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La chanson du dimanche [105]. Wild mountain thyme • Marianne Faithfull

4 janvier 2026

Encore Marianne Faithfull, oui, celle des années 1960. Elle enregistrait alors, outre son répertoire purement pop, des chansons traditionnelles britanniques – c’était l’époque du folk revival, porté par Sandy Denny, Steeleye Span, Fairport Convention, Donovan et bien d’autres. Wild mountain thyme est une chanson particulièrement connue dans ce milieu, et qui a fait l’objet de quantité de reprises. Elle est ici chantée avec l’appui d’un sitar indien, mis à la mode en Angleterre par les Beatles.

Marianne Faithfull (1946-2025)Wild mountain thyme. Paroles & musique traditionnelles (Écosse, Irlande) ; Jon Mark, arrangement.
Marianne Faithfull, chant ; Mike Leander, production.
Première publication dans l’album Go away from my world / Marianne Faithfull. États-Unis, London records, ℗ 1965.

Oh, the summer time is coming,
And the trees are sweetly blooming,
And the wild mountain thyme
Blooms around the purple heather.
Will ye go, lassie, go?

Voici que reviennent les beaux jours
Tous les arbres sont en fleurs
Et dans la montagne le thym sauvage
Fleurit près de la mauve bruyère
Viendras-tu, ma mie ?
And we’ll all go together
To pick wild mountain thyme
All around the blooming heather,
Will ye go, lassie, go?

Et tous ensemble nous irons
Cueillir le thym sauvage
Tout autour de la bruyère en fleurs
Viendras-tu, ma mie ?
I will give my love a bowl
By yon clear crystal fountain
And in it I will place
All the flowers of the mountain.
Will ye go, lassie, go?

À mon aimée je donnerai une coupe
Auprès de la pure fontaine
Et dedans j’y mettrai
Toutes les fleurs de la montagne.
Viendras-tu, ma mie ?
And we’ll all go together
To pluck wild mountain thyme
All around the blooming heather,
Will ye go, lassie, go?

Et tous ensemble nous irons
Cueillir le thym sauvage
Tout autour de la bruyère en fleurs
Viendras-tu, ma mie ?
If my true love she won’t go
I will surely find another
To pull wild mountain thyme
All around the purple heather.
Will ye go, lassie, go?

Si mon aimée ne veut pas
J’en trouverai une autre
Pour cueillir le thym sauvage
Tout autour de la mauve bruyère.
Viendras-tu, ma mie ?
And we’ll all go together
To pluck wild mountain thyme
All around the blooming heather,
Will ye go, lassie, go?

Et tous ensemble nous irons
Cueillir le thym sauvage
Tout autour de la bruyère en fleurs
Viendras-tu, ma mie ?

Traditionnel (Écosse, Irlande). Wild mountain thyme.
Traditionnel (Écosse, Irlande). Le thym sauvage, traduit de Wild mountain thyme par L. & L.

Encore une.

1 janvier 2026

Cette année qui pointe le gros orteil… Nous ne savons encore rien d’elle, l’espoir est possible à son endroit.

Entamons-la avec l’ineffable, la quasi divine Cathy Berberian – ce sera toujours ça de pris. Bonne année !

Luciano Berio (1925-2003)Folk songs (1964). 4, Rossignolet du bois. Paroles et musique traditionnelles (Auvergne, France) ; Luciano Berio, arrangement pour voix (mezzo-soprano), flûte, clarinette, harpe, percussions, alto et violoncelle.
Cathy Berberian, mezzo-soprano ; Juilliard Ensemble ; Luciano Berio, direction.
Enregistrement : New York (États-Unis), Webster Hall, 21 ou 23 décembre 1968.
Extrait de l’album Recital 1 For Cathy ; Folk Songs ; 3 Songs by Kurt Weill / Luciano Berio. ℗ 1995.

Non je ne permettrai pas
Que vous touchiez mes pommes
Prenez d’abord la lune
Et le soleil en main
Puis vous aurez les pommes
Qui sont dans mon jardin

Traditionnel (Auvergne, France). Rossignolet du bois (extrait).

La noyée • Gainsbourg + Giordi & Les Femmes de Serge

30 décembre 2025

Voici les faits : Serge Gainsbourg a écrit et composé La noyée pour le film Le Roman d’un voleur de chevaux (États-Unis, France, Italie & Yougoslavie, 1971) dont il est l’un des acteurs et dans lequel il chante cette valse lente.

Il n’a pas réalisé d’enregistrement studio de cette chanson – connu à ce jour, du moins.

Seule l’interprétation qu’il en a donnée en 1972 dans une émission de télévision, accompagnée au piano par Jean-Claude Vannier – célèbre arrangeur de l’époque –, a été publiée commercialement, dans un livre-CD intitulé Gainsbourg et caetera (Paris, Vade Retro, © 1994). Voici cette interprétation, précédée d’un extrait de son entretien, au cours de la même émission, avec le producteur Pierre Bouteiller. La noyée commence vers 1 min 10 s.

Samedi Loisirs. Émission du 4 novembre 1972. Extrait. Gilles Daudé, réalisation.
Producteur : Paris, Office national de radiodiffusion télévision française, 1972.
Première diffusion : 1ère chaîne, samedi 4 novembre 1972.
Contenu : Jusqu’à 1 min 10 s, interview de Serge Gainsbourg par Pierre Bouteiller (extrait) ; à partir de 1 min 10 s : Serge Gainsbourg interprète la chanson La noyée (Serge Gainsbourg, paroles & musique), accompagné au piano par Jean-Claude Vannier.

Tu t’en vas à la dérive
Sur la rivière du souvenir
Et moi, courant sur la rive,
Je te crie de revenir
Mais, lentement, tu t’éloignes
Et dans ma course éperdue,
Peu à peu, je te regagne
Un peu de terrain perdu.

De temps en temps, tu t’enfonces
Dans le liquide mouvant
Ou bien, frôlant quelques ronces,
Tu hésites et tu m’attends
En te cachant la figure
Dans ta robe retroussée,
De peur que ne te défigurent
Et la honte et les regrets.

Tu n’es plus qu’une pauvre épave,
Chienne crevée au fil de l’eau
Mais je reste ton esclave
Et plonge dans le ruisseau
Quand le souvenir s’arrête
Et l’océan de l’oubli,
Brisant nos cœurs et nos têtes,
A jamais, nous réunit.

Serge Gainsbourg. La noyée (1971)

Je ne connaissais pas cette chanson. Je l’ai découverte par l’adaptation italienne de Roberto Michelangelo Giordi parue ces jours-ci, intitulée Gli annegati (« Les noyés »). Elle est assez fidèle à l’original quant au texte, et plus encore quant à l’interprétation, complètement à rebours de la variété italienne actuelle.

Roberto Michelangelo GiordiGli annegati. Roberto Michelangelo Giordi, paroles italiennes ; Serge Gainsbourg, musique ; adaptation italienne de La noyée, paroles originales françaises de Serge Gainsbourg.
Roberto Michelangelo Giordi, chant ; accompagnement de piano.
Première publication : Italie, Maremosso, ℗ 2025.


Te ne vai alla deriva
Sui sentieri dell’oblio
Io, che corro sulla riva,
Io ti grido di rivenir.
Poco a poco ti allontani
Ed io, nelle rincorse buie,
Cerco di riconquistar
L’amore che mi hai dato tu.

Tu t’en vas à la dérive
Sur les sentiers de l’oubli
Et moi, qui cours sur la rive,
Je te crie de revenir.
Peu à peu tu t’éloignes
Et moi, dans mes sombres élans,
J’essaie de reconquérir
L’amour que tu m’avais donné.

Di tanto in tanto tu sprofondi
Nelle acque ripide
E graffiandoti tra i rovi
Tu divaghi e aspetti me
Ed occulti il tuo bel viso
Sotto quel vestito blu
Per paura di oltraggiare
La vergogna e un po’ anche me.

De temps en temps tu t’enfonces
Dans les eaux abruptes
Tu te blesses dans les ronces,
Tu t’éloignes, tu m’attends
Et ton beau visage se cache
Sous ta robe bleue,
De peur d’outrager
Ta honte, et de m’outrager moi-même.

Ora che sei un relitto
In balia della corrente
Io sarò fedele schiavo
E affogo insieme a te
Quando svanirà il ricordo
E l’oceano del oblio
Spazzerà l’amor terreno
E noi saremo liberi.

À présent que tu es une épave
Livrée à la merci du courant
Je reste ton fidèle esclave
Et je sombrerai avec toi
Lorsque se sera éteint le souvenir,
Que l’océan de l’oubli
Aura dispersé l’amour terrestre
Et que nous serons libres.
Roberto Michelangelo Giordi. Gli annegati (2025), adaptation en langue italienne de La noyée (1971), texte original français de Serge Gainsbourg (1928-1991).
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Roberto Michelangelo Giordi. Les noyés, trad. par L. & L. de Gli annegati (2025), adaptation en langue italienne de La noyée (1971), texte original français de Serge Gainsbourg (1928-1991).

À ma surprise il existe plusieurs reprises de La noyée : Anna Karina, Yann Tiersen et même – horresco referens – Carla Bruni-Sarkozy ; jusqu’à une version en langue japonaise par une certaine Natsuo Ishidō (石堂夏央 en v.o.).

Mais c’est du Mexique (de Guadalajara, capitale de l’état de Jalisco comme nous le savons) que vient l’enregistrement des « Femmes de Serge », un quintet instrumental et vocal formé en principe de deux voix féminines, un piano, une basse et une batterie (ce n’est pas la formation entendue ici) :

Les Femmes de SergeLa noyée. Serge Gainsbourg, paroles & musique.
Les Femmes de Serge, ensemble instrumental et vocal.
Première publication : Mexique, CDBaby, ℗ 2018.

La chanson du dimanche [104]. Coquillages • Marianne Faithfull

28 décembre 2025

Marianne, in French.

Marianne Faithfull (1946-2025)Coquillages. Marcel Stellman, paroles françaises ; Michael John Taylor, musique. Adaptation française de Cockleshells, Michael John Taylor, paroles originales anglaises.
Marianne Faithfull, chant ; Mike Leander, arrangement, production.
Enregistrement : Decca Studio No 2, Londres, 165 Broadhurst Gardens.
Première publication dans le disque 45 t Si demain… ; Le cœur gros ; Coquillages ; Les parapluies de Cherbourg / Marianne Faithfull. France, Decca, ℗ 1966.

Des coquillages
De longs voyages
Rapportés par mon bien-aimé
Rapportés par mon bien-aimé
Rapportés par mon bien-aimé

Par mon bien-aimé
Par mon bien-aimé
Par mon bien
Par mon bien
Par mon bien-aimé

Je me promènerai
Le long de la vallée
Aux côtés de mon bien-aimé
Aux côtés de mon bien-aimé
Aux côtés de mon bien-aimé

De mon bien-aimé
De mon bien-aimé
De mon bien
De mon bien
De mon bien-aimé

Puis quand je reviendrai
Je vous dirai
Celui qui va me marier
Celui qui va me marier
Celui qui va me marier

Va me marier
Va me marier
Marier
Marier
Va me marier.

Quand le temps passe
L’amour vous lasse
Je n’aurai plus de bien-aimé
Je n’aurai plus de bien-aimé
Je n’aurai plus de bien-aimé

Plus de bien-aimé
Plus de bien-aimé
Bien-aimé
Bien-aimé
Plus de bien-aimé

Marcel Stellman (1925-2021). Coquillages (1966). Adaptation française de : Michael John Taylor. Cockleshells (1966).

Lea Maria Fries • India song

26 décembre 2025

VOIX 3

Que crie-t-il ?

VOIX 4

Son nom.

VOIX 3 (lent)

Anna Maria Guardi.

VOIX 4

Oui. Toute la nuit dans Calcutta, il a crié ce nom.

Marguerite Duras (1914-1996). India Song (1972), acte III.

Lea Maria Fries (née en 1989)India song. Marguerite Duras, paroles ; Carlos d’Alessio, musique ; Julien Herné, arrangement.
Lea Maria Fries, chant ; Vincent Peirani, accordéon ; Gauthier Toux, piano ; Julien Herné, guitare basse.
Enregistrement : France, studio Surikat Sound.
Extrait de l’album Cleo / Lea Maria Fries. France, Heavenly Sweetness, ℗ 2025.

Mísia • Valsa das sombras

24 décembre 2025

Elle dansa encore une fois avec Michael Richardson. Ce fut la dernière fois.
La femme était seule, un peu a l’écart du buffet, sa fille avait rejoint un groupe de connaissances vers la porte du bal. Michael Richardson se dirigea vers elle dans une émotion si intense qu’on prenait peur à l’idée qu’il aurait pu être éconduit. Lol, suspendue, attendit, elle aussi. La femme ne refusa pas.
Ils étaient partis sur la piste de danse. Lol les avait regardés, une femme dont le cœur est libre de tout engagement, très âgée, regarde ainsi ses enfants s’éloigner, elle parut les aimer.

Marguerite Duras (1914-1996). Le ravissement de Lol V. Stein (1964).

Mísia (1955-2024)Valsa das sombras. Vasco Graça Moura, paroles ; Artur Paredes & Gonçalo Paredes, musique. Titre de la pièce originale : Valsa (1976).
Mísia, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare ; Manuel Rocha, violon ; Quintette à cordes issu de la Camerata de Bourgogne (Jean-François Corvaisier, violon ; Laurent Lagarde, violoncelle ; Alain Pélissier & Valérie Pélissier, alto ; Pierre Sylvan, contrebasse) ; Henri Agnel, arrangement et direction.
Enregistrement : Waimes (Belgique), studio GAM, juin 2003.
Extrait de l’album Canto / Mísia. France, Warner Jazz France, ℗ 2003.


Agora esta valsa na lenta espiral
Do baile de sombras em que às vezes danças,
Quando a noite cai e é de pedra e cal
No espelho vazio das minhas lembranças…

À présent cette valse dans la lente spirale
Du bal des ombres où tu danses parfois,
Lorsque la nuit tombe et que c’est pour toujours
Dans le miroir vide de mes souvenirs…

Agora esta valsa no avesso dos dias,
Na melancolia das suas oitavas,
Repete de leve, nas horas sombrias,
As loucas palavras que me murmuravas!

À présent cette valse sur l’envers des jours,
Avec ses octaves de mélancolie,
Répète doucement, dans les heures les plus sombres,
Les folles paroles que tu me murmurais !

Agora esta valsa, quando te atravessas
Nesta solidão envolta num xaile,
Lembra-me uma a uma as tuas promessas
Na luz apagada deste fim de baile.

À présent cette valse, tandis que tu divagues
Dans cette solitude enveloppée d’un châle,
Me rappelle une à une tes anciennes promesses
Dans les lumières éteintes de cette fin de bal.

Qualquer valsa agora são passos em volta;
Na vida sem rumo o adeus é cruel,
Galopam as nuvens deixadas à solta:
Ficou-me o deserto, ainda sabe a mel!

Désormais une valse, ce sont des pas qui tournent.
Dans cette vie sans but l’adieu est bien cruel,
Galopent les nuages comme et où bon leur semble :
Me reste le désert, toujours au goût de miel !

Vejo o teu vulto e é muito tarde
Nesta distância sem regresso;
Talvez a vida me acovarde
Se à tua ausência me confesso.

Je vois ta silhouette, mais il est trop tard
Trop long est le chemin, il n’y a pas de retour ;
Peut-être que la vie m’ôtera mes défenses
Si je me confesse à ton absence.

Nem saberei o que me espera,
Nem que rosário de amargura,
Nem se é inverno a primavera,
Nem se este amor se fez loucura…

Je ne sais ce qui m’attend,
Quel chapelet d’amertume,
Ni si le printemps est devenu hiver,
Ni si cet amour est devenu folie…

Agora esta valsa na lenta espiral
Do baile de sombras em que às vezes danças,
Quando a noite cai e é de pedra e cal
No espelho vazio das minhas lembranças…

À présent cette valse dans la lente spirale
Du bal des ombres où tu danses parfois,
Lorsque la nuit tombe et que c’est pour toujours
Dans le miroir vide de mes souvenirs…

Qualquer valsa agora são passos em volta,
Na vida sem rumo o adeus é cruel,
Galopam as nuvens deixadas à solta:
Ficou-me o deserto, ainda sabe a mel!

Désormais une valse, ce sont des pas qui tournent.
Dans cette vie sans but l’adieu est bien cruel,
Galopent les nuages où et comme bon leur semble :
Me reste le désert, toujours au goût de miel !

Nem saberei o que me espera,
Nem que rosário de amargura,
Nem se é inverno a primavera,
Nem se este amor se fez loucura…

Je ne sais ce qui m’attend,
Quel chapelet d’amertume,
Si le printemps est devenu hiver,
Si cet amour est devenu folie…
Vasco Graça Moura (1942-2014). Valsa das sombras (2003).
Vasco Graça Moura (1942-2014). Valse des ombres, trad. par L. & L. de Valsa das sombras (2003).

La chanson du dimanche [103]. ¡Ay, Jalisco, no te rajes!

21 décembre 2025

Je marchais d’un pas léger comme si j’étais arrivé un soir de juillet dans une ville étrangère. Je m’étais mis à siffler l’air d’une chanson mexicaine. Mais cette fausse insouciance n’a pas duré longtemps. Je longeais les grilles du Luxembourg et le refrain de « Ay Jalisco no te rajes » s’est éteint sur mes lèvres. Une affiche était collée au tronc de l’un des grands arbres qui nous abritent de leur feuillage jusqu’à l’entrée des jardins, là-haut, à Saint-Michel. « Cet arbre est dangereux. Il va être abattu prochainement. Il sera remplacé dès cet hiver. » Pendant quelques instants, j’ai cru que je faisais un mauvais rêve.

Patrick Modiano (né en 1945). Dans le café de la jeunesse perdue (2007).

Jorge Negrete (1911-1953)¡Ay, Jalisco, no te rajes!. Ernesto Cortázar, paroles ; Manuel Esperón, musique. Du film ¡Ay, Jalisco, no te rajes! (Mexique, 1941), Joselito Rodríguez, réalisation.
Jorge Negrete y su Mariachi.
Enregistré au Mexique.
Première publication : disque 78t Cocula ; Ay Jalisco, no te rajes / Jorge Negrete y su Mariachi. Mexique, RCA Victor, [1941?].

Ay Jalisco, Jalisco, Jalisco
Tú tienes tu novia que es Guadalajara
Muchacha bonita, la perla más rara
De todo Jalisco, es mi Guadalajara

Ernesto Cortázar (1897-1953). ¡Ay, Jalisco, no te rajes! (1941). Extrait.

Ah Jalisco, Jalisco, Jalisco,
Tu as une fiancée et c’est Guadalajara,
La belle, la perle la plus rare
De tout le Jalisco, c’est ma Guadalajara !

Le Jalisco est l’un des états du Mexique. Sa capitale est Guadalajara.

Amália Rodrigues • Antigamente

18 décembre 2025

De quand exactement date cet Antigamente, qu’Amália aimait tant ? Elle l’a enregistré deux fois en studio : à Paris en 1954, puis à Lisbonne en 1967, accompagnée par le flamboyant ensemble de guitares de Raúl Nery, sur un tempo beaucoup plus allant que la première fois. Ce second enregistrement a été réalisé au cours de la même session que Não é tarde, mais n’a été publié qu’en 1968 sur un disque 45 tours de quatre titres, en compagnie de trois autres morceaux enregistrés en 1966.

Amália Rodrigues (1920-1999)Antigamente. Frederico de Brito, paroles ; Júlio Proença, musique (fado Modesto).
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, mars ou avril 1967.
Première publication dans le disque 45t Não peças demais à vida / Amália. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 1968.


Antigamente
Era coito a Mouraria
Daquela gente
Condenada à revelia
E o fado ameno
Canção das mais portuguesas
Era o veneno
P’ra lhes matar as tristezas

Autrefois,
La Mouraria était un refuge
Pour tous ceux-là,
Les condamnés par contumace
Et l’aimable fado,
Chanson des plus portugaises,
Était le poison
Qui endormait leur vague à l’âme.

E a Mouraria
Mãe do fado doutras eras
Que foi ninho de Severas
Que foi bairro turbulento
Perdeu agora
Todo o aspeto de galdéria
Está mais limpa, está mais séria
Mais fadista cem por cento

Et la Mouraria,
Mère du fado des temps anciens
Où vivait la Severa et ses semblables,
Qui fut un quartier turbulent,
A perdu
Tous ses anciens lupanars.
Elle est plus propre et plus sérieuse,
Le fado est tout ce qui lui reste.

Adeus, tipoias
Com pilecas e guizeiras,
Adeus ramboias
E cafés de camareiras
Nada mais resta
Da Moirama que deu brado
Do que a funesta
Lembrança do seu passado

Adieu les fiacres,
Leurs canassons et leurs grelots,
Adieu vie de bohême,
Les anciens cafés et leurs hôtesses…
De la populace
Tumultueuse du quartier
Ne reste que
Le triste souvenir de son passé.

E a Mouraria
Que perdeu em tempos idos
A nobreza dos sentidos
E o poder de uma virtude
Salvou ainda
Toda a graça que ela tinha
Agarrada à capelinha
Da Senhora da Saúde

Et la Mouraria,
Qui avait autrefois
Perdu la noblesse des sentiments
Et la puissance de la vertu,
A préservé
Tout le charme qu’elle possédait,
Accroché à la chapelle
De la Senhora da Saúde*.
Joaquim Frederico de Brito (1894-1977). Antigamente (antérieur à 1955).
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Joaquim Frederico de Brito (1894-1977). Autrefois, trad. par L. & L. de Antigamente (antérieur à 1955).
*La chapelle baroque de la Senhora da Saúde (N.D. de la Santé) est l’un des rares édifices publics ayant échappé aux destructions de la partie basse du quartier de la Mouraria.

D’après son biographe, Vítor Pavão dos Santos, Amália tenait pour assuré que ce fado faisait partie du répertoire de Júlio Proença (1901-1970), fadiste et compositeur dont il subsiste quelques rares enregistrements 78 tours réalisés probablement au cours des années 1930. Júlio Proença est en effet l’auteur de la musique d’Antigamente, connue sous le nom de fado Modesto et qu’on trouve appareillée à plusieurs textes différents, interprétés par divers artistes. Júlio Proença le chantait-il lui-même avec ces paroles-là ?

Le thème desdites paroles constitue un lieu commun du fado du milieu du XXe siècle : la Mouraria, ce quartier de Lisbonne considéré comme le berceau du fado, lieu d’une certaine ambiance bohême caractéristique, perd une grande part de son âme à mesure que disparaît sa partie basse, démolie avec obstination par les pouvoirs publics à partir des années 1930 et surtout de 1946 au début des années 1960 (voir le billet Há festa na Mouraria • Amália, Marceneiro). Elles pourraient dater des années 1940. Leur auteur est Frederico de Brito (1894-1977), par ailleurs compositeur de fados, ce qui explique peut-être que, sans être remarquables, elles sonnent bien sur cette musique.

Le bel enregistrement de 1954, réalisé à Paris et publié en France l’année suivante, ne compte quant à lui que deux instrumentistes (Domingos Camarinha à la guitare portugaise, Santos Moreira à la guitare classique) :

Amália Rodrigues (1920-1999)Antigamente. Frederico de Brito, paroles ; Júlio Proença, musique (fado Modesto).
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Paris, 1954.
Première publication dans le disque 33t 25 cm Fallaste corazón ; Por un amor ; Grão de arroz ; Antigamente, … / Amália Rodrigues. France, Columbia, ℗ 1955.

Antigamente a aussi figuré au répertoire de Lucília do Carmo, qui l’interprète dans son style bien personnel, plus populaire, moins lyrique que celui d’Amália – mais non moins délectable :

Lucília do Carmo (1919-1998)Antigamente. Frederico de Brito, paroles ; Júlio Proença, musique (fado Modesto).
Lucília do Carmo, chant ; Fernando Freitas & António Chainho, guitare portugaise ; José Maria Nóbrega & Orlando Silva, guitare ; Raúl Silva, basse acoustique.
Première publication : Portugal, Decca, ℗ 1971.

La chanson du dimanche [102]. Quand tu dors près de moi

14 décembre 2025

C’est la chanson du film Aimez-vous Brahms (France & États-Unis, 1961, réalisation Anatole Litvak). Chacun des deux protagonistes masculins du film (Anthony Perkins et Yves Montand) en a enregistré une version. Voici celle d’Anthony Perkins.

Anthony Perkins (1932-1992)Quand tu dors près de moi. Françoise Sagan, paroles ; Georges Auric, musique ; d’après un thème de Johannes Brahms, extrait du 3e mouvement de sa Symphonie no 3 en Fa majeur, op. 90. Du film Aimez-vous Brahms (France & États-Unis, 1961).
Anthony Perkins, chant ; accompagnement d’orchestre ; André Popp, direction.
Extrait du disque 45t Anthony Perkins chante en français. France, Pathé, ℗ 1962.

Quand tu dors près de moi
Tu murmures parfois
Le nom mal oublié
De cet homme que tu aimais

Et tout seul près de toi
Je me souviens tout bas
De ces choses que je crois
Mais que toi, ma chérie, tu ne crois pas

Les gestes étourdissants
Étourdis de la nuit
Les mots émerveillés
Merveilleux de notre amour

Si cet air te rejoint
Si tu l’entends soudain
Je t’en prie, comme moi
Ne dis rien, mais rappelle-toi, chérie

Françoise Sagan (1935-2004). Quand tu dors près de moi (1961). Du film Aimez-vous Brahms (France & États-Unis, 1961).

Amália Rodrigues • Não é tarde (1967)

13 novembre 2025

Les années 1960 sont pour Amália celles où sa gloire vocale se déploie avec la plus grande splendeur. Ayant commencé avec le fameux album dit « du buste », qui contient les premières compositions d’Alain Oulman, ce sont en quelque sorte les années par excellence de « l’ère Oulman ». La décennie se clôture d’ailleurs par l’enregistrement, en 1969, du fabuleux Com que voz (publié en 1970), entièrement composé par Alain Oulman.

Cependant les années 1960 ne sont pas entièrement dédiées aux compositions d’Oulman, loin de là. Durant ces années Amália enchaîne les sessions d’enregistrement, à raison de plusieurs par an. On croirait qu’elle ne rentre de ses innombrables tournées internationales que pour s’enfermer dans un studio à Lisbonne. Elle enregistre de tout : des compositions d’Alain Oulman bien sûr, des fados – « castiços » ou non –, des marches de Lisbonne, des chansons traditionnelles portugaises, des reprises de succès français (Inch Allah, Aranjuez mon amour, L’important c’est la rose), espagnols ou italiens,… Tout n’est pas d’un égal intérêt.

L’un de ses albums les plus réussis de ces années-là se nomme Fados 67. Enregistré en mars et avril 1967, il est composé de douze fados, certains « castiços », d’autres non, tel ce Não é tarde. Alain Oulman en est absent. La voix est solaire.

Amália Rodrigues (1920-1999)Não é tarde. Leonel Neves, paroles ; António Mestre, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery é José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos, studios Valentim de Carvalho, mars-avril 1967.
Extrait de l’album Fados 67 / Amália Rodrigues. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 1967.


Quem acha o seu bem amado
Devia não ter sofrido
Nem sua vida ter sido
Mais um motivo de fado.

Il faudrait rencontrer l’amour de sa vie
Avant d’avoir jamais souffert,
Sans avoir eu à connaître une vie
Comme celles que chante le Fado.

O meu amor verdadeiro
Achou-me desiludida
O grande amor duma vida
Devia ser o primeiro.

Quand j’ai rencontré mon bien-aimé
J’étais déjà désabusée.
Le grand amour d’une vie
Devrait être le premier.

Ai, não me digam que é tarde
Chegou ele, é o que importa
O meu passado é que arde
Renasce a esperança já morta
Sou tal qual uma guitarra
A um cantinho esquecida
Quando ele vem e me agarra
É que eu me sinto com vida.

Ah, ne me dites pas qu’il est tard !
Il est venu, voilà ce qui importe.
C’est mon passé qui brûle
Et renaît l’espérance morte.
Je suis comme une guitare
Abandonnée dans un coin :
Lorsque il me prend dans ses bras,
Alors je me sens vivante !

E não me viu quando eu era
Menina de horas quietas
De laços e tranças pretas
E o coração puro à espera.

Il ne m’a pas connue quand j’étais
Une petite fille tranquille,
Avec des nœuds à mes tresses noires
Et un cœur pur plein d’espoir.

Ele também não me via
Também ele era menino
Também bebia o destino
Sem saber o que bebia.

Il ne me voyait pas,
Lui aussi était un enfant,
Lui aussi buvait son destin
Sans savoir ce qu’il buvait.
Leonel Neves (1921-1996). Não é tarde (1967).
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Leonel Neves (1921-1996). Il n’est pas tard, trad. par L. & L. de Não é tarde (1967).