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Tudo isto é fado

30 décembre 2021


Amor, ciúme,
Cinzas e lume,
Dor e pecado:
Tudo isto existe,
Tudo isto é triste,
Tudo isto é fado.

Aníbal Nazaré (1908-1975). Tudo isto é fado (1949).

Amour, jalousie,
Cendres et braise,
Douleur et péché :
Tout cela existe,
Tout cela est triste,
Tout cela fait le fado.

Qu’est-ce que le fado ? Quand exactement est-il apparu ? Comment s’est-il formé, à partir de quel substrat musical, dans quelles circonstances, dans quels lieux de Lisbonne ? À toutes ces questions qui suscitent encore aujourd’hui des controverses entre spécialistes, le fado lui-même, lorsqu’il n’avoue pas sa propre perplexité (dans Fado, não sei quem és : « Fado, je ne sais pas qui tu es »), répond de façon poétique, sans aucun souci de vraisemblance. Par exemple dans le très beau Fado português, poème de José Régio mis en musique par Alain Oulman pour Amália Rodrigues :

Le Fado est né un jour
Où le vent soufflait à peine,
Où le ciel prolongeait la mer,
Au bastingage d’un voilier,
Dans le cœur d’un marin
Qui était triste et chantait.

Ou encore de façon plus ingénue, dans Tudo isto é fado (« Tout cela est le fado »), qui joue un peu sur le double sens du mot fado (qui veut aussi dire « destin »).

Amália Rodrigues (1920-1999)Tudo isto é fado. Aníbal Nazaré, paroles ; Fernando de Carvalho, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Londres (Royaume-Uni), studios EMI, 1952.
Première publication dans le disque 78t Tudo isto é fado ; Faz hoje um ano / Amália Rodrigues. Royaume-Uni, Columbia, ℗ 1952.


Perguntaste-me outro dia
Se eu sabia o que era o fado;
Eu disse que não sabia,
Tu ficaste admirado.
Sem saber o que dizia,
Eu menti naquela hora
E disse que não sabia,
Mas vou-te dizer agora.

L’autre jour, tu m’as demandé
Si je savais ce qu’est le fado.
Je t’ai dit que je l’ignorais,
Et tu t’en es étonné.
Sans savoir ce que je disais,
Je t’ai menti ce jour-là.
Je t’ai dit que je ne savais pas,
Mais je vais te le dire à présent.

Almas vencidas,
Noites perdidas,
Sombras bizarras,
Na Mouraria
Canta um rufia,
Choram guitarras.
Amor, ciúme,
Cinzas e lume,
Dor e pecado:
Tudo isto existe,
Tudo isto é triste,
Tudo isto é fado.

Âmes vaincues,
Nuits perdues,
Ombres bizarres…
Dans la Mouraria*
Un voyou chante,
Pleurent les guitares.
Amour, jalousie,
Cendres et braise,
Douleur et péché :
Tout cela existe,
Tout cela est triste,
Tout cela fait le fado.

Se queres ser o meu senhor
E teres-me sempre a teu lado,
Não me fales só de amor,
Fala-me também de fado.
Que o fado, que é meu castigo
Só nasceu p’ra me perder.
O fado é tudo o que eu digo
Mais o que eu não sei dizer.

Si tu veux être mon seigneur
Et m’avoir toujours près de toi,
Ne me parle pas seulement d’amour,
Parle-moi aussi de fado.
Car le fado, qui est ma malédiction,
N’est né que pour me perdre.
Le fado, c’est tout ce que je dis
Et tout ce que je ne sais pas dire.
Aníbal Nazaré (1908-1975). Tudo isto é fado (1949).
.
.
Aníbal Nazaré (1908-1975). Tout cela est fado, trad. par L. & L. de Tudo isto é fado (1949).
* La Mouraria est l’un des plus anciens quartiers de Lisbonne.

Ce « fado-canção » (« fado-chanson », ainsi nommé en raison de la présence d’un refrain, contrairement au fado dit castiço, « authentique », qui n’en comporte pas) a été popularisé par l’actrice et chanteuse Irene isidro (1907-1993) dans une revue intitulée Feira da avenida donnée à partir d’août 1949 au Teatro Variedades (aujourd’hui désaffecté), situé dans le Parque Mayer à Lisbonne.

Amália Rodrigues a beaucoup chanté ce fado et l’a enregistré à plusieurs reprises : deux fois en studio (1952 et 1967), deux fois en public. Dans son récital de Rio de Janeiro (1972), elle n’en chante que la première moitié et l’expédie sans conviction en moins d’une minute trente. À l’inverse, dans la belle version captée à l’Olympia en 1956, elle en laisse de côté le premier couplet.

Amália Rodrigues (1920-1999)Tudo isto é fado. Aníbal Nazaré, paroles ; Fernando de Carvalho, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement public : Olympia (Paris), avril ou mai 1956.
Première publication dans l’album Amalia à l’Olympia / Amália Rodrigues. France, Pathé Marconi, ℗ 1957.

En complément de celles d’Amália, voici deux interprétations récentes de Tudo isto é fado. La première par une très jeune fadiste, Beatriz Felizardo, enregistrée en pleine rue, probablement à Lisbonne, avec les spectateurs qui reprennent spontanément le refrain. La seconde est extraite d’Amália, l’album-hommage à Amália Rodrigues réalisé en 2013 par le pianiste de jazz Júlio Resende (c’est cet album qui se conclut sur Medo, un sidérant duo virtuel avec la fadiste).

Beatriz FelizardoTudo isto é fado. Aníbal Nazaré, paroles ; Fernando de Carvalho, musique.
Beatriz Felizardo, chant ; instrumentistes non crédités.
Captation : Lisbonne, [2017?].
Vidéo : Isidoro Fernandes. 2017 (mise en ligne).

Júlio ResendeTudo isto é fado. Fernando de Carvalho, musique.
Júlio Resende, piano.
Enregistrement : information manquante.
Première publication dans l’album Amália / Júlio Resende. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 2013.

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