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Filipe Pinto | Minha mãe foi cigarreira

23 août 2018

Guitarra de Portugal, 1 de Novembro, 1945
Première page du périodique Guitarra de Portugal (Lisbonne : 1922-1947), livraison du 1er novembre 1945. Source : Museu do Fado, Lisbonne.

Les connaisseurs de la discographie d’Amália Rodrigues ont dans l’oreille, et sûrement dans leur discothèque, l’extraordinaire récital enregistré sur le vif en 1955 au Café Luso (une « casa de fados » du Bairro Alto de Lisbonne), publié en 1974 sous le titre Amália no Café Luso. La voix masculine qui annonce chacun des fados, après avoir présenté la fadiste avec l’emphase d’un prédicateur délivré de lui-même et possédé par la grâce (« Senhoras e senhores, vão a ouvir a expressão máxima do Fado, Amália Rodrigues! » : « Mesdames et messieurs, vous allez entendre l’expression absolue du Fado, Amália Rodrigues ! »), est celle de Filipe Pinto.

Un peu comme Patachou pour la chanson française d’après-guerre, Filipe Pinto (1905-1968) était un personnage important de l’univers du fado des années 1930 à 1960. Fadiste lui-même, surnommé « o Marialva do fado » (« l’aristocrate du fado ») en raison de sa prestance et de son élégance vestimentaire, il a dirigé plusieurs maisons de fado (dont le « Luso ») et fait office de « directeur artistique », si on peut dire, pour quelques autres. Il connaissait tout le monde et entretenait des relations d’amitié avec les plus grands fadistes de l’époque, Alfredo Marceneiro et Amália Rodrigues surtout. Amália, sa cadette de quinze ans, lui devrait même son nom de scène (source : Museu do Fado). En tant qu’artiste il appartenait indiscutablement à l’univers du fado castiço – le fado traditionnel. Dans les années 1960 il était considéré comme un fadiste à l’ancienne. Amália Rodrigues le décrit ainsi :

O Filipe Pinto era um tipo extraordinário, um daqueles fadistas de bota afiambrada, com uma cara cheia de personalidade. Não era homem de cantar muitas coisas, mas três ou quatro que cantava, cantava bem. E a apresentar agarrava a atenção das pessoas, tinha um certo magnetismo.
Dans : Vítor Pavão dos Santos. Amália, uma biografia. Lisboa, Ed. Presença, 2005, p. 61.

Filipe Pinto était un type extraordinaire, un de ces fadistes portant des bottines élégantes, au visage plein de personnalité. Son répertoire n’était pas très étendu, mais les trois ou quatre choses qu’il chantait, il les chantait bien. Et en tant que présentateur il captait l’attention des gens, il avait une sorte de magnétisme.

Il a malgré tout laissé quelques enregistrements. Le plus connu, Minha mãe foi cigarreira (1961), apparaît sur quelques anthologies. La musique est celle du Fado menor, sur laquelle il a écrit lui-même un texte assez curieux, bien dans sa manière, qui joue à plusieurs reprises sur les différents sens du mot mortalha : « linceul » ou « papier à cigarettes ».

Filipe Pinto (1905-1968). Minha mãe foi cigarreira. Filipe Pinto, paroles ; musique Fado menor (compositeur inconnu).
Filipe Pinto, chant ; Francisco Carvalhinho, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare. Portugal, ℗1961.

Minha mãe foi cigarreira
E tinha um porte bizarro
‘Inda vejo a sua imagem
No fumo do meu cigarro.
Ma mère était cigarettière
Et avait grande allure
Son image se forme encore
Dans la fumée de ma cigarette.
A sua alma branquinha
Honesta, modesta e franca
Envolvia a minha alma
Como a mortalha mais branca.
Son âme candide
Honnête, modeste et droite
Enveloppait mon âme
Comme le tabac dans son linceul de papier.
Coitadinha já morreu
Que o amor de Deus lhe valha
Foi concerteza pró céu
Envolta em branca mortalha.
La pauvrette n’est plus là
Que l’amour de Dieu la protège
Elle est sûrement montée au ciel
Enveloppée dans son drap blanc.
Minha mãe estrela perdida
‘Inda a vejo entre os abrolhos
Como se fosse envolvida
Na mortalha dos meus olhos.
Ma mère, étoile perdue
Je la vois briller du fond de mes tourments
Comme enveloppée
Dans le blanc de mes yeux.
Filipe Pinto (1905-1968). Minha mãe foi cigarreira (1961).
Filipe Pinto (1905-1968). Ma mère était cigaretière, traduit de Minha mãe foi cigarreira (1961) L. & L.

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