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Amália Rodrigues • Lago (1958)

26 janvier 2020

Desci por não ter mais forças
Até ao fundo das águas
Mesmo que voltem as forças,
Não voltarei a ser escrava!
Luís de Macedo (1925-1987). Lago (années 1950). Extrait.

À bout de forces je suis descendue
Au plus profond des eaux.
Même si les forces me reviennent
Je ne redeviendrai pas esclave !

Voici bien l’un des fados les plus étranges, les plus fascinants – et les moins connus – du répertoire d’Amália Rodrigues.

Le poème, on le notera, est écrit au féminin. Il est l’œuvre de Luís Chaves de Oliveira, qui en dehors de mener une vie d’attaché d’ambassade (à Paris notamment), se consacrait à la poésie sous l’identité de Luís (ou Luiz) de Macedo. Avec David Mourão-Ferreira et d’autres, cet homme était l’un des co-directeurs de la revue littéraire Távola Redonda : folhas de poesia (« Table ronde : feuilles de poésie »), publiée à Lisbonne de 1950 à 1954. On ne sait presque rien de lui.

À partir de 1958, certains de ses poèmes ont été chantés par Amália Rodrigues (voire écrits pour elle). Cette année-là sont enregistrés notamment Job et Anjo inútil, ainsi que l’extraordinaire Cansaço, qui connaîtra plusieurs versions ultérieures et accompagnera la chanteuse tout au long de sa carrière. La rencontre décisive avec le compositeur Alain Oulman, à qui on attribue généralement le mérite d’avoir enrichi le répertoire d’Amália en mettant en musique à son intention des textes des plus grands poètes portugais, n’avait pas encore eu lieu. À l’évidence, même avant cette rencontre, elle se débrouillait passablement bien elle-même quant au choix de ses textes.

La musique de Lago (« Lac ») est de compositeur inconnu ; il pourrait s’agir d’un réemploi d’une musique de Chanson de Coimbra, comme c’est le cas d’autres fados chantés à la même époque sur des poèmes de Luís de Macedo (Job et Anjo inútil en particulier). L’enregistrement de Lago, publié comme ces deux derniers en 1958, a probablement eu lieu à Paris. Il s’agit en effet d’une publication française, par la maison Ducretet-Thomson qui a été un temps l’éditeur phonographique de la fadiste.


Amália Rodrigues (1920-1999)Lago. Luís de Macedo (Luís Chaves de Oliveira), paroles ; compositeur inconnu.
Amália Rodrigues, chant ; instrumentistes non crédités : [Domingos Camarinha ?], guitare portugaise ; [Santos Moreira ?], guitare classique. Enregistrement : [Paris ?], [1958 ?].
Première publication : disque 45 tours Amália Rodrigues à Alfama. France : Ducretet-Thomson, 1958.


Desci por não ter mais forças
Às águas verdes, sem fundo,
Mesmo que voltem as forças
Não quero voltar ao mundo!

À bout de forces je suis descendue
Dans les eaux vertes sans fond.
Même si les forces me reviennent
Jamais je ne retournerai au monde !

Desci por não ter mais forças
Até ao fundo das águas
Mesmo que voltem as forças,
Não voltarei a ser escrava!

À bout de forces je suis descendue
Au plus profond des eaux.
Même si les forces me reviennent
Je ne redeviendrai pas esclave !

Desci por não ter mais forças
Às águas verdes, sem fim.
Mesmo que voltem as forças,
Não me separo de mim!

À bout de forces je suis descendue
Dans les eaux vertes sans fin.
Même si les forces me reviennent
Je ne me sépare pas de moi-même !
Luís de Macedo (1925-1987). Lago (années 1950).
Dates biographiques de l’auteur d’après Vasco Graça Moura, Amália: dos poetas populares aos poetas cultivados, Tugaland, 2009, p. 19 note 9.
Luís de Macedo (1925-1987). Lac, traduit de : Lago (années 1950) par L. & L.

Lula Pena, auditrice attentive et exigeante d’Amália, a intégré Lago à son fiévreux chef-d’œuvre Troubadour (2010), sorte de fleuve grossi de musiques de provenances diverses agencées en « actes ». Rien d’étonnant à cela : Lago sonne comme une revendication de liberté personnelle, l’expression d’un rejet de l’oppression, et peut être lu avec un regard féministe. Lago est le deuxième des trois morceaux assemblés pour constituer « l’acte VI » de Troubadour.


Lula PenaActo VI. composé de :
Ribeira vai cheia. Paroles & musique traditionnelles (Portugal, Alentejo).
Lago. Luís de Macedo (Luís Chaves de Oliveira), paroles ; compositeur inconnu.
Dedo de Deus. Otto (Otto Maximiliano Pereira de Cordeiro Ferreira), paroles & musique.
Lula Pena, chant & guitare.
Première publication : album Troubadour / Lula Pena. Portugal, 2010.

Enfin, dans le fado Dança de volta, créé par Camané en 2008, les trois strophes de Lago sont entrelacées avec trois autres, attribuées elles aussi à Luís de Macedo, sur les musiques de deux fados traditionnels (respectivement d’Alfredo Marceneiro et José Lopes).


CamanéDança de volta. Luís de Macedo, paroles ; Alfredo Marceneiro (Fado Bailarico) & José Lopes (Fado Lopes), musique.
Camané, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare classique ; Carlos Bica, contrebasse.
Première publication : album Sempre de mim / Camané. Portugal, 2008.

3 commentaires leave one →
  1. stj permalink
    26 janvier 2020 19:24

    C’est le fado d’un ivrogne,je dirais 🙂 Je m’explique. C’est comme un verre de bon whisky,vite fini mais à cause des paroles qui vous restent dans la tête et cette voix unique et belle ça vous donne l’envie de prendre toute la bouteille 🙂

Trackbacks

  1. Amália Rodrigues • Vagamundo | Je pleure sans raison que je pourrais vous dire

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