Aller au contenu principal

Actualité de la saudade. 2½. Conan Osíris (& João Reis Moreira) | Telemóveis

12 mai 2019

Actualité de la saudade
1. Stereossauro
2. Conan Osíris
2½. Conan Osíris (& João Reis Moreira) | Telemóveis (ce billet)
3. À venir

Il sera bien question en tout de trois artistes, ou groupes d’artistes, sur ce thème de « l’actualité de la saudade ». Mais de même que dans les rues des villes les immeubles connaissent parfois des numérotations intermédiaires – des 2bis, 2ter etc. – voici le billet numéro 2½, qui permet de différer la publication du 3, en complétant le 2.

On l’a dit dans le billet précédent : en mars dernier, Conan Osíris a été désigné vainqueur du Festival da canção organisé tous les ans par la télévision publique portugaise. Il y présentait une chanson intitulée Telemóveis (« Téléphones [portables] »). Un triomphe qui a accru de manière spectaculaire la notoriété du musicien, et révélé l’adorable bailarino João Reis Moreira, son indispensable môme caoutchouc. Autre conséquence : cette victoire fait d’eux les représentants du Portugal au Concours Eurovision 2019, la semaine prochaine. Drôle de destin pour des artistes qui évoluaient encore il y a peu de temps dans l’Underground lisboète.

2½. Conan Osíris (& João Reis Moreira) | Telemóveis

………

Eu sei que a saudade tá morta
Quem mandou a flecha, fui eu
Fui eu

Je sais que la saudade est morte
Celui qui a tiré la flèche, c’est moi.
C’est moi.

C’était le 2 mars à Portimão, dans le Sud du Portugal :

Conan Osíris & João Reis Moreira | Telemóveis. Conan Osíris, paroles & musique.
Conan Osíris, chant, production ; João Reis Moreira, participant ; Luís Carvalho, costumes.
Captation : Portimão (Portugal), Portimão Arena, 2 mars 2019, dans le cadre de la finale du Festival da Canção 2019. Production : Portugal, RTP [Rádio e Televisão de Portugal], 2019.

Du pur Conan Osíris.

Une musique obtenue en mélangeant les ingrédients à sa disposition, fado, musique orientale (Amália rapprochait souvent l’une de l’autre lorsqu’elle était interrogée sur les origines et la nature du fado), des harmonies insolites  et des effets d’instruments désaccordés qui ne facilitent pas le placement de la voix quand il s’agit de chanter en direct. Tout n’est d’ailleurs pas parfait de ce point de vue.

Des paroles indéchiffrables, jouant sur le sens des mots, jouant avec leur sonorité.

Il y est question dans Telemóveis de « tuer la saudade », ou de mourir soi-même, tué par elle.

« Tuer la saudade » (Matar a saudade, ou Matar saudades) est une expression toute faite en portugais, qui ne se laisse pas transposer facilement en français (ni dans d’autres langues) – déjà que le mot saudade lui-même, dont l’équivalent français le plus proche est « nostalgie », se rend différemment suivant le contexte. Tenho saudades de ti (littéralement : « J’ai des nostalgies de toi »), c’est à peu près : « Tu me manques ». La notion de manque est indissociable de la saudade. Et ce manque, on peut parfois l’anéantir, le « tuer », en en supprimant la cause ; par exemple en décidant de revoir l’être, le lieu etc. dont on a la saudade. « Vieste matar saudades? » (littéralement : « Tu es venu tuer des nostalgies ? ») pourrait être : « Tu es venu parce qu’on te manque ? » ou autre, suivant le contexte.

Eu parti o telemóvel
A tentar ligar para o céu
Pra saber se eu mato a saudade
Ou quem morre sou eu

J’ai cassé mon téléphone
En essayant d’appeler le ciel
Pour savoir si je « tue la saudade »
Ou si c’est moi qui meurs.
Quem mata quem
Quem mata quem
Mata?
Quem mata quem?

Qui tue qui
Qui tue qui
Tue ?
Qui tue qui ?
Nem eu sei
Quando eu souber eu não ligo a mais ninguém

Je n’en sais rien
Quand je le saurai je n’appellerai plus personne.
Se a vida ligar
Se a vida mandar mensagem
Se ela não parar
E tu não tiveres coragem de atender
Tu já sabes o que é que vai acontecer

Si la vie appelle
Si la vie laisse des messages
Sans arrêt
Et que tu n’as pas le courage de répondre
Tu te doutes bien de ce qui va arriver…
Eu vou descer a minha escada
Vou estragar o telemóvel
O telele
Eu vou partir o telemóvel
O teu e o meu
E eu vou estragar o telemóvel
Quero viver e escangalhar o telemóvel

Je vais descendre mon escalier
Je vais flinguer le téléphone
Le télélé
Je vais casser le téléphone
Le tien le mien
Je vais flinguer le téléphone
Je veux vivre et fiche en l’air ce téléphone.
E se eu partir o telemóvel?
Eu só parto aquilo que é meu
Tou pra ver se a saudade morre
Vai na volta quem morre sou eu

Casser mon téléphone, et alors ?
Je ne casse que ce qui est à moi
Je veux voir si la saudade meurt
Ou si finalement c’est moi qui meurs.
Quem mata quem mata?
Eu nem sei
A chibaria nunca viu nascer ninguém

Qui tue qui tue ?
J’en sais rien.
Cafter n’a jamais fait naître personne.
Eu partia telemóveis
Mas eu nunca mais parto o meu
Eu sei que a saudade tá morta
Quem mandou a flecha, fui eu

Je cassais des téléphones
Mais je ne casserai jamais plus le mien.
Je sais que la saudade est morte
Celui qui a tiré la flèche, c’est moi.
Quem mandou a flecha, fui eu

Celui qui a tiré la flèche, c’est moi.
Fui eu

C’est moi.

Conan Osíris.
Telemóveis
(2019).
Conan Osíris.
Téléphones (portables)
, traduit de : Telemóveis (2019) par L. & L.

Que se passera-t-il à l’Eurovision ? Rien peut-être. Tout y est tellement prévu, répété, chaque mouvement, chaque tourné de tête, chaque sourire, chaque regard dans la caméra 1, dans la 2 ou dans telle autre, tout tellement calculé, programmé au quart de seconde pour éviter le déraillement d’une si lourde machine, qu’ils risquent, eux qui sont dans la spontanéité et dans l’improvisation, d’être privés d’eux-mêmes. On verra. « Pleurer et rire pour toujours. C’est ce que je souhaite pour nous » écrit João Reis Moreira sur son compte Instagram.

31 août 2018 (extrait) : Temos os dois os olhos verdes. Mas ele [Conan Osíris] olha de frente para o Sol e eu nem sempre sei encarar a Lua. […] Chorar e rir para sempre. é o que desejo pra nós.

On a tous les deux les yeux verts. Mais lui [Conan Osíris] regarde le soleil en face alors que moi, je ne suis pas toujours capable de regarder la Lune dans les yeux. […] Pleurer et rire pour toujours. C’est ce que je désire pour nous.

« Parte uma perna » (« Casse une jambe »), c’est ce qu’on dit en portugais pour souhaiter bonne chance. Mais de leurs jambes, ils en ont grand besoin. Alors juste : Boa sorte!

Et encore un coup de Téléphone : l’enregistrement studio de Telemóveis.

Conan Osíris | Telemóveis. Conan Osíris, paroles & musique.
Conan Osíris, chant, production.
Portugal, 2019.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :