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Carminho | Perdidamente

5 novembre 2019

Florbela Espanca (1894-1930)

Florbela Espanca (1894-1930). Photographe inconnu. Domaine public

Le sonnet de Florbela Espanca (1894-1930) s’intitule Ser poeta (« Être poète »). Chanté sur une musique de João Gil par le groupe Trovante en 1987, il est devenu Perdidamente (« Éperdument »).

João Gil, qui faisait partie dudit groupe à l’époque, est un guitariste bien connu au Portugal. Il est surtout un compositeur de chansons extrêmement doué. En 2017 est paru un double album de reprises de ses compositions par une belle brochette d’artistes portugais : Raquel Tavares, António Zambujo, Carlos do Carmo (pour une étonnante version du poème de Verlaine Il pleure dans mon cœur), Luísa Sobral et bien d’autres.

Par exemple, pour ce Perdidamente : Carminho – toujours avec ce léger excès d’expression qui est sa marque et sa faiblesse. Décidément, il faut réécouter la version enregistrée par Lula Pena dans son premier album (Phados, 1998). Je lui ai demandé un soir, après un concert, pourquoi elle ne le chantait pas sur scène. Elle a dit qu’elle l’avait enregistré en 1998 parce que, pour ce premier album, il fallait de la matière immédiatement. Alors ce titre-là oui, pourquoi pas. Son interprétation est sans emphase aucune, sombre, très « florbélienne », magique. Malheureusement Phados est indisponible depuis longtemps.

Mais Carminho n’est pas mal non plus, au fond.

Carminho | Perdidamente. Poème de Florbela Espanca ; João Gil, musique.
Carminho, chant ; guitariste innommé.
Extrait de l’album João Gil por…. Portugal, ℗ 2017.

Ser poeta é ser mais alto, é ser maior
Do que os homens! Morder como quem beija!
É ser mendigo e dar como quem seja
Rei do Reino de Aquém e de Além Dor!

Être poète c’est être plus grand, plus élevé
Que les hommes ! Mordre comme dans un baiser !
C’est être mendiant et donner comme si on était Roi
Du Pays d’En-Deça et d’Outre-Douleur !
É ter de mil desejos o esplendor
E não saber sequer que se deseja!
É ter cá dentro um astro que flameja,
É ter garras e asas de condor!

C’est posséder la splendeur de mille désirs
Sans même savoir qu’on désire !
C’est avoir en soi un astre flamboyant,
C’est avoir les serres et les ailes d’un condor !
É ter fome, é ter sede de Infinito!
Por elmo, as manhãs de oiro e de cetim…
É condensar o mundo num só grito!

C’est avoir faim, avoir soif d’infini !
Pour heaume, avoir les matins d’or et de satin…
C’est condenser le monde dans un cri !
E é amar-te, assim, perdidamente…
É seres alma, e sangue, e vida em mim
E dizer-lo cantando a toda a gente!

Et c’est t’aimer ainsi, éperdument,
Et toi : être âme, sang et vie en moi,
Et dire cela au monde dans le chant !
Florbela Espanca (1894-1930). Ser poeta, extrait de : Charneca em flor (vers 1927. 1ère publication : 1931). Florbela Espanca (1894-1930). Être poète, traduit de : Ser poeta, extrait de : Charneca em flor (vers 1927. 1ère publication : 1931) par L. & L.

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