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Amália Rodrigues • Barco negro

17 juin 2020

Henri Verneuil (1920-2002). Les amants du Tage (France, 1955). Affiche

Affiche du film Les amants du Tage (France, 1955), de Henri Verneuil (1920-2002).

Les amants du Tage. Extrait. Henri Verneui, réalisation ; Marcel Rivet & Jacques Companeez, scénario ; d’après le roman de Joseph Kessel Les amants du Tage (1954) ; Daniel Gélin (Pierre Roubier), Françoise Arnoul (Kathleen Dinver), Trevor Howard (l’inspecteur Lewis), Amália Rodrigues (Amália), Jacques Moulières (Manuel),… etc.
France, 1954 (production), 1955 (sortie).
Chanson :

Amália Rodrigues (1920-1999)Barco negro. David Mourão-Ferreira, paroles ; Caco Velho, musique. Le poème de Mourão-Ferreira a été écrit pour les besoins du film Les amants du Tage (France, 1955) et se substitue dans ce film au texte original de la chanson Mãe preta (Caco Velho & Piratini, paroles ; Caco Velho, musique), créée au Brésil en 1944.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare. 1954.

A minha carreira internacional deve-se a uma circunstância muito simples. Uns franceses vieram a Portugal fazer um filme e queriam uma pessoa que cantasse (1954). Começaram a pegar em discos, a ouvir artistas e escoleram-me a mim. Antes disso eles não sabiam da minha existência. Foi assim que começou a minha carreira internacional. O filme deu-me o pontapé de saída para França e a França deu-me o pontapé de saída para o mundo.
Vítor Pavão dos Santos & Amália Rodrigues. Amália : uma biografia (1987). Lisboa, Contexto, 1987, p. 123.

Je dois ma carrière internationale à une circonstance très simple. Des Français sont venus faire un film au Portugal et il leur fallait quelqu’un qui chante (1954). Ils se sont mis à écouter des disques, à entendre des artistes et c’est moi qu’ils ont choisie. Jusqu’alors ils ignoraient mon existence. Voilà comment a débuté ma carrière internationale. Le film m’a propulsée en France et la France m’a propulsée dans le monde.

Dans Les amants du Tage (1955), le film d’Henri Verneuil auquel elle fait référence dans le passage ci-dessus, Amália Rodrigues interprète un rôle secondaire, celui d’une fadiste nommée « Amália ». La séquence au cours de laquelle elle chante Barco negro dans une « maison de fados » est cependant l’une des plus marquantes de cette œuvre généralement considérée comme mineure dans la filmographie du réalisateur de Week-end à Zuydcoote, Le Clan des Siciliens, Le Serpent et autres. C’est cette séquence et cette chanson, Barco negro, qui rendront la fadiste célèbre en France, lui assurant rapidement une invitation à se produire à l’Olympia, d’abord en tant que « vedette américaine » (c’est à dire en première partie) des Compagnons de la Chanson (avril 1956) et de Fernand Raynaud (mai 1956) puis, quelques mois plus tard, en tant que tête d’affiche (17 janvier au 5 février 1957). Le tour de chant de 1956 est le premier de la chanteuse à avoir été enregistré et publié sur disque (Amalia à l’Olympia, France, 1957).

Barco negro n’est pas un fado. C’est une chanson brésilienne des années 40 intitulée Mãe preta (« Mère noire ») sur laquelle de nouvelles paroles ont été écrites pour les besoins du film par le poète David Mourão-Ferreira (1927-1996), à la demande d’Amália Rodrigues. De l’histoire de Mãe preta il sera question dans un prochain billet. Voici en attendant Amália interprétant à nouveau Barco negro dans une salle française plus mondaine que l’Olympia, à l’occasion d’un spectacle de télévision réalisé à Cannes en 1963 à l’occasion du 50e anniversaire de Charles Trenet.

Il aurait fallu être là dans ces années-là, où faite de son fado et fortifiée par lui, sûre de lui plus que d’elle-même, Amália Rodrigues s’avançait sur des scènes qui n’avaient jamais encore résonné de cette musique de bout du monde.

Amália Rodrigues (1920-1999)Barco negro. David Mourão-Ferreira, paroles ; Caco Velho, musique. Le poème de Mourão-Ferreira a été écrit pour les besoins du film Les amants du Tage (France, 1955) et se substitue dans ce film au texte original de la chanson Mãe preta (Caco Velho & Piratini, paroles ; Caco Velho, musique), créée au Brésil en 1944.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare.
Captation : Cannes (France), mai 1963.
Vidéo : Extrait d’une émission de télévision réalisée en l’honneur du 50e anniversaire de Charles Trenet, diffusée en Eurovision dans plusieurs pays européens. Production : RTF (Radiodiffusion-télévision française) & RAI (Radiotelevisione Italiana), 1963.


De manhã, que medo que me achasses feia!
Acordei, tremendo, deitada na areia
Mas logo os teus olhos disseram que não,
E o sol penetrou no meu coração.

Au matin, quelle terreur que tu me trouves laide !
Je me suis éveillée tremblante, couchée sur le sable
Mais tes yeux m’ont aussitôt rassurée
Et le soleil a pénétré dans mon cœur.

Vi depois, numa rocha, uma cruz,
E o teu barco negro dançava na luz
Vi teu braço acenando, entre as velas já soltas
Dizem as velhas da praia que não voltas.

Puis j’ai vu une croix, plantée sur un rocher
Et ton bateau noir dansant dans la lumière
Tu faisais signe du bras entre les voiles déjà hissées.
Les vieilles de la plage disent que tu ne rentreras pas.

São loucas!
São loucas!

Elles sont folles !
Elles sont folles !

Eu sei, meu amor,
Que nem chegaste a partir,
Pois tudo em meu redor
Me diz que estás sempre comigo.

Je sais, mon amour,
Que tu n’es même pas parti
Car autour de moi, tout
Me dit que tu es toujours avec moi.

No vento que lança areia nos vidros,
Na água que canta, no fogo mortiço,
No calor do leito, nos bancos vazios,
Dentro do meu peito, estás sempre comigo.

Dans le vent qui lance le sable sur les vitres,
Dans l’eau qui chante, dans le feu qui meurt,
Dans la chaleur du lit, dans les bancs vides,
Au fond de mon cœur, tu es toujours avec moi.
David Mourão-Ferreira (1927-1996). Barco negro (1954).
.
David Mourão-Ferreira (1927-1996). Bateau noir, trad. par L. & L. de Barco negro (1954).

5 commentaires leave one →
  1. stj permalink
    17 juin 2020 19:32

    Amalia en *vedette americaine*,je suis surpris 🙂

    • 17 juin 2020 19:44

      Ah, la terminologie du showbiz… 😉
      La « vedette américaine » assurait la seconde moitié de la première partie d’un spectacle de music-hall.
      Il y avait aussi la « vedette anglaise », qui se produisait avant la « vedette américaine », avec un temps de scène moins important.
      Comme quoi on avait une idée bien arrêtée de la hiérarchie des puissances mondiales dans ces années-là…
      La tête d’affiche était simplement la « vedette ».
      Je ne pense pas que le terme de « vedette française » ait été utilisé. Je me demande à quel échelon il aurait été placé…

      • stj permalink
        17 juin 2020 19:50

        Probablement un peu plus haut que *vedette portugaise*:)

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