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António Zambujo à Saint-Quentin-la-Poterie : « A vida é feita de brasa »

28 juillet 2010

António Zambujo à Saint-Quentin-la-Poterie (Gard, France), 24 juillet 2010
António Zambujo à Saint-Quentin-la-Poterie (Gard, France), 24 juillet 2010. Avec Jon Luz, cavaquinho et guitare (à gauche) et Ricardo Cruz, contrebasse et direction musicale (à droite)

La lumière était splendide pendant le trajet de Montpellier à Uzès.

Le mistral soufflait. C’était une petite place assez étroite et longue, et qui dans sa longueur descendait en pente douce vers le côté où se tenait la scène. Une des maisons de ce petit côté-là de la place, derrière la scène, servait de coulisse.

Bien qu’arrivé fort peu en avance, j’ai dégoté miraculeusement une place au premier rang.

Il est venu seul, avec sa guitare. Assis juste devant moi. Avec une grande douceur, presque dans le recueillement, il entonne ces tous premiers mots « no Verão… », et le public est subjugué à la seconde même.

No verão
A brasa dourada e celeste
Esvaindo o sol agreste
Doirando mais as espigas
Ceifeiros corpos curvados
Ceifando e atando em molhos
A benção loira da vida

L’été
La fournaise dorée du ciel
Se déversant du soleil âpre
Achevant de dorer les épis
Moissonneurs corps courbés
Moissonnant et attachant en gerbes
La blonde bénédiction de la vie
Verão / traditionnel de l’Alentejo

C’est un chant de l’Alentejo, c’est à dire de son pays. Avec quelle tendresse il l’appelle : Meu Alentejo, comme s’il l’absolvait de sa dureté. « No Alentejo não há sombra », c’est ce qu’on dit. « En Alentejo il n’y a pas d’ombre ». C’est de là qu’est partie la Révolution des Œillets.

Meu Alentejo
Enquanto isto se processa
O sol ferindo, sem pressa
Queima mais a tez bronzeada
O suor rasga a camisa
Homem queimado mais fica
E a vida é feita de brasa

Mon Alentejo
Pendant que cela a lieu
Le soleil mordant, sans hâte
Brûle davantage encore la peau bronzée
La sueur déchire la chemise
L’homme brûle
Et la vie est faite de braise
Verão / traditionnel de l’Alentejo

Imagine ceci : dans son chant c’est à toi qu’il s’adresse, sa voix dit ton nom au lieu de celui de l’Alentejo. Alors crois-moi, de deux choses l’une : ou bien, étant sans attente d’une douceur aussi souveraine, et sans préparation, c’est comme un Niagara de tendresse qui te submerge, qui te terrasse, tu meurs ; ou bien en un instant tu reçois l’apport minimal recommandé d’amour pour ta vie entière.

La voix est vraiment belle, la technique parfaitement maîtrisée — impeccable dans les mélismes du refrain — malgré le mistral qui cogne un peu dans le micro. C’est mieux que l’enregistrement studio (dans Por meu cante, Ocarina, 2004 — pourtant le meilleur de ses quatre albums publiés à ce jour selon moi) :

Verão / António Zambujo, chant, guitare. Capté à Évora (Alentejo, Portugal), le 30 avril 2010.

Deux fados ensuite, toujours en solo : Apelo (poème de Vinícius de Moraes sur la mélodie du fado Perseguição, du répertoire d’Amália) et Amor de mel, amor de fel, paroles d’Amália. Plus tard il donnera, toujours seul avec sa guitare et le public, le splendide, le merveilleux Fado menor de son troisième album, Outro sentido (2008). Cependant deux autres musiciens l’accompagnaient : le fidèle Ricardo Cruz à la contrebasse et Jon Luz, un joueur de cavaquinho et guitariste cap-verdien, tous dans une grande complicité, parfois joyeuse.

Le reste de ce récital assez court (j’ai dénombré 13 morceaux) était surtout composé de titres du quatrième album, Guia (Harmonia Mundi, avril 2010 au Portugal, à paraître à l’automne 2010 ailleurs), parmi lesquels l’adorable Zorro, une reprise d’une chanson de João Gil et João Monge, en forme de bossa nova, Barroco tropical, une morna comme au Cap-Vert, qui dit que l’amour est une épine déguisée en rose, ou encore Não me dou longe de ti, un fado déguisé en musique de carnaval. Car même masqué, dissimulé, le fado est toujours là : il forme la matière dont est fait l’art de ce chanteur remarquable.

Son Cucurrucucú paloma a rencontré un très vif succès — c’était pourtant à mon avis le morceau le moins réussi de la soirée, toutes proportions gardées bien sûr.

En bis — et en guise de surprise et de cadeau d’adieu — Saudades do Brasil em Portugal, un fado brésilien, qui fut offert par Vinícius à Amália un soir de décembre 1968 à l’occasion d’une soirée mémorable dont l’enregistrement a été publié en 1970, et réédité en format CD depuis. (Tu peux entendre l’interprétation qu’en ont faite Vinícius, puis Amália, dans le billet suivant.)

Tu vois, ce soir-là le temps est passé sur nous sans nous faire aucun mal — pour une fois.

L. & L.

Voir les concerts d’António Zambujo prévus en France
António Zambujo — Site officiel
António Zambujo sur MySpace

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