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Mísia • Pura vida (banda sonora) (2019)

8 janvier 2020

Mísia | Pura vida (banda sonora) (2019)

Mísia | Pura vida (banda sonora) (2019)

Nasceu uma rosa negra
Junto ao muro do calvário
Abre quando a noite chega
Ao meu peito solitario.
Mísia. Rosa negra no meu peito (extrait)

Voici qu’est née une rose noire
Contre le mur du calvaire.
Elle s’ouvre quand la nuit tombe
Sur mon cœur solitaire.

La pochette montre Mísia, les cheveux couleur fauve, la tête ceinte d’une tiare ouvragée en forme de couronne d’épines, adressant un sourire indéchiffrable à quelqu’un ou quelque chose situé à sa gauche, hors de cadre de l’image. Est-ce le mauvais larron, ou bien la « rose noire » qui a poussé « près du mur du calvaire » ?

Cette rose noire est celle du morceau par lequel s’ouvre Pura vida (banda sonora) : Rosa negra no meu peito II (« Rose noire dans mon cœur II »).

« II », parce qu’en 2013, à l’occasion de sa participation à l’album Mediterraneo de L’Arpeggiata, l’ensemble de Christina Pluhar, Mísia a déjà enregistré une Rosa negra no meu peito. Écouter l’une puis l’autre est comme passer de la vive clarté d’un après-midi d’été au noir absolu d’une nuit éternelle et glacée. Le texte, de Mísia elle-même, est commun aux deux versions. Mais si, dans celle de 2013, il est chanté sur l’allègre Fado corrido dans un accompagnement instrumental exubérant, c’est une voix douloureusement transie qui la psalmodie en 2019 sur le Fado menor, comme au cœur d’un lieu austère et vide, en la seule présence d’une clarinette basse qui, loin de l’accompagner, lui fait un écho lugubre.

C’est qu’entre temps il y a eu la maladie. Cette « rose noire » qui en 2013 était celle de la solitude est devenue, en s’enracinant dans le corps même de la fadiste, une fleur moins métaphorique et tout aussi dévorante.


MísiaRosa negra no meu peito II. Mísia, paroles ; musique traditionnelle (Fado Menor).
Mísia, chant ; Paulo Gaspar, clarinette basse, arrangement.
Extrait de l’album Pura vida (banda sonora). Portugal, ℗ 2019.


À beira do teu destino
Pousei o meu coração
Perdeste-o pelo caminho
Ai a minha solidão.

Au bord de ta destinée
J’ai déposé mon cœur ;
Tu l’as perdu chemin faisant,
Ah cette solitude !

Nasceu uma rosa negra
Junto ao muro do calvário
Abre quando a noite chega
Ao meu peito solitario.

Voici qu’est née une rose noire
Contre le mur du calvaire.
Elle s’ouvre quand la nuit tombe
Sur mon cœur solitaire.

Revivendo o que me espera
Vou e venho desde sempre
Minha estrada de quimera
À saudade sempre rente.

Revivant ce qui m’attend
Je n’ai fait que parcourir
Ma route de chimères
Qui toujours côtoie la saudade

Neste palco iluminado
Bate meu coraçao perfeito
Hoje á noite canto o fado
« Rosa negra no meu peito »

Sur cette scène illuminée
Me voici, le cœur battant.
Ce soir, je chante le fado
« Rose noire dans mon cœur ».
Mísia. Rosa negra no meu peito .
.
Mísia. Rose noire dans mon cœur, traduit de : Rosa negra no meu peito par L. & L.

Cependant il faut vivre et combattre. Pura vida n’est pas le journal de ce combat, mais bien la « bande-son » de cette période de vie, de « vie pure », pleinement vécue, enfer et ciel selon les propres mots de l’artiste. C’est pourquoi sa voix s’y déploie – dans une palette de couleurs plus étendue que dans les albums précédents et avec des façons de chanter qui ne lui étaient jamais venues jusqu’ici – sur des sons crissés, des stridences inhabituelles, des instruments qui jouent violent et sale (la guitare électrique), d’autres qui jouent sombre (la clarinette basse) et la laissent souvent à découvert. Cependant des voix amies (Ricardo Ribeiro, Daniel Melingo) rejoignent parfois la sienne, qui à d’autres moments s’abandonne à la suavité réconfortante de la chère guitare portugaise et du piano, ou reçoit en soutien l’énergie du bandonéon.

Le plus souvent, les musiques sont celles de fados traditionnels : « seule une musique d’une pareille noblesse, écrit Mísia en préambule, permet l’emploi de ses mélodies les plus symboliques à la manière d’un peintre qui, à l’aide des couleurs primaires, exprime à sa guise ce que son âme lui dicte. » La pulsation du tango (ce n’est pas la première fois) et quelques thèmes originaux complètent la palette.

Le tout est chanté dans les deux langues de prédilection de la fadiste, le portugais et l’espagnol, avec ses propres mots ou ceux de quelques autres – parmi lesquels Miguel Torga auquel elle emprunte deux poèmes d’une grande beauté quoique très dépouillés. L’amertume, la désillusion, les larmes, le vide, la fatigue, la douleur, l’amour, l’espoir, la rébellion, enfin de rageuses exhortations adressées à soi-même : tout cela est parcouru dans l’arc de treize morceaux compris entre Rosa negra no meu peito II et le vigoureux tango d’Astor Piazzolla Preludio para el año 3001 : « Je renaîtrai à Buenos Aires, un autre après-midi de juin, / Avec cette puissante envie d’aimer et de vivre. / […] Dans de l’argile et du sel je me pétrirai un nouveau cœur indestructible / Et trois cireurs de souliers, trois clowns et trois sorciers, / Mes immortels complices, viendront m’encourager : « Allez ! Vas-y ! »

N’est-ce pas cela le Fado ? Paradoxalement, la chanteuse s’en défend : « […] dans cet album il y a des musiques de fados, mais ce n’est pas un album de Fado. » Que serait-ce alors ? Sans doute peut-on au moins suggérer que, plus que jamais peut-être dans sa discographie, Mísia est ici fadista. Et Pura vida son œuvre la plus sincère et l’un de ses meilleurs opus.

L’album se clôt en réalité sur un quatorzième morceau, Viagem (« Voyage »), qualifié de « bonus ». Ce beau poème extrait du Journal de Miguel Torga, pour lequel le guitariste Mário Pacheco a composé une musique mélodieuse et apaisante, est chanté sur un accompagnement instrumental moelleux qui sonne presque orchestral : c’est comme un bis offert en fin de spectacle, comme un rideau baissé sur le théâtre des vicissitudes personnelles, comme un regard de gratitude tendrement posé sur le Portugal.


MísiaViagem. Miguel Torga, paroles ; Mário Pacheco, musique.
Mísia, chant ; Fabrizio Romano, piano, arrangement ; Luís Guerreiro, guitare portugaise ; Filipe Felizardo, guitare électrique ; Luís Cunha, violon ; Paulo Gaspar, clarinette basse.
Extrait de l’album Pura vida (banda sonora). Portugal, ℗ 2019.

É o vento que me leva
O vento lusitano.
É este sopro humano
Universal
Que enfuna a inquietação de Portugal.
É este fúria de loucura mansa
Que tudo alcança
Sem alcançar.
Que vai de céu em céu,
De mar em mar,
Até nunca chegar.
É esta tentação de me encontrar
Mais rico de amargura
Nas pausas da ventura
De me procurar…

Miguel Torga (1907-1995). Viagem (1973). Dans : Diário (daté : « Coimbra, 17 de Maio de 1973 »)

C’est le vent qui m’emmène,
Le vent lusitanien.
C’est ce souffle humain
Universel
Qui gonfle l’inquiétude portugaise.
C’est cette fureur de folie tranquille
Qui à tout parvient
Sans y parvenir.
Qui va de ciel en ciel,
De mer en mer,
Sans jamais accoster.
C’est cette tentation de me trouver
Plus riche d’amertume
Lorsque je me repose dans cette aventure
Qu’est la recherche de moi-même…

Miguel Torga (1907-1995). Voyage, traduit de : Viagem (1973), par L. & L.. Dans : Diário (daté : « Coimbra, 17 de Maio de 1973 »)


Mísia
Pura vida (banda sonora) (2019)

Mísia. Pura vida (banda sonora). Portugal, 2019
Pura vida (banda sonora) / Mísia, conception ; Mísia & Fabrizio Romano, production musicale ; Fabrizio Romano, direction musicale ; Fabrizio Romano, arrangements, sauf Rosa negra no meu peito II (Paulo Gaspar), Lágrima (Raül Refree) et Ouso dizer (Luís Guerreiro & Fabrizio Romano).
Mísia, chant ; Fabrizio Romano, piano ; Luís Guerreiro, guitare portugaise ; Cláudio Romano & Filipe Felizardo, guitare électrique ; Luís Cunha, violon ; Paulo Gaspar, clarinette basse ; Pedro Santos, accordéon ; Walter Hidalgo, bandonéon. Avec la participation de : Daniel Melingo & Ricardo Ribeiro, chant ; Gaspar Varela, guitare portugaise ; Raül Refree, guitare électrique.
Production : Portugal : Liberdades poéticas ; Museu do Fado, ℗ 2019.

Enregistrement : Portugal, Atlântico Blue Studios, janvier 2019.

CD : Museu do Fado, 2019 (Portugal). – Galileo (hors Portugal), EAN 4250095800863

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