ce type.
Et si j’étais le dieu capable
De multiplier les pains
Et toi la folle qui un jour
A aspergé ses habits d’alcool
Et s’est immolée pour ne pas voir
Les présidents qui s’en vont ?

Mirame, hermana, no temblés,
no tengas miedo de morir,
los vivos oyen a sus muertos
y hoy, por fin, nos van a oír.
Mirá qué linda está
tu dignidad en pie,
y no estás sola, Nina, no,
yo estoy con vos.

Regarde-moi petite, ne tremble pas,
N’aie pas peur de mourir,
Les vivants entendent leurs morts
Et aujourd’hui il vont enfin nous entendre.
Que tu es belle,
Que tu es digne !
Et tu n’es pas seule, Nina, non,
Je suis avec toi.

¡Vamos, Nina!, ¡vamos, Nina!,
no aflojes, ni pares, ni vuelvas,
ni esperes, ni gimas, corré, ¡corré!

Allez viens, Nina ! Viens, Nina !
Ne flanche pas, ne t’arrête pas,
Ne te retourne pas, ne gémis pas, cours, cours !
Horacio Ferrer (1933-2014). ¡Vamos, Nina! (1974).
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Horacio Ferrer (1933-2014). Allez viens, Nina !, trad. par L. & L. de ¡Vamos, Nina! (1974).

Carminho • Canção à ausente

6 octobre 2025

Elle a fait des études de marketing avant de devenir chanteuse, Carminho. La parution de son nouvel album, Eu vou morrer de amor ou resistir (« Soit je meurs d’amour, soit je résiste »), prévue pour la fin de la semaine, est soigneusement préparée par la publication anticipée de deux des morceaux qui le composent, d’abord Balada do país que dói (« Ballade du pays douloureux »), le 23 septembre, puis, exactement une semaine plus tard (et une semaine avant l’album complet) Canção à ausente (« Chanson à l’absente »), donnant lieu chaque fois à des articles dans la presse.

Balada do país que dói est la plus intéressante des deux, j’y reviendrai probablement un de ces jours. Canção à ausente est un fado, musique de Carminho sur un poème de Pedro Homem de Melo – hommage indirect à Amália Rodrigues qui, la première, dès la fin des années 1940 et jusqu’à son dernier album de studio paru en 1990, a chanté ce poète et folkloriste du Nord du Portugal (Fria claridade, Povo que lavas no rio, …).

La mélodie en elle-même n’est pas d’une grande originalité mais elle est efficace. Ce qui pique la curiosité c’est l’apparition discrète, puis, dans la seconde partie de l’enregistrement, la plus forte présence d’instruments tels que les ondes Martenot, le cristal Baschet et le mellotron, sans parler de la guitare électrique, le tout se mariant harmonieusement, je trouve, aux traditionnelles guitares portugaise et classique ainsi qu’à la voix, qui est belle.

Pour la vidéo on a voulu faire graphique et chic en multipliant à l’excès des plans aux cadrages et à la composition hyper-travaillés, au détriment du propos. On a voulu en outre un changement de costume à chaque plan, ou presque : on ne dira rien du choix du ou de la styliste – mais on n’en pensera pas moins.

Carminho (née en 1984)Canção à ausente. Poème de Pedro Homem de Mello ; Carminho, musique.
Carminho, chant ; André Dias, guitare portugaise ; Flávio César Cardoso, guitare ; Pedro Geraldes, guitare électrique ; Tiago Maia, basse acoustique ; João Pimenta Gomes, cristal Baschet, ondes Martenot & mellotron.
Enregistrement : Lisbonne, studios Namouche.
Première publication : Portugal, ℗ 2025. Extrait de l’album Eu vou morrer de amor ou resistir, à paraître en octobre 2025.
Vidéo : Rui Vieira, réalisation. Portugal, Playground, 2025.


Para te amar ensaiei os meus lábios…
Deixei de pronunciar palavras duras.
Para te amar ensaiei os meus lábios!

À t’aimer j’ai exercé mes lèvres,
Cessant de prononcer aucune parole dure.
À t’aimer j’ai exercé mes lèvres !

Para tocar-te ensaiei os meus dedos…
Banhei-os na água límpida das fontes.
Para tocar-te ensaiei os meus dedos!

À te toucher j’ai exercé mes doigts,
Les baignant dans l’eau limpide des sources.
À te toucher j’ai exercé mes doigts !

Para te ouvir ensaiei meus ouvidos!
Pus-me a escutar as vozes do silêncio…
Para te ouvir ensaiei meus ouvidos!

À t’entendre j’ai exercé mon oreille,
Prêtant attention aux voix du silence.
À t’entendre j’ai exercé mon oreille !

E a vida foi passando, foi passando…
E, à força de esperar a tua vinda,
De cada braço fiz mudo cipreste.

Et la vie a passé, a passé…
Et à force d’attendre ta venue,
De chaque bras j’ai fait un cyprès muet.

A vida foi passando, foi passando…
E nunca mais vieste!

La vie a passé, a passé…
Et tu n’es jamais plus venue !
Pedro Homem de Melo (1904-1984). Canção à ausente, extrait du recueil Segredo (1937).
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Pedro Homem de Melo (1904-1984). Chanson à l’absente, trad. par L. & L. de Canção à ausente, extrait du recueil Segredo (1937).