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Alfredo Marceneiro • Fado Bailado

3 mars 2020

J’ai laissé passer février, le mois de naissance d’Alfredo Marceneiro, sans déposer le plus petit billet sur son souvenir. Officiellement il aurait eu 129 ans le 25 février (ou bien, plus vraisemblablement : 132 ans le 29). Mais vous savez ce que c’est, le temps passe, il s’emballe et tout à coup on s’aperçoit qu’il est huit heures du soir.

En guise d’acte de contrition pour cette regrettable omission, voici une évocation de sa composition connue sous le nom de Fado bailado, celle-là même qu’Amália Rodrigues a reprise pour son poème Estranha forma de vida (voir le billet Amália Rodrigues • Estranha forma de vida (1962)). À les entendre l’une et l’autre, Amália et Marceneiro, on se dit qu’on ne peut concevoir deux styles de chant plus différents – Amália attentive à la conduite de la phrase, y assujettissant le rythme et la mélodie, distribuant les temps forts selon le relief qu’elle veut produire, jouant des dynamiques et des nuances ; Marceneiro s’appuyant sur la mélodie telle qu’elle est (après tout c’est lui qui l’a écrite) et comptant essentiellement sur son agilité vocale et son timbre inouï qui évoque la voix d’un chat porté sur la conversation. Ce timbre a d’ailleurs peu évolué au long de sa carrière, à laquelle il a officiellement mis fin en 1963. Fausse sortie, car le voici en 1976, c’est à dire à l’âge de 85 ou 88 ans, bon pied bon œil, toujours crâneur, interprétant pour la télévision son Fado bailado, sur le poème Eterno bailado (« Éternel ballet ») dont il tire son nom, avec sa verve coutumière et son charme de toujours, intact.


Alfredo Marceneiro (1888 ou 1891-1982)Eterno bailado. Henrique Rêgo, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado bailado).
Alfredo Marceneiro, chant ; José Pracana & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Francisco Peres & José Carlos da Maia, guitare.
Vidéo : Rádio e Televisão de Portugal (RTP), production. Portugal, 1976.

À mercê dum vento brando
Bailam rosas nos vergeis
E as Marias vão bailando
Enquanto vários Manéis
Nos armónios vão tocando
À la merci d’une brise légère
Les roses dansent dans les jardins
Et les Marie dansent
Tandis que les Manel
Jouent de l’harmonium
A folhagem ressequida
Baila envolvida em poeira
E com a razão perdida
Há quem leve a vida inteira
A bailar com a própria vida
Les feuilles desséchées
Dansent dans la poussière
Et ceux qui perdent la raison
Passent leur temps
À danser avec leur vie.
Baila o nome de Jesus
Em milhões de lábios crentes
Em bailado que seduz
E as falenas inocentes
Bailam á roda da luz
Le nom de Jésus danse
Sur les millions de lèvres des croyants
Dans un ballet séduisant
Et les phalènes innocentes
Dansent autour de la lumière
Tudo baila, tudo dança
Nosso destino é bailar
E até mesmo a doce esperança
Dum lindo amor se alcançar
De bailar nunca se cansa
Tout danse, tout danse
Notre destin est de danser
Et même la douce espérance
D’atteindre un jour le grand amour
Jamais ne se lasse de danser
Henrique Rêgo (1893-1963). Eterno bailado.
.

Henrique Rêgo (1893-1963). Éternel ballet, trad. par L. & L. de Eterno bailado.

Cette autre interprétation d’Eterno bailado a été réalisée en 2014 dans le cadre de l’extraordinaire collection A música portuguesa a gostar dela própria. On y entend Hélder Moutinho, l’un des frères du fadiste Camané, dans son style très lyrique, un peu à l’italienne, accompagné de deux instrumentistes très connus dans le milieu du Fado de Lisbonne, Ricardo Parreira et Marco Oliveira. L’ensemble est assez raide.

Hélder Moutinho | Fado Bailado. Henrique Rêgo, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado bailado).
Hélder Moutinho, chant ; Ricardo Parreira, guitare portugaise ; Marco Oliveira, guitare classique. Captation : Lisbonne, Largo da Severa, 2 juillet 2014.
Vidéo : Tiago Pereira, réalisation. Portugal, 2014. (A música portuguesa a gostar dela própria ; projecto 1028).

Marceneiro avait enregistré cet Eterno bailado en 1959. Cependant il avait déjà utilisé cette même mélodie dans les années 1930 sur un autre poème, Olhos fatais (« Regard fatal »), de sorte que ladite mélodie bénéficie de trois désignations : Fado bailado, la plus fréquente, Fado Olhos fatais, beaucoup plus rare, et Fado Estranha forma de vida, en référence à la création d’Amália Rodrigues.

5 commentaires leave one →
  1. Don Dan permalink
    4 mars 2020 00:43

    Belle video de Marceneiro avec une définition imagée mais fort juste « la voix d’un chat porté sur la conversation » mais que je n’aurai jamais trouvée.
    Helder Moutinho est sans doute le plus intéressant de la fratrie et je trouve que son premier album de 1999 « Sete Fados E Alguns Cantos » reste le meilleur. Opinion toute personnelle et discutable…
    Il est vrai que ce site « A música portuguesa a gostar dela própria » est vraiment étonnant, tout ces gens du peuple qui s’expriment par la musique ou autre. Un travail documentaire de qualité.
    Bien sûr, il y a de tout et c’est bien normal, même un certain exotisme enregistré à la Manuel Casa de Fados à Tokyo. Manuel s’appelle Yotsuya…. Et si son site n’était écrit an japonais, on s’y croirait. https://www.pj-partners.com/restaurant/my/
    Puisque vous parliez récemment de « Estranha Forma de Vida », restons chez Manuel à Tokyo et Banzai !!!
    https://vimeo.com/365232301

    • 4 mars 2020 08:33

      Hu Hu 🙂
      Elle a une bonne prononciation, la chanteuse, à part les quelques moments où ça déraille un peu… Il faudrait goûter la cuisine maintenant !

  2. Adelia Laureano permalink
    5 mars 2020 08:19

    Le mar. 3 mars 2020 à 19:40, Je pleure sans raison que je pourrais vous

  3. Don Dan permalink
    5 mars 2020 20:34

    Parler de Paco Ibanez déclenche quelques souvenirs et, pour moi, ses débuts quand il accompagnait cette bonne chanteuse aujourd’hui un peu oubliée: Carmela de son vrai nom Carmen Requeta Dideo.
    Il l’a accompagnée pendant une quinzaine d’années ainsi que sur quelques albums.
    Machine arrière… 1973: « La Gran Perdida De Alhama »

    Paséabase el rey moro
    por la ciudad de Granada,
    desde la puerta de Elvira
    hasta la de Vivarrambla.
    Cartas le fueron venidas
    cómo Alhama era ganada.
    ¡Ay de mi Alhama!

    Por el Zacatín arriba
    subido había a la Alhambra;
    mandó tocar sus trompetas,
    sus añafiles de plata,
    porque lo oyesen los moros
    que andaban por el arada.
    ¡Ay de mi Alhama!

    Allí habló un viejo alfaquí,
    la barba bellida y cana:
    -¿Para qué nos llamas, rey,
    a qué fue nuestra llamada?
    -Para que sepáis amigos,
    la gran pérdida de Alhama.
    ¡Ay de mi Alhama!

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