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Amália Rodrigues • Vagamundo : la première collaboration avec Alain Oulman

9 février 2020

La décennie des années 60 est considérée par tous les biographes et spécialistes de l’œuvre d’Amália Rodrigues comme celle de l’accomplissement, celle de la plénitude et de la grâce. Le rôle qu’y a joué le compositeur et éditeur français Alain Oulman (1928-1990) est essentiel : en procurant à la chanteuse des musiques nouvelles, composées au piano et libres de toute référence aux modèles du fado traditionnel de Lisbonne et à leur structure strophique contraignante, il mettait à sa disposition un répertoire à la mesure de sa voix et des potentialités, encore non exprimées, qu’il y pressentait.

C’est à Paris, dans les coulisses de l’Olympia, probablement en 1959 (la fadiste y était programmée du 22 janvier au 16 février), que s’est produite la rencontre. Là, avant le tour de chant, cet homme qu’Amália ne connaissait aucunement et qu’elle reçoit cependant, exécute fiévreusement sur un piano la mélodie de ce qui allait devenir Vagamundo dans l’album sans titre de 1962, à la pochette illustrée d’un buste sculpté d’Amália et désigné depuis sous le nom de Disco do busto (« disque du buste »), ou, simplement Busto.

Foi antes de um espectáculo no Olympia que, finalmente, a abordei com uma música que ainda não tinha poema. Toquei-a, apressado, ali mesmo, num piano que estava nas bastidores e o certo é que a música lhe agradou e ela me sugeriu que procurasse, em Paris, Luís de Macedo, para o poema…
Alain Oulman (1928-1990), entrevue parue dans : A Capital, 37 février 1971. Cité dans : As mãos que trago : Alain Oulman 1928-1990, Portugal, EGEAC, 2009, ISBN 978-989-8167-05-7, p. 36.

C’est avant un spectacle à l’Olympia que je l’ai finalement abordée, avec une musique qui n’avait pas encore de paroles. Je l’ai jouée, un peu précipitamment, sur un piano qui se trouvait dans les coulisses et il est certain qu’elle lui a plu ; elle m’a suggéré d’aller voir Luís de Macedo, à Paris, pour le poème.

Luís de Macedo était le nom de plume de Luís Chaves de Oliveira, un attaché d’ambassade en poste dans la capitale française et de qui Amália Rodrigues chantait déjà plusieurs poèmes, notamment Cansaço ou encore Lago (voir le billet Amália Rodrigues • Lago (1958)).

Amália Rodrigues (1920-1999)Vagamundo. Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique.
Enregistrement : Teatro Taborda, Lisbonne (Portugal), 1962.
1ère publication : Portugal, 1962.

Cette rencontre et cet album marquent une rupture dans la carrière d’Amália Rodrigues. Une rupture nette, comme si désormais une seconde carrière commençait. Il y a rupture aussi avec l’univers du fado traditionnel, et la portée de cette rupture-là s’étend à l’histoire même du fado : de cette nouvelle manière d’Amália, plus libre musicalement, marquée par la culture d’Oulman, son goût et sa connaissance de la poésie portugaise, est issu le courant le plus abondant du fado contemporain.

Dès 1961 des fados d’Alain Oulman sont chantés à la télévision. Amália en donne six au cours d’une émission de 50 minutes qui lui est consacrée. Parmi ceux-ci Vagamundo, qui était déjà intégré depuis juin 1959 au répertoire de scène de la chanteuse.

Amália Rodrigues (1920-1999)Vagamundo. Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique.
Extrait de l’émission de télévision Fados de Amália Rodrigues. Fernando Frazão, réalisation ; Fernando Pessa, présentation ; Amália Rodrigues, José Nunes, Castro Mota, participants. Production : RTP [Rádio e Televisão de Portugal], Portugal, 1961.


Já disse adeus a tanta terra, a tanta gente,
Nunca senti meu coração tão magoado,
Inquieto por saber que o tempo vai passando
E tu vais esquecer o nosso fado.

J’ai déjà dit adieu à tant de lieux, à tant de gens,
Jamais je n’ai senti mon cœur si plein de peine
Et d’inquiétude car je sais que le temps passe
Et que tu oublieras notre fado.

Partidas,
cada vez mais sombria, cansada,
São nuvens negras em céu azul,
São ondas de naufrágio em mar fundo.
No meu deserto não vejo abrigo
Sem ter o amor neste mundo.

Ces départs,
Qui me voient toujours plus sombre, plus lasse,
Sont des nuages noirs dans un ciel bleu,
Des vagues de naufrage en mer profonde.
Dans mon désert je ne vois nul refuge
Si je reste privée d’amour en ce monde.

Mas se eu voltar, e como penso me esqueceste,
Troco por outro o coração amargurado.
Tentarei não fazer mais castelos no ar
E nunca mais viver um outro fado.

Mais si je reviens et si, comme je le pense, tu m’as oubliée
J’échangerai contre un autre mon cœur amer.
J’essaierai de ne plus faire de châteaux en Espagne
Et de ne plus jamais vivre un autre fado.
Luís de Macedo (1925-1987). Vagamundo (1959 ?).
Luís de Macedo (1925-1987). Vagamundo, traduit de : Vagamundo (1959 ?) par L. & L.

7 commentaires leave one →
  1. Don Dan permalink
    9 février 2020 22:40

    Heureusement, pour notre plus grand plaisir, que cette rencontre a eu lieu !

    J’ai mis en ligne sur ma chaîne Youtube le documentaire « Com que voz » de 2009 sur Alain Oulman avec un lien privé :

    pour vous et les amateurs. Ses soeurs racontent…

    • 9 février 2020 23:01

      Oh merci beaucoup !!!

    • 10 février 2020 19:23

      Merci encore. C’est un film vraiment magnifique, très instructif aussi (si on en croit ce que raconte David Ferreira, « Abandono » aurait été écrit en 1959, vu que l’évasion d’Álvaro Cunhal s’est produite début janvier 1960), que je n’avais pas encore réussi à voir jusqu’à présent. Le témoignage de Zita Seabra… Celle de Carminho, encore presque une gamine, dans un tout autre registre… Et la répétition de « Soledad », dont on ne voit généralement qu’un tout petit extrait, chaque fois très émouvante…

  2. Don Dan permalink
    9 février 2020 22:41

    .

  3. Don Dan permalink
    11 février 2020 14:43

    J’ai re-visionné ce film que je n’avais pas vu depuis longtemps et en voyant la dernière séquence de répétition en studio, en voyant comment Amalia regarde Oulman, j’ai tout de suite pensé à la façon dont Billie Holiday regardait Lester Young dans cette magistrale séance d’enregistrement de 1957. Une des plus incroyable réunion des plus grands de cette époque pour interpréter « Fine and mellow ». J’ai vu mille fois cette session et je n’en suis toujours pas revenu…

    C’était aussi une autre paire d’artistes en osmose musicale totale.

    Je poste la vidéo sur Youtube.

  4. Don Dan permalink
    11 février 2020 14:52

    Big Brother à encore frappé !

    Je ne vois pas ce que TF1 à a voir avec cette vidéo qui vient d’une TV Américaine des années 50 !!!

    Pour les amateurs, je poste la vidéo ici ou il ne pourra pas venir la chercher… mais vous pouvez la télécharger en toute tranquillité…

    https://www.mediafire.com/file/qg01yfxu6qagres/Billie_Holiday.mp4/file

Trackbacks

  1. Amália Rodrigues • Estranha forma de vida (1962) | Je pleure sans raison que je pourrais vous dire

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