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Temps perdu

10 juillet 2021

Albergo del Tempo Perduto, Bagolino (province de Brescia, Lombardie, Italie), 2 juillet 2021
Albergo del Tempo Perduto, Bagolino (province de Brescia, Lombardie, Italie), 2 juillet 2021.

Je venais de comprendre pourquoi le duc de Guermantes, dont j’avais admiré, en le regardant assis sur une chaise, combien il avait peu vieilli bien qu’il eût tellement plus d’années que moi au-dessous de lui, dès qu’il s’était levé et avait voulu se tenir debout, avait vacillé sur des jambes flageolantes comme celles de ces vieux archevêques sur lesquels il n’y a de solide que leur croix métallique et vers lesquels s’empressent les jeunes séminaristes, et ne s’était avancé qu’en tremblant comme une feuille sur le sommet peu praticable de quatre-vingt-trois années, comme si les hommes étaient juchés sur de vivantes échasses grandissant sans cesse, parfois plus hautes que des clochers, finissant par leur rendre la marche difficile et périlleuse, et d’où tout d’un coup ils tombent. Je m’effrayais que les miennes fussent déjà si hautes sous mes pas, il ne me semblait pas que j’aurais encore la force de maintenir longtemps attaché à moi ce passé qui descendait déjà si loin, et que je portais si douloureusement en moi ! Si du moins il m’était laissé assez de temps pour accomplir mon œuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l’idée s’imposait à moi avec tant de force aujourd’hui, et j’y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement considérable que celle si restreinte qui leur est réservée dans l’espace, une place, au contraire, prolongée sans mesure, puisqu’ils touchent simultanément, comme des géants, plongés dans les années, à des époques vécues par eux, si distantes — entre lesquelles tant de jours sont venus se placer — dans le Temps.
Marcel Proust (1871-1922). Le temps retrouvé, 7e partie de À la recherche du temps perdu (1927, première publication).

Sergio CammariereTempo perduto. Roberto Kunstler, paroles ; Sergio Cammariere, musique.
Sergio Cammariere, chant & piano ; autres instrumentistes non identifiés.
Vidéo : Manetti Bros. (Marco Manetti & Antonio Manetti), réalisation. Rome, avril 1998.


Tempo, perduto tempo
Piazza Navona come altri cento
Giorni di vento, vento e fontane
Segnano il tempo con le campane

Temps, temps perdu,
Place Navone comme cent autres
Jours de vent, vent et fontaines
Avec les cloches, scandent le temps.

Tempo da noi sconfitto
L’ultimo raggio da un cielo fitto
Castigo nero, puntuale
Piove sopra a un ospedale
E dolcemente sulla via

Temps, que nous avons vaincu.
Du haut d’un ciel épais, un dernier rayon,
Noir châtiment, ponctuel,
Pleut sur un hôpital
Et doucement sur la rue.

Tempo, mondo di sogno
Mezze creature superumane
Sento chitarre, gatti suonare
E lancinanti come zanzare

Temps, monde de rêve
Demies créatures surhumaines
J’entends jouer des guitares, des chats
Lancinants comme des moustiques.

Tempo, sembra leggero
Poi d’improvviso tutto è importante
Ogni dettaglio significante
Può divenire significato

Temps, à l’air léger
Et puis soudain tout prend de l’importance,
Tout détail signifiant
Peut devenir signifié.

Ed ora non c’è patria e non c’è Dio
Ma ci sei tu, ci sono io
E tutto il resto sembra caos, sembra niente

À présent il n’y a ni patrie ni Dieu,
Mais il y a toi, il y a moi
Et tout le reste paraît chaos, néant.

Tempo, lascia passare
Questo tempo che forse stanotte ci fa cantare

Temps, laisse s’écouler
Ce temps qui ce soir peut-être
Nous fait chanter.

Tempo, basta parlare
Solo ascoltare quello che hai dentro
Ma prima che il fuoco del tutto sia spento
Trova una strada e battila in fondo

Temps, assez parlé,
Écoute ce que tu as en toi.
Mais avant que le feu ne s’éteigne
Trouve une route et suis-la jusqu’au bout.

Tempo ci lascia muti
Ad osservare i nostri errori
Tempo, fermare il tempo!
Sarebbe a dire l’eternità

Temps, qui nous laisse, sans voix,
Observer nos erreurs.
Temps, arrêter le temps !
Ce serait comme dire : l’éternité.

Ed ora non c’è patria e non c’è Dio
Ma ci sei tu, ci sono io
E tutto il resto sembra caos, sembra niente

À présent il n’y a ni patrie ni Dieu,
Mais il y a toi, il y a moi
Et tout le reste paraît chaos, néant.

Tempo, lascia passare
Questo tempo che forse stanotte ci fa cantare

Temps, laisse s’écouler
Ce temps qui ce soir peut-être
Nous fait chanter.
Roberto Kunstler. Tempo perduto.
.
Roberto Kunstler. Temps perdu, trad. par L. & L. de Tempo perduto.

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