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Maria Teresa de Noronha • Minha sina

28 avril 2021

Maria Teresa de Noronha (1918-1993)Minha sina. Maria Teresa de Noronha, paroles ; Armando Freire (Armandinho), musique (fado Bacalhau), souvent attribuée à José António Augusto da Silva (José Bacalhau), premier interprète de ce fado.
Maria Teresa de Noronha, chant ; Raúl Nery & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Joaquim do Vale & Júlio Gomes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Vidéo : extrait d’un récital télévisé de Maria Teresa de Noronha. Enregistrement : studios de la RTP (Rádio e Televisão de Portugal), Lisbonne (quartier de Lumiar), Portugal, 22 décembre 1967. Production : Portugal, RTP (Rádio e Televisão de Portugal), 1967.

Maria Teresa de Noronha (1918-1993), aristocrate de naissance, comtesse de Sabrosa par son mariage, partageait en matière de coiffure le goût des différentes altesses et majestés d’Europe des années 60, comme on le voit dans cette vidéo de décembre 1967.

Parmi les fadistes, elle reste, jusqu’à aujourd’hui, l’une des plus grandes stylistes du chant. Elle s’adonnait en véritable virtuose à un art vocal subtil, parfois éblouissant, à l’instar d’une cantatrice — à ceci près que, comme toute fadiste, elle utilisait sa voix de poitrine. On chercherait en vain des traces de son héritage dans la génération actuelle. Seul António Zambujo, à ses débuts, s’en est réclamé.

Amália Rodrigues, qui privilégiait la vérité de l’interprétation à la beauté intrinsèque du chant, portait sur elle un jugement mi-figue mi-raisin, à la fois élogieux et cuisant :

Depois [de Hermínia Silva e Alfredo Marceneiro], quem gostei mais de ouvir cantar foi a Maria Teresa de Noronha. Quando comecei já a encontrei a cantar em festas particulares. Tem uma voz muito bonita, tem uma grande mobilidade na voz, mas falta-lhe um bocadinho de garra. Canta sempre a fazer graçinhas, voltinhas que não são espontâneas, porque tem a preocupação de as fazer. O fado dela é bonito, mas falta-lhe drama, não faz chorar ninguém.
Vítor Pavão dos Santos & Amália Rodrigues (1920-1999). Amália : uma biografia, Portugal, Presença, 2005, ISBN 972-23-3468-9. Page 61.

Après [Hermínia Silva et Alfredo Marceneiro], c’est Maria Teresa de Noronha que j’aimais le plus entendre. Quand j’ai débuté, je la voyais dans des soirées privées où elle se produisait. Elle a une très belle voix, extrêmement mobile, mais qui manque un peu de mordant. Son chant est toujours plein d’ornements, de fioritures qui ne viennent pas spontanément, qu’elle cherche au contraire à produire délibérément. Son fado est beau, mais il manque de profondeur et il ne fait pleurer personne.

Il faut dire qu’Amália n’était guère charitable avec ses collègues. À ses éloges, même ceux formulés à l’égard des plus grands, elle annexait généralement un codicille plus ou moins vénéneux qui parfois en retournait la portée. Sur Maria Teresa de Noronha elle n’a pas tout à fait tort, si ce n’est qu’elle passe un peu vite sur les qualités exceptionnelles de son chant — qui ne cherchait probablement pas à « faire pleurer » et jouait sur un autre registre émotionnel. Les deux femmes avaient le même âge, à deux ans près, mais sans doute guère d’affinités l’une avec l’autre. Amália ajoutait même, je ne sais plus où, qu’elle trouvait que Maria Teresa de Noronha sentait un peu trop le bénitier.

Une vacherie que pourrait justifier le texte assez médiocre de Minha sina dont, fait aggravant, Maria Teresa elle-même était l’autrice. Car elle n’était pas très regardante quant à la qualité des paroles des fados qu’elle mettait à son répertoire, et c’est bien là que réside sa faiblesse. À sa décharge, la plupart de ses collègues des années 40 à 60 ne valaient pas mieux qu’elle — à l’exception, encore une fois, d’Amália, dont le milieu fadiste raillait les choix poétiques ambitieux.


Que sina será a minha
P’ra trilhar assim sozinha
Nesta vida sem ter fim
Passo os dias a sofrer
E não consigo saber
Se gostas ou não de mim

Que sera ma destinée,
À moi qui chemine toute seule
Dans cette vie, obstinément ?
Je passe mes jours à souffrir
Et à me demander
Si tu m’aimes vraiment.

Se uma estrela se desloca
A ventura que se invoca
Pode ser realidade.
Quando olho e vejo a lua,
A minha prece é só uma:
A tua felicidade.

Quand on voit une étoile filante
On fait un vœu
Qui peut devenir réalité.
Mais lorsque que je vois la lune,
Le seul vœu que je fasse
C’est que tu sois heureux.

Deus quer que goste de ti,
E que tudo o que sofri,
Seja a minha grande cruz.
Já não desgosto das trevas
Por saber que és tu que levas
Tudo o que eu tinha de luz.

Dieu veuille que je t’aime
Et que toutes mes souffrances
Soient ma croix.
Je ne crains plus les ténèbres
Sachant que c’est toi qui emportes
Ce que j’avais de lumière.
Maria Teresa de Noronha (1918-1993). Minha sina (vers 1960).
.
Maria Teresa de Noronha (1918-1993). Ma destinée, trad. par L. & L. de Minha sina (vers 1960).

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